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22 avril 2016 5 22 /04 /avril /2016 15:05

Le patronyme Tarbouriech serait peut-être d’origine arabe et signifierait joueur de tambour. C’est également le nom d’un hameau de la commune de Riols dans le département de l’Hérault. La première mention du toponyme écrit en latin date de 936 : « Villa quae dicitur Tarborerius » Domaine qu’on appelle Tarborierus.

Une carrière militaire

Le grand-père paternel Ernest est né en 1877 à Béziers. Orphelin de mère à l’âge de six ans, il intègre les enfants de troupe pour effectuer une carrière militaire au cadre noir de Saumur.

Peloton d'Ernest Tarbouriech au cadre noir de Saumur

Peloton d'Ernest Tarbouriech au cadre noir de Saumur

C’est ainsi qu’au début du XXème siècle, il sert en Algérie et au Niger. Gazé pendant la première guerre mondiale, il met un point d’arrêt à son engagement militaire à trente huit ans au grade de sous-officier.

Ernest,au centre, en Algérie

Ernest,au centre, en Algérie

Carnet militaire du maréchal des logis Ernest Tarbouriech

Carnet militaire du maréchal des logis Ernest Tarbouriech

Un séjour dans le midi

Ernest, son épouse Ernestine et Etienne leur fils né à Angers en 1905 rejoignent le midi de la France. Ils vont séjourner une vingtaine d’années à Marseille.

 Ernest et Ernestine Tarbouriech à Marseille

Ernest et Ernestine Tarbouriech à Marseille

Leur médecin de famille préconise à Ernestine qui est asthmatique de changer de région et de s’installer sur la côte atlantique où l’air est de bien meilleure qualité.

Installation à La Tremblade

Ainsi en 1936, les Tarbouriech arrivent-ils à La Tremblade où ils se portent acquéreurs d’une épicerie qu’ils vont nommer Comptoir d’approvisionnement et d’un logement dans une rue appelée après guerre rue Sergent Lecêtre.

Une formation d’avant-garde

Etienne travaille avec ses parents. En homme avisé qu’il était, Ernest a très tôt veillé à la formation de son fils. Celui-ci l’accompagne lors des tournées qu’il effectue dans toute la presqu’île d’Arvert notamment dans les fermes pour s’approvisionner. Son apprentissage est même perfectionné par des cours particuliers d’anglais, ce qui n’était pas fréquent à cette époque.

Chez Mr Hallary, propriétaire de la laiterie de Soubise, il y rencontre Alice Quillard une amie d’enfance de son fournisseur.

Etienne au volant de la camionnette et le personnel

Etienne au volant de la camionnette et le personnel

Alice une épouse dynamique et cultivée

En 1938 Etienne épouse Alice de deux ans sa cadette à Mansle en Charente, petite ville d’où elle est originaire.

Photo de mariage d''Etienne et d'Alice

Photo de mariage d''Etienne et d'Alice

Alice est une jeune femme active. Parmi ses congénères, bien peu sont celles qui à l’âge de vingt ans dans les années trente peuvent se targuer d’avoir leur permis de conduire. Orpheline à 24 ans, elle est représentante de commerce en bonneterie et en lingerie dans les îles de Charente Inférieure. Elle connaît par cœur, les bacs de la Seudre, d’Oléron et de Ré. L’image qui l’a longtemps traumatisée est celle de ces bagnards enchaînés, regroupés à Saint-Martin- de - Ré, avant leur départ pour Cayenne.

Le bac de la Seudre

Le bac de la Seudre

Bien qu’elle ait plusieurs cordes à son arc, elle est titulaire d’un diplôme d’institutrice, elle excelle également au piano, en peinture et en couture, elle choisit de consacrer toute son énergie à l’activité commerciale plus rémunératrice exercée par sa belle famille.

Alice Tarbouriech et l'un des commis

Alice Tarbouriech et l'un des commis

Les années sombres

. L’épicerie commence à atteindre sa vitesse de croisière quand survient la seconde guerre mondiale. Dès juin 1940, La Tremblade est occupée par les Allemands. Jusqu’en 1944 date à laquelle La Tremblade doit être évacuée, l’épicerie fonctionne au ralenti. A la fin du conflit, les Tarbouriech quand ils retrouvent leur instrument de travail sont effondrés devant un tel spectacle de désolation. En effet, l’épicerie et tout le centre de la cité ostréicole ont été bombardés par les Anglais et ne sont plus qu’un champ de ruines.

L'épicerie dans les années 30

L'épicerie dans les années 30

A gauche du balcon du Marquis de la Roque, l'épicerie en ruines

A gauche du balcon du Marquis de la Roque, l'épicerie en ruines

. Parents et enfants sont relogés Rue Foch dans une maison située après l’ancienne gendarmerie. Alice met au monde Elisabeth née le 15 septembre 1948. Quant au commerce, il fonctionne momentanément place du Temple jusqu’en 1956.

La renaissance de l’épicerie

Cette même année, l’épicerie est reconstruite place Gambetta. Le fonds de commerce et les murs qui appartiennent au Marquis de La Roque sont mis en location. Etienne et Alice retrouvent onze ans plus tard le logement refait à neuf qu’ils occupaient au premier étage au-dessus de l’épicerie pour être comme auparavant au plus près de leur outil de travail.

Grâce aux indemnités des dommages de guerre, le grand-père Ernest a fait rebâtir deux maisons : une, rue du sergent Lecêtre, l’autre, Boulevard Pasteur.

Des semaines de plus de 60 heures

Quand ils réintègrent le magasin place Gambetta, l’équipe est à pied d’œuvre pour qu’il fonctionne à plein régime. Pendant qu’Etienne fait avec son commis la tournée des villages et pique-nique dans la camionnette, Alice sert ses clients tous les jours de 7h à 13h et de 15h à 20h sauf les dimanches après-midi hors saison. En pleine saison, l’épicerie est ouverte le dimanche de 17h à 20h.

Pour l’aider dans sa tâche, elle emploie l’été du personnel saisonnier. Le couple ne s’accorde qu’une semaine de vacances par an.

Le commerce est florissant pendant plus d’une décennie.

Ernest Tarbouriech décède à La Tremblade en juillet 1959. A la mort de son mari, Ernestine a quitté sa maison du boulevard Pasteur pour venir habiter avec son fils place Gambetta au second étage au dessus du commerce. C’est là qu’elle est arrachée à l’affection des siens, peu de temps après, en février 1960. Le couple, n’ayant pas d’attache familiale à La Tremblade, avait acheté une concession au cimetière où il repose.

Place Gambetta, années 30

Place Gambetta, années 30

Place Gambetta reconstruite dans les années 50

Place Gambetta reconstruite dans les années 50

L'épicerie remise à neuf en 1956

L'épicerie remise à neuf en 1956

La fin d’une époque

La vente de la maison et du parc attenant appartenant à Mr et Mme Yves Tallieu va changer la donne. Ce large périmètre est rasé. En lieu et place se construit un Prisunic qui va évidemment concurrencer l’épicerie qui se trouve à quelques encablures. Après plus de trente ans d’activité, le fonds de commerce est vendu à Mr et Mme Roland Besson en 1970 date à laquelle Etienne Tarbouriech et son épouse prennent leur retraite boulevard Pasteur. L épicerie devient une boutique de prêt-à-porter. Le supermarché, lui, changera de noms de multiples fois. Actuellement c’est l’enseigne super U qui tient la corde.

Derrière la procession de la profession de foi de Lisa, 3ème à partir de la droite en Juin 1960, on aperçoit la maison de Mr et Mme Yves Tallieu

Derrière la procession de la profession de foi de Lisa, 3ème à partir de la droite en Juin 1960, on aperçoit la maison de Mr et Mme Yves Tallieu

Victime d’un infarctus, Etienne quitte les siens à l’âge de 73 ans. Suite au décès de son mari Alice malgré les sollicitations de sa famille charentaise, refuse de quitter La Tremblade, cité à laquelle elle est très attachée, où, entourée d’amies, elle a une vie sociale épanouissante. Un demi-siècle comme résidente, ça fait un sacré bail. Son état de santé s’étant subitement aggravé, elle est admise à l’hôpital de La Rochefoucauld où elle passe les trois derniers mois de son existence. Elle s’éteint à l’âge de 86 ans la veille de l’anniversaire de sa fille. Etienne et Alice sont l’un et l’autre inhumés au cimetière de La Tremblade.

La troisième génération des Tarbouriech. Les années de formation à La Tremblade

Elisabeth, que tout le monde surnomme Lisa, entre à trois ans en maternelle à Notre Dame de la Sagesse. Dans les Chroniques de la Maison de La Tremblade on apprend que cette maison a été fondée par Mme et Mlle Cotard pour l’instruction des petites filles pauvres et pour la visite des malades afin de les préparer à mourir dignement. Elles ont offert à la Communauté des filles de la Sagesse une Maison située Rue de la Seudre à La Tremblade. Le 26 octobre 1853 à quatre heures du soir, Sœur Marie de Saint-Michel, Provinciale, vint y installer trois sœurs : sœur Saint-Firmin, supérieure de la Maison, sœur Sainte-Alena pour la classe payante et sœur Marie Almand pour la classe pauvre.

Lisa se souvient du préau où trônaient si l’on peut dire des toilettes en bois à deux places avec couvercles, du poêle Godin qui réchauffait la salle de classe. Une des particularités de cette école primaire, c’est que certaines classes étaient mixtes. L’encadrement était en grande partie assuré par des religieuses. Quelques laïques complétaient le personnel.

Entrée de Notre Dame de La Sagesse, rue de la Seudre

Entrée de Notre Dame de La Sagesse, rue de la Seudre

Le préau de Notre Dame de La Sagesse

Le préau de Notre Dame de La Sagesse

Une rencontre mémorable

En classe de CP CE1, elle fait la connaissance de celle qui va devenir l’amie de toujours Christiane Ménard dont le père est employé de banque à La Tremblade. Christiane commence le violon à 6 ans, Lisa le piano à 7. Elles se rappellent avoir joué ensemble sous la direction d’une sœur qui avait passé une quinzaine d’années aux USA et qui battait la mesure. Autre souvenir celui-ci plus douloureux pour Lisa, la distribution de lait à la récréation de 10h préconisée en 1956 par Pierre Mendès France. L’évocation de cet épisode soulève encore le cœur de Lisa qui n’a jamais pu s’habituer comme de nombreux autres enfants à cette odeur forte du lait si bien qu’elle en est devenue allergique.

Christiane entre en sixième à l'Ecole Institution Sévigné à Bordeaux où vit une partie de sa famille

Classe de CP à Notre Dame de La Sagesse.Au premier rang Christiane est la 5èmè à partir de la gauche. Au second, Lisa est la 4ème à partir de la gaucheea

Classe de CP à Notre Dame de La Sagesse.Au premier rang Christiane est la 5èmè à partir de la gauche. Au second, Lisa est la 4ème à partir de la gaucheea

Les années de collège et de lycée

Lisa, elle, rejoint l’internat Saint-Louis de Pont l’Abbé d’Arnoult où elle redouble son CM2. Elle fréquente cet établissement jusqu’à la troisième.

Etablissement Saint-Louis à Pont l'Abbé d'Arnoult

Etablissement Saint-Louis à Pont l'Abbé d'Arnoult

Un après-midi de printemps, Lisa et trois de ses camarades pénètrent dans le grand parc du séminaire de Saint-Louis de Pont l’abbé pour admirer la nature. L’une des jeunes filles perd malencontreusement une lettre à son nom, missive remise en mains propre au responsable du séminaire qui, sur le champ, accuse les quatre élèves de troisième de vouloir détourner de leur vocation les jeunes garçons dont il a la charge. Les quatre rebelles convoquées par leur directrice seront renvoyées en fin d’année. Lisa redouble sa troisième au collège Jeanne d’Arc à Saintes et poursuit sa scolarité au lycée jusqu’en terminale. Recalée au bac littéraire, elle rallie Poitiers pour suivre les cours de capacité en droit. Cette orientation ne l’enchante guère.

Séminaire de Pont l'Abbé d'Arnoult. A gauche, l'escalier menant au parc

Séminaire de Pont l'Abbé d'Arnoult. A gauche, l'escalier menant au parc

Un parcours atypique

Aussi dès qu’elle atteint sa majorité décide-t-elle de monter à Paris et de s’inscrire à l’Université de Vincennes créée en 1969 par le général de Gaulle pour regrouper les gauchistes. Lisa a enfin trouvé sa voie. Elle assiste aux cours d’éminents professeurs de philosophie comme Gilles Deleuze et François Chatelet et obtient sa licence avec pour unité de valeur une spécialité en psychanalyse.

L'éminent philosophe Gilles Deleuze

L'éminent philosophe Gilles Deleuze

. Elle s’intéresse également à la politique. Elle fréquente la gauche prolétarienne, l’organisation maoïste.

La cause du Peuple devient le relais presse de ce mouvement. C’est en filiation directe de la Cause du peuple qu’en avril 1973, le titre historique Libération va renaître de ses cendres.

Au tout début de sa publication Lisa fait partie de l’équipe chargée de faire connaître le journal dirigé par Serge July.

Lancement du journal Libération,le 18 avril 1973

Lancement du journal Libération,le 18 avril 1973

Retour dans la région de ses aïeux

En décembre de la même année, elle met au monde sa fille Aude. Avec son compagnon, elle quitte la région parisienne et rejoint Montpellier. Là, elle vit de petits boulots jusqu’au jour où elle rencontre le responsable d’un CFA qui recherche en urgence un professeur qui donne des cours de français, de législation et d’hygiène de l’atelier, matières qui n’ont rien de commun avec ses compétences en philosophie. Pendant plusieurs années, elle se retrouve contractuelle à Sète ou à Montpellier.

A la recherche d’un emploi stable et motivant

A la fin de son contrat, elle effectue un stage pratique au sein d’une association de solidarité pour les migrants, réfugiés politiques, originaires du Chili, du Proche Orient, du Sud-Est asiatique…

En cette année 1981, pour la première fois, elle exerce une activité professionnelle qui lui convient. L’année suivante, elle se sépare du père de sa fille. Dans cette association, Lisa a rencontré Roland qui désormais partage sa vie.

En 1989, le nouveau directeur ayant licencié l’ensemble du personnel, elle se décide à passer le concours d’entrée à l’école d’assistante sociale. Elle obtient son diplôme d’Etat en novembre 1993. De cette date jusqu’à sa retraite prise en 2012, elle est assistante sociale à Lunel au sein du Conseil général de l’Hérault.

La nostalgie de ses jeunes années

Lisa et Roland passent leur retraite dans leur résidence principale à Lunel mais ils sont de plus en plus présents à La Tremblade dans la maison familiale qu’ils restaurent boulevard Pasteur si bien que le patronyme Tarbouriech qui fleure bon la Catalogne résonne depuis exactement 80 ans dans la cité ostréicole.

La maison familiale boulevard Pasteur

La maison familiale boulevard Pasteur

Tous les étés, Christiane et Lisa, les deux amies de Notre Dame de la Sagesse s’y retrouvent

Lisa qui n'a jamais cessé de jouer du piano retouve tous les ans son amie ChristianeLisa qui n'a jamais cessé de jouer du piano retouve tous les ans son amie Christiane

Lisa qui n'a jamais cessé de jouer du piano retouve tous les ans son amie Christiane

C’est Mme Annie Dargère, la fille de Mr et Mme Roland Besson qui loue à Mme Nelly Damiens le magasin de prêt-à-porter appelé Tobago. Cette boutique perpétue la vocation commerciale initiée par le Comptoir de l’approvisionnement au 18 place Gambetta.

1936-2O16,quatre-vingts ans de présence commerciale au18 place Gambetta

1936-2O16,quatre-vingts ans de présence commerciale au18 place Gambetta

Daniel Chaduteau

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14 décembre 2015 1 14 /12 /décembre /2015 11:21

Martin-Prével, ce patronyme d’origine normande, sonne aux oreilles des résidents de la presqu’île, et plus particulièrement de ceux de la station balnéaire de Ronce-les-Bains, depuis plusieurs décennies. Tout un chacun aura peut-être quelques difficultés à mettre un visage sur ce nom à l’assonance poétique tant l’homme est discret. Pourtant Pierre, originaire de la région parisienne est une personnalité énergique et originale qui a su se fondre et trouver sa place dans ce petit territoire de Charente-Maritime.

Un père militaire

Son père, Jacques, après avoir fait St-Cyr, devient dans les années 30 ingénieur militaire. Directeur de l’arsenal de Rueil, il se fait connaître pour être l’un des concepteurs du char d’assaut de type B1 et B1 bis. Dès le début de l’offensive allemande en mai 1940, il est envoyé en Angleterre, puis aux Etats-Unis, enfin au Canada où de 1941 à 1943 où il est le représentant du général de Gaulle. Ce dernier le citera dans ses Mémoires de guerre.

Jacques Martin-Prével à Ottawa en 1942

Jacques Martin-Prével à Ottawa en 1942

Des études brillantes.

Sa mère Yvonne et ses trois frères, Henri, René et Philippe, quittent la région parisienne et trouvent refuge à Grenoble.

Les quatre frères Martin-Prével en 1936. De gauche à droite, Pierre,Henri,Philippe, René

Les quatre frères Martin-Prével en 1936. De gauche à droite, Pierre,Henri,Philippe, René

Pierre, né à Versailles en 1929, passe la première partie de son baccalauréat à Avignon en 1945 et la seconde partie à Sainte-Geneviève, l’établissement prestigieux. « On nommait cette seconde partie la crotte, se souvient-il, et l’étudiant que j’étais, passait de la crotte au fumier, appellation de la prépa Agro que j’ai suivie deux ans durant. Après j’ai fait mon service militaire, six mois à Strasbourg et six mois en Autriche à Bregens sur les bords du lac de Constance.

Service militaire en Autriche dans les Chasseurs alpins

Service militaire en Autriche dans les Chasseurs alpins

. Puis j’ai repris mes études, deux ans de spécialités pour l’obtention du diplôme de l’ORSTOM (Office de recherche scientifique et technique d’outre mer) recherche dans la physiologie végétale. »

La première chorale

En 1953, Pierre, qui a chanté quelques années auparavant dans la chorale de l’Agro, fonde la chorale des guides et scouts du district de Versailles.

Promesse scoute de Pierre en 1942

Promesse scoute de Pierre en 1942

Premier stage de direction chorale pour Pierre, second en haut à gauche

Premier stage de direction chorale pour Pierre, second en haut à gauche

Il est chef de chœur d’un ensemble d’une trentaine de membres qui se produisent, en autres, dans les hôpitaux la semaine de Noël

Un coup de foudre réciproque.

Fait partie de cette chorale une jeune fille souriante, de trois ans sa cadette, passionnée de musique classique. Il se sent irrésistiblement attiré par elle. Son prénom Anne-Marie, mais tout le monde l’appelle Annie. Plusieurs années de scoutisme pendant lesquelles il a été routier puis chef de groupe ont formé Pierre à de nombreux domaines de compétence, mais le constat qu’il fait est affligeant ; le monde féminin est pour lui une énigme et son éducation sentimentale est vraiment déficiente. Pourtant Pierre brûle du désir de fonder une famille avec l’élue de son cœur. Que faire ? L’un et l’autre animés par une foi profonde, décident chacun de leur côté de passer quelques jours de retraite. Après cette expérience de vie, Pierre invite Annie le 13 mai 1954 au concert du célèbre pianiste Samson François à la salle Pleyel.

C’est dans cette même salle qu’à deux reprises s’est produite sous la direction de Stéphane Caillat, la chorale du scoutisme français de Paris, dont Pierre est l’un des membres.

Un mois plus tard jour pour jour, le 13 juin ils se fiancent. Trois mois après, le 16 septembre 1954, ils convolent en justes noces. Voilà ce qui s’appelle une affaire rondement menée. Pierre a fait sienne la phrase du poète « Dès que je la vis, mon âme éperdue en devint folle. »

Mariage de Pierre et d'Annie

Mariage de Pierre et d'Annie

Les affectations en Afrique

Pierre est envoyé en Guinée pour une affectation qui va durer 27 mois. Sa jeune épouse bien évidemment l’accompagne. Elle met au monde en 1956 son premier garçon, Xavier et l’année suivante son second, Yves.

Guinée. Xavier en pleine réflexion devant ces restes d'éléphant

Guinée. Xavier en pleine réflexion devant ces restes d'éléphant

. La famille retourne en métropole et s’installe au Chesnay en 1958. Pierre travaille pour l’IFAC (Institut des fruits et agrumes coloniaux) dont le siège se trouve dans le XVIème arrondissement. Le sigle est en urgence modifié, l’IFAC devient IRFA ( l’Institut de recherche des fruits et agrumes) le mot colonial connoté ayant disparu. Pierre est le responsable du laboratoire de Nogent sur Marne. Annie donne naissance à deux autres garçons : Guy en 1959 et Vincent en 1961.

Annie au Chesnay avec ses quatre aînés

Annie au Chesnay avec ses quatre aînés

Pierre et ses quatre aînés au Chesnay

Pierre et ses quatre aînés au Chesnay

Toute la famille repart en Afrique, en Côte d’Ivoire.

Côte d'ivoire. Chacun des garçons a en charge un petit carré de jardin

Côte d'ivoire. Chacun des garçons a en charge un petit carré de jardin

. Pendant ce séjour de deux ans de 1964 à 1966, Annie contracte une maladie tropicale qui lui provoque une dépression sévère. A partir de ce moment-là, Pierre décide de poursuivre sa carrière exclusivement en métropole. Une cinquième maternité en 1968 apporte à Annie, durement éprouvée, réconfort et joie de vivre. Après les quatre premiers garçons nommés malicieusement les Daltons par leurs cousins, la saga de la BD continue avec l’arrivée de Luc, Lucky Luc bien-sûr. Toujours pas de fille à l’horizon. Il faut dire qu’Annie, d’une fratrie de huit, n’a qu’une sœur, Marie-Rose.

