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27 octobre 2015 2 27 /10 /octobre /2015 18:23

 

En ce début du XXème siècle, Charles Corcaud, le père de Joseph, originaire du Perrier petit village de Vendée, est cultivateur comme la majorité de la population française. Son épouse, Marguerite, elle, est couturière. Elle met au monde Joseph en 1926 et Gisèle l’année suivante. Très vite,la famille éprouve le besoin de changer d’air pour améliorer son niveau de vie.

Mr Charles Corcaud, le père de Joseph

Mr Charles Corcaud, le père de Joseph

 

Nouveau départ à Ronce-les-Bains

Les Corcaud quittent la Vendée pour gagner au début des années trente, Ronce les Bains, station balnéaire de la Charente inférieure. Charles est employé par la famille Dières Monplaisir comme ouvrier agricole dans un premier temps puis comme fermier de la propriété de La Louisiane. Le couple et ses deux enfants habitent dans ce qu’on appelle la petite maison qui jouxte les chais.

A gauche, la petite maison, à droite les chais

A gauche, la petite maison, à droite les chais

Ceux-ci, servant d’écuries, sont loués aux Lemaigre-Dubreuil. La famille s’agrandit. Deux autres enfants Lucie en 1932 et Marie-Josèphe en 1936 voient le jour à La Louisiane. Mais un destin cruel accable Marguerite qui décède en 1939 en accouchant d’un garçon mort-né.

Mlle Agnès Goujon est la voisine de Joseph. Cette ancienne religieuse fait office de gouvernante de l’abbé Denis à la villa Raymond juchée sur la dune tout au bout de l’avenue de Beaupréau.

C'est dans cette Villa Raymond, rebaptisée La hunaudière, qu'Agnès Goujon va recueillir les soeurs de Joseph

C'est dans cette Villa Raymond, rebaptisée La hunaudière, qu'Agnès Goujon va recueillir les soeurs de Joseph

Elle recueille les trois filles et se charge de leur éducation. Si l’aînée et la benjamine s’adaptent aux exigences d’Agnès, Lucie ne les supporte plus. Aussi Mlle Goujon, excédée, décide-t-elle de se séparer d’elle bien qu'elle n'ait que 12 ans. L'adolescente quitte Ronce pour Arras. C’est Mr et Mme Pouchain, propriétaires d’une villa à Ronce qui lui servent de nouvelle famille d’accueil. Joseph lui, reste vivre avec son père à La Louisiane.

Joseph accroupi devant la tour de La Louisiane

Joseph accroupi devant la tour de La Louisiane

Un jeune homme téméraire

Joseph se souvient de l’arrivée des troupes allemandes le 23 juin 1940 qui, progressivement, investissent les belles demeures de l'avenue Gabrielle comme Le grand Hôtel et la Houle, après avoir chassé leurs occupants.

La Houle, un des nombreux chalets de l'avenue Gabrielle réquisitionné par les Allemands

La Houle, un des nombreux chalets de l'avenue Gabrielle réquisitionné par les Allemands

Joseph, pendant l’Occupation est facteur à Ronce. L’activité du jeune homme lui permet d’aller chercher le courrier venant de Marennes, acheminé par une yole qui fait l’aller retour Cayenne - la route neuve, étant donné que le bac, bombardé par les Anglais, ne fonctionne plus. Petit à petit, il s’enhardit en surveillant les va-et-vient des troupes allemandes dans Ronce. Il devient ainsi agent de liaison pour les FFI.

