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5 janvier 2012 4 05 /01 /janvier /2012 11:16

 

 

                   La saga ronçoise d’une vieille famille française, les Saint Martin Lacaze.

 

  A partir de Ronce, pour rejoindre les plages du Galon d’or ou de la Pointe espagnole, il n’existe qu’une route qui passe devant une immense propriété au fond de laquelle on aperçoit une belle demeure appelée Chalet Saint Martin.


Chalet saint-martin (7)

                                  Le Chalet Saint Martin qui domine Ronce les Bains


Ce patronyme n’a aucune relation avec son homonyme, le célèbre évêque de Tours qui trancha son manteau pour en donner la moitié à un pauvre. Ce Chalet a tout simplement gardé le nom de son fondateur. Raconter les origines de cette famille constitue une véritable gageure. C’est grâce aux témoignages de ses descendants, d’Anne et de sa sœur Hélène et aux recherches historiques de Marc Eissautier, le mari de Claire que nous avons pu démêler l’écheveau de cette dynastie au passé si riche et si lointain.


Blasons en pierre qui figuraient au-dessus de l'entrée du   Armoiries en pierre qui figuraient au-dessus de l'entrée du Chalet conçu par le Comte Paul de Saint Martin Lacaze

 

 

 

 Récits légendaires.

 Tous les récits qui suivent s’apparentent à des mythes. Toutefois, ils démontrent à l’évidence la proximité de ces nobles, attachés à la terre, avec leur roi, qu’ils sont prêts à défendre au péril de leur vie.Un des blasons de la famille.

                                                Un des blason de la famille de Saint Martin Lacaze


 Un des membres de la famille Saint Martin ayant assisté à la bataille de Poitiers en 732 entre Charles Martel et Abd al-Rahman, chef des Sarrasins, aurait reçu en récompense du pape Grégoire III la dîme que produisaient deux paroisses dont celle de Pouillon.

 On raconte également qu’un Saint Martin aurait fait un rempart de son corps pour secourir le roi Louis VI  qui  était tombé dans une embuscade.

 Un autre fait d’arme est relaté. Lors des guerres de religion, les chefs  des deux armées, pour éviter l’effusion de sang, conviennent qu’un guerrier de chaque camp se battra en combat singulier. Dès que la proposition est annoncée, un Saint Martin sort des rangs pour défendre ses couleurs, terrasse son ennemi et assure la victoire.

 

  Bref historique.

  Les documents et archives découverts par Marc et la tradition font remonter les origines réelles de cette famille à l’époque de  la construction du Château Saint Martin à Pouillon dans les Landes au XIIième siècle. Quatre siècles plus tard, en 1570, Jean-Jacques de Saint Martin épouse Françoise de Lacaze dont la famille est seigneur de ce fief de Pouillon. C’est à partir de ce mariage que la branche cadette va se distinguer des autres branches Saint Martin en accolant à son patronyme celui de Lacaze. Le château de Saint Martin et la maison Lacaze existent encore aujourd’hui.  Les Saint Martin Lacaze séjournent à Pouillon un peu plus de cinq cents ans, jusqu’au début du XVIIIième siècle, date à laquelle ils migrent vers Soustons. Trois frères et sœurs Saint Martin épousent entre 1795 et 1813 trois frères et sœurs Ducasse de Soustons. La famille va faire souche à Soustons et dans ses environs.

 

L’arrivée   des Saint Martin Lacaze à Ronce les Bains

 Paul de Saint Marin épouse en 1874 à La Tremblade Caroline de Casaunau née au Vieux Boucau. Pourquoi avoir choisi de se marier dans cette localité ? La raison en est simple : la mère de Caroline, une Eschauzier en est originaire. Le couple effectue de nombreux allers et retours entre La Tremblade et Tarbes où Paul est juge de paix. Paul fait construire à Ronce  dans les années 1878, une ferme, un chalet flanqué d’une tour qui culmine sur la dune et un autre chalet qu’il échange, en 1890, contre un petit marché dont il était lui-même le promoteur, avec Edouard Perraudeau de Beaufief.