Affectation à Montpellier

Au début des années 70, Pierre est muté à Montpellier où de nouveaux laboratoires plus fonctionnels ont été créés.

Nouveaux laboratoires de Montpellier

Nouveaux laboratoires de Montpellier

La famille va y demeurer 26 ans. En 1973, Annie est enceinte d’une petite Claire dont le cœur s’arrête de battre à sept mois et demi de grossesse. L’année suivante, venue au monde d’Eric leur sixième et dernier fils.

Depuis les années 50, Pierre et Annie font partie des équipes Notre Dame, mouvement de couples chrétiens, fondé en 1938. En Guinée, faute de pouvoir se réunir, ils échangent par correspondance avec leur oncle Paul et leur tante Geneviève. Cet engagement chrétien, partout où ils ont été affectés, a grandement facilité leur intégration notamment à Montpellier. Dès le début de leur relation, ils n’ont pas cessé de s’investir dans l’animation liturgique, à la paroisse du Chesnay.De 1968 à 1974, Pierre est également le responsable de la liturgie des grands rassemblements annuels des équipes Notre Dame. Faire chanter quatre mille personnes au Palais des congrès de la Porte Maillot n'est certes pas une sinécure, mais une expérience unique et grisante.

Une passion intacte

Mais même si le temps a passé, Pierre rêve de diriger à nouveau une chorale. Son rêve va se concrétiser au-delà de ses espérances. En effet, pendant 14 ans, il va être chef de cœur de la Chorale A chœur joie de Montpellier et pendant 11 ans celui de l’ensemble vocal Venetz cantar.

Montpellier, concert du 18 mars 1990. Pierre, debout à gauche, est le chef de chœur

Montpellier, concert du 18 mars 1990. Pierre, debout à gauche, est le chef de chœur

« J’aurais même été tenté par le diaconat, confesse t-il mais Annie me disait avec humour je te laisse libre de ton choix mais je te préviens, je ferai une très mauvaise épouse de diacre.»

Le passé recomposé…

Le Père d’Annie, Mr Chaigne est vendéen. Sa mère Lucie Dières Monplaisir est l’aînée d’une fratrie de huit, quatre filles et quatre garçons. L’un d’eux , Xavier, s’occupe de la ferme de La Louisiane, propriété familiale. Pierre séjourne à Ronce-les-Bains pour la première fois en juin 1954. Xavier se blesse en voulant aménager, dans la tour de la demeure familiale, une chambre pour Pierre.

La Louisiane et sa célèbre tour

La Louisiane et sa célèbre tour

. En effet il n’est pas convenable que les jeunes gens, juste fiancés, dorment sous le même toit à la villa Saint-Pierre. « C’est pourtant ce qui arriva, nécessité faisant loi » dit Pierre amusé soixante ans plus tard.

Villa Saint-Pierre

Villa Saint-Pierre

Pendant les années versaillaises, ils reviennent tous les étés à la villa Saint-Pierre bâtie sur le front de mer. Mais à partir du moment où ils habitent Montpellier, ils passent leurs vacances au bord de leur piscine ou sur les plages de la Méditerranée. Annie exerce des responsabilités à Teyran petite ville de l’Hérault. Elle y effectue trois mandats, un comme conseillère culturelle mandat pendant lequel elle prend l’initiative de créer la bibliothèque municipale, deux comme adjointe aux affaires scolaires. Cependant au milieu des années 90, la nostalgie les pousse à retourner sur la côte atlantique.

à Ronce-les-Bains

. C’est Annie qui souhaite le plus retrouver les souvenirs de sa jeunesse. Elle est même prête à vendre sa maison pour s’établir définitivement à Ronce. Le souhait de son épouse n’enthousiasme guère Pierre. Il se souvient s’être ennuyé dans cette station balnéaire exception faite quand il faisait du bateau en compagnie de son beau frère Jean-Louis Chaigne avec qui il partageait l’amour de la voile.

« Elle n’ignorait pas quel risque elle courait en essayant de réaliser son rêve…Mais ce que femme veut, Dieu le veut » Une fois la maison du midi vendue, décision est prise d’en faire construire à Ronce en 2001 une autre assez vaste pour accueillir enfants et petits-enfants sur un des terrains de la Louisiane appartenant à la famille Dières Monplaisir. C’est l’entreprise dirigée par Patrick Déola qui effectue les travaux.

La maison  des Martin-Prével, avenue de Mus de Loup

La maison des Martin-Prével, avenue de Mus de Loup

Dès septembre de la même année, Pierre se porte acquéreur avec Jean-Louis et Dominique Chaigne d’un six mètres, un Blue Djinn nommé Thétys. Jusqu’en 2009 Pierre navigue seul, maintenant il est accompagné. La remontée de la Seudre, en septembre, est l’une de ses sorties préférées

Pierre naviguant sur la Seudre en 2015

Pierre naviguant sur la Seudre en 2015

Une fois installé avec son épouse Avenue de Mus de Loup, il crée à Rochefort un nouvel ensemble vocal nommé Mosaïque qui donne des concerts à l’abbaye aux Dames à Saintes, à l’abbaye de Trizay et, le 8 juillet 2015, à la chapelle de Ronce.

Concert à la chapelle de Ronce en 2015

Concert à la chapelle de Ronce en 2015

Un indicible chagrin

En 2009, toute la famille réunie fête les quatre-vingts ans de Pierre

Pierre Martin-Prével, le maître chanteur de la presqu’île d’Arvert

La même année, un mal incurable enlève Annie à l'affection des siens.

Notre entretien est près de s’achever. Soudain, Pierre sans rien dire, se lève, allume sa chaîne et y introduit la cassette du Requiem de Jean Gilles qu’il a dirigé comme chef de chœur à Montpellier. « Ce Requiem précise-t-il, a été joué à la mort de Louis XV et à celle de Jean-Philippe Rameau. » Il ajoute : « Certains morceaux ont accompagné Annie lors de ses obsèques à l’église du Chesnay.

Eglise du Chesnay

Eglise du Chesnay

L’évocation de ce souvenir et de celui de ses six fils portant le cercueil de leur mère le bouleversent. Ne dit-on pas qu’un grand amour franchit les rives de la mort.

Des regards explicites

Des regards explicites

Chanter, c’est prier deux fois. Cet aphorisme, Pierre continue à le mettre chaque week-end en pratique, l’été à La Palmyre et à la Chapelle de Ronce, le reste de l’année, dans les églises d’Etaules, d’Arvert et de La Tremblade. Sa passion pour le chant choral ne s’est jamais démentie si bien qu’il est devenu un maître chanteur au sens laudatif bien-sûr.

Pierre, le Maître chanteur, devant sa maison

Pierre, le Maître chanteur, devant sa maison

Il ne peut, sans aucun doute, qu’approuver le souhait exprimé par Robert Schumann en 1840: « Je voudrais chanter comme le rossignol, jusqu’à en mourir. »

Daniel Chaduteau

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27 octobre 2015 2 27 /10 /octobre /2015 18:23

 

En ce début du XXème siècle, Charles Corcaud, le père de Joseph, originaire du Perrier petit village de Vendée, est cultivateur comme la majorité de la population française. Son épouse, Marguerite, elle, est couturière. Elle met au monde Joseph en 1926 et Gisèle l’année suivante. Très vite,la famille éprouve le besoin de changer d’air pour améliorer son niveau de vie.

Mr Charles Corcaud, le père de Joseph

Mr Charles Corcaud, le père de Joseph

 

Nouveau départ à Ronce-les-Bains

Les Corcaud quittent la Vendée pour gagner au début des années trente, Ronce les Bains, station balnéaire de la Charente inférieure. Charles est employé par la famille Dières Monplaisir comme ouvrier agricole dans un premier temps puis comme fermier de la propriété de La Louisiane. Le couple et ses deux enfants habitent dans ce qu’on appelle la petite maison qui jouxte les chais.

A gauche, la petite maison, à droite les chais

A gauche, la petite maison, à droite les chais

Ceux-ci, servant d’écuries, sont loués aux Lemaigre-Dubreuil. La famille s’agrandit. Deux autres enfants Lucie en 1932 et Marie-Josèphe en 1936 voient le jour à La Louisiane. Mais un destin cruel accable Marguerite qui décède en 1939 en accouchant d’un garçon mort-né.

Mlle Agnès Goujon est la voisine de Joseph. Cette ancienne religieuse fait office de gouvernante de l’abbé Denis à la villa Raymond juchée sur la dune tout au bout de l’avenue de Beaupréau.

C'est dans cette Villa Raymond, rebaptisée La hunaudière, qu'Agnès Goujon va recueillir les soeurs de Joseph

C'est dans cette Villa Raymond, rebaptisée La hunaudière, qu'Agnès Goujon va recueillir les soeurs de Joseph

Elle recueille les trois filles et se charge de leur éducation. Si l’aînée et la benjamine s’adaptent aux exigences d’Agnès, Lucie ne les supporte plus. Aussi Mlle Goujon, excédée, décide-t-elle de se séparer d’elle bien qu'elle n'ait que 12 ans. L'adolescente quitte Ronce pour Arras. C’est Mr et Mme Pouchain, propriétaires d’une villa à Ronce qui lui servent de nouvelle famille d’accueil. Joseph lui, reste vivre avec son père à La Louisiane.

Joseph accroupi devant la tour de La Louisiane

Joseph accroupi devant la tour de La Louisiane

Un jeune homme téméraire

Joseph se souvient de l’arrivée des troupes allemandes le 23 juin 1940 qui, progressivement, investissent les belles demeures de l'avenue Gabrielle comme Le grand Hôtel et la Houle, après avoir chassé leurs occupants.

La Houle, un des nombreux chalets de l'avenue Gabrielle réquisitionné par les Allemands

La Houle, un des nombreux chalets de l'avenue Gabrielle réquisitionné par les Allemands

Joseph, pendant l’Occupation est facteur à Ronce. L’activité du jeune homme lui permet d’aller chercher le courrier venant de Marennes, acheminé par une yole qui fait l’aller retour Cayenne - la route neuve, étant donné que le bac, bombardé par les Anglais, ne fonctionne plus. Petit à petit, il s’enhardit en surveillant les va-et-vient des troupes allemandes dans Ronce. Il devient ainsi agent de liaison pour les FFI.

Le 4 octobre 1944, trois allemands en poste à Ronce les Bains essuient des coups de feu. L’un d’eux est abattu. Helmut Kahrs, le lieutenant commandant la place de La Tremblade, fou de rage fait tirer à la mitrailleuse et au mortier dans les rues et sur les chalets ronçois. Le lendemain, les Allemands appréhendent cinq jeunes gens de Ronce : Camille Prignaud 31ans, Robert Nougarède 21 ans, Henri Coussot 30 ans, Klébert Morin 29 ans et le benjamin de 18 ans qui n’est autre que Joseph Corcaud. Arrêté devant la Louisiane, il échappe miraculeusement à la mort, Kahrs et sa patrouille voulant le fusiller sur le champ. Voici quelques extraits de la déposition qu’il a faite devant le tribunal militaire de Bordeaux au procès de ses bourreaux qui s’est tenu du 5 au 7 juillet 1950, six ans après les faits qui leur sont reprochés : « Agent de liaison du groupe Bir-Hakeim, je fournissais des renseignements sur les points où l’on pouvait surprendre l’ennemi. Après le coup de main, je tentais de rentrer chez moi, mes camarades étant repartis par la forêt. Des soldats allemands m’ayant vu passer sur la route, me soupçonnèrent d’avoir pris part à l’embuscade. Ils m’ont gardé à vue en attendant le retour du lieutenant Commandant de La Tremblade. En arrivant, celui-ci a dit : on le fusille tout de suite. Il m’a bousculé et frappé lui-même avec sa mitraillette dans le ventre et dans le dos. Pensant qu’on voulait me conduire au lieu de la fusillade, je refusais d’avancer. Alors il a saisi un gourdin et m’a frappé le dos et les bras » Amené avec ses camarades à la Tremblade dans la maison Faure Marchand puis dans la maison Chaillé, Joseph est plusieurs fois tabassé avec des barres de fer et un tuyau de plomb par Kahrs et ses deux sbires Kohler et Kaczmarek. Le 9 octobre, les charges retenues contre lui n’apportant pas la preuve de sa culpabilité, il est relâché. Nanti d’un certificat d’origine de ses blessures, il part sans demander son reste retrouver son père à Ronce.

Certificat d'origine des blessures de Joseph Corcaud

Certificat d'origine des blessures de Joseph Corcaud

De-là il traverse la Seudre en compagnie de Maxime Miglierina, gardien chez les Lesieur, sur une pinasse appartenant à Mr Besson. De Marennes, Joseph gagne Jarnac et se réfugie chez des fermiers. Là, il fait la connaissance de sa marraine de guerre Andrée Marie. Fin 1944, il s’engage dans l’armée. Sa spécialité : les transmissions.

Maxime Miglierina avec qui  Joseph prendra la fuite

Maxime Miglierina avec qui Joseph prendra la fuite

Andrée Marie, la marraine de guerre de Joseph

Andrée Marie, la marraine de guerre de Joseph

Les tortionnaires échappent à la mort

Au printemps 1950 court une rumeur à La Tremblade. Les autorités doivent procéder à la reconstitution des crimes perpétrés par Kahrs en sa présence. Certains Trembladais en catimini construisent une potence pour le lyncher. Confrontés à une foule vindicative, les gendarmes se voient dans l’obligation d’annuler cette reconstitution. Les bourreaux faisaient partie tous les trois du bataillon Tirpitz. Helmut Kahrs accusé de plusieurs assassinats, de coups et blessures, de destructions et d’incendies volontaires a été condamné à mort, ses deux complices à dix ans de réclusion. Le jugement de Kahrs a été annulé par la cour de cassation. L’affaire a été renvoyée devant le tribunal maritime de Toulon qui l’a acquitté.

Potence érigée par des Trembladais pour pendre  le lieutenant Kahrs

Potence érigée par des Trembladais pour pendre le lieutenant Kahrs

Les trois tortionnaires comparaissent devant le tribunal militaire de Bordeaux du 5 au 7juillet 1950

Les trois tortionnaires comparaissent devant le tribunal militaire de Bordeaux du 5 au 7juillet 1950

La paix retrouvée

1945, année exceptionnelle pour Joseph. Il vient d’avoir 19 ans et ne va pas tarder à être démobilisé.

Fiche de démobilisation de Joseph Corcaud

Fiche de démobilisation de Joseph Corcaud

A Ronce, il a sympathisé avec Albert Déola venu faire des réfections à la Louisiane qui a subi de sérieux dommages de guerre. Il a toujours eu du goût pour le travail du bois. Il faut dire que son grand-père maternel, charpentier de marine, construisait des yoles. Albert forme sur le tas le jeune apprenti et l’embauche.

Fiche d'électeur de l'apprenti Joseph Corcaud signée par Albert Déola son employeur

Fiche d'électeur de l'apprenti Joseph Corcaud signée par Albert Déola son employeur

Il restera 17 ans dans l’entreprise jusqu’en 1962 date à laquelle Joseph se met à son compte. Cette même année, il décide de rendre visite à sa marraine de guerre, cuisinière au collège de jeunes filles de Cognac. Comme aide ménagère, elle peut compter sur Marie Poisnet qui élève seule sa fille Marie-Thérèse dont le rêve est de devenir coiffeuse.

Marie -Thérèse à Ronce les Bains

Marie -Thérèse à Ronce les Bains

La mère et l’adolescente sont logées dans le collège tenu par des religieuses. Lors de leur première rencontre, Joseph arbore un uniforme qui éblouit la jeune fille de 13 ans. La cuisinière demande à Marie-Thérèse d’aller chercher en ville un bidon de lait. Joseph se propose de l’accompagner et de porter ce volumineux récipient, objet banal mais qui va sceller une bien belle histoire d’amour.

Le prestige de l'uniforme

Le prestige de l'uniforme

Joseph et Marie-Thérèse l'année précédant leur mariage

Joseph et Marie-Thérèse l'année précédant leur mariage

Pas moins de quatre ans de relation avant que Mr André Rivière, le maire de Mosnac en Charente ne reçoive le consentement des jeunes mariés le 19 septembre 1949. Ils ont 17 et 23 ans

Un couple heureux

Un couple heureux

La Tremblade, ultime port d’attache

Le jeune couple retourne à La Tremblade et loge rue des Maltaises dans une maison qui, au début, n’a pas l’eau courante La famille y séjournera une quinzaine d’années. Durant cette période Marie-Thérèse met au monde ses quatre enfants : trois filles, Dominique en 1950, Clarisse en 1956, Ghislaine en 1959 et un garçon, Pascal en 1952.

Joseph pour créer son entreprise achète un terrain qui longe la route de Ronce au lieu-dit « Ancienne vacherie de Tivoli » et se porte acquéreur des bâtiments délabrés qui l’occupent. Il confie à Severo Miglierina l’oncle de Maxime, le soin de réhabiliter la maison d’habitation, de restaurer et d’agrandir l’atelier.

Rue Marcel Gaillardon, à gauche, l'ancien atelier de Joseph, à droite, la maison des Corcaud

Rue Marcel Gaillardon, à gauche, l'ancien atelier de Joseph, à droite, la maison des Corcaud

Joseph se rappelle encore certains de ses chantiers : réparation du mobilier de la confiserie Lopez et des billards japonais de la place Brochard, réfection de la grande salle de restaurant de La Chaumière, avenue de la Chaumière, rénovation de la colonie de vacances La Druide…

Grande salle de restaurant de La Chaumière qui a brûlé en août 1971

Grande salle de restaurant de La Chaumière qui a brûlé en août 1971

Une vie bien remplie

Chef d’entreprise de menuiserie pendant 22 ans, Joseph cesse son activité à 65 ans en 1991.

Il passe une retraite paisible avec son épouse - près de soixante-dix ans de vie commune, ça fait un sacré bail - dans la maison qu’ils habitent Rue Marcel Gaillardon, résistant comme Joseph, fusillé en 1944 en chantant La Marseillaise.

Joseph et Marie-Thérèse en octobre 2015

Joseph et Marie-Thérèse en octobre 2015

En reconnaissance de son action pour La France, en 2010, le secrétaire d’Etat des anciens combattants Hubert Falco a décerné un diplôme d’honneur à Joseph Corcaud, peut-être l’un des derniers combattants de la seconde guerre mondiale survivant dans la commune.

    Joseph Corcaud,une jeunesse ronçoise
Remise à La Tremblade du diplôme d'honneur à Joseph Corcaud, combattant de l'armée française 1939-1945

Remise à La Tremblade du diplôme d'honneur à Joseph Corcaud, combattant de l'armée française 1939-1945

Daniel Chaduteau

memoires-vives-ronce.over-blog.com
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13 décembre 2014 6 13 /12 /décembre /2014 11:26

Le 9 juin 1896 est, pour Camille Daniel, un jour à marquer d’une pierre blanche car il épouse la fille unique de Gabrielle Belle et de Jules Favier dans la chapelle de Ronce. Pour célébrer l’événement, ses beaux-parents ont offert l’autel qui est toujours visible dans ce lieu de culte. Par ce geste magnifique, cette famille qui loge à la villa Gabrielle montre son attachement pour Ronce. Ce jour-là, Camille est, sans doute, à cent lieues d’imaginer que suite au décès subit de son beau-père Jules, il va hériter avec son épouse de la Villa Gabrielle et surtout qu’à l’instar de celui-ci, il va devenir le mécène et la cheville ouvrière du développement de la station balnéaire de Ronce-les- Bains.

Camille Daniel

Camille Daniel

Dans le document passionnant qui suit, prêté aimablement par Michel Buraud, on voit tous les obstacles qu’ont dû franchir Camille Daniel et son équipe pour mener à terme de multiples projets.

Sans langue de bois, avec humour et ironie, il fait le bilan de seize ans d’activités au service des Ronçois en ayant le souci d’écrire pour la postérité quelques belles pages de l’histoire de Ronce.

Soixante seize ans plus tard écoutons le avec gourmandise. Certains passages d'une stupéfiante modernité font écho à notre présent.

Camille Daniel,l'infatigable promoteur de Ronce entre les deux guerres

« La saison 1938 est actuellement ouverte et c’est le moment où le S.I. s’adresse à ses membres pour leur cotisation annuelle qui, malgré les dévaluations successives, n’a pas varié depuis 1924. Nous espérons que, comme d’habitude, ils voudront bien remplir cette petite formalité avec le sourire car ils savent que leur argent a été judicieusement employé et qu’ils ont contribué à faire de Ronce, qui n’était rien au début, ce qu’il est actuellement. Mais en dehors de cette catégorie il en existe une autre malheureusement assez nombreuse qui n’a jamais été sollicitée et qui ignore les services qu’a rendus le S.I. et qu’il continue à rendre. Cette catégorie comprend les nouveaux propriétaires et les nouveaux commerçants, parfaitement excusables d’ailleurs. Nous les prions de vouloir bien lire le discours prononcé par le Président du S.I. à la réunion générale de 1937 et nous sommes certains que la lecture de ce document les éclairera suffisamment pour que d’eux-mêmes ils sollicitent leur adhésion au S.I. qui se fera un plaisir de les compter parmi ses nouveaux membres. »

Mesdames, Messieurs,

« C’est pour la 16ième fois que j’ai l’honneur de présider aujourd’hui la réunion générale du Syndicat d’Initiatives. Sa fondation date en effet du 23 avril 1921. Le temps qui travaille pour Ronce-les-Bains, travaille aussi, mais en sens inverse, pour mes collaborateurs et moi. Nous disparaîtrons donc tous dans un temps plus ou moins rapproché et il serait peut-être difficile à ce moment-là de pouvoir apprécier exactement le rôle joué par le Syndicat d’Initiatives, dans le développement de la station. Voilà pourquoi je veux vous parler aujourd’hui un peu plus longuement en toute franchise et avec le seul souci d’être le plus précis possible dans l’exposé des faits dont je vais vous entretenir.

