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22 avril 2016 5 22 /04 /avril /2016 15:05

Le patronyme Tarbouriech serait peut-être d’origine arabe et signifierait joueur de tambour. C’est également le nom d’un hameau de la commune de Riols dans le département de l’Hérault. La première mention du toponyme écrit en latin date de 936 : « Villa quae dicitur Tarborerius » Domaine qu’on appelle Tarborierus.

Une carrière militaire

Le grand-père paternel Ernest est né en 1877 à Béziers. Orphelin de mère à l’âge de six ans, il intègre les enfants de troupe pour effectuer une carrière militaire au cadre noir de Saumur.

Peloton d'Ernest Tarbouriech au cadre noir de Saumur

Peloton d'Ernest Tarbouriech au cadre noir de Saumur

C’est ainsi qu’au début du XXème siècle, il sert en Algérie et au Niger. Gazé pendant la première guerre mondiale, il met un point d’arrêt à son engagement militaire à trente huit ans au grade de sous-officier.

Ernest,au centre, en Algérie

Ernest,au centre, en Algérie

Carnet militaire du maréchal des logis Ernest Tarbouriech

Carnet militaire du maréchal des logis Ernest Tarbouriech

Un séjour dans le midi

Ernest, son épouse Ernestine et Etienne leur fils né à Angers en 1905 rejoignent le midi de la France. Ils vont séjourner une vingtaine d’années à Marseille.

 Ernest et Ernestine Tarbouriech à Marseille

Ernest et Ernestine Tarbouriech à Marseille

Leur médecin de famille préconise à Ernestine qui est asthmatique de changer de région et de s’installer sur la côte atlantique où l’air est de bien meilleure qualité.

Installation à La Tremblade

Ainsi en 1936, les Tarbouriech arrivent-ils à La Tremblade où ils se portent acquéreurs d’une épicerie qu’ils vont nommer Comptoir d’approvisionnement et d’un logement dans une rue appelée après guerre rue Sergent Lecêtre.

Une formation d’avant-garde

Etienne travaille avec ses parents. En homme avisé qu’il était, Ernest a très tôt veillé à la formation de son fils. Celui-ci l’accompagne lors des tournées qu’il effectue dans toute la presqu’île d’Arvert notamment dans les fermes pour s’approvisionner. Son apprentissage est même perfectionné par des cours particuliers d’anglais, ce qui n’était pas fréquent à cette époque.

Chez Mr Hallary, propriétaire de la laiterie de Soubise, il y rencontre Alice Quillard une amie d’enfance de son fournisseur.

Etienne au volant de la camionnette et le personnel

Etienne au volant de la camionnette et le personnel

Alice une épouse dynamique et cultivée

En 1938 Etienne épouse Alice de deux ans sa cadette à Mansle en Charente, petite ville d’où elle est originaire.

Photo de mariage d''Etienne et d'Alice

Photo de mariage d''Etienne et d'Alice

Alice est une jeune femme active. Parmi ses congénères, bien peu sont celles qui à l’âge de vingt ans dans les années trente peuvent se targuer d’avoir leur permis de conduire. Orpheline à 24 ans, elle est représentante de commerce en bonneterie et en lingerie dans les îles de Charente Inférieure. Elle connaît par cœur, les bacs de la Seudre, d’Oléron et de Ré. L’image qui l’a longtemps traumatisée est celle de ces bagnards enchaînés, regroupés à Saint-Martin- de - Ré, avant leur départ pour Cayenne.

Le bac de la Seudre

Le bac de la Seudre

Bien qu’elle ait plusieurs cordes à son arc, elle est titulaire d’un diplôme d’institutrice, elle excelle également au piano, en peinture et en couture, elle choisit de consacrer toute son énergie à l’activité commerciale plus rémunératrice exercée par sa belle famille.

Alice Tarbouriech et l'un des commis

Alice Tarbouriech et l'un des commis

Les années sombres

. L’épicerie commence à atteindre sa vitesse de croisière quand survient la seconde guerre mondiale. Dès juin 1940, La Tremblade est occupée par les Allemands. Jusqu’en 1944 date à laquelle La Tremblade doit être évacuée, l’épicerie fonctionne au ralenti. A la fin du conflit, les Tarbouriech quand ils retrouvent leur instrument de travail sont effondrés devant un tel spectacle de désolation. En effet, l’épicerie et tout le centre de la cité ostréicole ont été bombardés par les Anglais et ne sont plus qu’un champ de ruines.

