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30 juin 2010 3 30 /06 /juin /2010 22:29

                                                          L’Ancre et la Plume.

 

 

     En ce début d’année 2010, voulant sans doute  tourner en dérision la conférence de Copenhague sur le climat et le réchauffement climatique, une vague de froid s’est abattue sur la côte de Beauté. Ronce les bains et la forêt de la Coubre avaient plus l’allure d’une station de sport d’hiver que d’une station balnéaire. Nous revenait alors en mémoire la chanson de Francis Cabrel Hors saison : «  C’est le silence qui se remarque le plus…. La mer quand même dans ses rouleaux  continue son même thème, sa chanson vide et têtue… . Le vent transperce ces trop longues avenues… » Un mois auparavant faisant écho à ces images, la vie d’un Ronçois s’en est allée.

 

    Un  marin attaché à sa terre.

     Julien Courtin, c’est de lui qu’il s’agit, est né exactement un mois avant que l’Allemagne ne déclare la guerre à la France et à la Belgique, le 3 juillet 1914 à La Tremblade. Alors qu’il n’a que onze ans, il doit quitter l’école, et va travailler dans les cabanes  pour gagner quelques sous. Devenu adolescent, il part à Arcachon, navigue six jours sur sept dans le golfe de Gascogne sur différents chalutiers.Julien servant dans la marine.Le nom Duplex est visible sur

                                           Julien Courtin.Sur son bonnet  de marin on aperçoit le nom du croiseur Dupleix

 

Ensuite, à 19 ans il satisfait à ses obligations militaires à Toulon à bord du croiseur Dupleix, bateau de guerre, qui, comme l’ensemble de la flotte, se sabordera en 1942. Son pays natal lui manque.  Aussi c’est avec beaucoup de plaisir et d’émotion qu’il retrouve les siens. Au bout d’une année, le jeune homme au caractère bien trempé ne supporte plus le travail dans les cabanes et encore moins les invectives dont il est la victime. 

  Le grand hôtel où Julien a travaillé et rencontré sa fu

                                                     Le grand hôtel où Julien va rencontrer sa future épouse

 

  Alors il exerce quelque temps le métier de cuisinier  à la Tremblade à la colonie de vacances La Clairière puis à Ronce au Grand Hôtel  aujourd’hui nommé Hôtel de l’Embarcadère. Ici, il fait la connaissance d une jeune parisienne de 17 ans  venue à Ronce travailler pour la saison. En novembre 1938, il l’épouse à Paris.

Julien et sa femme Nicette.

                                                                                                 Julien et Nicette

 

   Après sa démobilisation, avec l’élue de son cœur qui est tombée également sous le charme de la station, ils s’ installent comme locataires dans une maison située pas très loin du restaurant la Côte d’argent avenue Gabrielle nommée Laoulah. Suite à un dramatique incendie, ils doivent s’expatrier en compagnie de leurs trois enfants Roger, Jean et Paulette à Segonzac où, viendra au monde,  Françoise, la petite dernière. De retour à Ronce, ils logent de 1949 à 1955, à la villa  Caprice  avenue Gabrielle  à l’emplacement actuel du loueur de vélos  et de 1955 à fin 1959 allée d’Aunis à la villa Yvonne- Henri rebaptisée Et patati et patata.Villa Caprice où a logé la famille Courtin

                                                     Villa Caprice, avenue Gabrielle où a  logé la famille Courtin                                              


 

     Un partenariat exemplaire.

     Il est des rencontres qui déterminent toute une vie : celle fortuite avec le Comte de Luze en fait partie. Ce dernier n’est autre que le mari de Madame de Haviland dont la famille est propriétaire à Limoges  de l’une des plus célèbres entreprises de porcelaine connue dans le monde entier. En effet en 1842 David Haviland fasciné par l’or blanc du limousin quitte avec ses deux fils les Etats-Unis  pour rejoindre Limoges et crée une manufacture éponyme qui, encore maintenant,  a gardé la passion de l’art et du luxe.

    Le comte est propriétaire de la maison Marcella donnant sur la mer avant le Grand Chalet. Il adore pêcher et pour ce faire, il a acheté le Soumaille un bateau à moteur. Très vite il se prend d’amitié pour Julien Courtin qui a le double privilège d’être beaucoup plus jeune et beaucoup  plus expérimenté que lui. Il lui propose de mettre à disposition son bateau pour satisfaire sa passion et lui permet aussi d’en faire usage pour faire vivre sa femme et ses quatre enfants,  ce qu’accepte Monsieur Courtin. A gauche Julien en compagnie du Comte de la Luze.