Le Chale Saint Martin trône sur la dune

                              Détente dans la pinède pour la famille de Saint Martin


Ce dernier l’appelle naturellement La Cigogne car cet oiseau figure sur son blason. Il est visible sur l’un des piliers de la chapelle du transept gauche de l’église du Sacré-Cœur de La Tremblade.


Allée des peupliers encadrée de vignes.Au fond La Cigogne

                                     L'allée des peupliers, bordée de vignes, mène à la Cigogne tout au fond

 


La cigogne sur le blason de la famille Perraudeau de Beaufi

                                       La cigogne sur le blason de la famille Perraudeau de Beaufief

 

Caroline, qui a eu la douleur de perdre son premier enfant, Pierre, en met au monde cinq autres : François, Henri, Marie, Rose et Marguerite.

 

  Une abominable tragédie.

 En décembre 1883, c’est le drame, rapporté par la Revue des Basses Pyrénées et des Landes :

« Un épouvantable malheur vient de frapper la famille de Saint Martin Lacaze. Mme Paul de Saint Martin, s’est tuée, le treize, sur la ligne de Bordeaux à Tarbes dans les plus tragiques circonstances.

  Elle était allée passer quelques jours chez ses parents à La Tremblade. Elle revenait à Tarbes où Mr Paul de Saint-Martin est juge de paix, accompagnée de ses  enfants, d’une de ses tantes, Amélie Eschauzier, et de deux bonnes. Sur le territoire de Saint-Perdon, à six kilomètres de Mont de Marsan, la portière, dont on avait oublié de rabaisser le crochet extérieur, s’entrouvre brusquement, et l’un des enfants, une petite fille, Marie, âgée à peine de quatre ans, tombe sur la voie. La mère affolée, se dégageant des étreintes des siens, se précipite par la portière. Sans les efforts des deux domestiques, la tante de Mme de Saint Martin âgée de 72 ans se serait précipitée à la suite de sa malheureuse nièce.

Le train filait à toute vapeur. Aussitôt entré en gare de Mont de Marsan, le chef de gare, prévenu, monte sur un train spécial où prennent place également le préfet des Landes, son chef de cabinet, le commissaire de surveillance administrative et le curé de Saint Martin d’Oney. A l’arrivée sur le lieu de l’accident, un cantonnier de la voie arrête le train, portant dans ses bras l’enfant qui appelait désespérément sa mère. L’enfant n’avait aucun mal.

Trente cinq mètres plus loin gisait le cadavre de Mme de Saint Martin, étendue sur le versant du remblai, la face contre terre, les pieds près du sommet du talus, la tête en bas, une petite tâche bleuâtre sur la tempe, quelques gouttes de sang aux narines. Mr le docteur Despaignet a constaté que la mort était due à une rupture de l’enveloppe du cervelet, causée par un choc en retour. Détail navrant : à une demie lieue de la ville, le train rencontre les enfants et la tante de Mme de Saint Martin arrivant en pleurs au devant du convoi.

Mandé par télégramme, Mr de Saint Martin, mis en présence du cadavre de sa femme qui avait été d’urgence transporté à l’hospice, s’est abandonné à un désespoir d’autant plus violent qu’on avait cru devoir lui cacher l’étendue de son malheur. Les membres du tribunal s’étaient portés à sa rencontre, à la gare.

Le lendemain, un service funèbre, auquel ont assisté les principaux fonctionnaires et la famille, a été célébré à la chapelle de l’hospice d’où le corps a été transporté à Tarbes. »

 

Emménagement au Chalet ronçois.

 Après la mort accidentelle de son épouse âgée de 38 ans, Paul  décide  de s’installer dans son Chalet de Ronce avec son personnel de maison qui loge dans un pavillon voisin.


