Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
12 novembre 2010 5 12 /11 /novembre /2010 18:56

 

                                 De l’école primaire à l’école buissonnière.

 

    Des décennies durant, deux à trois fois par semaine dès 10 heures le matin, Ronce sortait de  sa douce torpeur estivale, réveillée par une musique crachée par les haut-parleurs assourdissants de cirques en plein air ou avec chapiteau. L’annonce lancinante et lassante : « Représentation exceptionnelle, ce soir, à 21 heures, Place des écoles, à Ronce- les-Bains  » qui  résonne encore dans nos têtes, ponctuait les jours de vacances et récréait l’atmosphère de certains des films de Fellini. Ces spectacles sans prétention où les clowns et les animaux savants ou exotiques se taillaient, si l’on peut dire, la part du lion ont eu le mérite de séduire des milliers d’enfants accompagnés de leur famille.

 

La place de l'école et sa façade en 1972

                                          La façade de l'école primaire et la place des écoles en 1972


Plus tard dans les années 90, la place des écoles fut rebaptisée place du marché. Enfin, quand la municipalité décida d’agrandir le bâtiment qui abritait l’ancienne école primaire pour y implanter un casino, ces troupes d’un autre âge n’ont plus eu droit de cité.


Le casino en novembre 2007

                                              Le casino en septembre 2007


   Beaucoup de Ronçois étaient partagés sur le bien-fondé et l’opportunité de cette réfection. Pourquoi donc la réhabilitation de cet ensemble scolaire et son inauguration au début de l’été 2007 ont-elles fait, un temps, polémique ? La raison paraît simple. Les anciens élèves et leurs maîtres voyaient s’évanouir une tranche essentielle de leur existence. Parmi ces instituteurs, deux ont particulièrement marqué de leur empreinte l’école dans laquelle ils ont officié, l’un Michel de 1963 à 1991, l’autre Evelyne, de 1963 à 1987.

   Le témoignage précis et précieux de Mme et M. Buraud va faire ressurgir l’histoire et  les histoires de cet établissement scolaire définitivement fermé en 1992.

 

    Des débuts  agités.

   Entre les deux guerres, Ronce parachève son développement. Certaines familles s’y installent à l’année. Mais comme la majorité d’entre elles n’a pas de voiture et que le ramassage scolaire n’existe pas, la municipalité de La Tremblade entreprend la construction d’une école primaire à Ronce, à la fin des années 30, pour leur faciliter la vie. Le bâtiment,   oeuvre de l'architecte Georges Vaucheret, comporte deux classes et un logement de fonction. Il faut avoir cinq ans pour pouvoir être inscrit. Dans les premiers écoliers, on retrouve Jean-Claude Lecomte, Joseph Déola qui vient de nous quitter, Pierre Forgit, qui séjournent toujours à Ronce ou à La Tremblade et bien d’autres naturellement.  Dès l’année 1940, avec l’afflux des enfants réfugiés venant de Moselle, la structure manque de capacité d’accueil. C’est ainsi que le Grand Hôtel met  à disposition ses locaux pour l’ouverture de deux classes provisoires. A l’issue du conflit, l’école fonctionne de nouveau normalement. Voici la liste des prédécesseurs d’Evelyne et de Michel Buraud : 1938 Pierrette Giasanti, 1939 Jeanne Arrivé, 1940 Simone Goulé, Mlle Besson, 1946 M. et Mme Fradin, 1948 M. et Mme Charlon, 1950 Arlette Bordier, 1952 M. et Mme Maye, et enfin 1956 M. et Mme Chaspot.


Lieu d'implantation du futur marché de Ronce

                                    Lieu d'implantation du futur marché de Ronce

 

   C’était écrit.

