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13 octobre 2010 3 13 /10 /octobre /2010 14:29

                               Jean – François,  naturaliste naturellement.         

 

   Un petit vent frisquet venant de la mer toute proche balaie la place Brochard  ce samedi matin  15 mai 2010. Les dégâts causés par la terrible tempête du 28 février dernier ne sont plus qu’un mauvais souvenir. La réfection de l’appontement qui clôt la place est achevée ; elle-même, restaurée, est à nouveau opérationnelle. Une quarantaine de brocanteurs  alignés à l’ombre des platanes font face aux diverses attractions foraines. Parmi les vendeurs occasionnels, un homme Monsieur Jean-François Géffré devise avec Madame Catherine Lainé. C’est  d’ailleurs à cette dernière  qu’est venue l’idée de célébrer le 150ème anniversaire de Ronce. L’un et l’autre ont en commun d’avoir été longtemps voisins, d’avoir passé toutes les  vacances de leur jeunesse à Ronce, bref de connaître comme leur poche, l’Histoire et surtout les histoires qui la concernent. Elle, est Ronçoise d’adoption et fière de l’être. Jean-François, lui, est un personnage atypique qui entretient avec cette station une relation quasi   fusionnelle.

 

 Les premières années.

     Jean-François Géffré est né à la fin de la seconde guerre mondiale à Saint-Simon Pellouaille près de Gémozac. Sa grand-mère Jeanne est originaire de La Tremblade et possède une villa sur le front de mer  non loin du Grand Chalet,  la villa Jeanne.La villa Jeanne où Jean-François a passé ses premières

                 La villa Jeanne où Jean -François a passé ses premières vacances chez sa grand-mère

 

  Ses parents, séduits par Ronce, font construire avenue de la Cèpe en face du camping La Réserve la villa Sophie qui porte le prénom de l’une de ses sœurs. Alors qu’il n’a qu’un mois et demi,  son père, partant du fait que le sel conserve, lui trempe les pieds et les fesses dans l’eau de mer pour lui assurer une longue vie. En 1951 le jeune garçon passe son année de CP non  à  l’école primaire de Ronce mais dans une salle des Maisons à Narcisse allée des Tennis sous la férule d’Arlette Bordier. Puis il continue sa scolarité à Saint –Simon.

 

  Années 50.  Douce Ronce cher pays de mon enfance.

  Les souvenirs se bousculent quand il évoque ses vacances à Ronce. Pêcher est son occupation favorite : d’abord les crabes qui se cachent dans les cavités vaseuses, les rouges uniquement, parce que ce sont les meilleurs, ensuite les petites dorades grises avec les épingles à chapeau de sa grand-mère transformées en hameçons et surtout avec deux de ses cousins les fameux couteaux.  La mise en scène est réglée comme du papier à musique : le premier marque l’emplacement du couteau, le second dans le tuyau de son pantalon verse le sel discrètement dans les trous de serrure caractéristiques, le dernier porte à ses lèvres le sifflet à roulette quand le couteau se décide à montrer le bout du nez. Ainsi, certains estivants qui découvrent les bords de mer, sont médusés  parce qu’ils croient que les couteaux obtempèrent au coup de sifflet.

  Il n’a pas oublié non plus un spectacle féérique qui a lieu au moment de la fête de la Saint-Jean. Les propriétaires, après avoir nettoyé les jardins, apportent sur la plage de Ronce tout ce qu’on appelle aujourd’hui les déchets verts. Les habitants de Saint-Trojan  font la même chose et à 22 heures 30, c’est le début de l’embrasement suivi par une foule subjuguée par la vision magique de ses flammes immenses qui se reflètent dans l’Océan.

 

 Quand il commence à évoquer «  l’innocent paradis plein de plaisirs furtifs  », il est intarissable.  Au début des années 50, les enfants des famille Dières, D’auzac et Géffré forment une véritable tribu qui participe à des jeux de piste dans les bosquets de lilas de La Louisiane ou à des chasses au trésor dans les  épaves de bateaux du Mus de Loup.Le cimetière à bateaux du Mus de Loup était pour Jean-Fr

 Le cimetière à bateaux du Mus de Loup était pour une multitude d'enfants une aire de jeux privilégiée

 

Cette  ribambelle, portant les bidons, se rend également quotidiennement à la ferme Chaillé chercher le lait frais tant vanté par Mendès France.