A droite le pavillon pour le personnel de maison

                                    A droite, le pavillon pour le personnel de maison


Il cultive la vigne sur les terrains récemment gagnés sur les marais et développe la plantation des pins pour fixer les dunes fragiles comme on le fait dans les Landes. L’exploitation des pins, suite au programme de reboisement lancé sous le Second Empire est rentable. Paul fait venir des Landes  des résiniers qui vont s’établir à La Tremblade : les familles Castat, Lemaison, Laubit par exemple. Le gemmage des pins dans la forêt de la Coubre va se poursuivre jusqu’au début des années soixante. Georges Dières Montplaisir, son ami, participe également activement à ces plantations.


Gemmage des pins

                                                          Le saigneur procède au gemmage des pins


 Mais les terrains où la vigne a été plantée ne sont pas très fertiles et trop souvent ensablés. Le phylloxera de 1894, les catastrophes accidentelles (incendies), les catastrophes naturelles (invasion de sauterelles)  portent le coup de grâce à une culture qui a perdu de sa rentabilité. Sans doute ébranlé par tous ces coups du sort,  Paul disparaît à l’âge de 53 ans, le 29 décembre 1898.

 

   Une succession difficile à gérer.

  Parce qu’il est le fils aîné,  François de Saint Martin Lacaze, âgé seulement de 23 ans,  se doit d’assumer la responsabilité de la propriété en indivision, tâche à laquelle il n’est pas  vraiment préparé.


Une partie de la propriété des Saint Martin, en 1891, les

         Une partie de la propriété des Saint Martin en 1891: les vignes, la ferme, le chalet, les terrains du bord de mer. La Cigogne, à droite, a été vendue l'année précédente


  C’est un beau jeune homme blond-roux, dont le visage arbore une superbe moustache.

 Ses cousins Capdepon de Bigu tentent  de  marier leur fille Hélène avec François  mais elle refuse ne le trouvant pas à son goût. Plusieurs années plus tard, les deux jeunes gens se retrouvent et cette fois-ci -souvent femme varie- elle en tombe éperdument amoureuse. Ils se fiancent à Saint-Geours-de- Maremne  à la villa « La Pelouse » qui existe toujours sur la route de Dax et convolent en justes noces à Pau, le 19 octobre 1908. Ils décident de s’installer au Chalet de Ronce. 


La famille de Saint Martin devant le Chalet. A gauche on re

                La famille de Saint Martin devant le Chalet. On reconnaît François devant la calèche


Hélène donne naissance à  Marie-Thérèse,  née dans le Chalet ronçois le jour de Noël 1913, et à Francis  en février 1915.


Le Comte François, la Comtesse Hélène de Saint Martin e

  Le comte François de Saint Martin, son épouse Hélène et leurs deux enfants Marie-Thérèse et Francis

 

Les deux jeunes enfants y mènent une vie heureuse pendant une dizaine d’années, entourés d’une nourrice puis d’une préceptrice Marie Bonnemason originaire de Boeil-Bezing, dans les Pyrénées-Atlantiques. François est un homme entreprenant. Il contribue financièrement à l’édification de la chapelle de Ronce, fait ouvrir une voie qui débute devant l’actuel bar-tabac la Frégate et qui mène en  droite ligne jusqu’à son Chalet, voie dénommée encore de nos jours, avenue de Saint Martin.


Chapelle de Ronce en partie financée par François de Sain

         La chapelle, en partie financée par François, au début du siècle dernier. Le bénitier et l'autel sont toujours les mêmes.


 Voie d'accès au Chalet Saint Martin qu'on aperçoit tout a

                              Voie d'accès au Chalet Saint Martin qu'on aperçoit  au fond

 

Il excelle surtout dans l’organisation de fêtes confessionnelles comme des kermesses ou des processions mariales, lors de l’Assomption par exemple que préside Mgr Eyssautier, l’évêque de La Rochelle.


Un des autels fleuris lors de la fête de l'Assomption

                                              Un des autels fleuris lors de la fête de L'Assomption

 

 

 Anne rapporte une anecdote qui est  symptomatique de la  personnalité de son grand père François. En pleine réception au Chalet, il laisse choir, sur le champ, ses  nombreux convives  pour rendre visite à un ouvrier qui s’est grièvement blessé en chutant d’un arbre.

