La saga ronçoise
d’une vieille famille française, les Saint Martin Lacaze.
A partir de Ronce, pour rejoindre les plages du Galon d’or ou de la Pointe espagnole, il n’existe qu’une route qui passe devant une immense propriété au fond
de laquelle on aperçoit une belle demeure appelée Chalet Saint Martin.
Le
Chalet Saint Martin qui domine Ronce les Bains
Ce patronyme n’a aucune relation avec son homonyme, le célèbre évêque de Tours qui trancha son manteau pour en donner la moitié à un pauvre. Ce Chalet a tout
simplement gardé le nom de son fondateur. Raconter les origines de cette famille constitue une véritable gageure. C’est grâce aux témoignages de ses descendants, d’Anne et de sa sœur Hélène et
aux recherches historiques de Marc Eissautier, le mari de Claire que nous avons pu démêler l’écheveau de cette dynastie au passé si riche et si lointain.
Armoiries en
pierre qui figuraient au-dessus de l'entrée du Chalet conçu par le Comte Paul de Saint Martin Lacaze
Récits légendaires.
Tous les récits qui suivent s’apparentent à des mythes. Toutefois, ils démontrent à l’évidence la proximité de ces nobles, attachés à la terre, avec leur roi,
qu’ils sont prêts à défendre au péril de leur vie.
Un des blason de la famille de Saint Martin
Lacaze
Un des membres de la famille Saint Martin ayant assisté à la bataille de Poitiers en 732 entre Charles Martel et Abd al-Rahman, chef des Sarrasins, aurait
reçu en récompense du pape Grégoire III la dîme que produisaient deux paroisses dont celle de Pouillon.
On raconte également qu’un Saint Martin aurait fait un rempart de son corps pour secourir le roi Louis VI qui était tombé dans une
embuscade.
Un autre fait d’arme est relaté. Lors des guerres de religion, les chefs des deux armées, pour éviter l’effusion de sang, conviennent qu’un guerrier de
chaque camp se battra en combat singulier. Dès que la proposition est annoncée, un Saint Martin sort des rangs pour défendre ses couleurs, terrasse son ennemi et assure la victoire.
Bref historique.
Les documents et archives découverts par Marc et la tradition font remonter les origines réelles de cette famille à l’époque de la construction du
Château Saint Martin à Pouillon dans les Landes au XIIième siècle. Quatre siècles plus tard, en 1570, Jean-Jacques de Saint Martin épouse Françoise de Lacaze dont la famille est
seigneur de ce fief de Pouillon. C’est à partir de ce mariage que la branche cadette va se distinguer des autres branches Saint Martin en accolant à son patronyme celui de Lacaze. Le château de
Saint Martin et la maison Lacaze existent encore aujourd’hui. Les Saint Martin Lacaze séjournent à Pouillon un peu plus de cinq cents ans, jusqu’au début du XVIIIième siècle,
date à laquelle ils migrent vers Soustons. Trois frères et sœurs Saint Martin épousent entre 1795 et 1813 trois frères et sœurs Ducasse de Soustons. La famille va faire souche à Soustons et dans
ses environs.
L’arrivée des Saint Martin Lacaze à Ronce les Bains
Paul de Saint Marin épouse en 1874 à La Tremblade Caroline de Casaunau née au Vieux Boucau. Pourquoi avoir choisi de se marier dans cette localité ? La
raison en est simple : la mère de Caroline, une Eschauzier en est originaire. Le couple effectue de nombreux allers et retours entre La Tremblade et Tarbes où Paul est juge de paix. Paul
fait construire à Ronce dans les années 1878, une ferme, un chalet flanqué d’une tour qui culmine sur la dune et un autre chalet qu’il échange, en 1890, contre un petit marché dont il était
lui-même le promoteur, avec Edouard Perraudeau de Beaufief.