 

 Les tribulations du  père Larroque.

 Un personnage haut en couleur a plus particulièrement  retenu son attention : le chanoine Larroque.Le chanoine Larroque, curé doyen de LaTremblade de 1938 à

                                            Le Chanoine Larroque , curé doyen de La tremblade de 1938 à 1961

 

   Les anecdotes le concernant sont légion et ne manquent pas de saveur. En été, le Curé de La Tremblade assure  le dimanche matin trois parfois quatre messes à la chapelle de Ronce. Tout le monde ne pouvant trouver place, il faudra  procéder à des agrandissements du côté mer et du côté terre. Pour financer les travaux, le père Larroque s’emploie à ce que le maximum de gens puisse entrer. Quand la chapelle est bondée, il invite les fidèles les plus grands à tirer sur des chaînes ténues qui permettent  l’ouverture de toutes les fenêtres en demi-lune car la chaleur devient vite suffocante. Le sermon est, par manque de temps, d’une grande sobriété. Mais c’est au moment de la quête que le prêtre fait son numéro. D'abord il annonce aux fidèles qu'à Ronce la tradition veut qu'on se déplace pour apporter son offrande comme pour une procession d'obsèques. En file indienne, en chantant des cantiques, ils se doivent d''avancer jusque devant l'autel  pour embrasser, sur une plaque en argent, une représentation du Christ que  tend le prêtre et qu'il essuie avec une étoffe blanche après chaque passage. Puis il harangue ses ouailles en insistant sur leur indispensable générosité ; il réclame une quête exemplaire donc silencieuse. Devant la perplexité des vacanciers, il consent à expliciter sa pensée : « Les pièces font trop de bruit ; seuls les billets n’en font pas.» L'intérieur de la chapelle dans les années 50

                                   L'intérieur de la chapelle au début  des années 50

La chapelle agrandie côté terre. L' autel est resté le m

       La chapelle après les agrandissements des années 60. L'autel n' a pas changé depuis sa fondation

 

  Son frère jésuite vient l’aider dans sa tâche pendant la période estivale. Grand et sec comme un coup de trique, il ne ressemble en rien à son aîné, de moindre taille mais de plus forte corpulence. En les voyant officier ensemble, on ne peut s’empêcher de penser à Laurel et Hardy d’autant plus que si l’un est plutôt réservé, l’autre manque parfois de retenue. Pour preuve, la réflexion lancée aux fidèles pressés de quitter la chapelle : « Quand je me retourne pour le ite missa est, j’aimerais ne pas avoir à bénir que des croupes. »

   En 1954, le jour du Jeudi Saint, Jean-François attend sagement son tour pour aller à confesse. Soudain un grand bruit suivi d’un cri de douleur : le siège, sur lequel le père Larroque est assis, rend l’âme, lui-même est légèrement blessé et doit se faire soigner. Le jeune garçon est ravi. Finies les confessions ! Finies les pénitences ! L’année suivante, un Vendredi Saint cette fois-ci - le sort décidément s’acharne sur le serviteur du Seigneur pendant la Semaine Sainte - sa Simca 5 (il possèdera également une 4 CV) est victime d’une crevaison. Sur place, quatre hommes robustes soulèvent le véhicule pendant qu’un cinquième change la roue. Le souci, c’est que le père, qui n’est pas sorti de son automobile, bascule sur son fidèle compagnon, un loulou blanc de Poméranie qui se met à japper. Cette scène burlesque amuse encore ceux qui en ont été témoins. Le fait que quelques paroissiens s’indignent quand ils apprennent que le père  prend les commandes de tous ceux qui désirent acquérir les produits laitiers de qualité du département dont il est originaire, l’Aveyron, ne le déstabilise pas ; au contraire, il aime à l’instar de Cyrano de Bergerac, la provocation.