 

   L’amour de sa patrie.

   Quand survient la première guerre mondiale, François déjà quadragénaire et souffrant d’une surdité handicapante n’hésite pourtant pas à s’engager en vrai patriote comme volontaire, laissant sa femme et ses enfants. Caporal dans la territoriale au 57ième puis au 112ième régiment d’infanterie, il combat à Verdun et au Chemin des Dames et obtient la croix de guerre avec la citation suivante : « Ordre du modèle de dévouement et d’abnégation, resté volontairement au front alors qu’il pourrait invoquer de sérieux motifs pour se faire relever. Possède sur ses hommes un puissant ascendant moral. Le 25 avril  a demandé à conduire en première ligne une corvée délicate de ravitaillement. Le 28 avril en a commandé une autre prise sous le feu et qu’il a conduite à son but »

Sa fille Marie-Thérèse dit que, comme beaucoup, il a été traumatisé par les combats d’une grande intensité dont il ne cessait de parler. Contrarié par des désaccords dus au partage, ruiné par la guerre, par le mode de vie dispendieux de son épouse et par les dettes contractées auprès de son créancier Mr Proust, il se trouve dans l’obligation de vendre à ce dernier tous ses biens vers 1925.

 

  Un patrimoine préservé.

 Après guerre, pendant quelques années, la ferme Saint Martin accueille des camps de jeunes en particulier de jeunes juives, pour offrir un dérivatif et des distractions à ces adolescentes choquées par les horreurs vécues par leurs familles.


Camp de jeunes filles à la ferme Saint Martin juste après

     A la fin des années 40, les marabouts  envahissent la ferme Saint Martin, derrière au second plan


Puis la ferme est abandonnée une bonne quarantaine d’années durant lesquelles sa large clairière offre aux familles une solution de repli commode et bienvenue quand, sur la plage de la Cèpe, le vent se lève et que le temps devient menaçant. C'est  Mr Georges Tessier qui s'en est porté acquéreur.

 En 1949,  Mr Proust revend le Chalet Saint Martin à une usine de Melle, qui va  utiliser les locaux pour en faire une colonie de vacances. Cette usine passe dans le groupe Rhône Poulenc qui, à son tour, envoie en congés les enfants du personnel dans cette vaste demeure arborée. Pendant une bonne trentaine d’années, le Chalet Saint Martin résonne, l’été, des cris de joie des enfants qui ont le privilège de ne séjourner qu’à trois cents mètres de la plage de la Cèpe.


Chalet Saint-Martin transformé pendant plus de trente ans

      Le Chalet Saint Martin a servi de colonie de vacances aux enfants de Melle pendant plus de 30 ans


   En 1982, nationalisé par le pouvoir socialiste, le groupe liquide toutes ses colonies. Au début des années 80, on essaie, sans succès, pendant un ou deux ans, de le transformer en  centre de vacances pour retraités. Le Chalet alors en déshérence est littéralement pillé. Tous ses lavabos sont ainsi arrachés. L’été, il est squatté par des routards. Il fait peine à voir car les ronces depuis plus de dix ans ont envahi le domaine. Heureusement Rhône Poulenc, privatisé à nouveau en 1993, après bien des péripéties, trouve un acquéreur en juillet 1994. Le nouveau propriétaire, tombé sous le charme de cette demeure,  concrétise  un rêve d’enfant. Le Chalet l’a échappé belle ; il était en effet promis à la démolition, des promoteurs voulant raser tous les bâtiments. Cet amoureux des belles pierres sauvegarde  dans un premier temps  ce qui peut l’être, avant de procéder à une remise en l’état en supprimant tous les rajouts de la colonie. Il se fait un devoir de reconstruire toutes les pièces à l’identique, comme si c’était un patrimoine légué par ses ascendants. Bien-sûr cette réfection a un coût mais quand on aime on ne compte ni son temps, ni son argent. Le Chalet Saint Martin a vraiment de nouveau fière allure.