 M. et Mme Buraud sont tous deux natifs de Charente Inférieure, comme on le disait à l’époque. Michel suit les cours de l’Ecole Normale de La Rochelle de 1952 à 1956. Sa première affectation en octobre 1956 l’amène à rejoindre l’école de garçons d’Arvert. Par un heureux hasard, Evelyne en tant que remplaçante, occupe, la même année, le poste à l’école de filles.  Michel, nanti d’une plus grande expérience pédagogique que sa jeune collègue,  lui prodigue ses conseils. Leurs rapports au début purement professionnels vont devenir au fil du temps plus intimes. Malheureusement Michel quitte, les bleus à l’âme, l’élue de son cœur et rallie Dreux où il doit satisfaire pendant seize mois à ses obligations militaires avant d’être envoyé quatorze mois de plus à Cherchell en Algérie. Evelyne, devenue sa marraine de guerre, attend avec angoisse et impatience son retour. Michel rentre en métropole en décembre 1959. Le 2 janvier 1960, ils se marient en toute hâte pour pouvoir obtenir un poste double à Chenac sur Gironde où ils enseigneront quatre ans. C’est durant cette période qu’Evelyne met au monde ses trois enfants : Frédéric en 1960, Christine en 1962, et Pascal en 1963, date à laquelle le couple et sa petite famille débarquent avec règles, stylos, porte-plume et bagages dans le logement de fonction, coincé entre leurs deux classes respectives. Evelyne occupe celle de gauche, celle des 5 ans, CP, CE1, Michel celle de droite CE2, CM1, CM2  et Certificat d’études jusqu’en 1970. Derrière, la cour de récréation par où l’on accède aux classes, le préau et la cantine qui accueille une vingtaine d’enfants.


Les deux classes encadrant le logement de fonction

 

                                                  Les deux classes encadrant le logement de fonction

 

  La classe du bon vieux temps.

 L’emploi du temps des années 60-70  est immuable. Goudronnage de la place de l'école

                                                  Goudronnage à l'ancienne de la place de l'école

 

La classe débute à 9 heures mais il faut admettre beaucoup plus tôt les enfants dont les parents travaillent. Au début de la journée, cinq minutes sont consacrées au maintien qui se décline en quatre flèches : relever la tête, bomber le torse, baisser les épaules et rentrer le ventre. Puis  le maître commente la phrase de morale. Enfin, il apprend aux plus grands les règles essentielles du code de la route et  fait découvrir le fonctionnement d’une commune. Après une heure de calcul et un quart d’heure de récréation, il est temps de travailler sa langue maternelle. L’instituteur vérifie l’orthographe et la conjugaison, enrichit le vocabulaire, donne le goût de lire et d’écrire. De 12 h  à 13 h 30, Michel et Evelyne se relaient pour aller déjeuner car obligation leur est faite de surveiller la cantine, le domaine de Mme Saliou. 13 h 30, heure d’éducation physique suivie de la récréation. A 15 h, c’est le tour des disciplines d’éveil : histoire, géographie, dessin, leçons de choses… Pour  les  parents qui le désirent, une étude est ouverte jusqu’à 18h.

 

  Leurs élèves, leur bataille.

 En 1969, Michel, lors d’un stage de recyclage comprend, en échangeant avec ses collègues, que, s’il veut obtenir du matériel, il lui faut créer une association sportive. Ainsi, très vite, les écoliers ont à leur disposition, ballons, cerceaux, plots, balles lestées, cordes à sauter, à grimper,  sautoir,  poteaux de basket et même une célèbre marelle peinte quand la cour sera goudronnée. aménagement de la cour 1966

                                                               Aménagement de la cour en 1966

 

Tant et si bien que l’établissement particulièrement bien doté n’a rien à envier aux écoles de plus grande dimension. Cette vision idyllique ne doit en aucun cas faire oublier que l’école, en raison de la faiblesse de son effectif, a été à plusieurs reprises menacée de fermeture. Peut-être les règles étaient-elles moins draconiennes qu’aujourd’hui ? Heureusement Michel et Evelyne vont bénéficier d’une conjoncture favorable pour maintenir un effectif à peu près constant. Les familles originaires de Ronce, souvent des commerçants ou des chefs d’entreprise comme les Jaulard, les Lavaud, les Chaillé, les Quentin, les Chopin, les Déola, la liste n’est pas exhaustive, sont pour des raisons pratiques et sentimentales très attachées à leur école ; à elles s’ajoutent celles d’enfants d’origine étrangère. Severo Miglierina ayant construit pour son personnel des maisons ouvrières, bon nombre d’enfants de Portugais et quelques enfants du Maghreb fréquentent l’école. Au début des années 70, ce sont les enfants des ingénieurs et des ouvriers qui érigent le pont sur la Seudre qui gonflent l’effectif. A la même période,  les enfants des parents œuvrant pour l’Office national des forêts prennent le relais car L’Ecole du Pavillon de la Coubre ferme.


