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2 juillet 2010 5 02 /07 /juillet /2010 13:32

 

                                                    Trois générations de maçons.                     

 

 

    Quand on évoque l’Italie, on pense aussitôt aux grands stratèges romains César et Auguste qui ont donné leurs noms à deux mois d’été de notre calendrier, à Rome, berceau de la chrétienté et à ses saints emblématiques, Saint-Pierre et Saint-Paul, à tous ces génies de la Renaissance que sont  Léonard de Vinci, Michel-Ange, Raphaël, Le Bernin pour ne parler que des plus célèbres, à toutes les autres villes au patrimoine architectural unique au monde comme Florence, Sienne, Venise, aux opéras de  Verdi, de Rossini,  aux spécialités culinaires,  à la pizza inventée à Naples, aux fameuses pâtes, à  la mozzarella,  au jambon de Parme au vinaigre balsamique de Modène, aux belles cylindrées Alfa - Romeo, Lancia, Ferrari, aux équipes du Calcio, la Juventus, l’Inter, la Roma.

          On oublie trop souvent que l’Italie au passé si riche n’est une nation unie que depuis  cent quarante ans et qu’elle a connu plusieurs flux migratoires. Ainsi entre les deux guerres mondiales, la France accueille-t-elle 45% d’immigrés originaires pour la plupart du nord de l’Italie, qui fuient le régime fasciste de Mussolini et la pauvreté due au chômage engendré par la crise économique. Ces migrants, qui bénéficient d’une proximité territoriale avec la France sont  également  attirés  par elle puisqu’elle est traditionnellement une terre d’accueil  pour les étrangers. Lors de la première migration avant la première guerre mondiale, les italiens se sont majoritairement installés dans le sud-est de la France. Dans les années 30, ils s’enhardissent et essaiment dans tout l’hexagone. On en retrouve même un à Ronce les Bains.

 

        Un jeune migrant italien.


    Albert  Déola, menuisier charpentier de formation, quitte sa région natale du Trentin et ses montagnes bien aimées, les Dolomites, le sac sur le dos, alors qu’il n’a que dix sept ans.  Après avoir travaillé quelque temps d’arrache-pied dans le Nord, il rejoint Paris où il se fait embaucher par une entreprise qui, en cette année 1931, participe à la mise en œuvre de  l’Exposition Universelle. Il a un peu le mal du pays, mais c’est surtout  sa dulcinée, restée de l’autre côté de la frontière qui lui manque. L’amour, une fois de plus, est plus fort que la raison. Sans hésiter et faisant fi des difficultés matérielles ou sociales, il va chercher Constance qui l’attend avec impatience et la ramène dans ses bagages précédant de plusieurs décennies la loi relative au regroupement familial. Le couple commence alors son road- movie. La spécificité d’Albert, qui  a gagné en expérience et  appris la maçonnerie, c’est de terminer les chantiers. Le hasard l’amène à Arcachon puis à Saint-Junien où Constance met au monde son fils aîné Joseph en 1933. L’année suivante, il se rend avec sa petite famille à l’île d’Aix pour y réparer le fort. Constance donne naissance à son second fils Henri. Une violente tempête empêche le médecin venu de Fouras pour  l’accouchement, de quitter l’île. Albert se voit dans l’obligation de l’héberger deux jours  chez lui.

 

Colonie la druide où Albert Déola a assuré l'entretien

                                                     Colonie  La Druide où Albert Déola a assuré l'entretien

 

         Le hasard et l’opportunité.


 Son prochain chantier lui fait gagner Ronce les Bains. La chance veut que la directrice de la colonie de vacances La Druide qui vient d’être construite cherche un gardien qui soit capable d’exécuter des travaux d’entretien, si nécessaire. Le couple,  qui a de plus en plus de mal à supporter cette vie de nomade avec ses deux bébés, saisit cette occasion qui va lui permettre enfin de se poser et de souffler. Albert qui maîtrise plusieurs corps de métier postule pour cet emploi qu’il obtient et qu’il va occuper trois ans durant. Pendant ce laps de temps, il se constitue un pécule ce qui lui donne la latitude d’acheter un terrain  idéalement placé avenue de la Chaumière en plein centre de Ronce. Signe du destin, un autre italien Severo Miglierina, originaire de la ville de Gemonio située à 70 kilomètres de Milan dans la province de Varèse,  après avoir lui aussi traversé la France,  travaille comme conducteur de travaux à Royan dans l’entreprise Barrière et Neau. Lui également succombe au charme de Ronce et décide de se mettre à son compte. Il est pour le moins insolite de retrouver  deux italiens au bout de la presqu’île exerçant quasiment la même profession.

