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4 avril 2011 1 04 /04 /avril /2011 11:18

                    Jeanne Bonnaud et Yvonne Gaudin, les deux piliers de La Grande Maison.


 

  Quand on examine, sur le plan de Ronce daté de 1891, la zone située entre le Grand Chalet et l’actuelle place  Brochard, on constate que certaines villas qui y figurent  ont conservé leur appellation plus que séculaire. Elles ont pour noms : Bianca, Jeanne, Marcella, Julienne, Gabrielle, L’Hirondelle, La Brise, Les Algues, Le Girondin, L’Ermitage.  Protégées par le brise-lame, ces demeures bénéficient toutes d’une vue imprenable sur l’Océan et sur l’île d’Oléron. Quant à celles  moins nombreuses de la même époque donnant proprement dit sur l’avenue Gabrielle, elles ont perdu leurs noms et  bien peu ont gardé leur aspect originel. Une cependant, rénovée récemment, nommée jadis La Grande Maison fait exception. Cette imposante bâtisse aux belles pierres crème, coincée entre l’allée des Marguerites et l’allée de la Chapelle, fait également partie intégrante de l’histoire de Ronce.


La Grande Maison et la Maison les deux imposantes bâtisses

          Début des années 1900. A gauche la Grande Maison et la Maison, deux imposantes bâtisses



  Bref historique.

  Le 17 juillet 1856 Mr et Mme Perraudeau de Beaufief font l’acquisition d’un terrain appartenant à Mr Antoine Annet, Marquis de Lastic, demeurant à Parentignat dans le département du Puy de Dôme. En 1870, ce terrain  racheté par Mr Etienne Peyri entre dans la succession de sa fille  Mme la Colonel Gaillard. Elle y fait édifier en 1875 un hôtel appelé la Grande Maison. C’est dans cet hôtel que Pierre Loti, le célèbre écrivain natif de Rochefort  venant à cheval de La Tremblade, aurait passé une nuit  en 1899 avant de rallier à bord d’une yole la maison familiale Les Aïeules  à Saint- Pierre d’Oléron où il repose dans le jardin sous le lierre et les lauriers.

 Quarante ans plus tard le 29 juillet 1940 ladite Mme Gaillard vend cet immeuble à la société Bonnaud-Gaudin. Les propriétaires en nom collectif sont alors Mme Jeanne Bonnaud née le 13 décembre 1883 et Mme Yvonne Gaudin sa nièce née le 16 mai 1899, toutes les deux originaires de La Tremblade. Si des chambres continuent  à être louées pendant la période estivale par l’agence Jagou, l’immeuble se métamorphose en maison de commerce ouverte à la clientèle pendant 63 ans de 1940 à 2003. Marie-Jo Grenoux, née Gaudin  leur nièce, a bien voulu faire revivre  cette boutique emblématique et les personnes qui l’ont animée.

 

Années 40. A gauche, le commerce de Jeanne et d'Yvonne.En

             Années 40. A gauche le commerce créé par Jeanne et Yvonne. En face le Café de Paris.

 

 

De tout un peu, un peu de tout.

  Le commerce voit le jour l’année de naissance de Marie-Jo. Jeanne Bonnaud avant-guerre est déjà propriétaire à La Tremblade rue Georges Clémenceau d’un atelier de couture où travaillent comme apprenties Madeleine Cormier, autre tante de Marie-Jo, et Lucie Nivet. Jeanne et son associée, sa nièce Yvonne, vont créer à Ronce un commerce novateur, savante combinaison entre plusieurs types d’activités : magasin de confection, de lingerie, de chaussures, d’articles de plage, de jouets, de souvenirs, mais aussi mercerie, parfumerie, bref une réplique en miniature du  bazar égyptien stambouliote cher à Pierre Loti où l’on trouve de tout sauf des épices.


Années 40.Yvonne Gaudin est la plus à droite devant la bo

                          Années 40. On aperçoit Yvonne au second plan devant la boutique.


 

Un duo de choc.

  Yvonne règne sur ce commerce ouvert toute l’année. C’est elle la tête pensante. Elle a le sens des affaires, ne paye ses fournisseurs qu’avec des chèques postaux, refuse les traites.  Elle sait acheter les marchandises au juste prix, mais ne transige pas sur leur qualité. Elle réalise les deux premières quinzaines de juillet et d’août plus de la moitié de son chiffre d’affaires. Autour d’Yvonne, trois employées dont Marie-Thérèse  (Marcelle Roy) ne ménagent pas leur temps pour que le magasin tourne à plein régime.


Début des années cinquante. De gauche à droite devant l

       De gauche à droite devant le magasin: Marcelle Roy, Marie-Jo, sa tante Yvonne et une cliente.



