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26 mars 2013 2 26 /03 /mars /2013 18:32

 

                                     Suzanne Proust : le temps retrouvé.

 

 

  Dans les précédents sujets, nous avons souligné la part prise par quelques grandes familles, les Saint Martin Lacaze, les Cadoret de Beaupréau, les Perraudeau de Beaufief, les Dières Monplaisir, les Favier-Belle… à la fondation et au développement de Ronce les Bains dans la seconde partie du XIXème siècle. Après la première guerre mondiale, Camille Daniel et Joseph Dières continuent l’œuvre entreprise par leurs prédécesseurs. Mais un troisième homme va entrer dans le jeu et  faire parler de lui. Cet homme entreprenant et pressé, c’est Eugène Proust. Pendant cinquante ans, il va modifier le visage de Ronce. Suzanne Proust, sa belle-fille, a bien voulu relater son parcours.

 

La famille Papaud.

 Suzanne Proust, née Papaud évoque en premier sa famille : « Un de mes arrière-grands-pères, Justin Baliros, né à Cognac en 1827, était d'origine espagnole. lI travaille à l'arsenal de Rochefort comme tourneur sur bois. C'est dans cette ville qu'il rencontre sa femme, Rose Courpron, issue d’une grande famille d’ostréiculteurs trembladais. Elle,est blanchisseuse chez Louis Marie Julien Viaud, alias Pierre Loti.


L'arrière-grand-mère de Suzanne travaillait comme blanchi Elle met au monde une fille qui porte le même prénom qu’elle, Rose. Mon autre arrière-grand-père paternel s’appelait Izaac Papaud. Il épouse Marie Magdeleine Malineau  qui donne naissance à Edouard Isaac. Ce dernier part comme mousse à l’âge de 14 ans pour plusieurs tours du monde. A La Tremblade il fait la connaissance de  Rose et l’épouse. Rose qui est institutrice va aider son mari à préparer des concours administratifs. Ils s’installent à La Tremblade dans la maison construite par son père Justin, puis partent au début des années 1880 en Nouvelle-Calédonie où Isaac exerce le métier de gardien de bagne. C’est ici que voient le jour mes trois tantes et en 1886 mon père Georges. En 1890 toute la famille regagne ses pénates à La Tremblade. Isaac poursuit sa carrière jusqu’à sa retraite à Cayenne où le bagne a été transféré. Là, il a la garde d’un personnage illustre, le Capitaine Dreyfus interné à l’île du diable.


Lîle du diable où Isaac a gardé le Capitaine Dreyfus

                     Edouard Issac Papaud  a gardé le capitaine Dreyfus à l'île du Diable


Mon grand-père m’a souvent raconté qu’Alfred Dreyfus, qui sera gracié en 1899, et totalement innocenté en 1906, s’entretenait avec lui à l’heure de la promenade puis s’asseyait face à la mer en sanglotant.  Ma grand-mère sera nommée avec Mme Roy institutrice à La Tremblade. Quant à mes tantes, elles vont suivre  les traces de leur mère et exercer la même profession dans les écoles de la presqu’île d’Arvert. »


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1910. De gauche à droite,les cyclistes, Mlles Bondon, Hay et Renée Papaud, toutes trois enseignantes


 Son père Georges rêve d’entrer à L’école navale mais une déficience visuelle l’en empêche. Dépité, il travaille chez Claude Pierre, épicier de la place Gambetta à La Tremblade. Il prépare et obtient le concours des PTT, administration dans laquelle il effectue toute sa carrière pour finir inspecteur. Georges rencontre à Bordeaux Anna Papeyre Cazade. Il l’épouse et rejoint Mont-de-Marsan où il est nommé. Georges souffre de problèmes cardiaques qui lui interdisent de défendre sa patrie en 1914. Il vit très mal cette situation, éprouvant quotidiennement un sentiment de culpabilité. Pendant toute la durée du conflit, il n’aura de cesse d’aider les prisonniers. Dans ce but, il crée la Coopérative landaise qui se charge de leur envoyer des colis.