 

Un véhicule des années 50.

                                                               Un véhicule de l'entreprise dans les années 50

 

                 La conjoncture est favorable en cette année 1937. En effet le gouvernement de Léon Blum qui a octroyé aux travailleurs quinze jours de congés payés, l’année précédente, a permis à des millions de gens de prendre des vacances et leur lieu de villégiature privilégié, c’est le bord de mer que beaucoup découvrent pour la première fois. Les deux transalpins se rendent bien compte que leur activité peut connaître une croissance exponentielle s’ils unissent leur force. La nouvelle entreprise de bâtiment qui porte les deux noms, a  pour effectif une vingtaine de salariés. L’association, interrompue par la guerre, se poursuit jusqu’en 1953 date à laquelle elle s’achève définitivement, chacun reprenant ses billes. Une grappe humaine sur un chantier de l'entreprise.

                                                          Une grappe humaine sur un chantier de l'entreprise

 

    Un entrepreneur connu et reconnu. 

        

    Albert dessine les plans de sa maison aux formes très insolites pour l’époque. Elle ressemble au pont d’un bateau qui surplombe la place de l’école, maintenant place du marché.   C’est en 1953 qu’il décide son édification  ainsi que celle du hangar qui la touche. La maison à l'architecture insolite conçue et constru

          Maison à l'architecture insolite conçue et construite par Albert Déola. Derrière le hangar jouxtant la maison

 

Pendant près de vingt ans sous sa direction, sur des terrains pour la plupart boisés, les maisons Déola vont pousser comme des champignons. En 1972, à l’âge de 68 ans,  il cède son entreprise à son fils Joseph, sans cesser toutefois de travailler à l’élaboration des plans des futures maisons ronçoises. Après une vie de labeur de plus de cinquante ans, il s’éteint en 1974, certes loin de ses Dolomites mais dans sa patrie d’adoption.

 

Albert Déola , créateur de l'entreprise de bâtiment.

                                                Albert Déola créateur de l'entreprise du bâtiment qui porte son nom

 

     Une succession naturelle.


      Agé de quarante ans, Joseph reprend les rênes de l’entreprise de bâtiment et comme on ne change pas une équipe qui gagne, il garde l’ensemble du personnel , les sept employés parmi lesquels se trouve un migrant italien, le maçon Marino, tout un symbole. Pendant vingt ans Joseph Déola, qui a été formé à bonne école, concentre son domaine d’activité dans la presqu’île d’Arvert. Il se spécialise, principalement  à Ronce, dans l’agrandissement et dans l’entretien des centres de vacances( Ugine, La Druide, CCAS…) ce qui ne l’empêche pas avec la collaboration d’un électricien  Monsieur Meillour d’en créer un de toutes pièces, participant ainsi au développement touristique et économique de la station. Ce centre a été appelé la Pignade sans doute parce qu’il est situé dans une forêt de pins à gauche à l’entrée de Ronce et que le mot français pignada désigne une pinède mais aussi peut-être parce qu’il dérive du mot italien pigna qui veut dire pomme de pin.

 

Colonie d'Ugine agrandie par Albert et Joseph Déola.

                                     Entrée de l'ancienne colonie d'Ugine agrandie par Albert et Joseph Déola

 

      Il applique durant ses années de travail quelques règles ou principes simples hérités de son père : d’abord faire en sorte que l’entreprise garde une taille humaine pour qu’elle soit plus facile à diriger, ensuite  exiger de son personnel un travail soigné pour éviter, bien-sûr, de mécontenter les clients mais surtout pour faire des économies car comme il le dit lui-même : « Refaire, c’est perdre de l’argent. »

 

        Jamais deux sans trois.

       En 1992, son fils Patrick prend sa suite. Joseph n’a pas quitté Ronce. Il passe une retraite heureuse et tranquille dans sa villa avenue de la Chaumière, tout occupé qu’il est à jardiner. Mais le plus ronçois des italiens ne dédaigne pas non plus, chaque année au volant de son automobile, de sillonner les routes d’Autriche, d’Italie, et  celles d’autres pays  européens. 