                                       Julien Courtin en compagnie du Comte de Luze sur la plage de la Cèpe

 

      Du poisson frais toute l’année.

    Jules va ainsi pratiquer, pendant toute la durée de son activité, une pêche artisanale. De sa cabane postée juste après celle d’Isabelle, il peut récupérer les poissons prisonniers dans les nasses des deux courtines qu’il a disposées l’une en face de  la plage du Galon d’or, l’autre en face de celle de  Ronce.

  Dans les années cinquante la route touristique n’est pas encore ouverte, elle ne le sera qu’en 1960. Les plages du Galon d’or et de l’Embellie sont le domaine des pêcheurs qui, pour rallier ces lieux d’exception, sont obligés d’emprunter une piste à travers la forêt, s’ils possèdent un véhicule tout terrain ou parcourir, à pied bien-sûr,  le tracé rectiligne de l’ancienne voie de chemin de fer appelée communément  chemin des petits rails (actuelle piste cyclable).  La pêche aux couteaux et aux coques est très prisée ; mais ce qui enthousiasme le plus les enfants chaussés précautionneusement de sandales en plastique pour éviter de s’ouvrir le pied avec des bouts de ferraille, reliquats des blockhaus voisins, c’est, au moment où la mer s’est retirée, l’apparition magique de tous ces crabes, crevettes et  autres poissons pris au piège de l’inhumaine courtine. Le clou du spectacle est offert par les seiches, qui en se débattant, arrosent de leur encre noire les plus téméraires. Julien en train de pêcher à Ronce. Au fond l'île d'Olér

                                                                     Julien Courtin en train de pêcher

    Les poissons, soles, limandes, maigres, mulets, bars, rougets, anguilles… pêchés le jour même ou la nuit précédente sont souvent encore vivants sur les étals de l’avenue Gabrielle ou de la place des Roses quand  la famille Courtin les met en vente et font le bonheur des estivants et des restaurateurs de la station.  Julien, plus à l’aise financièrement,  achète  une annexe, une pinasse à laquelle il donne le prénom de sa femme Nicette I puis une autre Nicette II.  En 1960 sur un terrain acquis cinq auparavant, autrefois recouvert d’une belle vigne et donnant sur l’ancienne allée des tennis, il fait construire sa maison et y emménage avec toute sa famille. Il prend sa retraite en 1971 et reste toujours fidèle à son domicile ronçois jusqu’à sa dernière heure, entouré  de l’affection de ses filles dont le dévouement  n’a  jamais failli. J courtin 8

 

    Disparition d’un homme modeste.

     Monsieur Courtin nous a quittés un beau jour de décembre 2009. Avec fierté et précision, il se plaisait à dire : « J’ai passé quarante ans, six mois et quinze jours dans la marine. » Le hasard malicieux  a permis à cet amoureux de la mer,  propriétaire de la villa la Courtinière, allée des Algues, ça ne s’invente pas, de passer une retraite d’une durée similaire. Il était en droit d’affirmer comme le poète : «  Je sais les cieux crevant en éclairs, et les trombes et les ressacs et les courants … » et peut-être, le jour de son départ, aurait-il pu faire siennes comme ultime adieu à la terre les propos d’un autre comte, qu’il ne connaissait sans doute pas, auteur des Chants de Maldoror : «  Je te salue vieil Océan ! Vieil Océan, tu es le symbole de l’identité : toujours égal à toi-même. Tu ne varies pas d’une manière essentielle... Tu n’es pas comme l’homme qui s’arrête dans la rue pour voir deux boules-dogues s’empoigner au cou, mais  qui ne s’arrête pas quand un enterrement passe… »

 

        A notre tour on  te salue vieil ami de Ronce et de l’Océan !

 

     Une femme active à l’image de son père.

    Sa fille Paulette vient au monde à Ronce pendant l’Occupation. Elle fréquente l’école maternelle installée dans les maisons à Narcisse, appelées de nos jours Les Tennis, à côté du garage Arrivé, puis l’école élémentaire occupée  par le nouveau Casino. De  14 ans à 17 ans comme beaucoup d’adolescentes, elle cherche sa voie. Elle suit à Châteauneuf une année d’apprentissage pour devenir modéliste, puis espère intégrer la marine à Hourtin. Par correspondance, elle apprend l’anglais et la sténo dactylo en s’entraînant, un drap sur les mains sur sa machine à écrire Japy. Enfin elle monte à Paris où  sa tante qui est mécanographe lui trouve un emploi dans une compagnie d’assurances. Elle l’occupe pendant cinq ans avant de retourner à La Tremblade où elle donne naissance à ses quatre enfants, Rodolphe, Isabelle, Angelina et Jérôme. Paulette  a pour patron Monsieur Grapeloup. Elle gagne sa vie en vendant de la layette et des vêtements sur les marchés. Ce n’est qu’ en 1981 qu’elle trouve enfin un travail stable au supermarché d’Arvert qui vient d’être construit. Elle y occupe un poste d’employée pendant une vingtaine d’années jusqu’à sa retraite.