Ancienne école du Pavilon à la Bouverie

                                                  Ancienne école du Pavillon à La Bouverie

 

Alors un bus achemine les élèves jusqu’à Ronce. L’école inscrit également des enfants dont les vacances sont décalées parce que leurs parents occupent un poste en Afrique ou en Polynésie par exemple. Mais, on va le voir, le tandem Buraud s’est battu pour sauver son outil de travail pour le bien des enfants. D’autres raisons vont inciter des familles de La Tremblade à faire scolariser leurs enfants à Ronce. Le bouche à oreille leur apprend que les classes ne sont pas surchargées, que la mixité sociale ne pose pas de problèmes, et surtout qu’une équipe stable et compétente propose aux enfants des activités scolaires et  périscolaires très variées.

 

 On ne s’ennuie pas à l’école primaire de Ronce.

 Quelques exemples : de 70 à 72, les jeunes enfants sur leur carnet d’éveil dessinent avec minutie les étapes et les engins de la construction du pont sur la Seudre.


Sortie pédagogique avec une classe en 1971.Derrière, au M

                        Sortie pédagogique en 1971.  Au fond, au Mus de Loup, construction du Pont de la Seudre.

 


Sortie scolaire. Dessin du pont de la Seudre en constructio

                                                    Dessin d'une écolière représentant la construction du pont


  En créant une coopérative dirigée par les élèves,  leurs maîtres les initient à la vie associative, au commerce, à la gestion. Tous les trimestres les membres de la coopérative se réunissent, des élections ont lieu. Le Petit Ronçois, fascicule rédigé par leurs soins, est tiré à une centaine d’exemplaires. Ils sont chargés de le vendre pour financer d’autres projets.Numéro 4 du Petit Ronçois mars avril 1974

 Grâce à la mise en place d’échanges scolaires, les écoliers ronçois ont chaque année la chance de sillonner la France pendant trois jours en se rendant à  Verlhaguet dans le Tarn et Garonne, à Oradour Fanais en Charente, à Saint-Poncy dans le Cantal, à La Mesnière en Normandie, à Carresse dans le Béarn, à Saint-Victor dans la Creuse et à Jû Belloc dans le Gers. Les maîtres se sont attaché les services de deux chauffeurs de bus de la Régie départementale Aunis et Saintonge, Messieurs Goichon et Verdru qui logent dans les familles.Un des nombreux voyages scolaires organisés par les maîtr

             Les enfants s'apprêtent  à monter dans les bus pour partir en excursion


  Des excursions d’une journée à Paris sont aussi organisées. Malgré le départ  matinal à 6h 30 et le retour tardif à minuit en gare de Saujon, les enfants sont enchantés d’avoir pu visiter quelques merveilles de la Capitale d’autant plus que M. et  Mme Michaud, les photographes, viennent d’immortaliser par leurs clichés ces moments de bonheur intense.

  A Noël, une chorale dans la salle du foyer ronçois, permet aux enfants devant un public déjà conquis de faire apprécier leur talent et, en fin d’année, elle égaie la vie des retraités des Mimosas.

 

 L’apport des intervenants extérieurs.

 Dans les années 60, grâce à M. Vezin, les enfants  pratiquent le tennis de table  sous le préau dans le sable les jeudis après-midi. Ce boulanger de La Tremblade leur fait rencontrer Jacques Secrétin, 17 fois champion de France et élu meilleur pongiste français du siècle, lors d’un tournoi à la Chaumière. L’école décroche alors le titre de championne départementale USEP.Copie de 1964-65 Cour et pr+®au    La cour de récréation pas encore goudronnée. Sous le préau, les tables de ping-pong


 M. Rousseau, président  du Syndicat d’initiative et du Foyer ronçois, projette aux enfants les nombreuses diapositives qu’il a rapportées des ses voyages en Inde et en Indonésie.

 M. Verpillot qui, en s’engageant, a triché sur son âge et serait, à 14 ans, le plus jeune combattant de la première guerre mondiale, raconte d’un ton moralisateur son expérience de soldat.

 M. Claude Caillé, créateur en 1970 du splendide zoo de la Palmyre, fait des conférences et assure la projection  de films qui expliquent comment on capture les animaux sauvages.

 Dans les années 80, les écoliers peuvent s’inscrire aux stages de  voile, participer aux courses d’orientation organisées dans la forêt de la Coubre.