 

  Succédant au Chanoine Petit en 1938,  il est curé de la Tremblade jusqu’en 1961 date à laquelle, à l’âge de 81 ans, il demande à se retirer après 55 ans de sacerdoce. C’est l’abbé Colineau actuellement pensionnaire de la maison de retraite des prêtres de La Rochelle dans le quartier de la Genette qui lui succède à l’âge de 36 ans.

 Voici ce qu’écrit un journaliste au moment de sa disparition : «  Il avait la rude franchise et le parler direct des gens de la terre. Sa foi profonde n’admettait pas les demi-mesures aussi n’était-il pas toujours parfaitement compris. Cependant le trait dominant de son caractère était la bonté. »

 

La route à suivre.

  Mais revenons à Jean-François. A quinze ans, l’adolescent un peu casse-cou apprend à naviguer sur un courlis, un dériveur lesté avec une voile et un moteur fixe fabriqué par les chantiers Bernard de La Tremblade. Il n’hésite pas pour rallier Royan d’affronter La Mauvaise en passant par le pertuis de Maumusson.

 La même année, un événement à priori anodin,  va changer la vie de Jean-François. En 1958 la municipalité  lance le début des travaux du tracé de la nouvelle route touristique conçu par Jacques Melin que le général De Gaulle en personne doit inaugurer.  Mais ses conseillers craignant pour sa sécurité le dissuadent de se déplacer.  Rappelons que l’avenue de la Cèpe se termine à cette époque au niveau des  villas Les Roses et Les Elfes par une espèce de rond-point qui offre la possibilité de faire demi-tour. Le jeune homme  n’habite qu’à 300 mètres du début du chantier. C’est pendant les deux ans qui précèdent l’inauguration de la route touristique en 1960 que naît sa vocation de naturaliste.Début de la route touristique ouverte à la circulation en

                                  Le début de la route touristique ouverte à la circulationen 1960

 

Il se passionne en effet pour la botanique et pour l’entomologie. Il confectionne un herbier, répertorie et collectionne une myriade d’insectes qu’il découvre à même le sable du nouveau tracé. Jean- François admire encore la logistique du chantier qui avait été confié à l’entreprise de Jonzac Chat Locussol bien pourvue pour l’époque en engins, pelleteuses, bulldozers et qui réalise cet ambitieux projet avec célérité : «  L’équipe de forestiers coupaient les arbres, évacuaient les billes de bois au fur et à mesure de l’empierrement de la route de deux côtés, de Ronce et de la Coubre. Ce qui était favorable, c’est que la carrière de pierres ne se trouvait pas très loin. Elle se situait  à Saint-Palais  à côté du golf actuel. »

 

 Une vie consacrée à la défense de la nature

  Le jeune homme déjà très intéressé par la nature fréquente à Saint-Genis de Saintonge  l’établissement agricole Saint-Antoine tenu par les frères des Ecoles Chrétiennes. A 17 ans, il est aide familial à Saint-Simon, puis il fait son  service militaire  comme maître-chien  à Fontenay le Comte. La divine providence le fait revenir, le temps de manœuvres militaires,  sur les plages de  la forêt de la Coubre,  prétexte à balades mémorables avec son compagnon. Plus tard, il retrouve la propriété familiale et  suit les cours par correspondance de l’Université Catholique d’Angers.

  Pendant une vingtaine d’années il sera exploitant agricole avant de devenir  paysagiste. Après avoir obtenu une licence de Sciences naturelles, il travaille pour la région Poitou – Charente, effectuant des relevés botaniques pour préserver le milieu naturel. Il participe ainsi au sauvetage de la pointe de Suzac (où se trouve maintenant le parc de l’estuaire entre Saint-Georges et Meschers) mise en péril par un vaste projet immobilier. De retour à Ronce, de 1985 à 1990 il anime l’été dans des centres de vacances des stages nature pour faire découvrir aux vacanciers la faune et la flore du littoral.