Chalet Saint Martin rénové

                              Le Chalet Saint Martin rénové par son nouveau propriétaire

 

  Un nouveau départ pour la  famille de Saint-Martin Lacaze.

 La famille de Saint-Martin s’installe tout d’abord à La Tremblade à La Coulumière, locataire de la famille Torchu, puis dix ans plus tard à Arvert dans la maison du Maine Geay que leur oncle Jules achète aux noms de Marie-Thérèse et de Francis.


La Coulumière où la famille s'est installée après avoir

                                           La Coulumière où la famille s'est installée après avoir quitté le Chalet


Le Maine Geay acheté par l'oncle Jules

                                                        Le Maine Geay acheté par l'oncle Jules

 

En 1935, François est conseiller municipal de La Tremblade. Cet homme bon et gai mais peu versé dans les affaires décède en 1942 d’une faiblesse du cœur au Maine Geay à Arvert. Quant à son épouse Hélène, après s’être refugiée en zone libre chez une de ses cousines à Saint-Geours-de-Maremne, elle succombe à une crise cardiaque  en novembre 1945 au Maine Geay également, quelques mois après la libération de la poche de Royan.

 

 Marie-Thérèse, la joie de vivre au service des autres.

  Marie-Thérèse est restée célibataire. Pensionnaire dans un établissement privé du  Limousin, elle commence à travailler comme vendeuse dans un magasin de vêtements puis, dès 1935,  elle est embauchée par l’entreprise ostréicole Fraigneau  jusqu’à la retraite qu’elle passe à la Tremblade.


Etablissements de la famille Fraigneau où ont travaillé

                                     Etablissements Fraigneau où ont travaillé Marie-Thérèse et Francis

 

 

Marie-Thérèse au centre. A gauche Jean-Marc Fraigneau sur

                        Au centre Marie -Thérèse. A sa gauche,  Jean-Marc Fraigneau à bord de l'Espoir

 

Elle adore monter sur les planches pour jouer sketches et pièces avec les gens du pays. Elle se charge aussi de la distribution du journal paroissial La Presqu’île d’Arvert. De plus, elle est unanimement appréciée pour son dynamisme et son dévouement pour les autres notamment les plus démunis.

 To Miette, comme on la surnomme, appelle ses nièces qu’elle chérit par-dessus tout, «  ses langoustines ». Elle a coutume de rendre visite à ses cousins en Dordogne. Les deux cents kilomètres à parcourir en solex ne l’effraient pas le moins du monde. S’étant dangereusement embourgeoisée avec l’achat d’une 2 CV, elle ne se rend pas compte  qu’elle grille allègrement le feu rouge nouvellement installé boulevard Pasteur. Encore maintenant, sa célébrissime décapotable aux chevrons est intimement liée à sa personne. 

Atteinte par la maladie d’Alzheimer, la marraine d’Anne s’éteint en 2007.

 

 Francis, un homme plein d'énergie.

 La ruine de ses parents va contraindre Francis à travailler dès l’âge de seize ans dans les cabanes ostréicoles. En 1936, il fait  son service militaire en Savoie dans les chasseurs alpins. Pendant la drôle de guerre en 1939, il se retrouve au fort de l’Esseillon. Démobilisé en août 1940, il rejoint La Tremblade. En 1944, il traverse  la Seudre pour rejoindre les FFI et participe à la libération de la Saintonge. Avec quelques hommes, il assure la garde de l’île Madame, se prenant pour son « gouverneur.»

 

 Une rencontre électrisante.