Si par obligation ou même par simple curiosité vous alliez à la Mairie de La Tremblade consulter le cadastre, vous seriez très étonnés de constater que Ronce-les-Bains, n’y figure que sous la forme d’une grande feuille jaune indiquant un terrain sablonneux sans route ni construction. Ce plan cadastral porte la date de 1815.

Mais si maintenant vous jetiez un coup d’œil sur le nouveau plan qui vient à peine d’être achevé, vous seriez très étonnés d’y voir figurer une ville avec ses avenues, ses places et 50 constructions.

Je n’ai pas la prétention de dire que c’est là l’œuvre exclusive du Syndicat d’Initiatives car bien avant lui les Perraudeau de Beaufief, les Brochard, Baillot d’Estivaux, Favier Belle, Sanchez et quelques autres, avaient pressenti l’avenir et fait de très louables efforts pour développer ce coin de la côte si privilégiée par son exceptionnelle situation. Malheureusement leur succès fut relatif et en 1921 50 à 60 chalets à peine, ouverts seulement pendant la saison, composaient toute l’agglomération. Ronce était menacé de disparaître comme autrefois son aïeule, la ville d’Anchoine dont il occupe précisément la place.

Le premier Syndicat d'initiatives

Le premier Syndicat d'initiatives

Le Syndicat d'initiatives bâti sur une parcelle de la Place Brochard

Le Syndicat d'initiatives bâti sur une parcelle de la Place Brochard

Le Syndicat d’initiatives. Sa création.

C’est à ce moment critique qu’apparut le Syndicat d’Initiatives. Le 10 juillet 1914 dans une réunion tenue au Grand-Chalet, un certain nombre de personnes dont j’eus l’honneur de faire partie, décidèrent de mettre en commun leurs efforts, pour essayer de galvaniser cette malheureuse ville, sur le point d’expirer. Mais la guerre survint, dispersant la société à peine formée et l’obligeant à abandonner momentanément le projet. Ce n’est que lorsque le calme fut revenu qu’il fut repris, le 23 avril 1921. C’est à cette date que fut constitué le Syndicat d’Initiatives dont vous faites partie aujourd’hui. Une réunion préparatoire eut lieu à laquelle prirent part : MM Daniel, Bargeaud Léonce, Bazin, Bruneau, de Saint-Martin, Chaillé Auguste, Bargeaud Jean, de Blandinières, Brisson, Jagou, Mabereau fils, You René, Chatelier, Riffaud, Gaudit Emile, Goulé, Levêque, Frahier et Jarno.

Le bureau fut ensuite constitué de la manière suivante :

Président : Daniel

Vice-présidents : Gobeau, de Saint-Martin

Trésorier : Bargeaud Léonce

Archiviste : Bargeaud Jean

Secrétaire : Auguste Chaillé

Secrétaire adjoint : Léon Jagou

Membres du conseil d’administration : Brisson, Bazin, de Bethmann, Chatelier, Mabereau, Dières Monplaisir.

La cotisation fut fixée à 20frs.

Le Syndicat d’Initiatives comptait donc à l’origine 23 membres actifs. Il n’avait que 460frs total des cotisations pour toute fortune, aucun espoir de subvention et comme logement, la rue. C’est avec ses maigres ressources qu’il devait faire face à toutes les obligations qui allaient s’imposer à lui. Il est indéniable aujourd’hui que le succès a dépassé les espérances, mais au prix de quels efforts, de quels dévouements et de quelle persévérance. C’est ce que la suite de mon discours va vous expliquer.

Les voies de communication

La première question à envisager était la question des voies de communication. Les unes étaient à améliorer, les autres à créer de toute pièce. On accédait à Ronce seulement par la voie ferrée Saujon-La Tremblade prolongée par un service de voiture La Tremblade- Ronce. Voyons dans quelles conditions s’effectuait ce parcours. Le train mettait pour parcourir la distance Saujon-La Tremblade, soit 20kms, une heure et demie au minimum. On raconte même que le mécanicien du train dont la femme tenait un café avec bal en face de la station de Chaillevette prolongeait ses arrêts plus longtemps qu’il n’était prescrit par le règlement, de manière non seulement à distraire les voyageurs, mais aussi à augmenter les recettes de son établissement. A l’arrivée de La Tremblade un simple landau très inconfortable et attelé d’une mauvaise carne vous recueillait et vous transportait à Ronce par la route. Inutile de dire que le retour s’effectuait dans les mêmes conditions.

Des démarches nombreuses furent faites auprès de la Compagnie des chemins de fer de l’Etat pour améliorer cet état de choses mais celle-ci répondit par la voie de son administration en faisant des objections financières, explicables à ce moment là et fit comprendre qu’en définitive, seuls les transports d’huîtres présentaient pour elle de l’intérêt. Nous comprîmes alors que nous n’obtiendrions rien de la Compagnie concernant nos demandes. Je dois dire cependant, qu’avec une exquise politesse et pour atténuer l’amertume de ce refus, on nous fit espérer que des autorails rapides pourraient être mis en circulation dans un délai assez rapproché. Ces autorails, nous les avons attendus et vous les attendrez probablement longtemps encore.

Camille Daniel,l'infatigable promoteur de Ronce entre les deux guerres
Convoi d'huîtres

Convoi d'huîtres

Le tramway de Royan.

Ce début fut donc un insuccès complet.C’est alors que nous songeâmes à nous adresser à la société des Tramways de Royan.-les lignes d’autobus n’existaient pas encore- de manière à faciliter l’accès à Ronce par Royan-La Grande Côte et La Grande Côte-Ronce- les-bains. Là encore, les négociations semblaient difficiles. Les administrateurs avaient toujours considéré que toute exploitation de leur ligne la Grande Côte-Ronce ne pouvait qu’être déficitaire et ils en avaient concédé l’exploitation à un entrepreneur qui amenait les excursionnistes jusqu’au Galon d’Or et de là, les embarquait pour l’île d’ Oléron. Une fois de plus Ronce était laissé de côté. A tout prix il fallait y remédier. Un nouvel administrateur venait d’être nommé, M. Sapin, très homme d’affaires, très audacieux, et ne reculant devant aucun progrès. Il accepta d’entrer en pourparlers, défendit âprement comme c’était un devoir, les intérêts de sa Société et l’affaire fut conclue aux conditions suivantes :

1) Mr. Daniel paierait de ses deniers la tranchée de la forêt qui aboutit sur la route de Ronce-les-Bains à La Tremblade, soit 2800frs

2) Il autoriserait le passage de la voie sur sa propriété et sur la route lui appartenant qui va de la route de La Tremblade à la route actuelle.

3) Il donnerait en pleine propriété à la Société des tramways, pour y établir la gare, 4000m² de terrain estimés 20frs le mètre.

En échange, le Tramway s’engageait à venir pendant les trois mois de saison au moins deux fois par jour. Les conditions étaient draconiennes, mais à prendre ou à laisser. Elles furent acceptées et l’acte passé devant Maître Bargeaud, notaire à La Tremblade.

Camille Daniel,l'infatigable promoteur de Ronce entre les deux guerres
Camille Daniel,l'infatigable promoteur de Ronce entre les deux guerres
Camille Daniel,l'infatigable promoteur de Ronce entre les deux guerres
28 juin 1924, inauguration de la ligne du tramway de Ronce

28 juin 1924, inauguration de la ligne du tramway de Ronce

Ce pénible succès obtenu, il restait à détruire l’accusation portée contre Ronce de n’être qu’un « cul de sac », ce qui était du reste la vérité. Une seule solution s’offrait : ouvrir un débouché par la mer, solution évidemment simpliste mais grosse de difficultés pécuniaires. Il ne pouvait être question de faire appel à la caisse du Syndicat et la plage étant extrêmement plate nécessitait pour l’accostage un appontement d’une grande longueur par conséquent d’un prix assez élevé. Il fut alors décidé qu’un appel serait fait aux membres du Syndicat pour constituer une Société anonyme qui serait absolument indépendante du Syndicat d’Initiatives. Deux cent cinquante actions furent émises et rapidement couvertes. C’est dans ces conditions que fut construit l’appontement. Le service des passagers fut assuré d’abord par un bateau pris en location, ce n’est que plus tard que la société, devant le nombre croissant des passagers, émit 350 obligations pour faire l’achat du bateau actuel. La situation financière de cette Société est actuellement assez florissante, grâce à la gestion gratuite des administrateurs, grâce aussi aux souscripteurs de la première heure, j’entends par là, des actionnaires, qui acceptèrent de ne toucher que de très rares dividendes

Embarcadère d'une longueur de 300 mètres environ

Embarcadère d'une longueur de 300 mètres environ

Camille Daniel,l'infatigable promoteur de Ronce entre les deux guerres
Camille Daniel,l'infatigable promoteur de Ronce entre les deux guerres

Pour en terminer avec les moyens de communications, il me reste à parler des routes pour la réfection desquelles le Syndicat d’Initiatives insista souvent auprès de l’administration des Ponts et Chaussées. Aujourd’hui ont été entièrement refaites les routes de Saujon-La Tremblade, de La Tremblade à Ronce, et enfin l’Avenue Gabrielle, cette dernière par la Commune.

Route de La Tremblade à Ronce

Route de La Tremblade à Ronce

Les voies d’accès étant préparées, il s’agissait maintenant de mettre un peu d’ordre dans la station afin de recevoir les touristes éventuels. A cet effet, le Syndicat d’Initiatives décida d’appointer un nettoyeur d’allées et un garde, afin d’assurer l’ordre. Quarante bancs furent placés sur les différentes avenues, ainsi qu’une balustrade le long de la place Brochard. Un projet de kiosque à musique sur la même place échoua, la Municipalité d’alors ayant contesté au Syndicat le droit de construire sur un terrain dont elle revendiquait la propriété. Ce fut là l’origine d’un premier théâtre de la Chaumière sur lequel nous reviendrons au chapitre des distractions.

 Le  jour du 14 juillet. Au second plan, la place Brocard fermée par une balustrade

Le jour du 14 juillet. Au second plan, la place Brocard fermée par une balustrade

L’Hôtellerie et les restaurants.

Mais il ne suffit pas d’attirer les touristes, il faut encore les recevoir convenablement, c'est-à-dire, avoir le nécessaire pour les loger, les nourrir et les distraire, en un mot pour leur rendre le séjour agréable. Nul n’ignore que le problème de l’hôtellerie et du tourisme, sont étroitement liés. J’aborde ici, Messieurs, le point le plus délicat de mon discours, car je suis obligé de me mettre en cause personnellement, mais ceci est nécessaire pour expliquer le développement de Ronce. Au moment où se place mon exposé, la situation hôtelière était la suivante. Le Grand-Chalet qui changeait constamment de propriétaires ne disposait que d’un nombre très restreint de chambres et présentait un état de délabrement lamentable. Le Grand-Hôtel, malgré son aspect de caserne aurait pu, à la rigueur, servir de logement provisoire, mais son propriétaire, devant les prétentions du fisc se refusait à l’ouvrir. Enfin les nombreuses pensions de familles et restaurants qui se sont ouverts depuis n’existaient pas.

Terrasse du Grand Chalet donnant sur la mer

Terrasse du Grand Chalet donnant sur la mer

Camille Daniel,l'infatigable promoteur de Ronce entre les deux guerres

C’est alors que je me décidai à faire bâtir : 1) le restaurant actuel de La Chaumière, 2) l’Hostellerie de Saintonge, 3) les magasins au nombre de 13, qui forment le rond-point de l’allée Gabrielle et de la place Brochard, 4) l’avenue appelée improprement avenue de la Chaumière, et dénommée à l’origine Boulevard de la Mer créant ainsi l’équipement que je jugeais indispensable au développement de Ronce.

Sans vouloir entrer dans les détails, je puis dire que, les magasins mis à part, cette initiative ne me causa que des déboires au point de vue financier d’abord et surtout au point de vue moral. Je n’insisterai pas d’avantage sur ce point, mais ce fut la raison dominante qui m’empêcha de poursuivre l’exécution d’un plan beaucoup plus étendu, et destiné, dans mon esprit, à donner à Ronce une extension considérable.

J’ai hâte d’en finir avec mes interventions personnelles et je vous signalerai seulement que j’ai fait bâtir la Poste actuelle et vendu à la commune de La Tremblade 3000 m² de terrain à raison de 1fr le mètre carré, à la condition express qu’il y serait bâti une école publique.

Je reviens donc avec plaisir sur le terrain syndical sur lequel je me sens, croyez-le, beaucoup plus à l’aise.

Camille Daniel,l'infatigable promoteur de Ronce entre les deux guerres
L'Hostellerie de Saintonge, avenue de Saintonge en 1939

L'Hostellerie de Saintonge, avenue de Saintonge en 1939

Autre cliché de L'Hostellerie bâtie sur la dune

Autre cliché de L'Hostellerie bâtie sur la dune

Les treize cases des nouveaux magasins

Les treize cases des nouveaux magasins

 L'école primaire ouverte en 1938

L'école primaire ouverte en 1938

Le syndicat

Le syndicat, régulièrement constitué et affilié à la fédération des Syndicats, était maintenant obligé de trouver un logement, si modeste fût-il mais en rapport avec ses ressources. Ce fut d’abord une cabane en bois construite sur un terrain appartenant à M. Valdès, touchant à la confiserie actuelle « A la marquise d’Anchoine ». Pour en diminuer le prix de location, pourtant modeste, la moitié fut sous-louée à un coiffeur qui donnait, entre deux barbes, quelques renseignements. Mais cette situation d’attente ne pouvait durer, et le Syndicat décida de se mettre dans ses meubles. La Commune voulut bien concéder sur la place Brochard, un emplacement de 5m x 4m, à la condition qu’en cas de dissolution, le terrain et la construction lui reviennent en pleine propriété.

C’est sur ce terrain que fut édifié le bâtiment actuel par les soins de Mr Mesnard, entrepreneur à La Tremblade, au prix forfaitaire de 5000frs. Le bureau possède aujourd’hui tout le matériel nécessaire, matériel qui est la propriété du Syndicat : tables, chaises, armoires, bascule médicale, téléphone (à la disposition du public), horloge publique, poste de secours. Pendant les périodes nécessaires, c'est-à-dire à Pâques et pendant les mois de juin, juillet, août et septembre, une employée, la plupart du temps assistée d’un membre du Conseil d’administration, se tient à la disposition des touristes, pour leur donner tous renseignements utiles en ce qui concerne les horaires des trains, trams, bateaux, etc… Enfin, une bibliothèque comprenant, outre le bottin, les différents opuscules qui concernent les stations de France, peut être consultée par eux.

En 1937, le Syndicat a répondu à plusieurs centaines de lettres de demandes de tous ordres. Disons aussi qu’en 1925 l’Exposition Internationale de tourisme de Grenoble lui décernait un Diplôme de Médaille d’Or, bien qu’il n’eût pas encore l’importance qu’il a aujourd’hui. Le Syndicat d’Initiatives est le centre de tous les moyens de transport et il a obtenu, cette année, que la gare des Chemins de Fer de l’Etat, dont l’administration demandait la suppression, soit non seulement maintenue, mais encore rebâtie derrière le syndicat, assurant ainsi la cohésion de tous les services en un point central.

A droite, la pâtisserie confiserie A la marquise d'Anchoine

A droite, la pâtisserie confiserie A la marquise d'Anchoine

Camille Daniel,l'infatigable promoteur de Ronce entre les deux guerres

La poste

Il faut encore reporter à l’actif du Syndicat l’histoire de la Poste. Elle vous le montrera aux prises avec l’administration des Postes et l’administration municipale. A l’origine, Ronce-les-Bains ne possédait qu’une simple cabine téléphonique, située dans un petit bâtiment à l’extrémité de l’avenue Gabrielle, bâtiment qui fut occupé pendant la guerre par des prisonniers allemands. Comme elle devenait insuffisante, le Syndicat songea à s’adresser à la commune en la personne de son Maire, afin d’avoir un logement convenable. Ce maire aujourd’hui décédé et que tout le monde reconnaitra à la franchise de son langage fit la réponse suivante : « Je m’en f…si vous voulez une poste, vous n’avez qu’à vous la payer… » Il n’y avait donc rien à espérer de ce coté. On se retourna alors vers l’administration des Postes qui fit dans une forme un peu plus courtoise, la même réponse. Je reconnus alors que le Maire avait raison. Je bâtis donc la Poste actuelle et pendant quatre ans ce fut le Syndicat qui paya :

1) les frais de loyer

2) le salaire de l’employée, et ce qui paraît encore plus extraordinaire, le Syndicat dut faire à l’Etat, l’avance des appareils nécessaires au service soit 1600frs. Cette charge énorme pour son maigre budget ne pouvait continuer à être supportée par lui. Il fit d’énergiques réclamations qui ne trouvèrent pas d’écho, la Commune et l’Administration se rejetant la balle.

Aujourd’hui la Poste de Ronce-les-Bains a 35 abonnés au Téléphone, l’Administration ne paye pas de loyer, l’employée n’a pour tout salaire que le bénéfice de ses remises, mais en revanche l’Administration perçoit le bénéfice des abonnements, celui des communications et des opérations postales et cela, sans bourse délier. Et l’on dit que l’Etat n’est pas commerçant !

La première des trois postes de Ronce qui n'en a plus

La première des trois postes de Ronce qui n'en a plus

La publicité

Abandonnons maintenant ce sujet pour aborder celui de la publicité.Nous avons publié un premier guide qui fut rapidement épuisé, puis un second qui ne tardera pas à l’être. Ces guides sont envoyés chaque année en nombre imposant à toutes les Associations de tourisme et aux principaux Syndicats d’Initiatives de France. Leur action a été incontestablement très efficace. Nous avons fait de la publicité dans les grands périodiques touristiques, le Grand Tourisme, la France Touristique, le Guide Alix, et divers autres, enfin, dans la presse locale, chaque fois que l’occasion s’est présentée. Un triptyque a figuré longtemps à la gare St-Lazare et nous sommes représentés par de très belles photographies à l’Exposition de 1937 (pavillon du Tourisme) Enfin je rangerai au point de vue publicitaire le grand banquet qui fut offert au Congrès des Syndicats d’Initiatives dans une salle privée du Grand Hôtel. Le menu ne comprenait ni viandes ni légumes mais bien toutes les espèces de coquillages qui peuvent se consommer sur la Côte d’Argent, exactement 28, tous les crustacés, de la langouste au vulgaire crabe, ainsi qu’une grande variété de poissons. Ce menu original fut très apprécié et son caractère de régionalisme intense laissa dans l’esprit des convives, un souvenir qui dure encore à l’heure actuelle. Y assistaient Mr William Bertrand, actuellement Ministre, Mr. le Préfet de la Charente, Mr le Sous-Préfet de Rochefort, l’Administrateur de la Marine, ainsi qu’un grand nombre de présidents des fédérations des Syndicats d’Initiatives de France qui, dans leurs régions respectives, parlèrent de la réception qui leur avait été faite dans des termes très chaleureux. Ainsi le nom de RONCE-LES-BAINS commença à se répandre. Il suffit maintenant de mettre dans n’importe quel bureau de Poste une lettre portant simplement la mention Ronce-les-Bains pour qu’elle arrive sûrement à destination.

Fêtes et Concerts

Nous avons parlé plus haut du refus par la commune de laisser construire un kiosque sur la place Brochard. On décida alors que ce kiosque serait bâti sur un terrain privé. L’emplacement se trouvait en face du restaurant appelé actuellement « La Chaumière » et on y donna pendant la saison un certain nombre de concerts avec l’orchestre Rampnoux auquel se joignirent quelques amateurs bénévoles.

En présence des succès obtenus, devant l’insuffisance du nombre de places et l’exiguïté de la scène, il fallut aviser. C’est alors que naquit la véritable Chaumière, derrière la Poste actuelle. Ceux qui fréquentèrent Ronce à cette époque ont encore le souvenir de ce charmant petit théâtre de style rustique, où furent représentés : opéras-comiques, comédies, et où furent données des fêtes extrêmement brillantes. Malheureusement les matériaux employés à sa construction étaient fragiles et il ne put résister à quatre hivers successifs. Il a aujourd’hui complètement disparu. C’est à l’initiative du Syndicat qu’est due la fête des Ecaillères, la joyeuse cavalcade composée de 56 femmes habillées en Saintongeaises, qui parcourut en 18 voitures automobiles le littoral de la mer, de la Grande Côte à Saint-Georges, les kermesses sur la place Brochard, etc... Enfin, toute la série de réunions ayant un caractère sportif, rallyes automobiles organisés avec le concours de l’auto-club de la Charente-Inférieure, gymkhanas automobiles, courses de lenteur pour motocyclettes, courses de vélos, courses à pied, enfin séances d’aviation. J’ajouterai qu’il a toujours subventionné les associations qui, en dehors de lui ont voulu organiser des fêtes ou compétitions quelconques. Je citerai, comme exemple, le Comité des fêtes auquel il alloue chaque année une somme de 1000frs.