Détente dans la pinède pour la famille de Saint Martin
Ce dernier l’appelle naturellement La Cigogne car cet oiseau figure sur son blason. Il est visible sur l’un des piliers de la chapelle du transept
gauche de l’église du Sacré-Cœur de La Tremblade.
L'allée des peupliers, bordée de vignes,
mène à la Cigogne tout au fond
La cigogne sur
le blason de la famille Perraudeau de Beaufief
Caroline, qui a eu la douleur de perdre son premier enfant, Pierre, en met au monde cinq autres : François, Henri, Marie, Rose et Marguerite.
Une abominable tragédie.
En décembre 1883, c’est le drame, rapporté par la Revue des Basses Pyrénées et des Landes :
« Un épouvantable malheur vient de frapper la famille de Saint Martin Lacaze. Mme Paul de Saint Martin, s’est tuée, le treize, sur la ligne de Bordeaux à
Tarbes dans les plus tragiques circonstances.
Elle était allée passer quelques jours chez ses parents à La Tremblade. Elle revenait à Tarbes où Mr Paul de Saint-Martin est juge de paix, accompagnée
de ses enfants, d’une de ses tantes, Amélie Eschauzier, et de deux bonnes. Sur le territoire de Saint-Perdon, à six kilomètres de Mont de Marsan, la portière, dont on avait oublié
de rabaisser le crochet extérieur, s’entrouvre brusquement, et l’un des enfants, une petite fille, Marie, âgée à peine de quatre ans, tombe sur la voie. La mère affolée, se dégageant des
étreintes des siens, se précipite par la portière. Sans les efforts des deux domestiques, la tante de Mme de Saint Martin âgée de 72 ans se serait précipitée à la suite de sa malheureuse
nièce.
Le train filait à toute vapeur. Aussitôt entré en gare de Mont de Marsan, le chef de gare, prévenu, monte sur un train spécial où prennent place également le
préfet des Landes, son chef de cabinet, le commissaire de surveillance administrative et le curé de Saint Martin d’Oney. A l’arrivée sur le lieu de l’accident, un cantonnier de la voie arrête le
train, portant dans ses bras l’enfant qui appelait désespérément sa mère. L’enfant n’avait aucun mal.
Trente cinq mètres plus loin gisait le cadavre de Mme de Saint Martin, étendue sur le versant du remblai, la face contre terre, les pieds près du sommet du
talus, la tête en bas, une petite tâche bleuâtre sur la tempe, quelques gouttes de sang aux narines. Mr le docteur Despaignet a constaté que la mort était due à une rupture de l’enveloppe du
cervelet, causée par un choc en retour. Détail navrant : à une demie lieue de la ville, le train rencontre les enfants et la tante de Mme de Saint Martin arrivant en pleurs au devant du
convoi.
Mandé par télégramme, Mr de Saint Martin, mis en présence du cadavre de sa femme qui avait été d’urgence transporté à l’hospice, s’est abandonné à un désespoir
d’autant plus violent qu’on avait cru devoir lui cacher l’étendue de son malheur. Les membres du tribunal s’étaient portés à sa rencontre, à la gare.
Le lendemain, un service funèbre, auquel ont assisté les principaux fonctionnaires et la famille, a été célébré à la chapelle de l’hospice d’où le corps a été
transporté à Tarbes. »
Emménagement au Chalet ronçois.
Après la mort accidentelle de son épouse âgée de 38 ans, Paul décide de s’installer dans son Chalet de Ronce avec son personnel de maison qui loge
dans un pavillon voisin.
A droite, le pavillon pour le personnel de maison
Il cultive la vigne sur les terrains récemment gagnés sur les marais et développe la plantation des pins pour fixer les dunes fragiles comme on le fait dans les
Landes. L’exploitation des pins, suite au programme de reboisement lancé sous le Second Empire est rentable. Paul fait venir des Landes des résiniers qui vont s’établir à La
Tremblade : les familles Castat, Lemaison, Laubit par exemple. Le gemmage des pins dans la forêt de la Coubre va se poursuivre jusqu’au début des années soixante. Georges Dières
Montplaisir, son ami, participe également activement à ces plantations.
