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24 juin 2010 4 24 /06 /juin /2010 18:59

 

Jeannette et sa Pergola de Ronce les bains.

 

 

 

         Madame Jeannette Trijaud, née pendant la première guerre mondiale est une des plus anciennes figures de Ronce les bains. Elle affirme  d’emblée : «  Je n’aime pas le bord de la mer » mais cela fait tout juste soixante ans qu’elle habite à deux cents mètres de la plage. Comment cette native de Cognac s’est-elle retrouvée sur la côte ? Parce que sa sœur Micheline pour des raisons de santé avait besoin, comme on le disait à l’époque, du bon air de Ronce, vanté des décennies plus tôt par le fameux Docteur Brochard. Six mois après, elle était guérie.

 

Pergola (5)

           La villa Nemorin qui va devenir La Pergola avenue de Saint-Martin

 

 

                   Séduits par la beauté de cette petite station balnéaire, les Cognaçais s’y installent. Le frère de Jeannette, René Trijaud, après avoir travaillé comme chauffeur dans l'entreprise Miglierina/Déola crée à son tour une entreprise de maçonnerie. Le reste de la famille achète une grande bâtisse de style colonial qui donne d’un côté sur l’ Avenue de Saint-Martin,  appelée autrefois Némorin et de l’autre sur l’allée Hélène (de Saint-Martin), nommée Villa Estelle.

 

               Le début de l’aventure.

                         

                    En 1949, c’est l’ouverture de la pension de famille la Pergola* à l’emplacement de l’hôtel Maumusson transformé récemment en appartements. Rappelons qu’un autre restaurant en bois portant un nom similaire se situait avant guerre à l’entrée de la plage de la Cèpe  sur le terrain de la villa Malubie.

 

Pergola (4)

La première Pergola en bois avenue de la cèpe dans les années 30. A gauche trois cabines de bain

 

                     Après rénovations, la Pergola qui offre six chambres, apparaît très vite comme un établissement incontournable au même titre que la Chaumière. Sa réputation, ce qui peut prêter à sourire de nos jours, lui vient,  de la présence des premiers, baby-foot, billards américains et autres tables de ping-pong dans la cour bétonnée. L’engouement est tel que les propriétaires inventent un système de bouliers  multicolores pour réserver les différents jeux. Ils organisent également des tournois  et les gagnants repartent avec bouteilles de champagne et bourriches d’huitres.

 

Pergola (11)

 Tennis de table, billard américain et baby-foot  sur la terrasse de la Pergola .

 

                      Autre nouveauté devant la pension, l’arrêt de bus Citram (Chausson) qui donne la possibilité aux estivants et aux ronçois de faire l’aller-retour Ronce Bordeaux dans la journée (départ 7 heures, retour 19 heures.)

 

           Enfin, le dimanche, garés à l’ombre des platanes dont certains subsistent toujours, plusieurs autocars y déversent des dizaines de personnes de tous âges. Dans la cour sous les tonnelles qui embaument le chèvrefeuille,  on leur sert apéritif et paniers repas. Elles n’ont qu’une hâte, c’est de découvrir, les yeux ébahis, pour la première fois de leur vie la mer dont elles ont tant entendu parler. Les plus téméraires vont louer à Monsieur Couloux les canoës en bois qui trônent sur le sable à côté du blockhaus. Douillettement installés sous leur tente, les habitués des bains de mer lorgnent, d’un œil amusé, les femmes endimanchées d’un âge certain qui arpentent les pieds dans l’eau la plage, tenant d’une main plus ou moins ferme la robe ou le jupon de peur qu’il ne se mouille.

 

Pergola (9)

Le bus Citram garé sous les platanes devant la Pergola assurant la ligne Ronce- Bordeaux

 

               La douceur des années 50.

 

        Dans la salle près de la grande cheminée, les pensionnaires sirotent les apéritifs en vogue à l’époque, le «  Picon parce que c’est bon », le Byrrh et surtout le «  du beau du bon Dubonnet. »

La mère de Jeannette s’occupe des fourneaux, le cuisinier lui ayant rapidement fait faux bond, son beau père de la cave située dans le garage qui jouxte la salle du restaurant. Quant aux filles, elles assurent le service.

Pergola (15)

     A  gauche Marguerite la mère de Jeannette, elle-même, son beau père Mr  René Rousseau et sa  demi-soeur MIcheline.

 

           La petite entreprise ne connaît pas la crise et fonctionne  à plein régime si bien qu’en 1953 on retrouve la Pergola dans le guide Michelin. Etant ouverte de Mai à Octobre tous les jours jusqu’à minuit, elle a su  fidéliser sa clientèle. Les pensionnaires qui louent souvent deux ou trois semaines deviennent pratiquement des amis de la famille, ne regardent pas à la dépense, mais jamais,  le jure Jeannette, ne sombrent dans un état d’ébriété. Un panneau à l’entrée rappelle qu’il est strictement interdit de servir un homme soûl, qu’une tenue correcte est exigée, que les femmes  ne doivent pas s’exhiber en bikini. De toute façon, les gendarmes charentais  de Montignac  qui ont élu domicile  pour la saison de l’autre côté de l’avenue  à la Villa Pourquoi pas ? à l’instar de ceux de Saint-Tropez ouvrent l’œil et le bon.