Anna, après plusieurs fausses couches, met au monde André en 1918 et Suzanne en 1921.

 

  De grandes vacances inoubliables.

Dès sa plus tendre enfance, Suzanne vient passer ses grandes vacances à La Tremblade  dans la maison de ses arrière-grands-parents au 94 de la  rue des Bains où vit sa grand-mère jusqu’en 1929, date à laquelle elle décède. Actuellement Thierry Proust, l’un des fils de Suzanne habite cette maison de famille, rue Marcel Gaillardon où a vécu Edouard son arrière-grand père conseiller municipal comme lui et partageant la même passion pour la mer.


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                   La maison familiale, rue Marcel Gaillardon, construite par Justin Baliros


Pour égayer son séjour estival, ses tantes l’emmènent au Mus de Loup ou le plus souvent à la plage de la Cèpe.


Un des lieux de promenade de Suzanne et des ses tantes

                                            L'ancien phare du Mus de Loup


La petite fille trouve le trajet bien assez long. Aussi ses tantes ont-elles prévu à l’aller un arrêt sous les peupliers après le Pont des Brandes. Suzanne, serviette orange autour du cou, déguste une pêche pelée avec amour par l’une de ses accompagnatrices.


Le pont des brandes et ses peupliers

                                           Les peupliers du Pont de Brandes


Arrivée à bon port, elle grimpe sur la dune qui domine toute la baie et savoure ces instants délicieux qui récompensent les efforts fournis. Aucune halte n’est prévue sur le chemin du retour et les tantes portent, à tour de rôle, l’enfant épuisée mais ravie.


Au fond, à droite, la grande dune de la plage de la Cèpe

                         Au fond, à droite, la grande dune de la Cèpe aujourd'hui disparue


Après la disparition de sa grand-mère, les trois institutrices prennent le relais et veillent sur le séjour estival de Suzanne. Par commodité, elles décident de louer des villas à Ronce. Suzanne telle un métronome a retenu leur nom et les années de location : Ombreuse, allée des camélias en 1929, Guite en 1930 et 1931 allée des roses Le Chêne 1932 et 1933 dans la même allée, Marie-Louise 1934 et 1935 avenue Gabrielle, Primerose 1937 et Bagatelle 1938  dans la même avenue. A noter que toutes ces maisons existent toujours et qu’elles ont gardé leur nom d’origine.


La villa Guite

                                                     Villa Guite, allée des roses


Les villas Bagatelle et Primerose

                                   Villas Bagatelle et Primerose, avenue Gabrielle


 Une anecdote ressurgit de la mémoire de Suzanne : «  Nous passions mon frère et moi  nos vacances à Ombreuse, une espèce de cabane très rustique. A marée haute, André aimait flâner sur le brise-lame. Un jour, Mme Moutin de Blandinière, propriétaire des Algues lui demande de bien  vouloir approcher son bateau de l’escalier de la villa.


Villa Les Algues et son escalier donnant sur la plage

                                  Villa Les Algues et son escalier donnant sur la plage


L’enfant de onze ans sans se faire prier s’exécute, monte dans la barque, tire l’ancre mais tombe à l’eau, emporté par une vague. Un client de la pension voisine, Les Girondins,  voyant la scène, n’écoute que son courage et plonge dans l’eau tout habillé pour repêcher mon frère.


A Gauche, villa Le Girondin, droite LesAlguesà

                                        A gauche, Les Girondins, à droite, Les Algues


Ce faisant, des billets de banque s’échappent de son portefeuille et se mettent à flotter comme autant de petits bateaux. Pendant que cet homme ramène sain et sauf André sur la terre ferme, les tantes s’emploient à récupérer son bien avec des épuisettes afin de le faire sécher. Le lendemain, le sauveteur, sans doute grisé par son acte héroïque, aborde la plus jeune de mes tantes, tante Suzie et la demande en mariage. Ce qu’il ignore, c’est que cette femme très indépendante est déjà amoureuse d’un homme marié. Donc, il est hors de question pour elle de se jeter à l’eau. »

 A la fin des années trente, l’adolescente  n’a pas l’autorisation d’aller danser à  La Chaumière même si son frère lui sert de chaperon.