Pendant quatre années,un large public a assisté aux spectacles donnés au théâtre de La Chaumière

Pendant quatre années,un large public a assisté aux spectacles donnés au théâtre de La Chaumière

La troupe des Rigolards s'est souvent produite à La Chaumière

La troupe des Rigolards s'est souvent produite à La Chaumière

La fête des Ecaillères

La fête des Ecaillères

Kermesse. Au centre on reconnaît François de Saint Martin

Kermesse. Au centre on reconnaît François de Saint Martin

Avant de terminer, Messieurs, ce long exposé, et vous avoir montré par quels efforts nous sommes arrivés au magnifique résultat que vous pouvez constater, j’ai le regret de dire que 120 membres seulement font partie du Syndicat d’Initiatives. Or, comme je l’ai dit plus haut, nous avons actuellement 504 constructions contrôlées par le service du cadastre. Il y a donc 375 propriétaires qui bénéficient de toutes les améliorations apportées par le Syndicat d’Initiatives, sans lui venir en aide personnellement ou pécuniairement. Cela paraît inadmissible et pourtant cela est. Nous pourrions les atteindre par la taxe de séjour et nous nous y sommes toujours opposés dans l’intérêt même de Ronce.

Nous n’aimons pas la coercition ; nous nous adressons seulement à leur conscience et à leur intérêt. Nous avons eu des moments difficiles et nous sommes arrivés à les surmonter grâce aux membres qui nous sont toujours restés fidèles. Qu’ils me permettent aujourd’hui de les en remercier publiquement. Parmi ceux-ci, nombreux sont ceux qui n’avaient aucun intérêt à le faire. Ils n’en ont eu que plus de mérite. Je remercie aussi les membres du Conseil d’administration pour leur attachement et pour les précieux conseils qu’ils m’ont donnés.

Liste des membres du Syndicat d’Initiatives en 1937.

Alamigeon, Audoin, Bargeaud Léonce, Boire, Bonnaud, Bély, Bargeaud Jean, Bellaygue, Bodit fils, de Blandinières, Bonnaventure Roger, Ballat, Brèthes, Bodit mère, Breuil vins, Birolleau tailleur, Coudin Albert, Cogit, Crédit de l’Ouest, Crédit commercial, Chaillon photo, Cheymol, Chagnoleau agence, Comptoir d’Escompte, Clergeau, Couquiaud Mosty, Camus, Chiron, Chagnoleau Georges, de la Debuterie, Desbordes Etienne, Deslandes, Daniel Camille, Mme Daniel, Daniel Jacques, Desbrosse, Mme Desbrosse, Dubreuil, Durand René, Docks des Charentes, Dières Monplaisir Joseph, Dandonneau, Dalidel, Enaux, Favier Henri, Mlle Favier, Fuchs Jean, Fourcade docteur, Frahier Fernand, Frahier Eole, Fortin, Fantoulier, Favier Eugène, Gaudit Emile, Mme Gaudit, Gillet, Goulé entrepreneur, Gaboriau et Grolleau, Gobeau, Guériteau, Guyon charcutier, Gouraud, Goulé fils, Haumier, Hérault, Mme Hérault, Mme Vve Hérault, Ingrand Louis, Jagou, Jouhaneau, Mlle Yung, Karoleiwicz, Lopez, Lavarda, Loreau, Lécuroux, de Luze, Louis Emile, Louis Gaston, Laval, Marsat, Maisonneuve, Mennerat, Monin, Mallet père, Marquette Paul, Mallet mère, Mandon, Mlle Maurisset, Mr Moreau Royan, Morel Saint-Georges, Marquet, Nadaud Dagand, Pompignac, Piochaud, Phelipeau André, Pistre, Pinard Jules, Pierre épicier, Proust, Prignaud, Plomelle, Photo Jane, Rietman, Renaud Jasmin, Rideau, Rouquette, Rousseau, Rzewuska, Rollier, Mme Rouquette, Royer, Rajaud, Soubise, Steyger Emile, Séchère, Tallieu, Thévenin Chaux, Turpeau boulanger, Touchard, Troubat, Vaurigaud, Vincent, Mr et Mme You Maurice, Yvon.

Je termine, Messieurs, ce long exposé qui relate les événements tels qu’ils se sont passés dans la période qui s’est écoulée de 1921 à 1937. Ronce deviendra peut-être une grande ville et la lecture de ces documents permettra d’en connaître exactement les origines et c’est là, Messieurs, le but de mon discours.

C. DANIEL

Président du Syndicat d’initiatives

NB – Au cours de l’exposé ci-dessus, j’ai peut-être un peu insisté sur le peu d’assistance que le Syndicat d’Initiatives avait reçu de La Tremblade, ce fut exact au début, mais depuis, la situation s’est heureusement modifiée. La subvention qu’elle accordait au Syndicat d’ Initiatives est passée de 0 à 500, 500 à 1000 et 1000 à 1500frs.

C’est à la commune que nous devons la réfection de l’allée Gabrielle, l’eau et l’électricité. Enfin elle a voté les crédits nécessaires pour la construction de l’école publique, qui est actuellement commencée et entrera en fonction en 1938. Il convient donc de la remercier pour ces améliorations qui ont une importance capitale pour l’ avenir de Ronce-les-Bains.

Le nouveau syndicat, été 1979

Le bâtiment abritant le Syndicat d’initiatives, devenu inapproprié et menaçant ruine, on décida de le restaurer. Voici le jugement porté par le correspondant de presse Michel Grelon sur sa remise en état : « Les commentaires n’en finissent pas sur cette initiative jugée généralement peu heureuse qui a consisté à plaquer une façade de décor sur l’ancien chalet du syndicat. Certains comparent l’ensemble à un saloon d’un mauvais western, d’autres lui trouvent un relent de glace à la pistache victime des grosses chaleurs de ces derniers jours. Seuls sont vraiment satisfaits les puristes de l’orthographe qui voient disparaître un S fautif depuis l’origine puisque la règle veut qu’un syndicat n’ait qu’une initiative.

Si l’agréable est difficile à déceler, du moins reste-t-il l’utile. A cet égard le syndicat d’initiative de Ronce, que l’on trouve sa nouvelle mise laide ou belle, joue bien son rôle. Informations fournies par l’hôtesse, renseignements inscrits sur les tableaux extérieurs et renouvelés chaque jour, dépliants et prospectus, sont appréciés des nouveaux venus. »

Le Syndicat d'initiative relooké

Le Syndicat d'initiative relooké

Cette réfection du Syndicat d’initiative montre rapidement ses limites. Une décennie plus tard, force est de constater qu’il faut le raser et construire en lieu et place un bâtiment en dur digne de ce nom pour accueillir des touristes de plus en plus nombreux. C’est l’édifice actuel qui date d’une vingtaine d’années. Le Syndicat d’initiative est devenu par décision préfectorale un Office de Touriste Syndicat d’Initiative, « O.T.S.I » administré par des professionnels.

Une page se tourne  après 70 ans de bons et loyaux services

Une page se tourne après 70 ans de bons et loyaux services

Le nouvel Office de tourisme bâti au début des années 90

Le nouvel Office de tourisme bâti au début des années 90

L'office de tourisme en 2014

L'office de tourisme en 2014

Il est bien loin le temps où le docteur Brochard, l’un des premiers à contribuer à l’essor de Ronce d’une façon significative, avait, dans les années 1880, émis l’idée pour fédérer les énergies de créer une espèce d’association nommée Compagnie d’initiatives qui, en 1894, s’appela Sociétés d’initiatives. Celle-ci jeta les bases de la naissance du Syndicat d’initiatives voulu par Camille Daniel et une vingtaine de personnes le 23 avril 1921. Brochard l’a rêvé, Daniel l’a fait

Le docteur Brochard a obtenu très tôt la notoriété si bien que la place la plus emblématique de Ronce porte son nom. Mais il fallut attendre de nombreuses années pour reconnaître les mérites de Camille Daniel et pour qu’une partie de l’avenue de la Chaumière soit rebaptisée pour porter le sien.

Ce tronçon de l'avenue de la Chaumière s'appelle désormais avenue Camille Daniel

Ce tronçon de l'avenue de la Chaumière s'appelle désormais avenue Camille Daniel

Ce dernier résonne désormais sur une avenue, certes des plus courtes - de la place Brochard aux feux tricolores-mais des plus fréquentées.

Avec le docteur Brochard pour initiateur et Camille Daniel pour concepteur, Ronce-les Bains peut s’enorgueillir d’avoir eu, à des périodes différentes, des hommes d’exception à son service.

Daniel Chaduteau

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3 juillet 2014 4 03 /07 /juillet /2014 16:04

Nous invitons les amoureux de Ronce et de voitures anciennes à une balade dans les avenues et les allées de cette station balnéaire. Ces véhicules du début du siècle jusqu'aux années soixante dix offrent un échantillon de la production automobile française et étrangère.

Pour cette courte escapade, nous partirons de La Tremblade, pour rejoindre l'entrée de Ronce en empruntant successivement l'avenue de la Chaumière, l'avenue Camille Daniel, l'avenue Gabrielle que nous remonterons jusqu'au Grand Chalet, l'avenue de la Cèpe, l'avenue de Saint Martin, l'avenue de Beaupréau et l'allée d 'Aunis.

En voiture Simone

En voiture Simone

Citroën trèfle et trèfle B14 coupé landaule

Citroën trèfle et trèfle B14 coupé landaule

Camping Mon désir. Opel Capitan , Peugeot 403 (Années 60)

Camping Mon désir. Opel Capitan , Peugeot 403 (Années 60)

Entrée de Ronce. Simca 1100  (Années 70)

Entrée de Ronce. Simca 1100 (Années 70)

Entrée de Ronce. Renault 6 (Années 70)

Entrée de Ronce. Renault 6 (Années 70)

Avenue de la Chaumière devant le premier bureau de  poste. Renault nn 1925

Avenue de la Chaumière devant le premier bureau de poste. Renault nn 1925

Devant la Chaumière. Charrette  et Renault KZ  (Années 30)

Devant la Chaumière. Charrette et Renault KZ (Années 30)

Avenue Camille Daniel. Peugeot 202 décapotable (Années 40)

Avenue Camille Daniel. Peugeot 202 décapotable (Années 40)

 A suivre... L'avenue Gabrielle

A suivre... L'avenue Gabrielle

Peugeot (Années 20)

Peugeot (Années 20)

A gauche, devant le syndicat d'initiative, bus et Citroën Trèfle ( Années 30)

A gauche, devant le syndicat d'initiative, bus et Citroën Trèfle ( Années 30)

Devant le Bordeaux. Triporteur TN 1953 et Simca P 60

Devant le Bordeaux. Triporteur TN 1953 et Simca P 60

Renault prairie, 203 Peugeot et Deux- chevaux camionnette

Renault prairie, 203 Peugeot et Deux- chevaux camionnette

Devant le Petit Ronce. Peugeot 104 et Matra M 530  (Années 70)

Devant le Petit Ronce. Peugeot 104 et Matra M 530 (Années 70)

Bus Renault capot Alligator (Années 30)

Bus Renault capot Alligator (Années 30)

Citroën moteur flottant (Années 30)

Citroën moteur flottant (Années 30)

Devant le magasin de souvenirs Guériteau, 203. Au fond, Juva 4 Renault et Traction  (Années  50)

Devant le magasin de souvenirs Guériteau, 203. Au fond, Juva 4 Renault et Traction (Années 50)

Devant la seconde poste de Ronce,  4 chevaux Renault et derrière, deux Panhard PL 17

Devant la seconde poste de Ronce, 4 chevaux Renault et derrière, deux Panhard PL 17

Ariane (Années 60) en face de l'épicerie Coudin

Ariane (Années 60) en face de l'épicerie Coudin

Devant le magasin d'articles de plage, Peugeot 404 breack et DS Citroën (Années 60)

Devant le magasin d'articles de plage, Peugeot 404 breack et DS Citroën (Années 60)

En face de la boulangerie Renaudin, 4 chevaux (Années 60)

En face de la boulangerie Renaudin, 4 chevaux (Années 60)

En face du marché de la place des Roses, 2 chevaux (Années 60)

En face du marché de la place des Roses, 2 chevaux (Années 60)

En face de la villa Les Tilleuls, Matford caisse Chausson 1930

En face de la villa Les Tilleuls, Matford caisse Chausson 1930

Devant la villa Les Mouettes, Torpedo Peugeot (1925)

Devant la villa Les Mouettes, Torpedo Peugeot (1925)

Devant Le Grand Chalet,Torpedo Zèbre (Années 10)

Devant Le Grand Chalet,Torpedo Zèbre (Années 10)

En face des Bains du Grand Chalet, Torpedo Charron (Années 20)

En face des Bains du Grand Chalet, Torpedo Charron (Années 20)

A suivre...Avenue de La Cèpe, Avenue de Saint Martin, Avenue de Beaupréau et Allée D'Aunis

A suivre...Avenue de La Cèpe, Avenue de Saint Martin, Avenue de Beaupréau et Allée D'Aunis

Brasier carosserie tonneau (Années 10)

Brasier carosserie tonneau (Années 10)

Devant le Grand Chalet, Peugeot 403 familiale (Années 60)

Devant le Grand Chalet, Peugeot 403 familiale (Années 60)

Devant la plage de La Cèpe, Traction Citroën et Peugeot 402 (Années 30)

Devant la plage de La Cèpe, Traction Citroën et Peugeot 402 (Années 30)

Dans le camping de La Cèpe, 4 chevaux et Dauphine (Années 50)

Dans le camping de La Cèpe, 4 chevaux et Dauphine (Années 50)

Devant Le Clair de Lune,Renault KZ (Années 30)

Devant Le Clair de Lune,Renault KZ (Années 30)

En face de la 3ème poste de Ronce, devant La Vieille Auberge, Dauphine et 403 familiale (Années 60)

En face de la 3ème poste de Ronce, devant La Vieille Auberge, Dauphine et 403 familiale (Années 60)

Allée d'Aunis,  2 chevaux (Années 60)

Allée d'Aunis, 2 chevaux (Années 60)

Photo bonus. Avenue Gabielle, deux vélocars devant le garage Mallet qui vient d'être rasé

Photo bonus. Avenue Gabielle, deux vélocars devant le garage Mallet qui vient d'être rasé

Fin du Rallye promenade

Fin du Rallye promenade

Daniel Chaduteau

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3 février 2014 1 03 /02 /février /2014 17:26

Nombreux sont ceux qui ont lu le roman de l’américaine Louisa May Alcott publié en 1868 et plusieurs fois adapté au cinéma, Les quatre filles du docteur March. Ce livre raconte l’histoire de quatre sœurs issues de la classe moyenne américaine pendant la guerre de Sécession.

Pourquoi évoquer ce roman dans un blog consacré à Ronce les bains ? A priori aucune similitude. Pourtant une famille qui a passé la majeure partie de sa vie à Ronce a acquis comme celle du docteur March une certaine notoriété en raison de son nom universellement connu, de sa progéniture atypique, et de ses activités commerciales variées. C’est ainsi que Trembladais, Ronçois et estivants se souviennent encore de Mr et Mme Chopin et de leurs six filles. Rencontre avec deux d’entre elles, Maryvonne et Françoise qui ont accepté de relater les grands moments de leur passé familial.

Famille Quantin, famille Chopin : les rencontres

Leur grand-père maternel nommé Louis Quantin né à La Tremblade en 1883 est une figure locale . Cet homme de caractère, fils de François Quantin et de Virginie Musseau, a une voix de ténor qui porte. A la fin des repas avec sa sœur Thérèse, il adore chanter des airs d’opéra et ne manque pas de talent.

Avant la première guerre mondiale, il fait la connaissance à Ronce les Bains d’une jeune fille, Marie- Louise Lazare, originaire de Beauvais. Elle travaille comme femme de chambre pour une famille logeant dans une des belles maisons côtières de la station balnéaire. Louis l’épouse.

   Photo de mariage célébré à Beauvais de Mr et Mme Louis Quantin

Photo de mariage célébré à Beauvais de Mr et Mme Louis Quantin

Mon désir: la partition parfaite de la famille Chopin

Sa femme met au monde René et Odette. (Photo ci-contre). Louis se porte acquéreur à La Tremblade dans les années 20 de l’Hôtel des bains qu’il rénove puis devient propriétaire d’un café restaurant avenue Gabrielle à Ronce.

Mon désir: la partition parfaite de la famille Chopin
                         A droite, l'Hôtel des bains au début du siècle dernier

A droite, l'Hôtel des bains au début du siècle dernier

Mon désir: la partition parfaite de la famille Chopin

Leur fille Odette est une bonne élève. Elle rejoint à 15 ans le lycée de La Rochelle. A 17 ans elle trouve un emploi de standardiste à Aulnay de Saintonge. Un jour, elle rencontre un jeune dépanneur qui, assis dans une brouette, a du vague à l’âme. Odette éprouve tout de suite de la compassion pour ce jeune homme qui lui avoue que sa petite amie vient de le laisser tomber. Ce jeune homme s’appelle Raymond Chopin. Son père est agriculteur à Saint-Léger. Lui, exerce le métier d’électricien à Saintes mais habite Pons. Souvent il effectue à vélo deux allers-retours soit cent kilomètres pour aller travailler et revenir chez lui se restaurer. Mais cette distance ne lui fait pas peur car toute sa vie durant faire du vélo sera un de ses passe-temps favori. Remarqué pour son agilité à monter aux poteaux, il participe activement à l’électrification de la campagne saintaise. Odette a trouvé des paroles adéquates pour réconforter Raymond. Ils se revoient, s’aiment et décident de se marier à Pons au début des années 30.

                          Les jeunes mariés, Raymond et Odette Chopin

Les jeunes mariés, Raymond et Odette Chopin

Ils ont tous les deux 19 ans. Lui est protestant, elle est catholique. La famille sera protestante. Odette travaille quelque temps à la poste de Pons. De leur union, naissent six filles, Claude en 1932, Gisèle en 1934, Maryvonne en 1936, Françoise en 1943, Rosine en 1946 et Danièle en 1947. Odette reçoit en héritage de son père Louis Quantin un terrain et une maison que lui-même a construite et qu’il a appelée Mon désir.

Toute la famille quitte le logement de Pons pour emménager dans la maison Mon désir à Ronce en 1947. Maryvonne a onze ans, Françoise, quatre. Elle loge dans cette grande maison de six pièces qui comporte aussi une cave voûtée.

               Août 1948. La famille Chopin pose sur le balcon de leur nouvelle maison

Août 1948. La famille Chopin pose sur le balcon de leur nouvelle maison

Les trois plus jeunes sœurs vont fréquenter bien-sûr l’école primaire de Ronce.

           Rosine et Danièle devant l'école primaire de Ronce au début des années 50

Rosine et Danièle devant l'école primaire de Ronce au début des années 50

    Fête de fin d'année dans la cour de l'école. A droite Rosine et Danièle en train de danser

Fête de fin d'année dans la cour de l'école. A droite Rosine et Danièle en train de danser

Des pylônes à la basse-cour.

Mr Chopin, sans doute lassé de voir la vie en haut des pylônes décide de changer de métier. L’ancien électricien se lance dans l’élevage de poulets et de poules pondeuses. Pour sa consommation personnelle, il récolte également le raisin, Le Rayon d’or, de la vigne qui court jusqu’à la route et aussi de succulentes pêches. Cette vigne a causé bien des soucis au grand-père Louis. Pendant l’Occupation allemande, des soldats avaient coutume de chaparder et de déguster des grappes au grand dam de son propriétaire. Pour protéger son bien, Louis aussi courageux qu’inconscient les avait menacés avec son fusil ce qui lui avait valu d’être expulsé manu militari de chez lui.

   Mon désir, maison construite par Louis Quantin. A droite, derrière l'arbre, des rangs de vigne

Mon désir, maison construite par Louis Quantin. A droite, derrière l'arbre, des rangs de vigne

Raymond commence sa nouvelle activité à la fin des années 40. Il prodigue de précieux conseils à Mr Xavier Dières Monplaisir qui s'installe à Ronce quelques années après lui. Sur le vaste terrain qu’il a acheté à Mr Chevet, il construit des bâtiments pour plusieurs centaines de poussins à un jour livrés dans des cartons par le car qui fait office de transporteur.

                                  Un des poulaillers construit par Raymond

Un des poulaillers construit par Raymond

Ces poussins sont élevés en couveuses confectionnées par Raymond en personne. Les quinze premiers jours, chaque membre de la famille surveille à tour de rôle le poulailler pour éviter que les volatiles les plus forts n’agressent les plus faibles. Les enfants en pleine nuit dégustent des sandwiches avec des poussins sur l’épaule. Ce laps de temps écoulé, les petites bêtes jaunes rejoignent le grand bâtiment et retrouvent une litière permanente constituée de paille et surtout de sciure et de copeaux. Mr Déola offre gratuitement et régulièrement les résidus du bois, conditionnés dans des sacs en papier. Ce changement de litière procure une hygiène indispensable et prévient la contamination des volailles. De surcroît, une fois par an, les bâtiments sont nettoyés à la chaux vive.

                                17 mai 1948. Raymond et deux de ses filles

17 mai 1948. Raymond et deux de ses filles

Raymond le factotum d’une entreprise familiale

Raymond invente aussi un entonnoir sécateur qui décapite les poulets. Pour que les poules sur leur perchoir pondent davantage, il se lève, l’hiver, à cinq heures du matin pour allumer l’électricité. Plus tard il installera un programmateur.