        Patrick après son bac, rejoint Bordeaux, obtient un DUT (hygiène et sécurité) et fait la connaissance de Catherine qui devient son épouse et une collaboratrice de tous les instants.  Patrick est attaché, lui également, à son terroir. Son père, suivant en cela une tradition familiale bien établie, lui propose d’entrer dans l’entreprise et de lui mettre le pied à l’étrier. Son apprentissage qui va durer pas moins de  dix ans  n’est  pas vraiment une sinécure : peu ou pas de vacances, travaux harassants, journées stressantes, nuits parfois écourtées. Mais le jeune homme s’accroche, ne cède pas au découragement, mieux aujourd’hui ne tarit pas d’éloges sur son père qui a eu l’audace et l’intelligence, avant de cesser son activité, de lui  faire gérer des chantiers du début jusqu’à la fin. C’est dire que, quand il arrive à la tête de l’entreprise, il possède un  solide bagage et une expérience unique. C’est dans les moments de crise que se révèlent les qualités humaines. Lorsque le 27 décembre 1999, la tempête a balayé Ronce en décapitant des centaines de pins qui ont éventré les toitures, Patrick Déola et ses sept employés, dans l’urgence, ont fait montre pendant plusieurs jours de leur compétence et de leur sang- froid au service de leurs clients. Aux commandes de son entreprise depuis dix huit ans, il n’hésite pas à investir dans des matériels coûteux mais indispensables comme des grues télescopiques de chantier, à travailler en synergie avec Mademoiselle Piazza, Monsieur Durand et Monsieur Peigné, architectes à La Tremblade. Construction,  rénovation, extension, mais aussi conseils de toute nature à la clientèle, constituent les différents domaines d’activités de la société. Quelques villas, situées avenue du Mus de Loup offre une vitrine de  son savoir- faire.

 

     Des fondations solides.

    Conçu par Albert Déola, le siège de l’entreprise qui  a toujours gardé le même emplacement depuis plus de cinquante ans a vu défiler trois dirigeants de la même famille partageant les mêmes valeurs. Il suffit de consulter la page d’accueil du site internet pour en avoir la confirmation : « Bienvenue à l’entreprise Déola, mon équipe et moi-même sommes attachés à notre région et conservons le bâti et les techniques traditionnelles. » Le logo, figurant un fil à plomb tombant dans la lettre O de DEOLA souligne, si besoin  était, cette impression de rigueur, de sérieux et de solidité. Lamaison familiale est toujours restée le siège de l'entr

                                                   La maison familiale est toujours restée le siège de l'entreprise

  

   Avec son père Joseph, Patrick Déola fait partie de ces quatre millions de français d’origine italienne descendant de la plus importante migration étrangère (800000) qui, en 1931, peuple la France.

  Outre aller  se promener avec son épouse  en compagnie de leur chien Telmon,  un superbe bearded collie, sur la plage de l’Embellie, l’autre distraction de Patrick est  de se rendre aux sports d’hiver mais l’histoire ne dit pas si c’est dans le massif des Dolomites le pays de ses aïeux.

                                                                                                         

                                                                                  Daniel Chaduteau.     7  mai  2010

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commentaires

TRIJAUD-CORNETTE 04/08/2011 23:26


Comment ne pas être émue en lisant les articles concernant les familles Déola et Migliérina entreprise où mon père, René TRIJAUD, travailla plusieurs années avant de monter sa propre entreprise à
Ronce les Bains où j'ai vécu près de 23 ans. Dommage que les plaques qui figuraient sur chaque maison aient été effacées lors des ravalements de façade. Patrick Déola aura t il un fils qui prendra
la relève?????


MARECHAL Simone 04/08/2011 17:45


Moi aussi comme Liliane ( mon ancienne élève à l'école Notre-Dame à La Tremblade je suis tombée par hasard sur ce site et j'en suis ravie. J'étais à le recherche de souvenirs et me voilà gâtée
au-delà de mes espérances .
Merci infiniment.


memoires-vives-ronce.over-blog.com 06/09/2011 15:45



Je suis heureux que ce blog vous plaise. En récoltant les souvenirs de ceux qui ont vécu à Ronce, il m'arrive parfois de retrouver les miens. Vos encouragements m'incitent à continuer mes
recherches. Encore une fois merci.



thierry proust 15/01/2011 11:56


Bravo pour votre dossier sur la famille Déola, peut-être y rajouter un petit mot sur le décès de Jo ?
Amicalement,
ThP


DEOLA Laura 23/10/2010 09:40


Merci pour ces jolies mémoires de famille, et cette photo de mon arrière grand-père que je n'avais jamais vue !


memoires-vives-ronce.over-blog.com 07/04/2011 18:36



 C'est avec beaucoup de retard que je vous réponds.Veuillez m'en excuser. Je suis d'autant plus sensible à vos encouragements que vous faites partie de la famille Déola.



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