Le restaurant-dancing La Chaumière

                             Le  restaurant-dancing, La Chaumière, dans les années 30


Elle aimerait bien sortir avec sa bande d’amis, Pierre Petro, Jean Girard, les frères Proust, Pierre et Lucien et Robert Durand dont le père, propriétaire de la villa Les Colonnes, est laqueur sur le paquebot le plus luxueux jamais construit, Le Normandie, qui brûlera en 1942 dans le port de New-York.

 

 Les années sombres.

  En septembre 1939, Mr Pion après un roulement de tambour annonce le début des hostilités. Le 6 septembre, la famille Papaud loue une voiture pour conduire André qui est sursitaire à la gare de Royan. L’attend un train déjà bondé qui doit mener les jeunes recrues sur leurs lieux de mobilisation. Georges Papaud meurt de fatigue et  de chagrin en mars 1940.

Suzanne quitte Orléans où elle suit des cours pour devenir professeure de gymnastique. Le 15 juin 1940, alerte en pleine nuit au changement de train à Tours.  Panique et  bousculades gagnent le quai. Sa mère qui l’a rejointe trébuche et tombe. Croyant sa dernière heure arrivée, elle implore sa fille de l’abandonner mais Suzanne refuse d’obtempérer.

Vingt quatre heures pour rallier Royan, trois heures de plus pour arriver à La Tremblade.

Suzanne trouve un poste de maîtresse d’internat à Dax. Elle n’est pas rémunérée mais logée et nourrie. Après l’obtention de son baccalauréat en 1942, elle s’inscrit en droit à Bordeaux où elle se rend une fois par semaine. Elle fréquente également l’Ecole normale.

 André est fait prisonnier à Dunkerque le 2 juin 1940. Dans le camp où il est interné, il s’occupe de  répartir de façon équitable les colis envoyés par les familles pour que chacun puisse survivre. Suzanne n'oublie pas son frère et lui fait passer des colis. Elle ignore alors, que 50 ans plus tard, elle réitérera son geste pour venir en aide à l'un de ses fils incarcé dans une geôle indienne.

A Dax, d’avril à juillet 1945, dès cinq heures le matin, avec d'autres bénévoles de La Croix Rouge, elle participe à l’accueil des prisonniers. Son plus grand regret encore aujourd’hui, c’est d’avoir été absente le jour du retour de son frère après cinq ans de captivité.

 

Eugène Proust, un homme d’affaires averti.

«  Maintenant, il est temps d’évoquer le souvenir de l’homme, Eugène Proust, qui deviendra mon beau-père » dit-elle. Ses parents, originaires de Melle dans les Deux-Sèvres sont à l’instar de nombreux membres de ma famille des hussards de la République, métaphore pour dénommer les instituteurs. Tout naturellement, Eugène et ses trois sœurs embrassent la même carrière. Seulement Eugène, fraîchement affecté se rend vite compte que ce métier ne lui convient pas parce qu’il n’est pas assez rémunérateur.


Eugène Proust à 21ans en 1900

                                                             Eugène Proust en 1900 à l'âge de 21 ans

 

Alors il quitte l’enseignement et trouve un emploi dans une manufacture de tabac. Un jour, une machine accroche sa blouse. Il est sérieusement blessé. Pendant des années, il doit se nourrir de bouillies et quand survient la guerre de 1914, il ne peut être mobilisé en raison de son état de santé. »

 Les Etats-Unis entrent en guerre en 1917. Eugène qui parle un peu la langue de Shakespeare se perfectionne et devient, grâce à sa débrouillardise et son travail, un personnage référent et incontournable pour de nombreuses transactions franco-américaines.