Le 4 octobre 1944, trois allemands en poste à Ronce les Bains essuient des coups de feu. L’un d’eux est abattu. Helmut Kahrs, le lieutenant commandant la place de La Tremblade, fou de rage fait tirer à la mitrailleuse et au mortier dans les rues et sur les chalets ronçois. Le lendemain, les Allemands appréhendent cinq jeunes gens de Ronce : Camille Prignaud 31ans, Robert Nougarède 21 ans, Henri Coussot 30 ans, Klébert Morin 29 ans et le benjamin de 18 ans qui n’est autre que Joseph Corcaud. Arrêté devant la Louisiane, il échappe miraculeusement à la mort, Kahrs et sa patrouille voulant le fusiller sur le champ. Voici quelques extraits de la déposition qu’il a faite devant le tribunal militaire de Bordeaux au procès de ses bourreaux qui s’est tenu du 5 au 7 juillet 1950, six ans après les faits qui leur sont reprochés : « Agent de liaison du groupe Bir-Hakeim, je fournissais des renseignements sur les points où l’on pouvait surprendre l’ennemi. Après le coup de main, je tentais de rentrer chez moi, mes camarades étant repartis par la forêt. Des soldats allemands m’ayant vu passer sur la route, me soupçonnèrent d’avoir pris part à l’embuscade. Ils m’ont gardé à vue en attendant le retour du lieutenant Commandant de La Tremblade. En arrivant, celui-ci a dit : on le fusille tout de suite. Il m’a bousculé et frappé lui-même avec sa mitraillette dans le ventre et dans le dos. Pensant qu’on voulait me conduire au lieu de la fusillade, je refusais d’avancer. Alors il a saisi un gourdin et m’a frappé le dos et les bras » Amené avec ses camarades à la Tremblade dans la maison Faure Marchand puis dans la maison Chaillé, Joseph est plusieurs fois tabassé avec des barres de fer et un tuyau de plomb par Kahrs et ses deux sbires Kohler et Kaczmarek. Le 9 octobre, les charges retenues contre lui n’apportant pas la preuve de sa culpabilité, il est relâché. Nanti d’un certificat d’origine de ses blessures, il part sans demander son reste retrouver son père à Ronce.

Certificat d'origine des blessures de Joseph Corcaud

Certificat d'origine des blessures de Joseph Corcaud

De-là il traverse la Seudre en compagnie de Maxime Miglierina, gardien chez les Lesieur, sur une pinasse appartenant à Mr Besson. De Marennes, Joseph gagne Jarnac et se réfugie chez des fermiers. Là, il fait la connaissance de sa marraine de guerre Andrée Marie. Fin 1944, il s’engage dans l’armée. Sa spécialité : les transmissions.

Maxime Miglierina avec qui  Joseph prendra la fuite

Maxime Miglierina avec qui Joseph prendra la fuite

Andrée Marie, la marraine de guerre de Joseph

Andrée Marie, la marraine de guerre de Joseph

Les tortionnaires échappent à la mort

Au printemps 1950 court une rumeur à La Tremblade. Les autorités doivent procéder à la reconstitution des crimes perpétrés par Kahrs en sa présence. Certains Trembladais en catimini construisent une potence pour le lyncher. Confrontés à une foule vindicative, les gendarmes se voient dans l’obligation d’annuler cette reconstitution. Les bourreaux faisaient partie tous les trois du bataillon Tirpitz. Helmut Kahrs accusé de plusieurs assassinats, de coups et blessures, de destructions et d’incendies volontaires a été condamné à mort, ses deux complices à dix ans de réclusion. Le jugement de Kahrs a été annulé par la cour de cassation. L’affaire a été renvoyée devant le tribunal maritime de Toulon qui l’a acquitté.

Potence érigée par des Trembladais pour pendre  le lieutenant Kahrs

Potence érigée par des Trembladais pour pendre le lieutenant Kahrs

Les trois tortionnaires comparaissent devant le tribunal militaire de Bordeaux du 5 au 7juillet 1950

Les trois tortionnaires comparaissent devant le tribunal militaire de Bordeaux du 5 au 7juillet 1950

La paix retrouvée

1945, année exceptionnelle pour Joseph. Il vient d’avoir 19 ans et ne va pas tarder à être démobilisé.

Fiche de démobilisation de Joseph Corcaud

Fiche de démobilisation de Joseph Corcaud

A Ronce, il a sympathisé avec Albert Déola venu faire des réfections à la Louisiane qui a subi de sérieux dommages de guerre. Il a toujours eu du goût pour le travail du bois. Il faut dire que son grand-père maternel, charpentier de marine, construisait des yoles. Albert forme sur le tas le jeune apprenti et l’embauche.