 Ce foisonnement d’activités et de rencontres montre à l’évidence le dynamisme, l’énergie  et la créativité de Michel et d’Evelyne.

 

 Chers élèves.

  L’intérêt porté à leurs élèves ne s’est jamais dissipé. C’est si vrai qu’ils entretiennent  toujours des relations avec certains d’entre eux. Leurs yeux brillent quand ils évoquent la performance d’Isabelle Lecroart récitant un poème* de plus de cent vers, daté de 1942, écrit  par Goulebenèze et dédié aux prisonniers de guerre de Saintonge.empierrement de la cour

                                          La cour une fois  goudronnée


 La rapidité avec laquelle cette jeune portugaise, fille d’ingénieur de l’entreprise Campenon- Bernard, a appris la langue de Molière, alors qu’elle ne connaissait pas un traître mot de français, continue de les stupéfier ; la répartie de cet écolier qui, sur sa fiche de début d’année, avait mentionné que son père était maçon alors qu’il était ostréiculteur : « Je sais bien que mon père n’est pas maçon mais je ne savais pas écrire le mot ostréiculteur. »  continue de les amuser ; la réaction de cet autre élève qui, visiblement ravi d’avoir réussi à grimper à la corde,  l’avait subitement lâchée une fois arrivé en haut,  ne cesse pas de les surprendre.

 

 Un élu  au service de sa commune.

  Michel aurait pu se contenter d’exercer sa profession. C’est bien mal le connaître. Aussi, pendant 30 ans de 65 à 95,  a-t-il été l’un des conseillers municipaux de sept maires différents avec la tâche d’adjoint durant quatorze ans. A l’instar de Mao Tsé Tong, il est l’auteur dans les années 70 d’un petit livre rouge qui n’a rien de politique. ANNEXE 5

                                                                                        Le petit livre rouge

 

Dans ce guide touristique de Ronce, on trouve, en plus des publicités, toutes sortes de renseignements pratiques ; mais ce qui fait son originalité, ce sont deux répertoires alphabétiques, celui du nom des villas et celui de leur propriétaire avec leurs adresses respectives.

 

 Une retraite  sereine.

   Maintenant Michel et son épouse passent une retraite paisible dans leur maison qui surplombe le rond-point de l’ancienne entrée de Ronce. Dire que la transformation de l’école en casino les a fait sauter de joie serait exagéré. Mais comme la façade de l’école primaire n’a  pratiquement  pas subi de modifications, ils se sont fait une raison. Pour preuve, la célébration de leurs noces d’or s’est tenue dans la salle même où Evelyne enseignait, salle du restaurant du casino appelé l’Ecole buissonnière dont les menus, autre clin d’œil, figurent sur des représentations d’anciennes ardoises. M. et Mme Brabant, les directeurs du casino, pour donner du lustre à cet anniversaire exceptionnel,  n’ont pas hésité à faire réaliser une maquette de l’école (visible dans l’établissement) précédée du couple de mariés qui s’est tant investi et  a tant offert de bons souvenirs aux enfants qui leur étaient confiés. Michel et Evelyne Bureau devant la maquette fabriquée en l      Michel et Evelyne devant la maquette fabriquée en l'honneur de leurs noces d'or


Plus de vingt heures de travail ont été nécessaires à  M. Guillaume Gomez, le chef cuisinier, pour créer cette maquette en pastillage(fécule de pomme de terre, sucre glace, gélatine, eau) teintée également de colorants alimentaires.P1040925

                                                                          Le verso de la maquette

 

 Pour justifier la métamorphose de l’école primaire, il est bon de rappeler que le mot école, avant de signifier un lieu d’étude, tire son origine du mot grec ancien skholê dont le sens premier est loisir et même parfois paresse. Il semble donc naturel que les bandits manchots aient remplacé les voleurs des cours de récréation.

 

                                                                        Daniel Chaduteau.  12  Novembre 2010

 

 

 

  

 * « Bonjour Saintonge » - Poème de GOULEBENÉZE

                    Le plus grand des bardes Saintongeais

 

                                          

 

Au vent des souvenirs, ce soir j'ai fait un rêve

Et j'ai vu refleurir sortant d'un vieux coffret

En une heure charmante autant qu'elle fut brève

Le rappel d'un passé que mon pays m'offrait.