L'épicerie dans les années 30

L'épicerie dans les années 30

A gauche du balcon du Marquis de la Roque, l'épicerie en ruines

A gauche du balcon du Marquis de la Roque, l'épicerie en ruines

. Parents et enfants sont relogés Rue Foch dans une maison située après l’ancienne gendarmerie. Alice met au monde Elisabeth née le 15 septembre 1948. Quant au commerce, il fonctionne momentanément place du Temple jusqu’en 1956.

La renaissance de l’épicerie

Cette même année, l’épicerie est reconstruite place Gambetta. Le fonds de commerce et les murs qui appartiennent au Marquis de La Roque sont mis en location. Etienne et Alice retrouvent onze ans plus tard le logement refait à neuf qu’ils occupaient au premier étage au-dessus de l’épicerie pour être comme auparavant au plus près de leur outil de travail.

Grâce aux indemnités des dommages de guerre, le grand-père Ernest a fait rebâtir deux maisons : une, rue du sergent Lecêtre, l’autre, Boulevard Pasteur.

Des semaines de plus de 60 heures

Quand ils réintègrent le magasin place Gambetta, l’équipe est à pied d’œuvre pour qu’il fonctionne à plein régime. Pendant qu’Etienne fait avec son commis la tournée des villages et pique-nique dans la camionnette, Alice sert ses clients tous les jours de 7h à 13h et de 15h à 20h sauf les dimanches après-midi hors saison. En pleine saison, l’épicerie est ouverte le dimanche de 17h à 20h.

Pour l’aider dans sa tâche, elle emploie l’été du personnel saisonnier. Le couple ne s’accorde qu’une semaine de vacances par an.

Le commerce est florissant pendant plus d’une décennie.

Ernest Tarbouriech décède à La Tremblade en juillet 1959. A la mort de son mari, Ernestine a quitté sa maison du boulevard Pasteur pour venir habiter avec son fils place Gambetta au second étage au dessus du commerce. C’est là qu’elle est arrachée à l’affection des siens, peu de temps après, en février 1960. Le couple, n’ayant pas d’attache familiale à La Tremblade, avait acheté une concession au cimetière où il repose.

Place Gambetta, années 30

Place Gambetta, années 30

Place Gambetta reconstruite dans les années 50

Place Gambetta reconstruite dans les années 50

L'épicerie remise à neuf en 1956

L'épicerie remise à neuf en 1956

La fin d’une époque

La vente de la maison et du parc attenant appartenant à Mr et Mme Yves Tallieu va changer la donne. Ce large périmètre est rasé. En lieu et place se construit un Prisunic qui va évidemment concurrencer l’épicerie qui se trouve à quelques encablures. Après plus de trente ans d’activité, le fonds de commerce est vendu à Mr et Mme Roland Besson en 1970 date à laquelle Etienne Tarbouriech et son épouse prennent leur retraite boulevard Pasteur. L épicerie devient une boutique de prêt-à-porter. Le supermarché, lui, changera de noms de multiples fois. Actuellement c’est l’enseigne super U qui tient la corde.

Derrière la procession de la profession de foi de Lisa, 3ème à partir de la droite en Juin 1960, on aperçoit la maison de Mr et Mme Yves Tallieu

Derrière la procession de la profession de foi de Lisa, 3ème à partir de la droite en Juin 1960, on aperçoit la maison de Mr et Mme Yves Tallieu

Victime d’un infarctus, Etienne quitte les siens à l’âge de 73 ans. Suite au décès de son mari Alice malgré les sollicitations de sa famille charentaise, refuse de quitter La Tremblade, cité à laquelle elle est très attachée, où, entourée d’amies, elle a une vie sociale épanouissante. Un demi-siècle comme résidente, ça fait un sacré bail. Son état de santé s’étant subitement aggravé, elle est admise à l’hôpital de La Rochefoucauld où elle passe les trois derniers mois de son existence. Elle s’éteint à l’âge de 86 ans la veille de l’anniversaire de sa fille. Etienne et Alice sont l’un et l’autre inhumés au cimetière de La Tremblade.