Le saigneur procède au gemmage des pins
Mais les terrains où la vigne a été plantée ne sont pas très fertiles et trop souvent ensablés. Le phylloxera de 1894, les catastrophes accidentelles
(incendies), les catastrophes naturelles (invasion de sauterelles) portent le coup de grâce à une culture qui a perdu de sa rentabilité. Sans doute ébranlé par tous ces coups du sort,
Paul disparaît à l’âge de 53 ans, le 29 décembre 1898.
Une succession difficile à gérer.
Parce qu’il est le fils aîné, François de Saint Martin Lacaze, âgé seulement de 23 ans, se doit d’assumer la responsabilité de la propriété
en indivision, tâche à laquelle il n’est pas vraiment préparé.
Une partie de la propriété des Saint Martin en 1891: les vignes, la
ferme, le chalet, les terrains du bord de mer. La Cigogne, à droite, a été vendue l'année précédente
C’est un beau jeune homme blond-roux, dont le visage arbore une superbe moustache.
Ses cousins Capdepon de Bigu tentent de marier leur fille Hélène avec François mais elle refuse ne le trouvant pas à son goût.
Plusieurs années plus tard, les deux jeunes gens se retrouvent et cette fois-ci -souvent femme varie- elle en tombe éperdument amoureuse. Ils se fiancent à Saint-Geours-de- Maremne à la
villa « La Pelouse » qui existe toujours sur la route de Dax et convolent en justes noces à Pau, le 19 octobre 1908. Ils décident de s’installer au Chalet de
Ronce.
La famille de Saint Martin devant le Chalet. On
reconnaît François devant la calèche
Hélène donne naissance à Marie-Thérèse, née dans le Chalet ronçois le jour de Noël 1913, et à Francis en février 1915.
Le comte François de Saint Martin, son épouse Hélène et leurs deux enfants Marie-Thérèse et
Francis
Les deux jeunes enfants y mènent une vie heureuse pendant une dizaine d’années, entourés d’une nourrice puis d’une préceptrice Marie Bonnemason originaire de
Boeil-Bezing, dans les Pyrénées-Atlantiques. François est un homme entreprenant. Il contribue financièrement à l’édification de la chapelle de Ronce, fait ouvrir une voie qui débute devant
l’actuel bar-tabac la Frégate et qui mène en droite ligne jusqu’à son Chalet, voie dénommée encore de nos jours, avenue de Saint Martin.
La chapelle, en partie financée par François, au début du siècle
dernier. Le bénitier et l'autel sont toujours les mêmes.
Voie d'accès au Chalet Saint Martin qu'on
aperçoit au fond
Il excelle surtout dans l’organisation de fêtes confessionnelles comme des kermesses ou des processions mariales, lors de l’Assomption par exemple que préside Mgr
Eyssautier, l’évêque de La Rochelle.
Un des autels fleuris lors de la fête de L'Assomption
Anne rapporte une anecdote qui est symptomatique de la personnalité de son grand père François. En pleine réception au Chalet, il laisse choir,
sur le champ, ses nombreux convives pour rendre visite à un ouvrier qui s’est grièvement blessé en chutant d’un arbre.
L’amour de sa patrie.
Quand survient la première guerre mondiale, François déjà quadragénaire et souffrant d’une surdité handicapante n’hésite pourtant pas à s’engager
en vrai patriote comme volontaire, laissant sa femme et ses enfants. Caporal dans la territoriale au 57ième puis au 112ième régiment d’infanterie, il combat à Verdun et au
Chemin des Dames et obtient la croix de guerre avec la citation suivante : « Ordre du modèle de dévouement et d’abnégation, resté volontairement au front alors qu’il pourrait
invoquer de sérieux motifs pour se faire relever. Possède sur ses hommes un puissant ascendant moral. Le 25 avril a demandé à conduire en première ligne une corvée délicate de
ravitaillement. Le 28 avril en a commandé une autre prise sous le feu et qu’il a conduite à son but »
Sa fille Marie-Thérèse dit que, comme beaucoup, il a été traumatisé par les combats d’une grande intensité dont il ne cessait de parler. Contrarié par des
désaccords dus au partage, ruiné par la guerre, par le mode de vie dispendieux de son épouse et par les dettes contractées auprès de son créancier Mr Proust, il se trouve dans l’obligation de
vendre à ce dernier tous ses biens vers 1925.