                      Françoise et son père donnent à manger aux poules qui vivent en liberté

Françoise et son père donnent à manger aux poules qui vivent en liberté

Françoise très proche de son père se souvient que pour réciter ses leçons elle s'asseyait sur des cages à poussins qui avaient investi la salle à manger. Raymond au volant de sa Citroën B 14 qu’il démarre à la manivelle parcourt toute la presqu’île d’Arvert et va même au-delà en vendant œufs, poulets, poulardes nourries à l’herbe et à la farine de blé. Cette camionnette achetée en 1948, il la surnomme affectueusement Titine

      Raymond et sa Titine. Une patate tient lieu de bouchon de réservoir d'essence

Raymond et sa Titine. Une patate tient lieu de bouchon de réservoir d'essence

Maryvonne et Françoise n’ont pas oublié non plus leurs livraisons à bicyclette au restaurant du Grand Chalet. L’élevage de la famille Chopin est reconnu pour la qualité de ses produits. L’été, à côté de la pâtisserie de la famille Huvelin La marquise d’Anchoine, Maryvonne et son père, les jours de marché, avenue Gabrielle, tiennent un banc, une grande planche posée sur deux tréteaux.

                            Raymond et sa fille Maryvonne au marché de Ronce

Raymond et sa fille Maryvonne au marché de Ronce

Odette avec une balance romaine a pesé les volailles, les a étiquetées et les a emballées dans du papier sulfurisé. Cette dernière à cette époque-là travaille également à la poste de Marennes. Chaque matin elle rejoint le bac de La Tremblade à scooter. Pour les enfants qui la voient circuler, elle passe pour une Martienne car elle est casquée et porte souvent un ciré vert. Vu l’emploi du temps démentiel de sa fille, Marie-Louise Quantin sert de nounou aux trois filles les plus jeunes. A son décès, leurs grandes sœurs vont prendre le relais.

  1955 devant les rangs de vigne. Odette sur sa vespa va prendre le bac et rejoindre Marennes

1955 devant les rangs de vigne. Odette sur sa vespa va prendre le bac et rejoindre Marennes

Milieu des années 50. Françoise se souvient encore que les jours de marché tout le monde était sur le pont dès quatre heures du matin. Elle raconte : « Une fois qu’elles étaient tuées, on trempait les volailles dans l’eau chaude ; puis elles passaient dans une machine faite de cylindres de caoutchouc, sorte de brosses à cheveux rondes qui les plumaient. »

Elle se rappelle aussi un épisode qui l’a marquée : « Un de nos fournisseurs chargé de l’alimentation des volailles s’est trompé de farine. Le rendement de la ponte des poules s’est vite révélé très insuffisant. Par voie de conséquence, l’entreprise a perdu plusieurs marchés dont un essentiel, celui de la Biscuiterie Brossard de Saint-Jean d’Angély. Quand les poules se sont remises à pondre, il a fallu écouler le surplus de marchandises. Donc pendant quelque temps, à six heures du matin, je montais dans la camionnette d’un voisin maraîcher qui me conduisait jusqu’au marché de Royan où je vendais les œufs avant d’aller suivre mes cours au collège. »

Pour transporter tous les membres de sa famille, Raymond achète une Peugeot commerciale.

                Trois des soeurs Chopin et leurs parents devant le break Peugeot

Trois des soeurs Chopin et leurs parents devant le break Peugeot

Création du camping Mon désir.

Après une dizaine d’années d’activité, Raymond ne supporte plus de tuer les animaux à la chaîne. Sa femme arrête de travailler à la poste de Marennes et prend sa retraite. A la même époque les deux campings de la Cèpe appartenant à la famille de Saint-Martin Lacaze ferment. Les Chopin ont l’idée d’aménager en camping le terrain où vivaient les poules

                Vue aérienne du stade de football qui jouxtait le camping Mon désir

Vue aérienne du stade de football qui jouxtait le camping Mon désir

Raymond qui aime la plaisanterie et les bons mots a coutume de lancer à la cantonade : « J’ai remplacé des poules à plumes par des poules à poils. »

La tâche est immense. A l’origine, seules sont admises les toiles de tente. La famille n’hésite pas à demander aux campeurs de les aider à défricher le terrain. Au début les conditions d’hébergement sont spartiates. Un robinet, des toilettes et une douche froide.

                                        Camping Mon désir. Années 60

Camping Mon désir. Années 60

Mais très rapidement grâce au travail acharné de Raymond qui est un expert en bricolage, le camping au fur et à mesure que les années s’écoulent se modernise. Les douches ont l’eau chaude, les sanitaires sont dignes de ce nom.

                                     Le camping s'est modernisé

Le camping s'est modernisé

Raymond a construit une seconde maison à côté de Mon désir. Ses filles logent dans le grenier. La villa Mon désir, elle, est louée à des estivants qui, revenant chaque année, deviennent des amis. Est installée également à l’entrée du camping une épicerie tenue par Odette et un autre bâtiment où deux de ses filles et sa belle-sœur Denise préparent frites, sandwiches et autre restauration rapide. Toutes ces infrastructures voient le jour dans les années soixante. La famille Chopin arrive à fidéliser pendant des décennies plusieurs générations d’une même famille, séduites non seulement par l’ambiance familiale du camping, par les animations souvent initiés par les campeurs eux-mêmes (concours de boules, concours de belote, soirées dansantes …) mais aussi par la proximité des commerces de l’avenue Gabrielle, de la plage de la Cèpe et de la place Brochard qu’ont investie les forains.

             Repas champêtre,organisé par des amis belges à l'occasion de leur fête nationale

Repas champêtre,organisé par des amis belges à l'occasion de leur fête nationale

Il ne faut guère plus de dix minutes à pied pour effectuer le trajet d’un kilomètre qui sépare le camping des principaux lieux touristiques et économiques de Ronce. On peut ajouter qu’étant situé en retrait de la départementale, il offre aux campeurs un havre de paix.

                                    Carte postale multi-vues du camping

Carte postale multi-vues du camping

                                               Publicité de 1974

Publicité de 1974

Toujours plus.

La famille aurait pu se contenter de gérer ce camping ce qui n’était pas une mince affaire. C’était bien mal connaître ce couple dynamique qui, comme on l’a vu, ne comptait pas ses heures. C’est ainsi qu’ils prennent la décision d’implanter une station service qui donne sur l’avenue qui mène à l’entrée de Ronce.

                        A gauche, la station Total à l'entrée de Ronce

A gauche, la station Total à l'entrée de Ronce

Une fois encore, les Chopin ont su saisir l’opportunité qui s’offre à eux de faire fructifier leurs affaires. L’ouverture en 1960 de la route touristique a provoqué un afflux considérable de véhicules qui rejoignent les parkings des plages du Galon d’or, de l’Embellie et de la Pointe Espagnole, parkings nouvellement créés par l’Office National des forêts. Les trois plus jeunes sœurs, toutes adolescentes se chargent de remplir les réservoirs d’essence. Elles ne portent pas l’uniforme du groupe Total. Mr Chopin autorise ses filles à servir en tenue estivale qui, plus légère, reste toutefois décente.

                                        La station service et la villa Mon désir

La station service et la villa Mon désir

Françoise, Rosine, Danièle particulièrement malignes ont les yeux rivés sur le cadran de la pompe et arrêtent le pistolet juste avant le chiffre rond. Les clients, charmés par leur gentillesse, leur sourire et leur beauté laissent la pièce pour le service rendu. La carte de crédit n’existant pas encore, toutes les transactions se font en liquide. Pendant les deux mois et demi d’été, elles arrivent à récolter un pécule non négligeable qui dépasse les 2 000 francs. La station marche si bien que le groupe Total intrigué par les rumeurs les plus folles qui courent sur elle dans la presqu’île, envoie du siège parisien un responsable pour évaluer la situation. Il ne peut que constater que la tenue des jeunes filles n’a tien à envier à l’uniforme de la maison mère. Le chiffre d’affaires de la station finit par le convaincre que la famille mérite la confiance de la société pétrolière

                Années 60.  Françoise aide ses parents l'été à la station service
                Années 60.  Françoise aide ses parents l'été à la station service

Années 60. Françoise aide ses parents l'été à la station service

Quelques années plus tard, Françoise et Jean-Claude Huet qui se sont mariés en 1965 viennent pendant les vacances scolaires aider la famille à s’occuper du camping et de la station service. Ils se souviennent : « On vendait les jours de semaine de 13 à 15 000 litres d’essence et 20 000 le dimanche. Ce jour-là les automobilistes faisaient la queue et l’on avait à peine le temps de déjeuner. Tous les deux jours, un camion citerne assurait l’approvisionnement. »

Du changement dans la gestion.

En 1970 la station est cédée à la sœur ainée Claude et à son mari Pierre Tronel. Ils font construire à gauche de la station une maison et ouvre un magasin de poteries.

                                                     Publicité 1974

Publicité 1974

. La station service sera reprise plus tard par une autre sœur, Rosine, et par son mari Jacky Pichon dont le patronyme est curieusement l’anagramme de Chopin. Le contrat avec Total n’étant pas renouvelé, ils choisissent le groupe pétrolier Avia.

                                       La station change de fournisseur

La station change de fournisseur

Mr et Mme Chopin,aidés de leurs enfants et leurs petits-enfants assurent toujours la direction du camping. En 1990 la famille réunie par Maryvonne fête dans la vaste salle à manger aménagée dans l’ancienne cave leurs quatre-vingts ans et leurs soixante ans de mariage. Tout le monde chante Les Chopin d’abord,* la chanson signée par Jean-Claude, et Alain Morel, le mari de Danièle.

                    Les noces de diamant d'Odette et de Raymond Chopin

Les noces de diamant d'Odette et de Raymond Chopin

                                     Mr et Mme Chopin et leurs six filles

Mr et Mme Chopin et leurs six filles

La fin d’un rêve.

Mais les investissements deviennent trop lourds. Le poids des années les incite à vendre le camping en 1991. L’année suivante, Odette Chopin s’éteint. L’œuvre de toute une vie passe en d’autres mains. Mr Chopin continue d’habiter dans la maison Mon Désir. Un jour de mai 2000, la maison brûle. Pour Raymond c’est un véritable crève-cœur. Lui qui a tant aimé la vie ne s’en remettra pas. Il nous quitte en 2004.**

                                              La villa Mon désir remaniée

La villa Mon désir remaniée

L’image qu’on garde de ce couple profondément attaché à Ronce et passionné par la petite reine est celle du tandem admirable qu’il formait, semblable à celui qu’il enfourchait pour faire des balades.

                                                  Années 50.  Un sacré tandem

Années 50. Un sacré tandem

L’an passé, le camping Mon Désir qui concrétisait le rêve de toute une famille a fermé. La station service, elle, concurrencée comme des milliers d’autres par les grandes surfaces, a cessé toute activité depuis déjà bien longtemps. Les deux sœurs aînées Claude et Gisèle se sont éteintes. Françoise et Jean-Claude habitent en Touraine ainsi que Rosine, Danièle en Normandie. Seule Maryvonne vit toujours dans la presqu’île d’Arvert

           Juillet 1987. De gauche à droite,Jean-Claude, Françoise, Maryvonne et leurs parents

Juillet 1987. De gauche à droite,Jean-Claude, Françoise, Maryvonne et leurs parents

                                 Le cri du coeur d'un fidèle du camping

Le cri du coeur d'un fidèle du camping

 

Si la propriété Mon Désir pouvait s’adresser à tous ceux qui l’ont connue, elle reprendrait à son compte les vers célèbres de Guillaume Apollinaire :

« Vienne la nuit, sonne l’heure

Les jours s’en vont, je demeure » dans votre mémoire.

 

 

 

Daniel Chaduteau

.

 

 

 

* Les CHOPIN d’abord

Non ce n’était pas un dancing

Mais un fouillis ce vieux camping

Qu’on se le dise à Ronce Les Bains

Oui à Ronce les Bains

Y avait là un pèr’penard

Près d’la grand mare des canards

Et s’appelait Chopin d’abord

Oui Chopin d’abord.

Ses filles et leur grande Douce

A tout le monde collait la frousse

Sauf à six gars très beaux, très forts

Oui très beaux, très forts.

Ils épousèrent les six Nanas

En f’sant parfois pas mal d’éclats

Et devinrent des Chopin d’abord

Des Chopin d’abord.

Les Chopin n’aimaient pas le luxe

L’eau et les p’tits cadeaux bonus

Mais ils riaient et parlaient fort

Riaient, parlaient fort.

La discrétion connaissaient pas

Et le silence n’en voulaient pas

Sur les cuisses ils se tapaient fort

Les Chopin d’abord.

C’étaient pas des anges non plus

L’évangil’ ils avaient tous lu

Et ils s’aimaient tout’ voil’s dehors

Toutes voiles dehors.

Rosine, Françoise et compagnie

C’était leur seule litanie

Leur credo, leur confiteor

Aux Chopin d’abord.

Au moindre coup de Trafalgar

C’est la famille qui prenait l’quart

C’est ell’ qui leur montrait le nord

Leur montrait le nord.

Et quand ils étaient en détress’

Qu’leurs bras lançaient des SOS

On aurait dit des sémaphores

Les Chopin d’abord.

Des familles j’en ai vu beaucoup

Mais la seule qu’ait tenu le coup

Qui ait toujours t’nu tête au sort

Tenu tête au sort.

C’était celle du père pénard

Près d’la grand mare des canards

Elle s’app’lait les Chopin d’abord

Les chopin d’abord....

Alain Morel et Jean-Claude Huet

D’après un certain Georges Brassens.

** Poème composé par Rosine en hommage à son père.

Papa chéri

Bon voyage mon papa

Bon voyage

Dans nos paysages

Dans nos yeux remplis de toi

Tu entends, jamais tu ne partiras

Car nos espaces sont les tiens

Ainsi nous te tiendrons la main

Jusqu'au bout

De la roue

En attendant nous levons nos verres

En direction du ciel

Où t'attendent l'Eternel

Et maman

Qui je suis sûre t'espère

Depuis si longtemps

Embrasse-là pour nous tendrement

Tes filles, tes enfants

l

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25 novembre 2013 1 25 /11 /novembre /2013 17:03

Pour que les amoureux de Ronce les Bains gardent en mémoire les beautés et certaines singularités de la station de jadis et d'aujourd'hui, voici quelques clichés.

La plupart sont connus, d'autres pourront surprendre ou amuser.

Sans commentaires

Sans commentaires

Allée d'Ugine, février 2010

Allée d'Ugine, février 2010

Années 60, Avenue de l'océan, photo prise devant le Grand Chalet

Années 60, Avenue de l'océan, photo prise devant le Grand Chalet

Allée difficilement reconnaissable vu la couche de neige

Allée difficilement reconnaissable vu la couche de neige

La place Brochard, le lendemain de la tempête, le 28 février 2010

La place Brochard, le lendemain de la tempête, le 28 février 2010

 Le même jour, l'avenue Gabrielle sous les eaux salées de l'océan

Le même jour, l'avenue Gabrielle sous les eaux salées de l'océan

Février 2008,les mimosas ont envahi l'allée des bégonias

Février 2008,les mimosas ont envahi l'allée des bégonias

Quelques reliques d'un passé récent ou plus ancien

Siège en pierre daté de 1612 apporté en 1997 de la région parisienne par ses propriétaires

Siège en pierre daté de 1612 apporté en 1997 de la région parisienne par ses propriétaires

Epave découverte à la Pointe espagnole en avril 2013, aujourd'hui démantelée car potentiellement dangereuse

Epave découverte à la Pointe espagnole en avril 2013, aujourd'hui démantelée car potentiellement dangereuse

 2OO9. Bouée gisant sur la plage du Galon d'or

2OO9. Bouée gisant sur la plage du Galon d'or

Partie arrière du blockhaus de la Cèpe

Partie arrière du blockhaus de la Cèpe

Ce crabe géant réussira-til à grignoter ce blockhaus de la Pointe espagnole ?

Ce crabe géant réussira-til à grignoter ce blockhaus de la Pointe espagnole ?

Restaurant du Mus de loup années 60. A gauche, tables sous la tonnelle

Restaurant du Mus de loup années 60. A gauche, tables sous la tonnelle

Groupe posant devant une épave du Mus de Loup avant guerre

Groupe posant devant une épave du Mus de Loup avant guerre

Elément décoratif, une pomme de pin, figurant au-dessus des portes-fenêtres de cette villa de l'allée des chênes verts

Elément décoratif, une pomme de pin, figurant au-dessus des portes-fenêtres de cette villa de l'allée des chênes verts

 La Cave à vins de La Chaumière creusée dans le sable

La Cave à vins de La Chaumière creusée dans le sable

Pin anciennement gemmé

Pin anciennement gemmé

Quelques oiseaux bien tranquilles

Mus de Loup 2009. Vous ne m'avez jamais vu!

Mus de Loup 2009. Vous ne m'avez jamais vu!

Plage de la Cèpe 2013. Nous restons muettes devant ce pont de l'île d'Oléron

Plage de la Cèpe 2013. Nous restons muettes devant ce pont de l'île d'Oléron

2013 au Galon d'or.  Un remake du film d'Hitchcock ? Non les oiseaux sont blancs

2013 au Galon d'or. Un remake du film d'Hitchcock ? Non les oiseaux sont blancs

Paysages aujourd'hui disparus

Années 80. Vue aérienne de la plage de l'Embellie maintenant ensablée

Années 80. Vue aérienne de la plage de l'Embellie maintenant ensablée

2008. La mer ne pénètre plus derrière la dune du Galon d'or

2008. La mer ne pénètre plus derrière la dune du Galon d'or

2008.  Petit coin de paradis perdu

2008. Petit coin de paradis perdu

Quelques animations de l'année 2013

Exposition dans un jardin de l'allée des écureuils

Exposition dans un jardin de l'allée des écureuils

Cette grande roue intallée sur la Place Brochard a défrayé la chronique pendant tout l'été

Cette grande roue intallée sur la Place Brochard a défrayé la chronique pendant tout l'été

Tout est écrit

Tout est écrit

 L'équipe de tournage de l'Hôtel de la plage, série en six épisodes inspirée du film de Michel Lang , a séjourné trois mois à Ronce. Michel Lang rendait ainsi hommage au film de Jacques Tati, Les vacances de Mr Hulot.

L'équipe de tournage de l'Hôtel de la plage, série en six épisodes inspirée du film de Michel Lang , a séjourné trois mois à Ronce. Michel Lang rendait ainsi hommage au film de Jacques Tati, Les vacances de Mr Hulot.

L'hôtel de la plage existait déjà à Ronce au début du XXième siècle

L'hôtel de la plage existait déjà à Ronce au début du XXième siècle

Pour les besoins du tournage, l'équipe du film a investi l'hôtel Embarcadère rebaptisé pour l'occasion Hôtel de la Plage

Pour les besoins du tournage, l'équipe du film a investi l'hôtel Embarcadère rebaptisé pour l'occasion Hôtel de la Plage

Construit dans les années 10 et nommé Rayon de soleil, l'établissement était une société coopérative de vacances populaires pour les enfants de la région parisienne

Construit dans les années 10 et nommé Rayon de soleil, l'établissement était une société coopérative de vacances populaires pour les enfants de la région parisienne

Des années 30 à 50, il devient un hôtel  où logent les forces d'Occupation pendant la seconde guerre mondiale

Des années 30 à 50, il devient un hôtel où logent les forces d'Occupation pendant la seconde guerre mondiale

Puis ce vaste bâtiment devient l'institut social d'Hennessy et de nouveau un établissement hôtelier

Puis ce vaste bâtiment devient l'institut social d'Hennessy et de nouveau un établissement hôtelier

Les enfants d'hier ont grandi. Leurs descendants prennent soin de protéger la nature

                         Ronce insolite 2
                         Ronce insolite 2

Vue d'avion, d'une maison dans les arbres ou du plancher des vaches, la station balnéaire de Ronce les Bains est bien la perle de la Côte de Beauté.

                         Ronce insolite 2
                         Ronce insolite 2
                         Ronce insolite 2

Daniel CHADUTEAU

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30 juillet 2013 2 30 /07 /juillet /2013 12:30
La statue de Saint Joseph veille sur l'Association.

La statue de Saint Joseph veille sur l'Association.

 

Le cinquantenaire d’une association ronçoise peu ordinaire : l’Association Saint-Joseph.

 

« On s’étonne trop de ce que l’on voit rarement et pas assez de ce que l’on voit tous les jours » Cet aphorisme de la Comtesse de Genlis se vérifie quand on évoque un des lieux de vie les plus dynamiques de Ronce qui, en raison de la sobriété de sa construction, n’attire guère les regards. Ce bâtiment s’appelle le Foyer ronçois. Sa dénomination souligne à la fois une ambiance chaleureuse et un attachement à la station balnéaire. Pour nous parler de son histoire, deux personnes qui ont suivi de très près la genèse et l’aboutissement de ce projet un peu fou : Jeannine Dières Monplaisir et Christian Roy.

 

 

Il était une fois, la chapelle de Ronce…

Tout d’abord, pour bien saisir la motivation de ses concepteurs, il faut remonter plus d’un siècle en arrière, à l’époque où, comme le raconte l’historien local Henri Moreau dans son livre sur Ronce, Monsieur Perraudeau vend en 1895 à l’abbé Fanton et à l’abbé Jeandeau un terrain de 600 m² sur lequel il fait construire un bâtiment. Mme Dières se souvient que son beau-père parlait d’une grange à sel vite transformée en chapelle.

La grange à sel transformée en chapelle

La grange à sel transformée en chapelle

En janvier 1908 l’abbé Jeandeau revend ses droits, c'est-à-dire la moitié de la chapelle à l’abbé Fanton. En mars de la même année Monsieur Perraudeau vend à l’abbé Fanton une autre parcelle de terrain au nord-ouest du chalet Antoine et au sud-est de la chapelle pour l’agrandir, nouvel édifice vendu en 1913 au chanoine Marchais, archiprêtre de Marennes, lequel en fait don en juillet 1927 au diocèse de La Rochelle.