 

    Un esprit sain dans un corps sain.

       Mais Paulette, comme beaucoup, s’est surtout épanouie en dehors de sa vie professionnelle. C’est une sportive accomplie qui pratique le  judo et fait de la musculation. Elle s’intéresse parallèlement  la vie associative. Elle est  d’ailleurs 14 années durant, la présidente du club de judo  de La Tremblade et  toujours, depuis vingt ans, celle du club de musculation. GetAttachment[3]

                                 Debout à gauche,Paulette, présidente du club de musculation de La Tremblade

 

     Des personnes ressource.

        Toutefois le passe temps le plus cher à son cœur reste la poésie. Elle a tout juste quatorze ans quand elle écrit ses premiers poèmes, trouvant dans l’écriture un exutoire et une échappatoire  aux vicissitudes de son existence. Plusieurs personnes vont l’aider à concrétiser son rêve. En premier lieu, Jacqueline Vallognes, une vraie amie de trente ans. Un jour, en 1983, elle écoute par hasard une émission de radio. Une maison d’édition, la Pensée Universelle s’engage à publier les poèmes d’auteurs inconnus. Jacqueline donne l’information à Paulette et l’incite à saisir cette opportunité. Après avoir tergiversé, Paulette se décide finalement et envoie ses œuvres manuscrites à Paris. Elle est vraiment transportée quand elle apprend que le comité de lecture a retenu certains de ses poèmes. Mais comme le tirage  d’un recueil de poésie ne peut évidemment pas rivaliser avec celui d’un prix Goncourt ou d’un roman de Dan Brown, il se fait à compte d’auteur. En clair, la Pensée Universelle réclame à Paulette pour sa publication 15000 francs, somme d’argent bien au dessus de ses moyens. Cependant, deuxième coup de pouce du destin, Monsieur Daniel Babin, son patron, gérant du supermarché a vent de son histoire peu banale et  ce nouveau mécène lui avance 20000 francs. Paulette Courtin lors d'une exposition de ses oeuvres en ao

                                                   Paulette lors d'une exposition de ses oeuvres poétiques

 

       Un rêve comblé.

 Ainsi paraît en 1985 un premier livret titré Au cœur de la vie. Sur la quatrième de couverture on peut lire : « Le cœur débordant d’amour, Paulette Courtin parle de la nature de  ses rêves, chante la paix et la fraternité…N’est-ce pas là le cœur de la vie ? Le rêve et l’amour sont l’essence même de l’âme humaine et elle sait en parler avec des mots vrais des accords justes. » L’abbé Thomas, lui aussi, a  pressenti son talent et n’a pas hésité à diffuser assez régulièrement ses poèmes dans le journal paroissial La presqu’île d’Arvert.  Suivent plusieurs autres recueils La vie qui passe en moi, Côte sauvage et doux langage. Deux de ses  poèmes retiennent particulièrement l’attention et figurent dans l’anthologie Poètes sans frontières parue dans la nouvelle Pléiade en 2000. Titulaire de nombreux diplômes dans toute la France, elle a reçu à Espelette, le prestigieux prix  Edmond  Rostand 2008 couronnant l’ensemble de son œuvre. Paulette Courtin recevant le prix Edmond Rostand en 2008

                                                    Paulette recevant  à Espelette le prix Edmond Rostand en 2008


       Transmettre le flambeau.

 Elle aurait pu se contenter de gérer  sa carrière d’artiste. C’est bien mal connaître celle qui,  pendant toute sa vie, a rayonné par son altruisme. Aussi, avec son amie Jacqueline, sous l’égide de l’Etrave, revue des arts et des lettres, crée-t-elle, en 1998, un concours de poésie intitulé les Jeux floraux de l’Atlantique pour promouvoir en Charente-Maritime l’amour des Belles Lettres et donner leur chance aux écrivains en herbe de toutes  générations. Organisé l’an passé à Azureva  à Ronce les Bains,  la treizième édition aura lieu le dimanche 27 Juin 2010 à la salle des fêtes d’Arvert.