Un patrimoine préservé.
Après guerre, pendant quelques années, la ferme Saint Martin accueille des camps de jeunes en particulier de jeunes juives, pour offrir un dérivatif et des
distractions à ces adolescentes choquées par les horreurs vécues par leurs familles.
A la fin des années 40, les marabouts
envahissent la ferme Saint Martin, derrière au second plan
Puis la ferme est abandonnée une bonne quarantaine d’années durant lesquelles sa large clairière offre aux familles une solution de repli commode et bienvenue
quand, sur la plage de la Cèpe, le vent se lève et que le temps devient menaçant. C'est Mr Georges Tessier qui s'en est porté acquéreur.
En 1949, Mr Proust revend le Chalet Saint Martin à une usine de Melle, qui va utiliser les locaux pour en faire une colonie de vacances. Cette
usine passe dans le groupe Rhône Poulenc qui, à son tour, envoie en congés les enfants du personnel dans cette vaste demeure arborée. Pendant une bonne trentaine d’années, le Chalet Saint Martin
résonne, l’été, des cris de joie des enfants qui ont le privilège de ne séjourner qu’à trois cents mètres de la plage de la Cèpe.
Le Chalet Saint Martin a servi de colonie de vacances
aux enfants de Melle pendant plus de 30 ans
En 1982, nationalisé par le pouvoir socialiste, le groupe liquide toutes ses colonies. Au début des années 80, on essaie, sans succès, pendant un
ou deux ans, de le transformer en centre de vacances pour retraités. Le Chalet alors en déshérence est littéralement pillé. Tous ses lavabos sont ainsi arrachés. L’été, il est squatté par
des routards. Il fait peine à voir car les ronces depuis plus de dix ans ont envahi le domaine. Heureusement Rhône Poulenc, privatisé à nouveau en 1993, après bien des péripéties, trouve un
acquéreur en juillet 1994. Le nouveau propriétaire, tombé sous le charme de cette demeure, concrétise un rêve d’enfant. Le Chalet l’a échappé belle ; il était en effet promis à
la démolition, des promoteurs voulant raser tous les bâtiments. Cet amoureux des belles pierres sauvegarde dans un premier temps ce qui peut l’être, avant de procéder à une remise en
l’état en supprimant tous les rajouts de la colonie. Il se fait un devoir de reconstruire toutes les pièces à l’identique, comme si c’était un patrimoine légué par ses ascendants. Bien-sûr cette
réfection a un coût mais quand on aime on ne compte ni son temps, ni son argent. Le Chalet Saint Martin a vraiment de nouveau fière allure.
Le Chalet Saint Martin rénové par son nouveau
propriétaire
Un nouveau départ pour la famille de Saint-Martin Lacaze.
La famille de Saint-Martin s’installe tout d’abord à La Tremblade à La Coulumière, locataire de la famille Torchu, puis dix ans plus tard à Arvert dans la
maison du Maine Geay que leur oncle Jules achète aux noms de Marie-Thérèse et de Francis.
La Coulumière où la famille s'est installée après avoir quitté le Chalet
Le Maine Geay acheté par l'oncle Jules
En 1935, François est conseiller municipal de La Tremblade. Cet homme bon et gai mais peu versé dans les affaires décède en 1942 d’une faiblesse du cœur au Maine
Geay à Arvert. Quant à son épouse Hélène, après s’être refugiée en zone libre chez une de ses cousines à Saint-Geours-de-Maremne, elle succombe à une crise cardiaque en novembre 1945 au
Maine Geay également, quelques mois après la libération de la poche de Royan.