 

Et j'ai vu défiler ainsi que dans un songe,

Les yeux à demi clos pour voir avec le cœur

Ce pays merveilleux qu'on nomme la Saintonge

Gâté par la nature et combien séducteur.

 

C'est le pays joyeux où la grive d'automne

Se grise de fruits d'or parmi les pampres roux,

Où le gai vendangeur sous la hotte chantonne

A l'appel des " coupeurs " qui boivent le vin doux.

 

C'est la Seugne dolente au long cours qui serpente

Et coule lentement au pied d'un vieux donjon

Et c'est aussi, là-bas, le doux fleuve Charente

Cette écharpe d'argent du beau pays santon !

Puis les murs écroulés d'où l'on voyait des stalles,

Les gladiateurs casqués dans le Cirque Romain

Où le vaincu tombé attendait des Vestales

La grâce ou bien la mort d'un signe de leur main !

 

C'est l’île d'Oléron, c'est l’île lumineuse

Où le mimosa d'or fleurit malgré l'hiver

Auprès des maisons blanches... C'est la grande charmeuse

Où Loti, éternel voyageur de la mer

Oubliant pour toujours " Madame chrysanthème "

Chantre de " Ramuntcho " et chantre du soleil

Dans l'enclos des aïeux est revenu quand même

Reposer sous un myrte en un dernier sommeil !

 

C'est Royan qu'une fée surnomma la coquette,

Un écrin entrouvert sur le vaste océan,

Une vague à Vallières... le vol d'une mouette,

Un coucher de soleil sur le vieux Cordouan !

 

Et c'est aussi la terre à la liqueur divine

Où croît la Sainte Vigne au pays du Cognac

Et les hauts sapins verts d'où saigne la résine

Des gars aux grands bérets des landes de Jonzac!

 

C'est un soir embaumé au bord de la Boutonne

Qui passe, langoureuse, entre ses peupliers

Et la Forêt d'Aulnay où quelque piqueur sonne

Du cor, pour rappeler ses chiens dans les halliers !

 

C'est le cadre enchanteur des rives de l'Antenne:

Matha et ses lavoirs auprès d'un vieux château

Où l'on mangeait, grillée à la mode ancienne,

L'anguille des graviers " buffée" par un chapeau!

 

C'est un conte de fée à l'abri des poternes

D'un manoir de légende, austère mais charmant,

Stalactites d'argent suspendues aux cavernes,

La Roche-Courbon de la Belle au Bois Dormant !

 

 

C'est Brouage la Morte qui vit une princesse

Pleurant sur ses remparts un amour infini,

Dont les mâchicoulis ont connu la détresse

D'un cœur qui fut celui de Marie Mancini !

 

 

C'est Fouras... l’île d'Aix… la fin des épopées...

La chute d'un empire et les aigles brisés,

Un conquérant trahi par le sort des épées

Editant sur la gloire et les lauriers passés !

 

C'est le pays sacré des mangeurs de " chaudrée ",

Des mangeurs de " cagouilles ", de " mogettes " aussi,

Des mangeurs de " gratons " et de la " tantouillée "

Que les gourmets fervents appellent " gigouri "

C'est le pays béni où l'on sert les saucisses

Avec l’huître de " claire " arrosée de vin blanc,

Marennes réputées qui faites nos délices,

Huîtres de La Tremblade ou bien de Bourcefranc !

 

Les femmes de chez nous en coiffes de dentelles

Immenses cathédrales tissées en de longs soirs

Plus fines que ne sont de fines " arentelles "

Pendant quelques instants vont revenir nous voir ;

Évoquant devant vous quelques joies éphémères,

Habillées, comme il sied, à la mode d'antan,

En les voyant " tourner " les danses des grands-mères

Vous sourirez à ce rappel du " bon vieux temps ".

 

Sourire... C'est déjà signe de bonne humeur

Qu'importe si la Muse en un méchant poème

Pour chanter la Saintonge a trahi son auteur

Ce soir mon cœur m'a dit de la chanter quand même !

 

Saintes Juin 1942.  Poème dédié aux Prisonniers de guerre de Saintonge.

Partager cet article

Repost 0
memoires-vives-ronce.over-blog.com
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : mémoires vives de Ronce-les-bains
  • : Le passé de Ronce-les-bains revisité et reconstruit grâce aux documents et témoignages de ceux qui l'ont vécu.
  • Contact

Recherche

Pages

Liens