La troisième génération des Tarbouriech. Les années de formation à La Tremblade

Elisabeth, que tout le monde surnomme Lisa, entre à trois ans en maternelle à Notre Dame de la Sagesse. Dans les Chroniques de la Maison de La Tremblade on apprend que cette maison a été fondée par Mme et Mlle Cotard pour l’instruction des petites filles pauvres et pour la visite des malades afin de les préparer à mourir dignement. Elles ont offert à la Communauté des filles de la Sagesse une Maison située Rue de la Seudre à La Tremblade. Le 26 octobre 1853 à quatre heures du soir, Sœur Marie de Saint-Michel, Provinciale, vint y installer trois sœurs : sœur Saint-Firmin, supérieure de la Maison, sœur Sainte-Alena pour la classe payante et sœur Marie Almand pour la classe pauvre.

Lisa se souvient du préau où trônaient si l’on peut dire des toilettes en bois à deux places avec couvercles, du poêle Godin qui réchauffait la salle de classe. Une des particularités de cette école primaire, c’est que certaines classes étaient mixtes. L’encadrement était en grande partie assuré par des religieuses. Quelques laïques complétaient le personnel.

Entrée de Notre Dame de La Sagesse, rue de la Seudre

Entrée de Notre Dame de La Sagesse, rue de la Seudre

Le préau de Notre Dame de La Sagesse

Le préau de Notre Dame de La Sagesse

Une rencontre mémorable

En classe de CP CE1, elle fait la connaissance de celle qui va devenir l’amie de toujours Christiane Ménard dont le père est employé de banque à La Tremblade. Christiane commence le violon à 6 ans, Lisa le piano à 7. Elles se rappellent avoir joué ensemble sous la direction d’une sœur qui avait passé une quinzaine d’années aux USA et qui battait la mesure. Autre souvenir celui-ci plus douloureux pour Lisa, la distribution de lait à la récréation de 10h préconisée en 1956 par Pierre Mendès France. L’évocation de cet épisode soulève encore le cœur de Lisa qui n’a jamais pu s’habituer comme de nombreux autres enfants à cette odeur forte du lait si bien qu’elle en est devenue allergique.

Christiane entre en sixième à l'Ecole Institution Sévigné à Bordeaux où vit une partie de sa famille

Classe de CP à Notre Dame de La Sagesse.Au premier rang Christiane est la 5èmè à partir de la gauche. Au second, Lisa est la 4ème à partir de la gaucheea

Classe de CP à Notre Dame de La Sagesse.Au premier rang Christiane est la 5èmè à partir de la gauche. Au second, Lisa est la 4ème à partir de la gaucheea

Les années de collège et de lycée

Lisa, elle, rejoint l’internat Saint-Louis de Pont l’Abbé d’Arnoult où elle redouble son CM2. Elle fréquente cet établissement jusqu’à la troisième.

Etablissement Saint-Louis à Pont l'Abbé d'Arnoult

Etablissement Saint-Louis à Pont l'Abbé d'Arnoult

Un après-midi de printemps, Lisa et trois de ses camarades pénètrent dans le grand parc du séminaire de Saint-Louis de Pont l’abbé pour admirer la nature. L’une des jeunes filles perd malencontreusement une lettre à son nom, missive remise en mains propre au responsable du séminaire qui, sur le champ, accuse les quatre élèves de troisième de vouloir détourner de leur vocation les jeunes garçons dont il a la charge. Les quatre rebelles convoquées par leur directrice seront renvoyées en fin d’année. Lisa redouble sa troisième au collège Jeanne d’Arc à Saintes et poursuit sa scolarité au lycée jusqu’en terminale. Recalée au bac littéraire, elle rallie Poitiers pour suivre les cours de capacité en droit. Cette orientation ne l’enchante guère.