 Marguerite Massip, surnommée, Maguite, rencontre Francis en 1946 chez Paul de Chalup et Marie Alix de Gardonne, à Puy-Joli en Dordogne. Francis est le cousin de Paul et Maguite la cousine d’Alix. Maguite raconte : « J’habitais Périgueux et j’avais décidé de rendre visite à ma cousine. Je l’appelle au téléphone. Elle me demande de venir l’aider à accueillir une belle sœur et un cousin. Au moment où je veux lui signifier mon refus, elle a déjà raccroché. Je me suis donc résignée à y aller et c’est là que j’ai fait la connaissance de Francis et que je suis tombée amoureuse de lui en changeant une ampoule ». Visiblement le courant est passé tout de suite. Au printemps de l’année suivante, ils se marient au  château de Pouyol à Villamblard, château familial dont  Isabelle de Maillard, la tante de Maguite est propriétaire.    Maguite, qui a fait des études supérieures enseigne dans des écoles ménagères, se déplace à vélo, en solex elle aussi, avant de conduire en 1963 une superbe Panhard verte.

 

Les quatre filles de Francis et de Marguerite.

1948, 1949, 1952, 1955 sont les années de naissance d’Anne, d’Isabelle, d’Hélène et de Claire.


Les quatre filles Saint Martin, debout de gauche à droite

  Les quatre filles de Saint Martin. Debout de gauche à droite Anne et Isabelle, assises, Claire et Hélène


Hélène qui se considère comme une enfant terrible reprend le jeu de mots souvent entendu. « Anne et Isabelle éclairent Hélène ». Un jour, elle monte sur le toit ; sa sœur Anne,  tend son tablier, moyen dérisoire pour amortir sa chute au cas où elle voudrait se jeter dans le vide. C’est un voisin, attiré par les cris, qui réussit à la faire descendre sans dommages.

 

  Le sort s’acharne sur la famille de Saint Martin

 Leur père qui, depuis son enfance, est très attiré par la mer, pêche sur un chalutier, le Progrès, qui mouille à La Tremblade. Francis est une figure de la presqu’île. La casquette ou le béret vissé sur la tête, il part en mer même par mauvais temps. Sa femme passe des nuits sans sommeil à attendre son retour. Deux marins, Mrs Caillon et Paillet qui n’ont pas leur brevet de navigation, complètent l’équipage Un jour de 1953, ils empruntent le bateau sans l’aval de Francis et  par malheur, emportée par le mauvais temps, l’embarcation sombre  Ils disparaissent en mer. Francis qui a refusé de les dénoncer est lourdement condamné par les autorités maritimes pour ne pas les avoir prévenues de la disparition du bateau. Comme il aurait dû être  à bord, il n’est pas indemnisé. Outil de travail perdu, procès perdu.

 

   Une réaction salutaire.

 Il retrouve alors du travail comme ostréiculteur dans l’entreprise Fraigneau où il rejoint sa sœur. Il achète un chalutier, le Pax Christi qu’il ne doit en aucun cas débaptiser. Avec son épouse, il devient également gérant, l’été, de deux campings qui encadrent le restaurant Forêt Plage.


Au milieu des deux campings donnant sur la plage,le restaur

            Au milieu des deux campings donnant sur la plage de la Cèpe, le restaurant Forêt plage


Ces terrains, particulièrement bien situés parce qu’ils donnent sur la plage de La Cèpe, appartiennent à une cousine de Francis, Madeleine Réjou-Perret qui a migré aux Etats-Unis. Quelques années plus tard, Madeleine vend ces deux terrains de camping à la commune. Dans le premier, Mr et Mme Couturier tiennent une épicerie qu’ils transforment en une  salle  de restaurant La Réserve où beaucoup de personnes seules viennent prendre pension.


La Réserve sur l'avenue de la Cèpe

                                                La réserve sur l'avenue de la Cèpe


A la fin des années 60, Maguite de Saint Martin occupe le poste de directrice de la maison familiale de la FAVAC jusqu’en 1984, d’abord dans le bâtiment allée des Cormorans, appelé toujours Côte de Beauté  puis à l’emplacement de la nouvelle Pergola avenue de Saint Martin.