Marie-Thérèse, la joie de vivre au service des autres.
Marie-Thérèse est restée célibataire. Pensionnaire dans un établissement privé du Limousin, elle commence à travailler comme vendeuse dans un magasin
de vêtements puis, dès 1935, elle est embauchée par l’entreprise ostréicole Fraigneau jusqu’à la retraite qu’elle passe à la Tremblade.
Etablissements Fraigneau où ont travaillé Marie-Thérèse et Francis
Au centre Marie -Thérèse. A sa gauche, Jean-Marc Fraigneau à bord de
l'Espoir
Elle adore monter sur les planches pour jouer sketches et pièces avec les gens du pays. Elle se charge aussi de la distribution du journal paroissial La
Presqu’île d’Arvert. De plus, elle est unanimement appréciée pour son dynamisme et son dévouement pour les autres notamment les plus démunis.
To Miette, comme on la surnomme, appelle ses nièces qu’elle chérit par-dessus tout, « ses langoustines ». Elle a coutume de
rendre visite à ses cousins en Dordogne. Les deux cents kilomètres à parcourir en solex ne l’effraient pas le moins du monde. S’étant dangereusement embourgeoisée avec l’achat d’une 2
CV, elle ne se rend pas compte qu’elle grille allègrement le feu rouge nouvellement installé boulevard Pasteur. Encore maintenant, sa célébrissime décapotable aux chevrons est intimement
liée à sa personne.
Atteinte par la maladie d’Alzheimer, la marraine d’Anne s’éteint en 2007.
Francis, un homme plein d'énergie.
La ruine de ses parents va contraindre Francis à travailler dès l’âge de seize ans dans les cabanes ostréicoles. En 1936, il fait son service militaire
en Savoie dans les chasseurs alpins. Pendant la drôle de guerre en 1939, il se retrouve au fort de l’Esseillon. Démobilisé en août 1940, il rejoint La Tremblade. En 1944, il traverse la
Seudre pour rejoindre les FFI et participe à la libération de la Saintonge. Avec quelques hommes, il assure la garde de l’île Madame, se prenant pour son « gouverneur.»
Une rencontre électrisante.
Marguerite Massip, surnommée, Maguite, rencontre Francis en 1946 chez Paul de Chalup et Marie Alix de Gardonne, à Puy-Joli en Dordogne. Francis est le cousin
de Paul et Maguite la cousine d’Alix. Maguite raconte : « J’habitais Périgueux et j’avais décidé de rendre visite à ma cousine. Je l’appelle au téléphone. Elle me demande de venir
l’aider à accueillir une belle sœur et un cousin. Au moment où je veux lui signifier mon refus, elle a déjà raccroché. Je me suis donc résignée à y aller et c’est là que j’ai fait la connaissance
de Francis et que je suis tombée amoureuse de lui en changeant une ampoule ». Visiblement le courant est passé tout de suite. Au printemps de l’année suivante, ils se marient au
château de Pouyol à Villamblard, château familial dont Isabelle de Maillard, la tante de Maguite est propriétaire. Maguite, qui a fait des études supérieures
enseigne dans des écoles ménagères, se déplace à vélo, en solex elle aussi, avant de conduire en 1963 une superbe Panhard verte.
Les quatre filles de Francis et de Marguerite.
1948, 1949, 1952, 1955 sont les années de naissance d’Anne, d’Isabelle, d’Hélène et de Claire.
Les quatre filles de Saint Martin. Debout de gauche à droite Anne et Isabelle, assises, Claire et
Hélène
Hélène qui se considère comme une enfant terrible reprend le jeu de mots souvent entendu. « Anne et Isabelle éclairent Hélène ». Un jour, elle
monte sur le toit ; sa sœur Anne, tend son tablier, moyen dérisoire pour amortir sa chute au cas où elle voudrait se jeter dans le vide. C’est un voisin, attiré par les cris, qui
réussit à la faire descendre sans dommages.