Séminaire de Pont l'Abbé d'Arnoult. A gauche, l'escalier menant au parc

Séminaire de Pont l'Abbé d'Arnoult. A gauche, l'escalier menant au parc

Un parcours atypique

Aussi dès qu’elle atteint sa majorité décide-t-elle de monter à Paris et de s’inscrire à l’Université de Vincennes créée en 1969 par le général de Gaulle pour regrouper les gauchistes. Lisa a enfin trouvé sa voie. Elle assiste aux cours d’éminents professeurs de philosophie comme Gilles Deleuze et François Chatelet et obtient sa licence avec pour unité de valeur une spécialité en psychanalyse.

L'éminent philosophe Gilles Deleuze

L'éminent philosophe Gilles Deleuze

. Elle s’intéresse également à la politique. Elle fréquente la gauche prolétarienne, l’organisation maoïste.

La cause du Peuple devient le relais presse de ce mouvement. C’est en filiation directe de la Cause du peuple qu’en avril 1973, le titre historique Libération va renaître de ses cendres.

Au tout début de sa publication Lisa fait partie de l’équipe chargée de faire connaître le journal dirigé par Serge July.

Lancement du journal Libération,le 18 avril 1973

Lancement du journal Libération,le 18 avril 1973

Retour dans la région de ses aïeux

En décembre de la même année, elle met au monde sa fille Aude. Avec son compagnon, elle quitte la région parisienne et rejoint Montpellier. Là, elle vit de petits boulots jusqu’au jour où elle rencontre le responsable d’un CFA qui recherche en urgence un professeur qui donne des cours de français, de législation et d’hygiène de l’atelier, matières qui n’ont rien de commun avec ses compétences en philosophie. Pendant plusieurs années, elle se retrouve contractuelle à Sète ou à Montpellier.

A la recherche d’un emploi stable et motivant

A la fin de son contrat, elle effectue un stage pratique au sein d’une association de solidarité pour les migrants, réfugiés politiques, originaires du Chili, du Proche Orient, du Sud-Est asiatique…

En cette année 1981, pour la première fois, elle exerce une activité professionnelle qui lui convient. L’année suivante, elle se sépare du père de sa fille. Dans cette association, Lisa a rencontré Roland qui désormais partage sa vie.

En 1989, le nouveau directeur ayant licencié l’ensemble du personnel, elle se décide à passer le concours d’entrée à l’école d’assistante sociale. Elle obtient son diplôme d’Etat en novembre 1993. De cette date jusqu’à sa retraite prise en 2012, elle est assistante sociale à Lunel au sein du Conseil général de l’Hérault.

La nostalgie de ses jeunes années

Lisa et Roland passent leur retraite dans leur résidence principale à Lunel mais ils sont de plus en plus présents à La Tremblade dans la maison familiale qu’ils restaurent boulevard Pasteur si bien que le patronyme Tarbouriech qui fleure bon la Catalogne résonne depuis exactement 80 ans dans la cité ostréicole.

La maison familiale boulevard Pasteur

La maison familiale boulevard Pasteur

Tous les étés, Christiane et Lisa, les deux amies de Notre Dame de la Sagesse s’y retrouvent

Lisa qui n'a jamais cessé de jouer du piano retouve tous les ans son amie ChristianeLisa qui n'a jamais cessé de jouer du piano retouve tous les ans son amie Christiane

Lisa qui n'a jamais cessé de jouer du piano retouve tous les ans son amie Christiane

C’est Mme Annie Dargère, la fille de Mr et Mme Roland Besson qui loue à Mme Nelly Damiens le magasin de prêt-à-porter appelé Tobago. Cette boutique perpétue la vocation commerciale initiée par le Comptoir de l’approvisionnement au 18 place Gambetta.

1936-2O16,quatre-vingts ans de présence commerciale au18 place Gambetta

1936-2O16,quatre-vingts ans de présence commerciale au18 place Gambetta

Daniel Chaduteau

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commentaires

Ménard Christiane 04/05/2016 22:18

Arrivée à La Tremblade au cours de l'année 1954, j'ai connu les grands parents Tarbouriech, puis, bien sûr, les parents de Lisa. Si nos souvenirs d'élèves de l'école de la Sagesse s'arrêtent à la fin du cycle primaire, Lisa et moi même, sommes toujours restées en contact. Nos mères respectives, qui, elles aussi, étaient amies, ont contribué à maintenir ce lien. J'ai ressenti une vive émotion en parcourant les lignes de ton article; merci Dany.

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