FAVAC à La Pergola

               La  FAVAC  dirigée par  Marguerite de Saint Martin dans les locaux de La Pergola


Elle prend en charge l’hébergement et l’intendance des familles et des personnes âgées venues passer leurs vacances de juin à septembre à moindre coût. Francis l’aide dans sa tâche. Hélène se souvient que son père préparait de gigantesques terrées pour le plus grand plaisir des estivants.


Francis et son épouse à la Pergola

                               Francis et son épouse Marguerite à l'accueil de la Pergola


Préparation d'une terrée pour la Favac

                             Préparation d'une terrée pour les pensionnaires de la FAVAC


 Conjointement il est moniteur de voile au CVR, le club de voile ronçois.


Ancien club de voile ronçois à la place de l'actuelle bas

                     L'ancien club de voile ronçois (CVR) remplacé maintenant par la base nautique


A cette époque-là, il n’y a qu’un seul bateau pour donner des cours, un cazavant, peu maniable, dans lequel cinq ou six élèves prennent place. Francis peut se vanter d’avoir formé des générations d’amoureux de la voile. Anne, sa fille aînée qui est alors secrétaire du club, rappelle que, suite à une mauvaise manœuvre de ses apprentis matelots, Francis s’est cassé le coccyx.


Francis à la barre du Cazavant de l'école de voile

                                               Francis à la barre du cazavant de l'école de voile


Elle parle toujours avec émotion de son père qui, après une journée de travail,  est allé la chercher en Normandie, coincée qu’elle était, par une grève des trains. Un des plaisirs de Francis est d’accompagner au cinéma Saint-Martin, bien-sûr, ses quatre filles pour voir le dernier film sorti. Mais la plupart du temps, il s’endort dès le début de la séance. Maguite et Francis gèrent aussi la location de quelques villas. Maguite accueille ainsi à la villa Kismet avenue Camille Daniel, des jeunes étrangers, désireux d’apprendre le français.


Villa Kismet où ont séjourné de nombreux jeunes étrange

                                             Villa Kismet où ont séjourné de nombreux jeunes étrangers

             


En 1973, le matin du mariage d’Anne et d’Antoine Rebillard dans la nouvelle Pergola, Francis, comme il sied à un comte,  revêt son frac, qui, malheureusement,  n’est pas à sa taille. Le voilà donc parti en catastrophe à La Rochelle changer son habit. Il a juste le temps de revenir pour la cérémonie.


Francis en frac conduit Anne jusqu'à l'autel de l'église

          Francis en frac conduit Anne jusqu'à l'autel de l'église du Sacré-Coeur de La Tremblade


 Francis prend sa retraite en 1970 tout en continuant à travailler chez Fraigneau. Il aurait pu enfin goûter aux délices d’une retraite paisible, mais le mauvais sort qui ne lui laisse décidément aucun répit s’acharne contre lui et ses proches. Sa fille cadette, Isabelle, qui rallie Contamines Montjoie en Haute-Savoie où elle est monitrice à la FAVAC, perd la vie près de Bellac dans un accident de voiture.


Arrêt pique nique à Semussac.Au premier plan, Anne et sa

  Arrêt pique-nique à Semussac lors du pélérinage des jeunes à Talmont. Au premier plan Anne, à côté d'elle, Isabelle


Francis, très affecté par cette disparition prématurée, décède à l’âge de 71 ans. Il est enterré  avec son épouse qui a quitté les siens en 2009, dans la chapelle familiale du cimetière de La Tremblade, sur ce coin de presqu’île où tous les Saint Martin Lacaze ont choisi de vivre et de reposer en paix.


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                  A droite, chapelle où sont inhumés les membres de la famille de Saint Martin

 

 

     Des traces indélébiles.   

 Leur disparition clôt un chapitre ouvert il y a plus de 100 ans avec l’arrivée de la famille de Saint Martin Lacaze à Ronce. Anne et Antoine habitent désormais en Mayenne, Claire et  son mari Marc Eissautier en Haute-Garonne. Seule Hélène et son mari Daniel Martin, cela ne s’invente pas, ont élu domicile à Arvert juste à coté du Maine Geay.