Le sort s’acharne sur la famille de Saint Martin
Leur père qui, depuis son enfance, est très attiré par la mer, pêche sur un chalutier, le Progrès, qui mouille à La Tremblade. Francis est une figure
de la presqu’île. La casquette ou le béret vissé sur la tête, il part en mer même par mauvais temps. Sa femme passe des nuits sans sommeil à attendre son retour. Deux marins, Mrs Caillon et
Paillet qui n’ont pas leur brevet de navigation, complètent l’équipage Un jour de 1953, ils empruntent le bateau sans l’aval de Francis et par malheur, emportée par le mauvais temps,
l’embarcation sombre Ils disparaissent en mer. Francis qui a refusé de les dénoncer est lourdement condamné par les autorités maritimes pour ne pas les avoir prévenues de la disparition du
bateau. Comme il aurait dû être à bord, il n’est pas indemnisé. Outil de travail perdu, procès perdu.
Une réaction salutaire.
Il retrouve alors du travail comme ostréiculteur dans l’entreprise Fraigneau où il rejoint sa sœur. Il achète un chalutier, le Pax Christi qu’il ne
doit en aucun cas débaptiser. Avec son épouse, il devient également gérant, l’été, de deux campings qui encadrent le restaurant Forêt Plage.
Au milieu des deux campings donnant sur la plage de la Cèpe, le
restaurant Forêt plage
Ces terrains, particulièrement bien situés parce qu’ils donnent sur la plage de La Cèpe, appartiennent à une cousine de Francis, Madeleine Réjou-Perret qui a migré
aux Etats-Unis. Quelques années plus tard, Madeleine vend ces deux terrains de camping à la commune. Dans le premier, Mr et Mme Couturier tiennent une épicerie qu’ils transforment en une
salle de restaurant La Réserve où beaucoup de personnes seules viennent prendre pension.
La réserve sur l'avenue de la Cèpe
A la fin des années 60, Maguite de Saint Martin occupe le poste de directrice de la maison familiale de la FAVAC jusqu’en 1984, d’abord dans le bâtiment allée des
Cormorans, appelé toujours Côte de Beauté puis à l’emplacement de la nouvelle Pergola avenue de Saint Martin.
La FAVAC dirigée par Marguerite
de Saint Martin dans les locaux de La Pergola
Elle prend en charge l’hébergement et l’intendance des familles et des personnes âgées venues passer leurs vacances de juin à septembre à moindre coût. Francis
l’aide dans sa tâche. Hélène se souvient que son père préparait de gigantesques terrées pour le plus grand plaisir des estivants.
Francis et son épouse Marguerite à l'accueil de la Pergola
Préparation d'une terrée pour les pensionnaires de la FAVAC
Conjointement il est moniteur de voile au CVR, le club de voile ronçois.
L'ancien club de voile ronçois
(CVR) remplacé maintenant par la base nautique
A cette époque-là, il n’y a qu’un seul bateau pour donner des cours, un cazavant, peu maniable, dans lequel cinq ou six élèves prennent place. Francis peut
se vanter d’avoir formé des générations d’amoureux de la voile. Anne, sa fille aînée qui est alors secrétaire du club, rappelle que, suite à une mauvaise manœuvre de ses apprentis matelots,
Francis s’est cassé le coccyx.
Francis à la barre du cazavant de l'école de voile
Elle parle toujours avec émotion de son père qui, après une journée de travail, est allé la chercher en Normandie, coincée qu’elle était, par une grève des
trains. Un des plaisirs de Francis est d’accompagner au cinéma Saint-Martin, bien-sûr, ses quatre filles pour voir le dernier film sorti. Mais la plupart du temps, il s’endort dès le début de la
séance. Maguite et Francis gèrent aussi la location de quelques villas. Maguite accueille ainsi à la villa Kismet avenue Camille Daniel, des jeunes étrangers, désireux d’apprendre le
français.