 

La chapelle au début du XXème siècle

La chapelle au début du XXème siècle

Pendant toute cette période, de nombreux résidents de Ronce, grandes familles Dières Monplaisir, Saint-Martin Lacaze…ou simples anonymes assurent l’embellissement et l’entretien de cette chapelle qui est de nouveau agrandie en 1954.

La chapelle dans les années 50

La chapelle dans les années 50

Un bâtiment prisé par les fidèles.

Deux exemples montrent l’attachement de ces Ronçois vis-à-vis de leur chapelle située à moins de cents mètres de l’Océan.

Dès l’origine du bâtiment, s’illustre la famille Favier Belle en faisant don de l’autel qui existe toujours. Sur le côté droit de celui-ci est gravée dans le marbre l’inscription suivante : « Cet autel a été offert par Monsieur et Madame Jules Favier Belle à l’occasion du mariage de leur fille le 9 juin 1896 ».

L'autel offert en 1896 par Mr et Mme Jules Favier Belle

L'autel offert en 1896 par Mr et Mme Jules Favier Belle

Puis plus tard c’est la famille Dières Monplaisir qui, à son tour offre le chemin de croix de leur ancienne chapelle privée qui se trouvait à l’étage de la tour de La Louisiane.

Chemin de croix  de Lucie Dières

Chemin de croix de Lucie Dières

Lucie Dières était entrée dans les ordres.

Lucie Dières était entrée dans les ordres.

La cloche qui sonne quotidiennement encore aujourd’hui pour la prière de L’Angélus à 8 heures, midi, et 19 heures rappellent que cette chapelle séculaire demeure le seul lieu de culte de Ronce après la destruction du temple en 2007, victime collatérale de l’édification du casino.

Le parking derrière le casino a remplacé le temple.

Le parking derrière le casino a remplacé le temple.

Cette cloche, fondue entre septembre 1805 et septembre 1806 par un certain C. Wagner pèse cinquante kilos. Elle sonne la note la bémol dans la direction nord-est, sud-ouest. Son inscription Rochefort indique qu’elle est sortie de la fonderie de la Marine de cette même ville.

La cloche Rochefort sonne l'Angélus tous les jours;

La cloche Rochefort sonne l'Angélus tous les jours;

Naissance de l’Association paroissiale Saint-Joseph de Ronce.

Au début des années soixante, la chapelle est vraiment trop exiguë l’été. Pas moins de sept messes y sont célébrées chaque dimanche.

Horaires des messes dans la presqu'île d'Arvert en 1968.

Horaires des messes dans la presqu'île d'Arvert en 1968.

. Force est de constater qu’il faut une troisième fois procéder à son agrandissement pour accueillir les fidèles dans de meilleures conditions. Pour fédérer les énergies et donner une nouvelle impulsion à leurs projets, une autre organisation s’impose. Plusieurs Ronçois de souche mais pas seulement prennent la décision de créer une association, l’Association paroissiale Saint Joseph de Ronce les bains, association régie par la loi 1901 qui est constituée le 25 juin 1964 sous le numéro 2378. Ses membres fondateurs sont les suivants : Le père Bernard Colineau, curé de La Tremblade, Mr Agnus, premier président, habitant la villa Sablette, Mlle Colette Jagou, villa Les Acacias, Mme Anne-Marie Avenel qui se baignait dans l’Océan tous les jours de l’année, villa La Muse , Mme Hélène Bachelier et sa sœur Mme Marie-Antoinette Kouzminsky, villa Hélène, Mr Xavier Dières Monplaisir, villa Raymond, Mr Jacques Givelet, propriété La Louisiane, Mme Marie-Thérèse Mouliet, villa la Musardière, Mr Christian Roy, villa Pomone.

 

Des investissements indispensables et productifs.

Dans les comptes rendus des conseils d’administration, on apprend que l’Association, dès sa création, contracte plusieurs emprunts dont l’un à l’évêché pour se porter acquéreur de deux immeubles, d’abord d’une maison et d’un terrain qui jouxtent la chapelle, la villa Jacky.

Le rez-de-chaussée de la villa Jacky a permis d'agrandir la chapelle dans les années 60.

Le rez-de-chaussée de la villa Jacky a permis d'agrandir la chapelle dans les années 60.

Le terrain de la villa Jacky côté cour;

Le terrain de la villa Jacky côté cour;

Le rez-de-chaussée de cette maison permet d’agrandir la chapelle de plusieurs mètres et de disposer d’une petite sacristie où sont conservés les personnages de la crèche que Christian Roy admirait quand il était enfant de chœur. Le premier étage a longtemps servi de bibliothèque, avant d’être loué. Cette villa débaptisée s’appelle toujours aujourd’hui St Joseph. Elle a pendant 16 ans servi de siège social à l’association éponyme. Les Alamigeon, famille d’industriels charentais en étaient propriétaires. Certains des membres de cette famille se sont mariés dans la chapelle ronçoise, d’autres y séjournent encore maintenant à une encablure.

Personnages de la crèche de la chapelle de Ronce

Personnages de la crèche de la chapelle de Ronce

La chapelle agrandie dans les années 60.

La chapelle agrandie dans les années 60.

L’association achète ensuite une propriété appelée Le Logis, allée des seringas. C’est à Mlle Jagou qui tenait l’agence fondée par son frère que revient l’idée d’acheter cette demeure mise en vente par Mr Marchat, originaire de Bretagne. Unique habitation ronçoise construite en granit, elle dispose d’un vaste parc dans lequel se déroulent pendant plusieurs étés les kermesses organisées en juillet et en août par l’Association. Mme Jeannine Dières Monplaisir se souvient : « Je m’occupais de la cuisson des saucisses au vin blanc, Mme Mouliet, elle, se chargeait des crêpes. Le soir, avec ma fille Monique, on triait les pièces dans des bols avant de les mettre en rouleaux. » D’autres bénévoles se rendent à la Louisiane. Ils y coupent des roseaux pour en faire des cabanes. En 1965, il faut verser un franc pour voir, en empruntant une espèce de labyrinthe, le clou du spectacle qui fait sensation. Il amuse les participants pourtant dupés quand ils contemplent un clou rouillé fiché dans un morceau de bois. Cette année 1965, le conseil a mandaté Mlle Jagou pour louer le Logis à la FAVAC. Elle a concédé jusqu’à l’été 1969 inclus l’engagement de location.

 

Kermesse dans le parc du Logis en 1969

Kermesse dans le parc du Logis en 1969

Mlle Colette Jagou, une première présidente entreprenante.

Le 13 avril 1967 Mlle Jagou, suite au décès de Monsieur Agnus est élue présidente. Parmi les nouveaux membres, Monsieur Degoulange, qui loge allée de la prairie devient vice-président. Mme Mouliet souligne qu’il est urgent de réparer la chapelle. Les travaux, installation des gouttières côté allée, sont effectués par l’entreprise Miglierina. Le 27 juillet et le 18 août 1967, autres kermesses au Logis. Mr Givelet offre son concours pour des conférences. Mr Degoulange fait don d’un réfrigérateur et de deux promenades en avion. Pour la tombola, cinq cents carnets de dix tickets sont émis. Afin de diminuer leur coût, sur chacun d’eux figure une publicité. Les majorettes de La Tremblade obtiennent un franc succès.

Le Logis est mis en vente, le 23 aout 1972. Mme Monique Roussel, sa nouvelle propriétaire va transformer ce bien qui devient un hôtel-restaurant appelé Le galon d’argent.

Le Logis vendu par l'Association devient un établissement à usage commercial : Le Galon d'Argent

Le Logis vendu par l'Association devient un établissement à usage commercial : Le Galon d'Argent

Publicité de 1974.

Publicité de 1974.

L’argent de la vente du Logis permet de solder des emprunts et d’embellir la chapelle : le pavement en terre cuite de Cadeuil remplace le vieux plancher en bois, la toiture est refaite, le plafond est lambrissé d’une boiserie en pin.

 

La chapelle rénovée du sol au plafond dans les années 70.

La chapelle rénovée du sol au plafond dans les années 70.

Autre cliché de la chapelle rénovée.

Autre cliché de la chapelle rénovée.

Un nouveau projet controversé, celui d’Hélène Bachelier.

 

En juillet 1976, suite au décès de Mlle Colette Jagou, Monsieur Maurice Leroy propriétaire de la villa, Les feux du couchant assure l’intérim de la présidence. C’est Mme Hélène Bachelier qui devient la troisième présidente de L’Association. Cette dernière appuyée par son conseil d’administration projette d’acheter un terrain appartenant à sa belle-fille Paulette pour construire une salle paroissiale. Ce terrain de 639 m² désormais inoccupé a servi un temps de terrain de camping. Il avoisine la villa Do-Ré-Mi, allée des Pins. Son atout majeur, c’est son emplacement. Cette parcelle se trouve en effet en plein centre de Ronce, avenue de La Chaumière face au marché. Le seul problème auquel L’Association n’avait pas songé, c’est la désapprobation de l’évêché. Mgr Verdet qui rencontre le 20 mars 1977 Mme Hélène Bachelier, lui demande de changer les statuts de L’Association et d’élire président, Mr le curé de La Tremblade qui a mission d’ enterrer le projet.

 

Première manche en faveur de L’Association.

Mais Mme Bachelier, n’est pas femme à obtempérer. Lors du Conseil d’administration du 14 avril 1977, elle organise un referendum pour que chacun se prononce sur les recommandations de l’évêque. Disposant d’une majorité confortable, elle annonce que le projet de l’édification d’une salle paroissiale est définitivement adopté, que les travaux qui vont être entrepris, murs, charpente, toit, fenêtres, seront effectués dans un premier temps au fur et mesure que le permettront les ressources de l’Association. Lors de l’assemblée générale du 27 août 1977 qui a lieu chez Mr Degoulange, Mgr Verdet a dépêché l’abbé Giraudon, vicaire épiscopal pour le représenter. En prélude, Mr Leroy cite une phrase de Mr Agnus qui, à la naissance de l’Association déclarait : « Notre but n’est pas de construire pour nous enrichir mais pour créer des moyens d’action et les mettre en œuvre au service de la paroisse.» L’abbé Giraudon rappelle que Mgr l’évêque a demandé à L’Association d’apporter certaines modifications à ses statuts ce qui n’a pas été fait et qu’il est opposé à l’édification de la salle paroissiale parce que Ronce n’est pas une paroisse et que sa chapelle et ses fidèles dépendent de La Tremblade. Mme Kouzminsky lui réplique : « C’est le père Colineau curé de La Tremblade en personne qui a réuni le 14 février 1964 les paroissiens de Ronce pour les associer directement à l’administration de la « paroisse » en créant d’abord un comité de gestion qui bientôt devient officiellement l’Association paroissiale St Joseph de Ronce les Bains à la date du 25 juin 1964. Aucun de nos adhérents n’ignore que la communauté de Ronce dépend de La Tremblade, que la chapelle de Ronce sous forme de grange à sel a été léguée à l’évêché avec d’ailleurs comme obligation d’y maintenir le culte. Si l’évêché a acheté à la famille Alamigeon la propriété Jacky d’une superficie de 263 m² dès 1964, l’Association a participé à son financement dès sa naissance. Mais nous nous étonnons que Mgr ait admis en 1964 le bien-fondé de notre Association sous sa forme et sa dénomination actuelles, qu’il ait applaudi à plusieurs reprises à nos initiatives, différents travaux de rénovation de la chapelle par exemple sur plus d’une décennie, initiatives toutes prévues à nos statuts qu’il semble réprouver maintenant. » L’abbé Giraudon visiblement à court d’arguments incite les membres de l’Association en les quittant à une grande prudence dans leurs initiatives.

 

L’avènement du Foyer Ronçois.

L’atmosphère de l’assemblée générale d’août 1978 est beaucoup plus sereine. Mgr a fait l’honneur de déléguer le chanoine Coudin, chancelier de l’évêché. Elle se tient pour la première fois dans la salle paroissiale qui n’est pas encore achevée. Seuls le carrelage, les sanitaires et l’installation électrique sont terminés Elle accueille également en septembre l’assemblée générale du Syndicat d’initiative. Mme Bachelier est persuadée qu’avec l’appui de Mr le curé, le père Joseph Tourayne, des pères Latour et André, de nombreuses conférences à caractère religieux d’abord mais pas seulement pourront avoir lieu dans cette belle et vaste salle mise à la disposition des Ronçois et des estivants au printemps prochain.

Mr Leroy rappelle les buts de l’Association : « Cette association a pour objet l’organisation financière et matérielle, le fonctionnement de toutes œuvres religieuses et culturelles la gestion et l’entretien de tous les biens meubles et immeubles nécessaires aux buts de l’Association le tout en collaboration avec les prêtres catholiques de La Tremblade. Après avoir recueilli les fonds nécessaires l’Association a procédé de 72 à 77 à la rénovation de la chapelle sous son aspect actuel. Pour parfaire ses moyens d’action elle a créé au 51 avenue de la chaumière un Foyer ronçois en voie d’achèvement en 1979. » Mr Leroy lance un appel aux propriétaires, aux résidents, aux estivants et aux sympathisants : « Faites-vous connaître car nous recherchons des animateurs tant pour des actions culturelles que religieuses. Nous rendrons service accessoirement à toute réunion à caractère professionnel ou autre dans la mesure où elle n’est pas incompatible avec l’objet de l’Association. »

Le raccordement au tout-à-l’égout, l’arrivée de l’eau, les installations de sécurité sont opérationnels courant 1979. Cette même année, la salle du Foyer ronçois a pu remplir un des objectifs de sa vocation en hébergeant depuis le premier juillet le Musée maritime de La Tremblade œuvre de l’abbé Houet, musée qui se trouvait sans local.

Le montant de l’adhésion à l’Association est fixé à compter du premier janvier 1980 à 20 francs.

Le Foyer ronçois achevé au début des années 80;

Le Foyer ronçois achevé au début des années 80;

Seconde manche en faveur de l’Evêché.

Mr le curé Tourayne est remplacé par le père Thomas. Celui-ci, dès son installation envoie aux membres de l’Association le courrier suivant daté du 10 janvier 1980: « Pour simplifier les comptes paroissiaux, j’ai été amené à regrouper ceux-ci sous un seul cahier, celui du secteur pastoral La Tremblade, Ronce les Bains, Arvert. Je pense ainsi répondre aux vœux exprimés par la chancellerie du diocèse de La Rochelle… En conséquence, la chapelle et le Foyer ronçois sont dissociés dans la gestion. Le Foyer ronçois est géré par l’Association St Joseph tout en restant en lien avec la paroisse. La chapelle, maintenant intégrée au secteur pastoral est gérée par le secteur et donc par l’Association diocésaine de La Rochelle et Saintes.» Lors de l’assemblée extraordinaire d’août 1980, on procède aux changements des statuts.

 

La colère de certains adhérents.

Mr Givelet, l’un des fondateurs dénonce dans plusieurs lettres la main mise de l’abbé Thomas sur la gestion de la paroisse de Ronce en s’affranchissant de la collaboration des laïcs : « Ce n’est pas de la modification de quelques articles des statuts dont il s’agit mais d’une transformation profonde équivalent au remplacement d’une association par une autre d’un objet tout différent. » Il ajoute : « Si j’ai accepté de participer à la création de l’Association paroissiale et de faire partie du premier conseil d’administration statutaire, c’est en souvenir du rôle qu’avaient joué mes grands parents Georges Dières Monplaisir et Marie Abelé, de leurs apports et de ceux de leurs enfants. » Pour signifier son désaccord, il donne sa démission suivie, l’année suivante, de celle de Jeannine Dières.

 

Mr Jacques Givelet est l'un des fondateurs de l'association paroissiale Saint-Joseph;

Mr Jacques Givelet est l'un des fondateurs de l'association paroissiale Saint-Joseph;

Les explications de la Présidente.

Madame Bachelier restée présidente s’adresse à l’ensemble des adhérents dans un courrier du 10 mars 1981 : « Le but de notre association se limite désormais au fonctionnement de toute œuvre d’éducation populaire, culturelle et charitable au bénéfice de la communauté ronçoise, au soutien du culte catholique à Ronce et à la gestion des meubles et immeubles nécessaires aux buts de l’Association. Cette dernière disposition s’applique notamment à l’immeuble dit « Foyer ronçois » maintenant presque aménagé, propriété qui constitue actuellement l’essentiel de notre patrimoine. Conformément à son orientation nouvelle, l’Association ayant pour titre Association Saint- Joseph de Ronce les bains et son siège social ont été transférés de la villa St Joseph, allée de la chapelle, au 51 avenue de la Chaumière, adresse où se tiendront désormais assemblées générales, ventes de charité, expositions, manifestations diverses. »

Comme on le voit le terme « paroissiale » a disparu. Certes le curé de La Tremblade, le père Camille Coly en est toujours membre de droit, mais à l'exception de son appellation, l'Association a perdu, de fait, son caractère confessionnel.

 

De facétieuses obsèques.

Malgré les difficultés rencontrées, Mme Bachelier n’a jamais renoncé avec son équipe à la réalisation de son œuvre, le Foyer ronçois. Sentant ses forces l’abandonner, elle a remis sa démission après avoir assuré presque une décennie de présidence. Ses obsèques en janvier 1987, célébrées comme il se doit dans la chapelle de Ronce, sont restées, pour les plus anciens, mémorables. Elles sont relatées dans le journal paroissial La presqu’île d’Arvert . Extraits : « Ce jour-là, Ronce célébrait les obsèques d’une de ses bonnes paroissiennes. L’émotion, la ferveur des participants, l’homélie, tout contribuait à la solennité de cette cérémonie. Au moment du dernier adieu, et de l’aspersion d’eau bénite, le sort a voulu que l’extrémité du goupillon parte comme une flèche à l’invocation de l’Esprit Saint, qu’il traverse comme un boulet de canon la gerbe de fleurs déposée sur le cercueil, et s’en aille atterrir au milieu de la famille prise d’un fou rire spontané et communicatif. Imaginez un peu l’embarras de Mr le curé, tout surpris de n’avoir plus en main qu’un manche en bois ayant propulsé un dangereux projectile. Partez en paix Mme Bachelier. Vous qui aimiez bien rire, vous avez offert votre dernier sourire aux Ronçois et à votre curé. »

 

Les continuateurs de l’œuvre d’Hélène Bachelier

Quatre hommes prennent le relais de Mme Bachelier à la tête de l’Association et vont chacun apporter leur pierre à l’édifice.

Mr Rousseau lui succède jusqu’en 1992 date à laquelle il renonce à la présidence tout en restant au conseil d’administration. Mr Pierre Gagnaire est élu à son tour, Mme Beaudeux étant sa vice-présidente.

De gauche à droite : Mr Beaudeux, trésorier, Mr Rousseau et Mr Gagnaire, deux des présidents de l'Association;

De gauche à droite : Mr Beaudeux, trésorier, Mr Rousseau et Mr Gagnaire, deux des présidents de l'Association;

Mr et Mme Beaudeux lors d'un repas au foyer ronçois en 1993;

Mr et Mme Beaudeux lors d'un repas au foyer ronçois en 1993;

On retrouve dans le bureau Mr Christian Roy et Mme Mouliet membres depuis la création de l’Association.

Mr Christian Roy est resté plus de 30 ans membre de l'Association

Mr Christian Roy est resté plus de 30 ans membre de l'Association

Puis Mr Gagnaire laisse sa place en 2000 à Mr Guy Mollé.

Le boulodrome créé par Mr Guy Mollé est un des lieux les plus appréciés par les adhérents de L'Association

Le boulodrome créé par Mr Guy Mollé est un des lieux les plus appréciés par les adhérents de L'Association

Enfin, depuis 2010, c’est Mr Jean-Pierre Siret qui a repris le flambeau. Il est secondé par deux vice-présidents Mr Charles Gayvrama et Mr Claude Demarbre. Complètent le bureau Mme Ginette Steinmetz, secrétaire, Marylène Demarbre et Nicole Siret, secrétaires adjointes, Mr Patrick Lejeune, trésorier et Mr James Fouin, trésorier adjoint.

 

Quelques membres actuels du bureau de l'Association Saint-Joseph : Mr Lejeune, Mme Siret, Mme Steinmetz, Mr Siret et Mr Fouin

Quelques membres actuels du bureau de l'Association Saint-Joseph : Mr Lejeune, Mme Siret, Mme Steinmetz, Mr Siret et Mr Fouin

L’Association St-Joseph aujourd’hui.

Forte de cent soixante dix adhérents, cinquante ans après sa fondation l’Association St- Joseph fait preuve d’une belle vitalité. Son attractivité, elle la doit à la diversité de ses activités (jeux de carte, pétanque, atelier chant, sorties spectacle, voyages culturels, atelier initiation dessin, danse country,ateler lecture), à son organisation (un responsable est désigné pour chaque activité) et surtout à ses moments de convivialité, (tous les premiers mardis du mois, par exemple, on fête les anniversaires). Le Foyer ronçois dispose d’une grande salle et d’une cuisine aménagée. On peut le louer le samedi ou tout un week-end pour fêter un anniversaire, un baptême, un mariage…Le premier mai s’y tient le bric à brac. Les deux mois d’été, la salle est réservée, en juillet, à l’exposition des Peintres de la presqu’île d’Arvert et en août à celle de l’Association Escale. Si vous désirez y adhérer, vous devrez acquitter la somme de vingt trois euros.