 A la fin de la guerre, il se demande comment utiliser au mieux les stocks de bois amassés et abandonnés par les alliés pour étayer les tranchées. Son idée de génie est d’en faire des poteaux de mine, prévoyant le redémarrage rapide de l’extraction du charbon, matière première indispensable à la reprise économique. Le 28 avril 1919,  il crée dans la Sarthe une société qu’il appelle Le Poteau. Avec l’argent qu’il a gagné, il se lance dans les affaires. Il fait construire quatre usines d’injection de créosote dans les poteaux de mine. Ce mélange huileux de phénols et de crésols obtenu par la distillation des goudrons du bois protège les poteaux des parasites et les rend imputrescibles.


L'usine de Champagné dans la Sarthe

                                Une des usines d'injection à Champagné dans la Sarthe


L’année suivante, il fonde une autre société le 11 mai 1920, La Forêt, société anonyme qui lui permet d’acheter des forêts et de les exploiter mais aussi de se lancer dans des transactions immobilières. Ces deux sociétés existent encore aujourd’hui.

 

 Eugène succombe au charme de Ronce.

Eugène découvre Ronce les Bains en 1921. Un voisin manceau lui vante sa beauté et surtout son  climat propice aux enfants maladifs. Or, un de ses fils, Lucien, âgé de cinq ans, est de santé fragile. Séduit par le site, il achète quelques années après, avenue Gabrielle, la villa Monplaisir, construite par l’entreprise Goulé qui s’est rendue célèbre à Ronce par ses crépis si caractéristiques.


La villa Monplaisir construite par l'entreprise Goulé                                              La villa Monplaisir, avenue Gabrielle


Il demande à Marthe, une cousine de sa belle mère, de veiller sur Lucien à Ronce pendant que son épouse  Victoire Françoise Alexandre garde son autre fils Pierre au Mans. Eugène fait souvent des allers et retours à Ronce pour visiter sa famille et diversifier ses activités. Exploitant forestier, promoteur immobilier, responsable de sociétés, il déborde d’énergie et n’hésite pas à se rendre la même journée sur plusieurs chantiers. Sa femme n’arrête pas de dire qu’il a usé trois chauffeurs. Mr Eugène, en un peu plus d’une décennie, est devenu quelqu’un à Ronce.


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    Trois extraits du cahier sur lequel, dans les années 30, Eugène avait répertorié tous les immeubles de Ronce

 

Sans vraiment se tromper, on peut dire qu’il a possédé plus de la moitié des terrains de la station balnéaire sans compter bon nombre d’immeubles qu’il achète et revend opportunément comme Le Grand Chalet, Le Grand Hôtel, L’ Hostellerie de Saintonge, La Cigogne, La propriété Saint Martin Lacaze


Le Grand Chalet est toujours en activité

             Le grand Chalet, le plus ancien hôtel-restaurant de Ronce toujours en activité


L'hostellerie de Saintonge dont Eugène Proust a été prop                     L'Hostellerie de Saintonge, avenue de Saintonge, dans les années 30


Dans les années 30, il a même délégué pour suivre au plus près ses affaires ronçoises, Fernand, le fils de sa cousine germaine Léocadie Girard native de Clussais-la-Pommeraie dans les Deux- Sèvres. Ce dernier achète un terrain à son cousin Eugène et fait construire la villa Sans Souci qu’habite, à l’année, son petit-fils Jean-Pierre Girard depuis 1997.


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                                     Septembre 1948, villa Sans Souci, allée de la forêt


 Lucien, trop chétif pour être mobilisé, gère pendant l’Occupation les affaires de son père. Il réalise de nouvelles plantations et s’occupe surtout des fours de production de charbon de bois qui sert de combustible  aux véhicules à gazogène comme sa traction 15 chevaux Citroën qui sera réutilisée pour le tournage de films évoquant les années 40.

 

 

 Coup de foudre à Ronce les Bains.

Après guerre, Suzanne vit avec sa mère à Dax dans un appartement que leur ont déniché des amis fidèles et dévoués. En septembre 1946, c’est avec beaucoup d’émotion et de bonheur qu’elle renoue avec le passé, avec ses tantes, en logeant, allée des hortensias, à la villa Amélie, « l’insouciante », la bien nommée.