Villa Kismet où ont séjourné de nombreux jeunes étrangers
En 1973, le matin du mariage d’Anne et d’Antoine Rebillard dans la nouvelle Pergola, Francis, comme il sied à un comte, revêt son frac, qui,
malheureusement, n’est pas à sa taille. Le voilà donc parti en catastrophe à La Rochelle changer son habit. Il a juste le temps de revenir pour la cérémonie.
Francis en frac conduit Anne jusqu'à l'autel de l'église du
Sacré-Coeur de La Tremblade
Francis prend sa retraite en 1970 tout en continuant à travailler chez Fraigneau. Il aurait pu enfin goûter aux délices d’une retraite paisible, mais le
mauvais sort qui ne lui laisse décidément aucun répit s’acharne contre lui et ses proches. Sa fille cadette, Isabelle, qui rallie Contamines Montjoie en Haute-Savoie où elle est monitrice à la
FAVAC, perd la vie près de Bellac dans un accident de voiture.
Arrêt pique-nique à Semussac lors du pélérinage des jeunes à Talmont. Au premier plan Anne, à côté d'elle,
Isabelle
Francis, très affecté par cette disparition prématurée, décède à l’âge de 71 ans. Il est enterré avec son épouse qui a quitté les siens en 2009, dans la
chapelle familiale du cimetière de La Tremblade, sur ce coin de presqu’île où tous les Saint Martin Lacaze ont choisi de vivre et de reposer en paix.
A droite, chapelle où sont inhumés les membres de la famille de Saint Martin
Des traces indélébiles.
Leur disparition clôt un chapitre ouvert il y a plus de 100 ans avec l’arrivée de la famille de Saint Martin Lacaze à Ronce. Anne et Antoine habitent
désormais en Mayenne, Claire et son mari Marc Eissautier en Haute-Garonne. Seule Hélène et son mari Daniel Martin, cela ne s’invente pas, ont élu domicile à Arvert juste à coté du Maine
Geay.
Pour autant, le nom des Saint Martin perdure dans la mémoire collective grâce aux travaux de Marc et aux lieux emblématiques qui continuent d’enchanter Ronce
comme le Chalet Saint Martin, la villa La Cigogne, allée des peupliers, acquise en 2007 par Mr Jacky Dutillieux, et la Ferme Saint- Martin qui, devenus
résidences à l’année de leurs nouveaux propriétaires, ont retrouvé leur lustre d’antan.
La Cigogne elle aussi restaurée. En haut à droite, l'oiseau
emblèmatique
Ajoutons l’ancien nom du cinéma Saint Martin, rebaptisé Cristal, la très vaste avenue de Saint-Martin, l’avenue Hélène, plus modeste, qui lui est parallèle et
le nouveau restaurant Martin Plage.
Il est bon de rappeler, que malgré les épreuves et les malheurs qui n’ont pas épargné bon nombre des membres de cette dynastie, une foi fervente, affichée
notamment par deux devises des blasons de la famille : « Deus adjutorium in adversis » : Dieu est mon soutien dans l’adversité et « Cruore
Christi Cruesco » : Je brille du sang du Christ, leur a permis de traverser les siècles tout en restant attachés à des valeurs universelles.

Blason des Saint Martin
Lacaze
Blason des Saint Martin et des Capdepon de Bigu
Grâce au courage de leurs ascendants, les quatre filles de Saint Martin Lacaze ont tout lieu d’être fières de voir figurer leurs noms sur la toile où sont
recensés les descendants d’Hugues Capet dont la filiation est encore représentée en 2011. Les trois générations dont nous avons suivi la saga ont laissé leur empreinte dans l’Histoire de notre
pays mais plus encore dans celle de Ronce les Bains.
Daniel
Chaduteau.