Jean-Pierre Siret, son président, connaît la musique à tous les sens de l’expression. Leader du groupe C.C. Rider, morceau interprété par Elvis Presley en ouverture de ses concerts, ce musicien de country rock blues band se produit sur scène depuis quarante quatre ans. Il veille sur l’Association dont il a la charge avec les yeux d’Elvis et de Chimène. Cet hiver, un groupe de bénévoles n’a-t-il pas repeint les murs intérieurs en vert tilleul et changé les 200 m² de plaque du faux plafond. De plus l’électricité a été mise aux normes. Enfin des affiches d’Habay, ville belge jumelée avec La Tremblade, ornent les murs.

 

La salle du Foyer ronçois remise à neuf par ses adhérents au début de l'année 2013.

La salle du Foyer ronçois remise à neuf par ses adhérents au début de l'année 2013.

Mais si le Foyer rit, la chapelle souffre.

Entretenir les abords de la chapelle devient une nécessité;

Entretenir les abords de la chapelle devient une nécessité;

Une cloche sonne, sonne,

Dans le ciel de Ronce les Bains

Elle rappelle à chaque personne

Que la chapelle a du chagrin.

Elle sent qu’on l’abandonne

Elle voudrait qu’on prenne soin

Un peu plus de sa personne

A l’instar de ses Anciens.

Que cette cloche qui résonne

Interpelle les paroissiens

Et au-delà ceux qui s’étonnent

Qu’on ne lui tende pas la main.

Deux chevilles ouvrières de l'Association paroissiale Saint-Joseph : Mr et Mme Xavier Dières Monplaisir

Deux chevilles ouvrières de l'Association paroissiale Saint-Joseph : Mr et Mme Xavier Dières Monplaisir

Daniel Chaduteau

memoires-vives-ronce.over-blog.com
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26 mars 2013 2 26 /03 /mars /2013 18:32

 

                                     Suzanne Proust : le temps retrouvé.

 

 

  Dans les précédents sujets, nous avons souligné la part prise par quelques grandes familles, les Saint Martin Lacaze, les Cadoret de Beaupréau, les Perraudeau de Beaufief, les Dières Monplaisir, les Favier-Belle… à la fondation et au développement de Ronce les Bains dans la seconde partie du XIXème siècle. Après la première guerre mondiale, Camille Daniel et Joseph Dières continuent l’œuvre entreprise par leurs prédécesseurs. Mais un troisième homme va entrer dans le jeu et  faire parler de lui. Cet homme entreprenant et pressé, c’est Eugène Proust. Pendant cinquante ans, il va modifier le visage de Ronce. Suzanne Proust, sa belle-fille, a bien voulu relater son parcours.

 

La famille Papaud.

 Suzanne Proust, née Papaud évoque en premier sa famille : « Un de mes arrière-grands-pères, Justin Baliros, né à Cognac en 1827, était d'origine espagnole. lI travaille à l'arsenal de Rochefort comme tourneur sur bois. C'est dans cette ville qu'il rencontre sa femme, Rose Courpron, issue d’une grande famille d’ostréiculteurs trembladais. Elle,est blanchisseuse chez Louis Marie Julien Viaud, alias Pierre Loti.


L'arrière-grand-mère de Suzanne travaillait comme blanchi Elle met au monde une fille qui porte le même prénom qu’elle, Rose. Mon autre arrière-grand-père paternel s’appelait Izaac Papaud. Il épouse Marie Magdeleine Malineau  qui donne naissance à Edouard Isaac. Ce dernier part comme mousse à l’âge de 14 ans pour plusieurs tours du monde. A La Tremblade il fait la connaissance de  Rose et l’épouse. Rose qui est institutrice va aider son mari à préparer des concours administratifs. Ils s’installent à La Tremblade dans la maison construite par son père Justin, puis partent au début des années 1880 en Nouvelle-Calédonie où Isaac exerce le métier de gardien de bagne. C’est ici que voient le jour mes trois tantes et en 1886 mon père Georges. En 1890 toute la famille regagne ses pénates à La Tremblade. Isaac poursuit sa carrière jusqu’à sa retraite à Cayenne où le bagne a été transféré. Là, il a la garde d’un personnage illustre, le Capitaine Dreyfus interné à l’île du diable.


Lîle du diable où Isaac a gardé le Capitaine Dreyfus

                     Edouard Issac Papaud  a gardé le capitaine Dreyfus à l'île du Diable


Mon grand-père m’a souvent raconté qu’Alfred Dreyfus, qui sera gracié en 1899, et totalement innocenté en 1906, s’entretenait avec lui à l’heure de la promenade puis s’asseyait face à la mer en sanglotant.  Ma grand-mère sera nommée avec Mme Roy institutrice à La Tremblade. Quant à mes tantes, elles vont suivre  les traces de leur mère et exercer la même profession dans les écoles de la presqu’île d’Arvert. »


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1910. De gauche à droite,les cyclistes, Mlles Bondon, Hay et Renée Papaud, toutes trois enseignantes


 Son père Georges rêve d’entrer à L’école navale mais une déficience visuelle l’en empêche. Dépité, il travaille chez Claude Pierre, épicier de la place Gambetta à La Tremblade. Il prépare et obtient le concours des PTT, administration dans laquelle il effectue toute sa carrière pour finir inspecteur. Georges rencontre à Bordeaux Anna Papeyre Cazade. Il l’épouse et rejoint Mont-de-Marsan où il est nommé. Georges souffre de problèmes cardiaques qui lui interdisent de défendre sa patrie en 1914. Il vit très mal cette situation, éprouvant quotidiennement un sentiment de culpabilité. Pendant toute la durée du conflit, il n’aura de cesse d’aider les prisonniers. Dans ce but, il crée la Coopérative landaise qui se charge de leur envoyer des colis.

Anna, après plusieurs fausses couches, met au monde André en 1918 et Suzanne en 1921.

 

  De grandes vacances inoubliables.

Dès sa plus tendre enfance, Suzanne vient passer ses grandes vacances à La Tremblade  dans la maison de ses arrière-grands-parents au 94 de la  rue des Bains où vit sa grand-mère jusqu’en 1929, date à laquelle elle décède. Actuellement Thierry Proust, l’un des fils de Suzanne habite cette maison de famille, rue Marcel Gaillardon où a vécu Edouard son arrière-grand père conseiller municipal comme lui et partageant la même passion pour la mer.


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                   La maison familiale, rue Marcel Gaillardon, construite par Justin Baliros


Pour égayer son séjour estival, ses tantes l’emmènent au Mus de Loup ou le plus souvent à la plage de la Cèpe.


Un des lieux de promenade de Suzanne et des ses tantes

                                            L'ancien phare du Mus de Loup


La petite fille trouve le trajet bien assez long. Aussi ses tantes ont-elles prévu à l’aller un arrêt sous les peupliers après le Pont des Brandes. Suzanne, serviette orange autour du cou, déguste une pêche pelée avec amour par l’une de ses accompagnatrices.


Le pont des brandes et ses peupliers

                                           Les peupliers du Pont de Brandes


Arrivée à bon port, elle grimpe sur la dune qui domine toute la baie et savoure ces instants délicieux qui récompensent les efforts fournis. Aucune halte n’est prévue sur le chemin du retour et les tantes portent, à tour de rôle, l’enfant épuisée mais ravie.


Au fond, à droite, la grande dune de la plage de la Cèpe

                         Au fond, à droite, la grande dune de la Cèpe aujourd'hui disparue


Après la disparition de sa grand-mère, les trois institutrices prennent le relais et veillent sur le séjour estival de Suzanne. Par commodité, elles décident de louer des villas à Ronce. Suzanne telle un métronome a retenu leur nom et les années de location : Ombreuse, allée des camélias en 1929, Guite en 1930 et 1931 allée des roses Le Chêne 1932 et 1933 dans la même allée, Marie-Louise 1934 et 1935 avenue Gabrielle, Primerose 1937 et Bagatelle 1938  dans la même avenue. A noter que toutes ces maisons existent toujours et qu’elles ont gardé leur nom d’origine.


La villa Guite

                                                     Villa Guite, allée des roses


Les villas Bagatelle et Primerose

                                   Villas Bagatelle et Primerose, avenue Gabrielle


 Une anecdote ressurgit de la mémoire de Suzanne : «  Nous passions mon frère et moi  nos vacances à Ombreuse, une espèce de cabane très rustique. A marée haute, André aimait flâner sur le brise-lame. Un jour, Mme Moutin de Blandinière, propriétaire des Algues lui demande de bien  vouloir approcher son bateau de l’escalier de la villa.


Villa Les Algues et son escalier donnant sur la plage

                                  Villa Les Algues et son escalier donnant sur la plage


L’enfant de onze ans sans se faire prier s’exécute, monte dans la barque, tire l’ancre mais tombe à l’eau, emporté par une vague. Un client de la pension voisine, Les Girondins,  voyant la scène, n’écoute que son courage et plonge dans l’eau tout habillé pour repêcher mon frère.


A Gauche, villa Le Girondin, droite LesAlguesà

                                        A gauche, Les Girondins, à droite, Les Algues


Ce faisant, des billets de banque s’échappent de son portefeuille et se mettent à flotter comme autant de petits bateaux. Pendant que cet homme ramène sain et sauf André sur la terre ferme, les tantes s’emploient à récupérer son bien avec des épuisettes afin de le faire sécher. Le lendemain, le sauveteur, sans doute grisé par son acte héroïque, aborde la plus jeune de mes tantes, tante Suzie et la demande en mariage. Ce qu’il ignore, c’est que cette femme très indépendante est déjà amoureuse d’un homme marié. Donc, il est hors de question pour elle de se jeter à l’eau. »

 A la fin des années trente, l’adolescente  n’a pas l’autorisation d’aller danser à  La Chaumière même si son frère lui sert de chaperon.


Le restaurant-dancing La Chaumière

                             Le  restaurant-dancing, La Chaumière, dans les années 30


Elle aimerait bien sortir avec sa bande d’amis, Pierre Petro, Jean Girard, les frères Proust, Pierre et Lucien et Robert Durand dont le père, propriétaire de la villa Les Colonnes, est laqueur sur le paquebot le plus luxueux jamais construit, Le Normandie, qui brûlera en 1942 dans le port de New-York.

 

 Les années sombres.

  En septembre 1939, Mr Pion après un roulement de tambour annonce le début des hostilités. Le 6 septembre, la famille Papaud loue une voiture pour conduire André qui est sursitaire à la gare de Royan. L’attend un train déjà bondé qui doit mener les jeunes recrues sur leurs lieux de mobilisation. Georges Papaud meurt de fatigue et  de chagrin en mars 1940.

Suzanne quitte Orléans où elle suit des cours pour devenir professeure de gymnastique. Le 15 juin 1940, alerte en pleine nuit au changement de train à Tours.  Panique et  bousculades gagnent le quai. Sa mère qui l’a rejointe trébuche et tombe. Croyant sa dernière heure arrivée, elle implore sa fille de l’abandonner mais Suzanne refuse d’obtempérer.

Vingt quatre heures pour rallier Royan, trois heures de plus pour arriver à La Tremblade.

Suzanne trouve un poste de maîtresse d’internat à Dax. Elle n’est pas rémunérée mais logée et nourrie. Après l’obtention de son baccalauréat en 1942, elle s’inscrit en droit à Bordeaux où elle se rend une fois par semaine. Elle fréquente également l’Ecole normale.

 André est fait prisonnier à Dunkerque le 2 juin 1940. Dans le camp où il est interné, il s’occupe de  répartir de façon équitable les colis envoyés par les familles pour que chacun puisse survivre. Suzanne n'oublie pas son frère et lui fait passer des colis. Elle ignore alors, que 50 ans plus tard, elle réitérera son geste pour venir en aide à l'un de ses fils incarcé dans une geôle indienne.

A Dax, d’avril à juillet 1945, dès cinq heures le matin, avec d'autres bénévoles de La Croix Rouge, elle participe à l’accueil des prisonniers. Son plus grand regret encore aujourd’hui, c’est d’avoir été absente le jour du retour de son frère après cinq ans de captivité.

 

Eugène Proust, un homme d’affaires averti.

«  Maintenant, il est temps d’évoquer le souvenir de l’homme, Eugène Proust, qui deviendra mon beau-père » dit-elle. Ses parents, originaires de Melle dans les Deux-Sèvres sont à l’instar de nombreux membres de ma famille des hussards de la République, métaphore pour dénommer les instituteurs. Tout naturellement, Eugène et ses trois sœurs embrassent la même carrière. Seulement Eugène, fraîchement affecté se rend vite compte que ce métier ne lui convient pas parce qu’il n’est pas assez rémunérateur.


Eugène Proust à 21ans en 1900

                                                             Eugène Proust en 1900 à l'âge de 21 ans

 

Alors il quitte l’enseignement et trouve un emploi dans une manufacture de tabac. Un jour, une machine accroche sa blouse. Il est sérieusement blessé. Pendant des années, il doit se nourrir de bouillies et quand survient la guerre de 1914, il ne peut être mobilisé en raison de son état de santé. »

 Les Etats-Unis entrent en guerre en 1917. Eugène qui parle un peu la langue de Shakespeare se perfectionne et devient, grâce à sa débrouillardise et son travail, un personnage référent et incontournable pour de nombreuses transactions franco-américaines.

 A la fin de la guerre, il se demande comment utiliser au mieux les stocks de bois amassés et abandonnés par les alliés pour étayer les tranchées. Son idée de génie est d’en faire des poteaux de mine, prévoyant le redémarrage rapide de l’extraction du charbon, matière première indispensable à la reprise économique. Le 28 avril 1919,  il crée dans la Sarthe une société qu’il appelle Le Poteau. Avec l’argent qu’il a gagné, il se lance dans les affaires. Il fait construire quatre usines d’injection de créosote dans les poteaux de mine. Ce mélange huileux de phénols et de crésols obtenu par la distillation des goudrons du bois protège les poteaux des parasites et les rend imputrescibles.


L'usine de Champagné dans la Sarthe

                                Une des usines d'injection à Champagné dans la Sarthe


L’année suivante, il fonde une autre société le 11 mai 1920, La Forêt, société anonyme qui lui permet d’acheter des forêts et de les exploiter mais aussi de se lancer dans des transactions immobilières. Ces deux sociétés existent encore aujourd’hui.

 

 Eugène succombe au charme de Ronce.

Eugène découvre Ronce les Bains en 1921. Un voisin manceau lui vante sa beauté et surtout son  climat propice aux enfants maladifs. Or, un de ses fils, Lucien, âgé de cinq ans, est de santé fragile. Séduit par le site, il achète quelques années après, avenue Gabrielle, la villa Monplaisir, construite par l’entreprise Goulé qui s’est rendue célèbre à Ronce par ses crépis si caractéristiques.


La villa Monplaisir construite par l'entreprise Goulé                                              La villa Monplaisir, avenue Gabrielle


Il demande à Marthe, une cousine de sa belle mère, de veiller sur Lucien à Ronce pendant que son épouse  Victoire Françoise Alexandre garde son autre fils Pierre au Mans. Eugène fait souvent des allers et retours à Ronce pour visiter sa famille et diversifier ses activités. Exploitant forestier, promoteur immobilier, responsable de sociétés, il déborde d’énergie et n’hésite pas à se rendre la même journée sur plusieurs chantiers. Sa femme n’arrête pas de dire qu’il a usé trois chauffeurs. Mr Eugène, en un peu plus d’une décennie, est devenu quelqu’un à Ronce.


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    Trois extraits du cahier sur lequel, dans les années 30, Eugène avait répertorié tous les immeubles de Ronce

 

Sans vraiment se tromper, on peut dire qu’il a possédé plus de la moitié des terrains de la station balnéaire sans compter bon nombre d’immeubles qu’il achète et revend opportunément comme Le Grand Chalet, Le Grand Hôtel, L’ Hostellerie de Saintonge, La Cigogne, La propriété Saint Martin Lacaze


Le Grand Chalet est toujours en activité

             Le grand Chalet, le plus ancien hôtel-restaurant de Ronce toujours en activité


L'hostellerie de Saintonge dont Eugène Proust a été prop                     L'Hostellerie de Saintonge, avenue de Saintonge, dans les années 30


Dans les années 30, il a même délégué pour suivre au plus près ses affaires ronçoises, Fernand, le fils de sa cousine germaine Léocadie Girard native de Clussais-la-Pommeraie dans les Deux- Sèvres. Ce dernier achète un terrain à son cousin Eugène et fait construire la villa Sans Souci qu’habite, à l’année, son petit-fils Jean-Pierre Girard depuis 1997.


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                                     Septembre 1948, villa Sans Souci, allée de la forêt


 Lucien, trop chétif pour être mobilisé, gère pendant l’Occupation les affaires de son père. Il réalise de nouvelles plantations et s’occupe surtout des fours de production de charbon de bois qui sert de combustible  aux véhicules à gazogène comme sa traction 15 chevaux Citroën qui sera réutilisée pour le tournage de films évoquant les années 40.

 

 

 Coup de foudre à Ronce les Bains.

Après guerre, Suzanne vit avec sa mère à Dax dans un appartement que leur ont déniché des amis fidèles et dévoués. En septembre 1946, c’est avec beaucoup d’émotion et de bonheur qu’elle renoue avec le passé, avec ses tantes, en logeant, allée des hortensias, à la villa Amélie, « l’insouciante », la bien nommée.


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                                    Villa Amélie, allée des hortensias


A deux cents mètres, la villa Monplaisir est investie par les fils Proust qui ont invité André, son frère, et d’autres camarades.

Un jour, ils décident de faire une sortie à Bonne Anse. Suzanne se joint à eux. Dans ce lieu enchanteur, leur attention est attirée par un bateau échoué sur le sable le Me voici au nom prémonitoire.


La baie de Bonne Anse

                                                                                  La baie de Bonne Anse

 

Suzanne toujours aussi sportive -elle pratique le water-polo- montre son agilité en y grimpant. Quelques instants après elle le quitte en effectuant un saut majestueux qui  fait forte impression sur Lucien Proust. Ce dernier décide alors d’acheter cette embarcation. Il charge les frères Bernard de le ramener à la Tremblade.

 Le 11 septembre est un jour à marquer d’une pierre blanche. André fête ses 28 ans. Il  convie à son anniversaire ses amis parmi lesquels, heureuse coïncidence, Lucien. Suzanne confesse : «  Ce jour-là je tombe gravement malade. Un mal délicieux me ronge. Je n’ai ni faim, ni soif, ni envie de dormir. J’en parle librement à mes tantes : Je crois que je suis amoureuse leur dis-je avec candeur. Lucien a trente ans, j’en ai 25.  Ma famille ne voit pas d’un bon œil cette relation alléguant que nous n’appartenons pas au même milieu social. Seulement on ne veut plus se séparer, on ne peut plus nous séparer. Confrontées à notre obstination, les deux familles se rencontrent et trouvent un gentleman’s agreement. La date du mariage est arrêtée. » C’est ainsi que trois mois plus tard, sont célébrées à Paris en l’Eglise Saint-Jacques du Haut-Pas dans le 5ème arrondissement, le 16 décembre 1946, les noces de Suzanne Papaud et de Lucien Proust.


L'église où ont été célèbrées les noces de Suzanne e


Mariage de Lucien Proust et de Suzanne le 16 décembre 194

                                                        Suzanne et Lucien Proust le jour de leurs noces

 

 Un choix cornélien mais assumé.

Lucien continue de seconder son père, Eugène. Quand Suzanne veut reprendre son métier d’institutrice, Lucien s’y oppose. Chez les Proust, les femmes restent à la maison. A  l’inverse chez les Papaud, elles exercent toutes une activité. De surcroît, Suzanne adore son métier. Lucien se montre intraitable et intime l’ordre à son épouse de démissionner. Mais les tantes n’entendent pas capituler. Après réflexions, devant ce dilemme, Suzanne se range à l’avis de son mari,  lui fait confiance et après plus de 65 ans n’éprouve aucun regret, consciente d’avoir été une femme comblée.


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                                    Plus de soixante ans de vie commune, ça donne des ailes


  Eugène achète au Mans une propriété de deux hectares au milieu de laquelle trône une vaste demeure. Son idée, c’est de la revendre pour réaliser une plus-value. En attendant le jeune couple vient s’y installer. Ce domaine dispose d’un verger et d’un potager.  Des poules et des moutons offrent également de quoi se nourrir en cas de disette. Comme le plan Marchal n’a pas encore été mis en  œuvre, la vie  reste  difficile. A l’origine, ce bien se trouve isolé mais de nouvelles constructions l’entourent progressivement. Sa superficie demande beaucoup d’entretien. C’est pour cette raison qu’Eugène vend une grande partie du terrain pour en faire un lotissement. Quant à la maison, elle sert de résidence principale à Suzanne et Lucien.

 

Le Mans

                La superbe demeure au Mans où ont  vécu Suzanne et Lucien Proust


De leur union voient le jour trois garçons qui suivront trois voies différentes : Frédéric né en 1948 sera photographe, Philippe né en 1960, expert agricole et le touche à tout, Thierry, né en 1951, plongeur, architecte, journaliste, archéologue sous-marin, patron de la SNSM de La Tremblade. La famille n’a pas perdu tout contact avec Ronce. Plusieurs fois dans l’année, elle se ressource à la villa Monplaisir où loge toujours la cousine Marthe.


Villa Monplaisir en 2008

                                                                       Villa Monplaisir en 2008

 

Une opportunité à saisir.

 En 1960, Lucien apprend que la villa Les Dunes toute proche de Monplaisir est en vente. Cette maison, construite au début du siècle par la famille Fuchs puis rachetée par un couple de dentistes niçois dont les jumeaux ont été fusillés pendant la guerre, est de moins en moins occupée.

Lucien s’en porte acquéreur. Il  fait agrandir cette villa qui devient tout d’abord une résidence secondaire puis à la disparition de Lucien en août 2009, l’habitation principale de Suzanne.