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                                    Villa Amélie, allée des hortensias


A deux cents mètres, la villa Monplaisir est investie par les fils Proust qui ont invité André, son frère, et d’autres camarades.

Un jour, ils décident de faire une sortie à Bonne Anse. Suzanne se joint à eux. Dans ce lieu enchanteur, leur attention est attirée par un bateau échoué sur le sable le Me voici au nom prémonitoire.


La baie de Bonne Anse

                                                                                  La baie de Bonne Anse

 

Suzanne toujours aussi sportive -elle pratique le water-polo- montre son agilité en y grimpant. Quelques instants après elle le quitte en effectuant un saut majestueux qui  fait forte impression sur Lucien Proust. Ce dernier décide alors d’acheter cette embarcation. Il charge les frères Bernard de le ramener à la Tremblade.

 Le 11 septembre est un jour à marquer d’une pierre blanche. André fête ses 28 ans. Il  convie à son anniversaire ses amis parmi lesquels, heureuse coïncidence, Lucien. Suzanne confesse : «  Ce jour-là je tombe gravement malade. Un mal délicieux me ronge. Je n’ai ni faim, ni soif, ni envie de dormir. J’en parle librement à mes tantes : Je crois que je suis amoureuse leur dis-je avec candeur. Lucien a trente ans, j’en ai 25.  Ma famille ne voit pas d’un bon œil cette relation alléguant que nous n’appartenons pas au même milieu social. Seulement on ne veut plus se séparer, on ne peut plus nous séparer. Confrontées à notre obstination, les deux familles se rencontrent et trouvent un gentleman’s agreement. La date du mariage est arrêtée. » C’est ainsi que trois mois plus tard, sont célébrées à Paris en l’Eglise Saint-Jacques du Haut-Pas dans le 5ème arrondissement, le 16 décembre 1946, les noces de Suzanne Papaud et de Lucien Proust.


L'église où ont été célèbrées les noces de Suzanne e


Mariage de Lucien Proust et de Suzanne le 16 décembre 194

                                                        Suzanne et Lucien Proust le jour de leurs noces

 

 Un choix cornélien mais assumé.

Lucien continue de seconder son père, Eugène. Quand Suzanne veut reprendre son métier d’institutrice, Lucien s’y oppose. Chez les Proust, les femmes restent à la maison. A  l’inverse chez les Papaud, elles exercent toutes une activité. De surcroît, Suzanne adore son métier. Lucien se montre intraitable et intime l’ordre à son épouse de démissionner. Mais les tantes n’entendent pas capituler. Après réflexions, devant ce dilemme, Suzanne se range à l’avis de son mari,  lui fait confiance et après plus de 65 ans n’éprouve aucun regret, consciente d’avoir été une femme comblée.


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                                    Plus de soixante ans de vie commune, ça donne des ailes


  Eugène achète au Mans une propriété de deux hectares au milieu de laquelle trône une vaste demeure. Son idée, c’est de la revendre pour réaliser une plus-value. En attendant le jeune couple vient s’y installer. Ce domaine dispose d’un verger et d’un potager.  Des poules et des moutons offrent également de quoi se nourrir en cas de disette. Comme le plan Marchal n’a pas encore été mis en  œuvre, la vie  reste  difficile. A l’origine, ce bien se trouve isolé mais de nouvelles constructions l’entourent progressivement. Sa superficie demande beaucoup d’entretien. C’est pour cette raison qu’Eugène vend une grande partie du terrain pour en faire un lotissement. Quant à la maison, elle sert de résidence principale à Suzanne et Lucien.

 

Le Mans

                La superbe demeure au Mans où ont  vécu Suzanne et Lucien Proust


De leur union voient le jour trois garçons qui suivront trois voies différentes : Frédéric né en 1948 sera photographe, Philippe né en 1960, expert agricole et le touche à tout, Thierry, né en 1951, plongeur, architecte, journaliste, archéologue sous-marin, patron de la SNSM de La Tremblade. La famille n’a pas perdu tout contact avec Ronce. Plusieurs fois dans l’année, elle se ressource à la villa Monplaisir où loge toujours la cousine Marthe.