Fiche d'électeur de l'apprenti Joseph Corcaud signée par Albert Déola son employeur

Fiche d'électeur de l'apprenti Joseph Corcaud signée par Albert Déola son employeur

Il restera 17 ans dans l’entreprise jusqu’en 1962 date à laquelle Joseph se met à son compte. Cette même année, il décide de rendre visite à sa marraine de guerre, cuisinière au collège de jeunes filles de Cognac. Comme aide ménagère, elle peut compter sur Marie Poisnet qui élève seule sa fille Marie-Thérèse dont le rêve est de devenir coiffeuse.

Marie -Thérèse à Ronce les Bains

Marie -Thérèse à Ronce les Bains

La mère et l’adolescente sont logées dans le collège tenu par des religieuses. Lors de leur première rencontre, Joseph arbore un uniforme qui éblouit la jeune fille de 13 ans. La cuisinière demande à Marie-Thérèse d’aller chercher en ville un bidon de lait. Joseph se propose de l’accompagner et de porter ce volumineux récipient, objet banal mais qui va sceller une bien belle histoire d’amour.

Le prestige de l'uniforme

Le prestige de l'uniforme

Joseph et Marie-Thérèse l'année précédant leur mariage

Joseph et Marie-Thérèse l'année précédant leur mariage

Pas moins de quatre ans de relation avant que Mr André Rivière, le maire de Mosnac en Charente ne reçoive le consentement des jeunes mariés le 19 septembre 1949. Ils ont 17 et 23 ans

Un couple heureux

Un couple heureux

La Tremblade, ultime port d’attache

Le jeune couple retourne à La Tremblade et loge rue des Maltaises dans une maison qui, au début, n’a pas l’eau courante La famille y séjournera une quinzaine d’années. Durant cette période Marie-Thérèse met au monde ses quatre enfants : trois filles, Dominique en 1950, Clarisse en 1956, Ghislaine en 1959 et un garçon, Pascal en 1952.

Joseph pour créer son entreprise achète un terrain qui longe la route de Ronce au lieu-dit « Ancienne vacherie de Tivoli » et se porte acquéreur des bâtiments délabrés qui l’occupent. Il confie à Severo Miglierina l’oncle de Maxime, le soin de réhabiliter la maison d’habitation, de restaurer et d’agrandir l’atelier.

Rue Marcel Gaillardon, à gauche, l'ancien atelier de Joseph, à droite, la maison des Corcaud

Rue Marcel Gaillardon, à gauche, l'ancien atelier de Joseph, à droite, la maison des Corcaud

Joseph se rappelle encore certains de ses chantiers : réparation du mobilier de la confiserie Lopez et des billards japonais de la place Brochard, réfection de la grande salle de restaurant de La Chaumière, avenue de la Chaumière, rénovation de la colonie de vacances La Druide…

Grande salle de restaurant de La Chaumière qui a brûlé en août 1971

Grande salle de restaurant de La Chaumière qui a brûlé en août 1971

Une vie bien remplie

Chef d’entreprise de menuiserie pendant 22 ans, Joseph cesse son activité à 65 ans en 1991.

Il passe une retraite paisible avec son épouse - près de soixante-dix ans de vie commune, ça fait un sacré bail - dans la maison qu’ils habitent Rue Marcel Gaillardon, résistant comme Joseph, fusillé en 1944 en chantant La Marseillaise.

Joseph et Marie-Thérèse en octobre 2015

Joseph et Marie-Thérèse en octobre 2015

En reconnaissance de son action pour La France, en 2010, le secrétaire d’Etat des anciens combattants Hubert Falco a décerné un diplôme d’honneur à Joseph Corcaud, peut-être l’un des derniers combattants de la seconde guerre mondiale survivant dans la commune.

    Joseph Corcaud,une jeunesse ronçoise
Remise à La Tremblade du diplôme d'honneur à Joseph Corcaud, combattant de l'armée française 1939-1945

Remise à La Tremblade du diplôme d'honneur à Joseph Corcaud, combattant de l'armée française 1939-1945

Daniel Chaduteau

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commentaires

lecomte jean-claude 04/11/2015 19:12

j'ai vécu cette période et m'en souviens très bien.d'ailleurs à ce moment là tout ronce a été fouillé et nous étions alignés le long d'un mur avec la mitraillette sur le ventre pendant que mon père était "tabassé" à la "komandantur" (jusqu'à uriner du sang).Merci d'apporter toutes ces précisions de faits vécus.

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