Chalet Les Dunes acheté en 1960 par Lucien

                                                                    Villa Les Dunes, avenue Gabrielle

 

 Eugène, un investisseur infatigable.

Des années 50 aux années 70,  les villas poussent comme des champignons pour le plus grand plaisir de 409 familles ayant acquis chacune une parcelle figurant sur l’un des 15 nouveaux lotissements conçus par Eugène Proust.

 Bien qu’il soit très dur en affaires, il faut reconnaître qu’il a aussi vendu, à des prix abordables des terrains à des œuvres sociales chargées d’envoyer des enfants en colonies de vacances : colonies d’Ugine, de Melle,  Hennessy, de la Police, des PTT etc…


Camping de la police

                           Terrain pour les oeuvres sociales de la police à l'entrée de Ronce


Il a même offert, pour un franc symbolique, des terrains à la municipalité de La Tremblade pour la construction des nouveaux courts de tennis de Ronce.

Il s’éteint en 1972 à l’âge de 93 ans.

 

« Longtemps je me suis couché de bonne heure » est la phrase emblématique qui débute  A la recherche du temps perdu, l’œuvre de son homonyme Marcel Proust dont Eugène est également l’un de ses prénoms.

« Longtemps je me suis couché tard » pourrait bien être celle qui résumerait la vie d’ d’Eugène à moins que ce soit celle de son épouse Victoire qui répétait sans cesse : «  Quel homme ! Il n’est jamais fatigué. »

 

  Jusqu’au mois de décembre dernier, Suzanne conduisait encore sa Saab noire. Sa mémoire, véritable musée vivant, fonctionnait à merveille. Sa plus grande joie, c’était d’avoir pu réunir sa famille en 2011 pour fêter ses 90 ans.


Les 90 ans de Suzanne Proust en 2011

  La famille entoure Suzanne Proust, au centre, avec son écharpe rouge pour lui fêter ses 90 ans. A gauche, Thierry puis Frédéric et Philippe qui encadrent leur mère

 

Elle reconnaissait qu’elle était une privilégiée de la vie. Des ennuis de santé l’ont rattrapée. Elle se remet dans une maison de repos, entourée de l’affection des siens.

Merci à elle de nous avoir livré avec naturel, enthousiasme et émotion ce témoignage précieux qui complète et éclaire le passé de Ronce.


                                                                                               Daniel Chaduteau

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25 janvier 2013 5 25 /01 /janvier /2013 18:14

         Marcel M. fait chauffer les tubes à Ronce les Bains.

 

 

   A l’exception de quelques immigrés italiens comme les Déola et les Migliérina qui, fuyant le fascisme et la misère, ont trouvé du travail à Ronce et s’y sont durablement installés, rares sont ceux qui, originaires d’autres régions de France que le Poitou-Charentes, ont suivi leur exemple. Pourtant  lors d’un  passage éclair dans la station balnéaire, Marcel et Thérèse ont succombé à la magie des lieux et  y ont séjourné un demi siècle en devenant des éléments moteurs de la vie économique et associative de la cité. Jean-Paul Batmalle, leur neveu, a bien voulu remonter le temps pour faire revivre Mr et Mme Mouliet, ces Ronçois de cœur.

 

   Une famille parisienne.

  Marcel Mouliet est parisien. Né dans le 14ième arrondissement en 1905, c’est le premier enfant de Maximin Mouliet et de Marie-Joséphine Auffinger qui donnera quelques années plus tard naissance à un second fils André. Marcel remplit ses obligations militaires en 1925-1926 dans l’armée du Rhin à Mayence. De retour en France un de ses passe-temps favoris est la pratique du sport. Il fait partie de l’équipe de football et rencontre celui qui va devenir son meilleur ami Paul Batmalle, lui également grand sportif.


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                     De gauche à droite assis, Paul est le second. Debout Marcel  est le quatrième

 

Paul en effet excelle en athlétisme. Sa discipline de prédilection est le saut à la perche. Lors d’un concours un journaliste sportif commente ainsi sa performance : « La barre est à 3,65 m annonce les haut-parleurs. Les officiels, les photographes et le public retiennent leur souffle. Paul Batmalle s’élève dans les airs et passe sans coup férir cette hauteur. Il franchit également 3,82 mais échoue à 4 mètres en raison d’un bambou trop court. »


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                                                     Paul Batmalle franchit  3,65 m à la perche


Paul qui a appris le métier de tailleur trouve une place au Bon marché de Vichy. Il devient entraîneur de La Jeanne d’Arc, l’équipe de basket locale.

 

 Une rencontre déterminante.

  Tout naturellement Paul présente sa sœur Thérèse à  Marcel qui, d’emblée, ne reste pas indifférent au charme de cette grande et belle jeune femme.


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             A gauche, Marcel et Thérèse et toute une bande d'amis posent devant cette superbe Delage

 

Les parents Mouliet décident de quitter Paris et viennent s’installer à Magny en Vexin à une cinquantaine de kilomètres de la capitale. Maximin y exerce  le métier de maréchal-ferrant.

 Le 13 octobre 1930, Marcel âgé de 25 ans épouse Thérèse de deux ans sa cadette.


Th & Marcel

                                                                           Les jeunes mariés


Marcel  trouve un emploi comme chauffeur livreur au Bon Marché à Paris.

 


Marcel

                                      Marcel, la sacoche de chauffeur-livreur accroché au cou


Thérèse, ne se contente pas d’être couturière à Magny, elle pratique la même activité à Paris où le jeune couple s’installe rue Lacretelle.

 L’année suivante pour s’évader de Paris et de sa banlieue, ils projettent de découvrir la France. Après un court séjour dans  les Pyrénées, ils traversent  le sud-ouest et font une halte à Ronce les Bains dont leur a parlé un ami musicien. Huit ans plus tard, en 1939, sur l’invitation du même ami accordéoniste qui joue dans l’orchestre de La Chaumière, ils passent quelques jours de vacances à Ronce. La déclaration de guerre de septembre 1939 les contraint à  rejoindre précipitamment la région parisienne.

 

 Choix d’un  autre cadre de vie sous l’Occupation.

 Après l’offensive allemande de mai 1940, les temps sont durs. Aussi le couple Mouliet  choisit-il de tourner la page. Dans le cadre du retour à la terre proposé par le Maréchal Pétain Marcel et Thérèse rallient Ronce bien que la station balnéaire se trouve en zone occupée. Peu de temps après, les suivent le père et la mère de Marcel qui logent à la villa La Fourmi, allée des Lilas où Maximin installe une forge au fond du jardin. Quant à eux, ils habitent d’abord  la villa  Le nid, allée d’Aunis. Marcel installe son atelier dans le garage de cette maison. Il change de couvre-chef. Le béret remplace la casquette.



Le Nid


    Le premier atelier de Marcel  dans le garage de la maison Le nid. En-dessus de l'inscription serrurerie forge, on aperçoit  son prénom. A droite, Thérèse et une amie.


Ils font connaissance de la famille Lecomte qui loge quelques maisons plus loin à la villa P’tit Sou. En 1943 Rommel ordonne la construction du mur de l’Atlantique (opération TODT). Tous les hommes âgés de dix-sept à soixante ans sont requis trois ou quatre jours par semaine pour participer à ce vaste chantier. Ils abattent des arbres dans la forêt domaniale, les débitent, les transportent, s’en servent comme pieux en les enfonçant sur trois rangées de La Pointe Espagnole à Royan. Parmi eux, Marcel et son voisin Mr Jean Lecomte. Les deux compères à l’insu des forces d’occupation dévissent les écrous sur les postes des systèmes de défense. Marcel comme appariteur assermenté de La Tremblade est amené à obtempérer aux ordres de réquisition de l’occupant.


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                                                        Ordre de réquisition datant de 1944


 Quand la population de Ronce est évacuée en 1944, la famille Mouliet s’installe à Dirée dans une petite maison. Le lundi 16 avril 1945, suite au débarquement du Mus du Loup, Ronce, la Tremblade et Arvert sont enfin libérés.

 

   Une conjoncture favorable.

 La guerre achevée, Marcel ne perd pas de temps pour s’équiper. Il achète des barres de fer, des poutrelles, des piquets de fer à socle, des poteaux télégraphiques abandonnés par les Allemands. En 1946, le couple fait l’acquisition d’un  terrain au 27 avenue de la Chaumière. Marcel y construit une petite maison  et son atelier au fond du jardin.


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           La première maison construite par Marcel. Sur un pilier, le panneau publicitaire de la marque Raffigaz

 

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                                      L'atelier de Marcel au milieu de la pinède


L’année suivante, ils emménagent avec chat et chien. Marcel est serrurier mais également plombier. Il utilise pour se rendre sur ses chantiers un vélo et une charrette à bras. Il rembourse en cinq ans seulement le prêt qu’il a contracté car l’activité reprend très fort. La construction en 1948 de la colonie d’Ugine conçue par  l’architecte Olivier Rabaud, les nouveaux aménagements des colonies Hennessy et Melle et la réhabilitation de la Druide que  les Allemands ont occupée,  remplissent pour plusieurs années son carnet de commandes. Les nouveaux lotissements des années cinquante et soixante réalisés  par Mr Eugène Proust, allée d’Ugine, allée des tennis et allée des chanterelles pour ne citer qu’eux, accroissent son activité et offrent l’opportunité d’économies substantielles en temps et en argent car ces allées se trouvent à quelques encablures de chez lui. A cela, il faut ajouter  la gérance du  dépôt de bouteilles de gaz butane de la marque « Raffigaz » dont le stock, aligné le long de la clôture s’accroît d’année en année. Ils tiennent ce dépôt jusqu’en 1972, date à laquelle, il est repris par le garage voisin dirigé par la famille Fotsy. Jean-Paul a retrouvé le carnet de comptes où sont notés les noms et le nombre des abonnés qui approche le millier. C’est dire que Marcel, en un peu plus d’une décennie, est devenu une figure incontournable de Ronce.

 

Des grandes vacances de rêve pour Jean-Paul.

 Jean-Paul qui a découvert Ronce à l’âge de trois ans à la villa Le Nid passe ses premières grandes vacances à Ronce avec son oncle et sa tante en 1951. Il a huit ans. Il y revient régulièrement jusqu’à ses quinze ans. Quand il quitte en train Clermont-Ferrand,  plusieurs heures de trajet lui sont nécessaires pour rejoindre Saujon où l’attend  le Citram pour le mener à bon port devant la place Brochard. La galerie du bus déborde de bagages des estivants venus passer un ou deux mois de congé.

 Jean-Paul sait qu’en  plus de l’amour des siens, il peut compter sur la famille Lecomte et plus particulièrement sur Jean-Claude qui, de dix ans son aîné, l’a pris en affection.


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       Devant la place Brochard, de gauche à droite Jean-Paul, Jean-Claude Lecomte et sa soeur Chantal

       (troisième et sixième)


Il l’emmène  souvent pêcher ou faire des tours de périssoire. L’enfant circule à  vélo dans les allées et participe au bal costumé de La Chaumière.


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      1951. Au centre,devant La Chaumière, Jean-Paul joliment entouré par deux demoiselles en robe


Ses compagnons de jeux, Christian et Renaud Guitard habitent comme lui avenue de la Chaumière à la villa Saint-Appoline, la sainte patronne des dentistes. Le soir, la joyeuse troupe se donne rendez-vous place Brochard devant le billard japonais. Jean-Paul adore piloter le bateau télécommandé, avant de faire des parties de baby-foot en écoutant le juke-box  cracher les chansons des rockers Gene Vincent, Bill Haley et Henri Salvador. Soudain la clochette qui tintinnabule aux alentours de 22 heures annonce que les sucettes chaudes de Mr José Lopez sont prêtes à être dégustées. Chaque soir, devant une cinquantaine de personnes aux anges, il fait son show. Il malaxe le sucre en mélangeant les couleurs. Puis le peintre se métamorphose en magicien et en jongleur lorsqu’il lance la pâte et décrit des arabesques en levant les bras. Il dompte la matière qui lui obéit au doigt et à l’œil sous les applaudissements du public. Ses mains expertes n’ont plus qu’à en  faire une espèce de long et fin boudin qui gît sur la plaque en marbre et à le couper avec le ciseau adéquat. Chacun se presse pour acheter le sucre d’orge tant convoité et en premier lieu les enfants qui veulent imiter le prestidigitateur en donnant à cette confiserie des formes étranges avant qu’elle ne se refroidisse.

Jean-Paul n’a pas oublié ces moments d’autant plus délicieux qu’ils ont été financés avec l’argent qu’il a gagné. Ces grandes vacances sont aussi pour lui l’occasion de faire l’apprentissage de la vie active. Pour transporter les bouteilles de gaz, Marcel a fabriqué un chariot que Jean-Paul accroche à son vélo. A chaque livraison le jeune garçon souriant, poli et débrouillard, reçoit quelques pièces, juste fruit de son investissement. Chaque fois qu’il est sollicité par son oncle, il ne répugne pas à l’accompagner sur les chantiers. A Ronce, il lui donne un coup de main par exemple pour l’installation du grillage de quatre mètres qui entoure le terrain  privé au bout duquel se dresse le fronton contre lequel on joue à la pelote basque.


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                      A gauche, l'ancien grillage qui clôturait le terrain de pelote basque


Un de ses souvenirs les plus marquants, c’est d’avoir circulé sur un chariot wagon du petit train, assis sur des sacs remplis de pommes de pins, chariot sur lequel Marcel et Jean- Claude, tels des gondoliers, manœuvraient à tour de rôle une grande perche pour le faire avancer.  Jean-Paul se rappelle cette anecdote datant de 1953 : « Une fois encore mon oncle m’avait demandé de le seconder. Nous voilà partis près du phare de la Coubre où nous attendaient des Cosaques qui, sans doute habités  par la nostalgie, avaient émis le vœu de camper dans les lieux qu’ils avaient fréquentés dix ans auparavant. Lorsque Marcel a creusé pour installer la pompe à eau qui leur faisait défaut, il a entendu un bruit métallique suspect. En dégageant la cavité avec précaution, il a déterré un obus. J’ignore s’ils ont pu concrétiser leur projet mais nous, nous avons  repris la route sans tarder. »

Le jeune homme est présent également en 1957 lors de la réalisation du projet de golf miniature créé par Mr Bornet que gèrent toujours sa fille Christiane et son mari Patrick Paradon. Marcel procède à la pose des bordures métalliques des dix-huit trous du parcours.


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           Le golf miniature toujours en service depuis plus de 50 ans. Derriére les deux courts des anciens 

               tennis 


Cette même année, le jour de la Saint-Valentin, la digue souffre devant les assauts répétés de vagues déchaînées, celle de la Louisiane est elle aussi endommagée.


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                                   La digue ravagée par la tempête de février 1957


 Jean-Paul passe ses dernières grandes vacances à Ronce en 1958. Il quitte avec regret la balançoire qui lui a servi de toise pendant toutes ces années. Lors du lancement du tracé de la route touristique, il est aux premières loges assis sur son vélo.

 

Une entreprise florissante.

 Dans ces années 50, propriétaires et locataires saisonniers aspirent à plus de confort. Chaque villa se doit d’être équipée d’une douche et d’un chauffe-eau. Ce dernier est accroché au-dessus de l’évier de la cuisine et ne ressemble en rien aux actuels cumulus. Il a une propension à ne pas s’allumer surtout s’il n’a pas fonctionné pendant un certain temps. Marcel, qui, à cette époque, n’a pas ou a peu de concurrents arrive à être la personnalité la plus courue de Ronce car il assure les urgences au même titre qu’un grand chirurgien. Mais ses heures de gloire, il les acquiert dans les années soixante grâce à la mise en œuvre quasi industrielles des clôtures. Les portails en bois des années d’après guerre n’ont pas résisté longtemps au sel marin et aux insectes xylophages. Il faut se rendre à l’évidence seul l’acier peut accroître leur durée de vie. Alors il embauche deux ouvriers dont Emile Lasserre qui habite à La Tremblade, route de Ronce à côté du bar-restaurant Tout debout. A l'atelier, Emile à force d' actionner la presse hydraulique pour le cintrage des montants arrondis devient un expert. Presque toutes les allées de Ronce arborent encore ce type de portail ou de clôture si bien qu’on peut dire que les tubes de Marcel sont toujours en tête du hit-parade ronçois.


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                     Allée d'ugine, les portails Mouliet des années 60 n'ont pas pris une ride


  Parmi ses autres réalisations, citons des lampadaires, l’inscription en fer forgé Foyer ronçois qui figure sur le bâtiment et le tronc de Saint-Antoine à la chapelle.


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                            Ce tronc créé par Marcel ressemble à un coffre-fort


Enfin, parmi bien d’autres activités, il est chargé par la colonie d’Ugine qui jouxte son terrain de procéder au montage et au démontage du mât des couleurs qu’il stocke dans la salle à manger et des grandes tentes dont il a fait le soubassement.


Colonie d'Ugine. Marcel assure la maintenance des sanitaire

Colonie d'Ugine. Marcel assure la maintenance des sanitaires, au centre, et procède au démontage des tentes


 Pour mener à bien sa tâche, il achète une Peugeot 203 commerciale qui remplace son ancienne camionnette. Par la suite Marcel restera fidèle à la marque au lion.

 Les Mouliet prennent peu de vacances. Ils partent généralement quelques jours au volant de leur véhicule professionnel, après la saison, début octobre comme en 1956 à Lisieux et au Mont Saint-Michel. Une autre année, ils visitent la Savoie et séjournent dans un centre de vacances de la société Ugine. En 1962, après avoir échangé un terrain avec la famille Roger, ils font bâtir une nouvelle maison qui se situe à côté de l’ancienne au 25 avenue de la Chaumière. Quand sonne l’heure de la retraite en 1972, c’est ici qu’ils s’installent. Ils l'appellent La Musardière nom qui invite à perdre son temps, à retrouver un rythme de vie plus paisible.


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                                                                        Leur seconde habitation, La Musardière


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                                                        Le superbe portail dessiné et réalisé par Marcel

 

 Une battante.

  Thérèse pendant toutes ses années, n’a pas cessé de prêter assistance à son mari  en se chargeant de la comptabilité et de toutes les tâches administratives. Elle s’est aussi fortement impliquée dans la paroisse en faisant partie dès l’origine du conseil d’administration de l’Association Saint-Joseph, en œuvrant comme sacristaine à l’entretien de la Chapelle de Ronce et comme bénévole à l’organisation des kermesses dans le parc du Logis, allée des seringas où elle a le plaisir de retrouver en 1969 son neveu Jean-Paul accompagné de son épouse Marie-Claire.


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         Lors de la kermesse, Thérèse vend les crèpes qu'elle vient de faire dans le parc du Logis


Les années passent .En cette année 1987, la santé de Marcel se détériore rapidement. Il est admis à l’hôpital de Royan à Vaux / Mer où il décède à  l’âge de 83 ans. Ses obsèques ont lieu dans la chapelle de Ronce. Il est inhumé au cimetière de La Tremblade où reposent déjà ses parents.

  Thérèse, femme énergique, au caractère bien trempé, va continuer à vivre seule dans sa maison de façon autonome jusqu’au jour où elle tombe et reste toute une nuit allongée sur le carrelage. Jean-Claude Lecomte, un de ses voisins, inquiet de voir ses volets fermés à 10 heures du matin prévient les pompiers qui fracturent la fenêtre et la conduisent à l’hôpital. Victime d’une complication pulmonaire, elle est enlevée à l’affection des siens en 2003 à l’âge de 96 ans. Elle repose au côté de son époux au cimetière de La Tremblade. N’ayant pas de descendant en ligne directe, elle désigne par testament Jean-Paul comme légataire universel. Il hérite ainsi de la maison de Ronce.


  Le couple Mouliet  appartient à cette génération qui connaît deux guerres mondiales, à cette génération qui se lève tôt, qui ne compte pas ses heures, qui reste économe, qui innove en prenant des risques, qui est fidèle en amitié et dévouée pour les autres à l’instar de beaucoup de nos parents ou de nos grands parents.

Cette génération inspire le respect et l’admiration. Il faut voir avec quelle émotion Jean-Paul raconte le moindre détail de l'existence de son oncle et de sa tante. Leur principal mérite est sans doute d’avoir donné des repères au jeune garçon qu’il était, tout en lui faisant aimer Ronce

    A son tour, en mettant ses pas dans ceux de Marcel et de Thérèse, il perpétue avec son  épouse la tradition familiale pour le plus grand bonheur de ses enfants et de ses petits enfants prêts eux aussi à reprendre le flambeau en suivant la route qu'il leur a tracée.


 

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             1956. L'image d'un bonheur simple: une ballade en bateau avec leur chien devant La Cèpe


Un des poèmes préférés de Thérèse, signé par la Ronçoise Paulette Courtin, résume à merveille les aspirations et la vie de ces gens qui ont traversé le siècle dernier :

 

Si l’on pouvait.

 

On devrait pouvoir aller

Vers le fond des années à pas feutrés

Sans jamais rien bousculer

Tranquillement doucement se retirer.

 

On ne devrait jamais souffrir

Ne jamais connaître de la vie le pire

Tout ce qui nous arrive à nous détruire

On devrait toujours pouvoir sourire.

 

Il ne devrait y avoir de misère

Tout devrait être beau sur la Terre

Il faudrait pouvoir gommer les guerres

En mon cœur une douce prière.

 

On devrait pouvoir aimer

Etre pour un cœur toute la destinée

Sans crainte sans se blesser

Etre deux au fil des années.

 

On devrait arriver à la fin

De sa vie sans en avoir chagrin

Doucement comme le sable fin

Du sablier glissant et que se referme sur nous l’écrin

 

 

                                                                                                                  Daniel Chaduteau

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