 

Pergola (19)

     

   Il règne une franche bonne humeur dans ces années cinquante. Les fanfares comme la Musique Fleurie d’Arvert  ou celle des pompiers de La Tremblade défilent assez fréquemment dans la vaste Avenue de Saint-Martin. La danseuse  Magdalena,  la chanteuse Freda Betty, sœur du compositeur Henri Betty, célèbres en leur temps, font leur show à la Pergola.

 

           Pendant près de vingt ans, la famille Trijaud maintient le cap. Déjà le client est roi. « Les nappes et les serviettes en papier, ce n’était pas notre affaire  » dit-elle. Elle ne se souvient pas que la pension ait connu de problèmes majeurs. A peine consent-elle à évoquer quelques exemples de tentative de grivèleries comme l’histoire de cette femme de médecin qui, ayant réservé deux chambres pendant quinze jours en pension complète, fut obligée de régler sa note, ce qu’elle refusait, sous contrainte de l’huissier. Qui plus est, la notification nominative de justice fut affichée au syndicat d’initiative pendant  huit jours. Autres temps, autres mœurs !

Plus tard, Micheline tiendra une petite épicerie avenue de Beaupréau à l'emplacement actuelle de la Pharmacie.

 

Pergola (8)

        La pergola aujourd'hui disparue précédée d'une petite pergola en bois.

 

               Un repos bien mérité.   

 

                Maintenant Jeannette coule des jours tranquilles  juste à côté du lieu où elle a passé les meilleurs moments de sa vie dans un superbe chalet comme on disait au début du siècle. Celui-ci, d’ailleurs est répertorié dans l’ouvrage Les plus belles maisons de la côte de Beauté.  Monsieur Edmond Chagnoleau, qui était architecte, avait offert cette villa de style oriental à son épouse Jane. En empruntant les deux initiales de leur prénom, il l’appela Edja.

               Bien qu’elle ne soit pas née à Ronce, Jeannette ne tarit pas d’éloges sur sa patrie d’adoption et se réjouit que les résidents à l’année puissent enfin bénéficier d’un point poste et d’une épicerie.

               L’âge n’a pas de prise sur Madame Trijaud. Elle a gardé le dynamisme et l’enthousiasme de ses vingt ans à l’image de Maud  de la pièce Harold et Maud. Elle force l’admiration car les nombreux drames entre autres le décès de Micheline dans un accident de la route qui ont jalonné sa longue vie  ne l’ont jamais abattue.

               Son énergie, elle l’a trouvée dans la foi. «  La prière m’a toujours suivie » avoue-t-elle. La gentillesse, l’opiniâtreté, le charisme naturel font de cette femme une personnalité exceptionnelle.

Jeannette s'est éteinte à son domicile le 24 juin 2013. Ses obsèques ont eu lieu en Charente en l'église de Gourville.

 

 

 

 

                                                                                    

Jeannette devant son domicile en août 2007

Jeannette devant son domicile en août 2007

* Petite construction de jardin,faite de poutres horizontales en forme de toiture, soutenue par des colonnes, qui sert de support à des plantes grimpantes.

Daniel Chaduteau

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commentaires

CORNETTE-TRIJAUD Jacqueline 06/09/2011 17:01


J'ajouterai également que la Pergola était tenue par ma grand-mère (Marguerite ROUSSEAU) qui faisait la cuisine, son mari, René ROUSSEAU, père de Micheline ROUSSEAU, demi-soeur de Jeannette et de
mon père René TRIJAUD (DCD en 2004), chauffeur chez Migliérina et Déola avant de créer sa propre entreprise de maçonnerie.

C'est Micheline ( décédée d'un accident de voiture en 1987) qui tenait la petite épicerie à l'emplacement de la pharmacie actuelle.

Quant aux nombreux drames vécus par ma tante, il convient je crois de relativiser. J'aime bien ma tante, je la connais bien et je lui rend visite assez souvent, mais dire qu'elle est
"exceptionnelle" et qu'"elle force l'admiration" est peut être un peu excessif à mon goût.


memoires-vives-ronce.over-blog.com 09/01/2012 17:46



Merci des ces précisions qui me permettront de compléter l'article sur la Pergola en évoquant d'autres membres de votre famille. Je me souviens en effet de l'épicerie et des autres commerces en
lieu et place de la pharmacie .



jean-claude lecomte 02/12/2010 15:53


On peut ajouter que les 2 soeurs Trijaud on tenu aussi une épicerie Avenue Baupréau (à l'emplacement de la pharmacie)et que Monsieur Trijaud(leur frère) était avant de s'installer chauffeuir dans
l'entreprise mIgléirina/déola.


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