Villa Monplaisir en 2008

                                                                       Villa Monplaisir en 2008

 

Une opportunité à saisir.

 En 1960, Lucien apprend que la villa Les Dunes toute proche de Monplaisir est en vente. Cette maison, construite au début du siècle par la famille Fuchs puis rachetée par un couple de dentistes niçois dont les jumeaux ont été fusillés pendant la guerre, est de moins en moins occupée.

Lucien s’en porte acquéreur. Il  fait agrandir cette villa qui devient tout d’abord une résidence secondaire puis à la disparition de Lucien en août 2009, l’habitation principale de Suzanne.


Chalet Les Dunes acheté en 1960 par Lucien

                                                                    Villa Les Dunes, avenue Gabrielle

 

 Eugène, un investisseur infatigable.

Des années 50 aux années 70,  les villas poussent comme des champignons pour le plus grand plaisir de 409 familles ayant acquis chacune une parcelle figurant sur l’un des 15 nouveaux lotissements conçus par Eugène Proust.

 Bien qu’il soit très dur en affaires, il faut reconnaître qu’il a aussi vendu, à des prix abordables des terrains à des œuvres sociales chargées d’envoyer des enfants en colonies de vacances : colonies d’Ugine, de Melle,  Hennessy, de la Police, des PTT etc…


Camping de la police

                           Terrain pour les oeuvres sociales de la police à l'entrée de Ronce


Il a même offert, pour un franc symbolique, des terrains à la municipalité de La Tremblade pour la construction des nouveaux courts de tennis de Ronce.

Il s’éteint en 1972 à l’âge de 93 ans.

 

« Longtemps je me suis couché de bonne heure » est la phrase emblématique qui débute  A la recherche du temps perdu, l’œuvre de son homonyme Marcel Proust dont Eugène est également l’un de ses prénoms.

« Longtemps je me suis couché tard » pourrait bien être celle qui résumerait la vie d’ d’Eugène à moins que ce soit celle de son épouse Victoire qui répétait sans cesse : «  Quel homme ! Il n’est jamais fatigué. »

 

  Jusqu’au mois de décembre dernier, Suzanne conduisait encore sa Saab noire. Sa mémoire, véritable musée vivant, fonctionnait à merveille. Sa plus grande joie, c’était d’avoir pu réunir sa famille en 2011 pour fêter ses 90 ans.


Les 90 ans de Suzanne Proust en 2011

  La famille entoure Suzanne Proust, au centre, avec son écharpe rouge pour lui fêter ses 90 ans. A gauche, Thierry puis Frédéric et Philippe qui encadrent leur mère

 

Elle reconnaissait qu’elle était une privilégiée de la vie. Des ennuis de santé l’ont rattrapée. Elle se remet dans une maison de repos, entourée de l’affection des siens.

Merci à elle de nous avoir livré avec naturel, enthousiasme et émotion ce témoignage précieux qui complète et éclaire le passé de Ronce.


                                                                                               Daniel Chaduteau

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commentaires

NICOLE 11/07/2015 17:12

BONJOUR
fut un temps la villa AMÉLIE appartenait a ma famille
nous avons passé des vacances et des bons moment

Evelyne d'Auzac 24/07/2013 11:57

Vous faites un travail magnifique. Je regrette que ma grand-mère Jeanne Geffré ne soit plus de ce monde, ni ses trois enfants Jean, Jacques et Mamy, car ils auraient des choses à raconter sur la Tremblade et Ronces.

Archat Annie 03/04/2013 22:36

Bravo encore une fois de plus; pour l'article sur cette belle famille que je connais un peu et cet amour partagé pour notre petit paradis Ronce.....

memoires-vives-ronce.over-blog.com 04/04/2013 10:33



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