  Ce parcours montre à l’évidence que Paulette qui, dès l’âge de cinq ans, échappe à la vigilance de ses parents pour aller danser à la Chaumière, est une femme pleine d’optimisme et d’énergie qui continue à croquer la vie à pleines dents.

  C’est sans doute  son poème  Sur le chemin de ma vie qui la définit le mieux :

                                        

                         Sur le chemin de ma vie,                    

                         J’ai eu bien des embûches                   

                         Mais, chaque fois je me suis dit          

                         Il ne faut pas que tu trébuches           

                         Et j’ai regardé bien plus loin,               

                         J’ai mis  de côté le passé

                         Puis avec force et avec soin,

                         Un autre univers j’ai créé.

 

                         Pourquoi laisser les souvenirs

                         Manger le cœur, dévorer l’âme

                         Pour créer un autre  avenir

                         Il faut le regarder bien en face,

                         Il faut se regarder bien en face.

 

                         Sur le chemin de ma vie,

                         Il y a eu bien des larmes.

                         Mais chaque fois je me suis dit

                         Ne montre pas ton drame.

                         Il y a bien un autre chemin

                         Tu étais passée à côté.

                         Tu auras d’autres lendemains

                         Plein de joie et de félicité.

                        

                         Pourquoi laisser les souvenirs

                         Manger le cœur, dévorer l’âme

                         Pour créer un autre  avenir

                         Il faut le regarder bien en face,

                         Il faut se regarder bien en face.

 

                        Sur le chemin de ma vie,

                        J’ai rencontré tant de misères

                       Que chaque fois je me suis dit

                        Il y a tant de choses à refaire

                        Et parfois j’ai tendu la main

                        En oubliant mon cœur blessé

                        En offrant même presque rien

                        J’ai retrouvé de ma fierté.

 

                         Pourquoi laisser les souvenirs

                         Manger le cœur, dévorer l’âme

                         Pour créer un autre  avenir

                         Il faut le regarder bien en face,

                         Il faut se regarder bien en face.

                                                                                             Daniel Chaduteau.   26  mars  2010

 

 

 

 

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commentaires

Liliane Gaillot-Bernard 17/08/2011 19:44


Bonjour,
Ma cousine Paulette n'a pas d'ordi mais je vais lui transmette ces messages ainsi que l'article imprimé.
Amicalement à tous même si nous ne connaissons pas tous


memoires-vives-ronce.over-blog.com 06/09/2011 15:56



Merci d'assurer la diffusion de mon blog qui, grâce à des personnes fidèles comme vous, a été vu par plusieurs milliers d'internautes.



TRIJAUD/CORNETTE Jacqueline 16/08/2011 23:30


Paulette avait le même âge que ma soeur aînée Geneviève et elles étaient ensemble à l'école de Ronce les Bains, j'ai d'ailleurs une photo de cette époque avec les enfants Courtin.
Que de souvenirs, et j'ignorais l'histoire de Papa Courtin et les talents de Paulette.


memoires-vives-ronce.over-blog.com 06/09/2011 16:01



Merci pour votre fidélité et pour vos commentaires pertinents qui me font chaud au coeur.



Liliane Gaillot-Bernard 08/04/2011 08:02


Bonjour

Merci de cette petite réponse et je suis impatiente de voir l'article sur melle Gaudin et sa tante Bonneau. Je sais où se trouve sa nièce MArie-jo du côté d'Angoulème ,je possède son adresse et son
mail.
Poue avoir vécu un bon moment à Ronce je suisun peu nostalgique de ce temps .
Au plaisir de vous lire
LGB


Gaillot-Bernard Liliane 14/03/2011 09:25


Eh! Oui, encore moi
cette fois je suis au comble du bonheur,car il s'agit ici d'un membre de ma famille ,deux même en comptant Paulette.
Julien est le cousin germain de mon père et j'imprime donc cet article afin de le mettre dans la généalogie de ma famille qui débute dans les années 1680 sur la Tremblade.


memoires-vives-ronce.over-blog.com 07/04/2011 18:08



Merci pour vos divers commentaires qui m'encouragent à rechercher les témoins du passé de notre chère station. Articles à suivre: la mercerie de La Grande Maison tenue par Jeanne Bonnaud et
Yvonne Gaudin et le cinéma Saint Martin



HEINRICH SERGE 24/08/2010 22:14


C'est avec beaucoup d'émotion que j'ai lu "l'histoire" de Jules COURTIN,sans oublier Nicette.Mes parents, Pierre et Marie HEINRICH ont passé de très bons moments avec eux de 1955 à 1971.
Bien le bonjour à toute la famille COURTIN.
Serge HEINRICH.


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