 Pour autant, le nom des Saint Martin perdure dans la mémoire collective grâce aux travaux de Marc et aux lieux emblématiques qui continuent d’enchanter Ronce comme le Chalet Saint Martin, la villa La Cigogne, allée des peupliers,  acquise en 2007 par Mr Jacky Dutillieux, et la Ferme Saint- Martin qui, devenus  résidences à l’année de leurs nouveaux propriétaires, ont retrouvé leur lustre d’antan.


La Cigogne elle aussi restaurée

                           La Cigogne elle aussi restaurée. En haut à droite, l'oiseau emblèmatique

 

 Ajoutons l’ancien nom du cinéma Saint Martin, rebaptisé Cristal, la très vaste avenue de Saint-Martin, l’avenue Hélène, plus modeste, qui lui est parallèle et le nouveau restaurant  Martin Plage.

 

 Il est bon de rappeler, que malgré les épreuves et les malheurs qui n’ont pas épargné bon nombre des membres de cette dynastie, une foi fervente, affichée notamment par deux  devises des blasons de la  famille : « Deus adjutorium in adversis  » : Dieu est mon soutien dans l’adversité et «  Cruore Christi Cruesco » : Je brille du sang du Christ, leur a permis de traverser les siècles tout en restant attachés à des valeurs  universelles.

 


CCF22092010 00006Blason des Saint Martin Lacaze et des Capdepon de Bigu 

 

 

     Blason des Saint Martin Lacaze                                                         Blason des Saint Martin et des Capdepon de Bigu                                                              

 

 

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  Grâce au courage de leurs ascendants, les quatre filles de Saint Martin Lacaze ont tout lieu d’être fières de voir figurer leurs noms sur la toile où sont recensés les descendants d’Hugues Capet dont la filiation est encore représentée en 2011. Les trois générations dont nous avons suivi la saga ont laissé leur empreinte dans l’Histoire de notre pays mais plus encore dans celle de Ronce les Bains.

 

                                                           Daniel Chaduteau.          

 

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commentaires

I capdepon de Bigu 15/02/2014 23:37

Bravo pour cet article passionnant, pouvez situer ma grand mere maternelle : Marthe de Saint Martin Lacaze ?

JM Thomas 10/01/2012 17:00

Bravo et merci. D'un seul coup, je peux faire le lien avec un passé essentiel et qui constitue un pont nécessaire pour moi et ma propre famille,dans la continuité de l'histoire. JM Thomas

memoires-vives-ronce.over-blog.com 12/01/2012 18:46



Si j'ai pu contribuer, même modestement, à l'édification du pont dont vous parlez, je m'en réjouis car un des objectifs du blog c'est de servir de trait d'union, en évoquant la vie des figures de
Ronce, entre le passé et le présent.



bruno et Françoise CHOPARD 09/01/2012 18:31

Bravo et Merci pour cet article aussi intéréssant que les précédents, et que les amoureux de Ronce parcourent avec un plaisir d'autant plus vif qu'ils ont connu les derniéres générations de ces
autochtones qui ont fait Ronce. Les photos et c.p. particulierement bien choisies agrémentent ce texte agréable à lire et plein d'humour.
Nous attendons le prochain numéro, et peut-être faudrait-il penser à éditer les différents articles pour les lire et les conserver...

memoires-vives-ronce.over-blog.com 12/01/2012 18:33



Merci aux amoureux de Ronce les bains.C'est un plaisir voire un bonheur partagé . En effet quand on  recueille les souvenirs des autres, remontent, parfois à l'improviste, les siens qu'on
pensait à tout jamais enfouis; et quand cette résurrection s'accompagne de retrouvailles après des décennies, c'est à coup sûr le nirvana.



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  • : mémoires vives de Ronce-les-bains
  • : Le passé de Ronce-les-bains revisité et reconstruit grâce aux documents et témoignages de ceux qui l'ont vécu.
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