 

L’idée originale de J.F. Géffré : « Il faut aller vers la nature, la nature ne viendra pas à vous. »

  Spécialiste de  la construction et la réparation des green, il obtient par concours le diplôme de technicien de l’Office National des Forêts. Nommé dans la région parisienne, il monte, avec une petite équipe,  au début des années 1990, une unité pédagogique unique en Europe, appelée Forestier junior, qui comporte pas moins de trente centres en France. Il est à juste titre très fier de cette initiative qui couronne en quelque sorte sa carrière. Ce programme d’éducation à la forêt s’adresse à des élèves fréquentant les écoles des quartiers défavorisés de Montfermeil et de Clichy-sous-Bois. L’objectif, c’est d’apprendre à ces enfants, en les mettant en situation de gestionnaire de leur, à aimer et à protéger leur patrimoine environnemental. J.F Géffré lors d'une sortie pédagogique dans le cadre d               Le botaniste lors d'une sortie pédagogique dans le cadre du dispositif  Forestier Junior

 

  Une conduite exemplaire.

 Seulement, lors d’une sortie scolaire, un enfant d’IME  échappe à la surveillance de ses accompagnateurs, franchit une clôture et saute dans un trou d’eau d’une grande profondeur. Jean-François, n’écoutant que son courage, n’hésite pas à plonger et réussit à ramener le garçon sur la berge. Ce dernier,  pris d’un coup de folie, saisit une sorte de gourdin et s’acharne sur son sauveur qui s’en tire avec une fracture du crâne, des côtes cassées, une jambe brisée et surtout une épaule gravement endommagée qui l’oblige, encore maintenant, à se rendre chaque semaine chez un kinésithérapeute.

 

 Un passionné de la vie.

  Aujourd’hui il continue lors de ses nombreuses promenades à s’intéresser à la botanique. Sa dernière  découverte : l’existence de plantes carnivores dans les marais de la presqu’île ; mais son nouveau violon d’Ingres, c’est la recherche effrénée des cartes postales anciennes de Ronce, confirmation patente de son attachement à cette station dont il a été l’un des animateurs les plus actifs du 150ième anniversaire.J.F Géffré un des principaux animateurs du 150ième anniv

              Jean - François: l'un des principaux animateursdu 150ème anniversaire de Ronce

 

 Résidant dans sa villa ronçoise perchée sur la dune, il n’a pas attendu le Grenelle de l’environnement pour être un véritable écologiste. Il a su garder l’enthousiasme, la franchise et la spontanéité de sa jeunesse. Il continue de protéger « la nature bienfaisante qui toujours travaille à rétablir ce que l’homme ne cesse de détruire » comme l’affirmait  Buffon avec prémonition. P1040167

                                                              Monsieur Géffré devant sa villa ronçoise

 

   On a tous dans la tête une image obsédante qui marque, on ne sait pourquoi un moment privilégié  de notre enfance. A la fin des années 40, l’image, gravée à tout jamais dans sa mémoire, est celle d’un pin, qui se détache sur la pointe du Galon d’Or et qu’il rêve de rejoindre. Ce pin, cher au poète Théophile Gautier,  représente en quelque sorte l’idéal de vie de  Jean – François : 

                    «   Sans regretter  son sang qui coule goutte à goutte

                         Le pin verse son baume et sa sève qui bout

                        Et se tient toujours droit sur le bord de la route,

                        Comme un soldat blessé qui veut mourir debout. »

        

                                                                                         Daniel Chaduteau     01/10/2010

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commentaires

Chantal 14/12/2015 12:16

Jean-François, 5 ans plus tard, en cherchant des souvenirs des Forestiers Juniors de Montfermeil, je découvre cet article sur toi. Félicitations pour ton parcours, Chantal Gruselle

Berte 09/08/2012 20:15

Félicitation pour votre nage en eau trouble performance réussie

Marie-Claire Giudici 31/05/2011 21:12


Monsieur Jean-François Géffré,votre biographie est passionnante et on sent en vous un homme passionné qui s'interresse aux choses essentielles de la vie.ce riche parcours vous a construit tel que
vous êtes, bravo !
Amitiés
Marie-Claire


GEFFRE 11/04/2011 12:06


Il va devenir célèbre le beau-père !


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