  Elle copie les directives commerciales d’Octave Mouret  directeur du grand magasin Au bonheur des Dames titre éponyme du roman de Zola*. Rien ne doit être organisé, le client doit se perdre, doit fouiller. Certains Ronçois surnomme le commerce « Le Farfouillis »  mot prémonitoire qui évoque aujourd’hui une grande enseigne. On raconte qu’une cliente entrant  avec son pain n’a jamais pu le retrouver.  La règle d’or que répète la patronne sans cesse aux employées, c’est qu’une personne pénétrant dans la boutique dont la porte n’est jamais fermée ne doit en aucun cas sortir les mains vides. Pour ce faire, si la première vendeuse ne réussit pas à convaincre la cliente, une seconde doit impérativement la relayer et être plus persuasive.

  Pourtant Yvonne  ne paye pas de mine. De petite taille, attifée comme l’as de pique, elle surprend très souvent l’acheteur potentiel car, disparaissant derrière ses comptoirs, elle semble surgir comme un diable d’une boîte, d’autant plus qu’elle arbore un  couvre-chef  qui décoiffe, un béret  percé en son centre qui laisse dépasser une touffe de cheveux similaire à celle de Riquet à la houppe. Sa garde-robe est peu fournie. Elle s’habille sans chichis vu qu’elle n’attache pas d’importance à son apparence physique. Sa tante Jeanne ne la ménage pas : « Tu es toujours babouinée » lui lance-telle fréquemment. De plus l’excellente vendeuse qu’elle est, manque parfois de diplomatie. Ainsi elle reconduit,manu militari, l’indésirable qui a  franchi la porte, accompagné de son chien.Vue aérienne du commerce, au centre, avec son store noir,

                               Vue aérienne du commerce, au centre, avec son store noir 



L’autre responsable du magasin, Jeanne Bonnaud, ne participe pas  à la vente. Son domaine exclusif, c’est l’intendance. Les deux femmes n’ont pas grand-chose en commun. Yvonne est un personnage, Jeanne, une personnalité. Cultivée,  coquette, elle prend soin d’elle, et ce qui ne gâche rien, est un vrai cordon bleu. Elle inspire le respect parce qu’elle a des principes et des valeurs et qu’elle est aussi exigeante avec elle qu’avec les autres. Seulement sa surdité précoce l’handicape grandement et progressivement son caractère s’aigrit. C’est la raison pour laquelle  dans la Grande Maison  les disputes, les conflits sont légion et les cris et hurlements l’emportent largement sur les silences et les chuchotements. Ces éclats de voix, qui participent la plupart du temps d’un jeu de rôle où chacun interprète sa partition , s’estompent aussi vite qu’ils sont nés, les deux antagonistes sachant bien que leurs intérêts sont si étroitement liés  qu’elles  auraient tout à perdre en cas de brouille sérieuse.


Profession de foi d'Henri Dominique Gaudin.De gauche à dro

Profession de foi d'Henri-dominique. De gauche à droite : deuxième Jules , troisième Yvonne, neuvième Jeanne et,tout à droite, Marie-jo.



Les souvenirs d’enfance…

  Les grands-parents paternels  de Marie-JO vivent à Etaules. Gonzague, son grand-père est tailleur de pierres. Au cimetière de La Tremblade on retrouve ses initiales G.G  ou son nom G.Gaudin sur les tombes ou les caveaux qu’il a érigés, par exemple à l'entrée à droite face à la croix centrale.Grande Maison (35)

                        Guillaume Gaudin, le grand-père de Marie-Jo et d'Henri-Dominique


 

Marie-Jo, en ces années d’occupation, porte des galoches, chaussures à semelles de bois avec lesquelles elle a du mal à garder son équilibre. 1949. Lors d’une frairie, son père Jules se dirige vers une confiserie pour lui offrir une sucette. Gonzague intervient en s’écriant : « Jules, rentre ton argent. » Puis il sort de sa poche une boîte métallique circulaire d’où il extrait une pastille valda qu’il tend à la petite fille. Marie-Jo raconte cette anecdote avec des trémolos dans la voix  car, cette même année, elle va avoir la douleur de perdre prématurément sa mère, victime de la maladie d’Hodgkin. Accompagné de son père et de son jeune frère Henri Dominique, elle quitte La Tremblade pour habiter la Grande  Maison où sa tante et sa grand-tante, par dévouement, ont décidé de les héberger et  de les nourrir. Très vite, elle ne se sent pas à l’aise dans son nouvel environnement.  Deux générations la séparent de ses tantes qui ne comprennent pas que cette enfant suive des cours de violon, activité qu’elles trouvent dispendieuse, et que, pour attacher ses tresses, elle préfère des rubans à de vieux lacets. De surcroît, elles n’acceptent pas qu’elle revête les robes roses et blanches brodées par sa mère parce qu’elle doit porter le deuil.

 Pendant la saison, obligation lui est faite d’aider  au magasin. Elle est chargée de vendre les cartes postales installées sur trois tourniquets.

 

Année 1950. Au second plan la boutique. Marie-Jo, robe bla

     Année 50. Au second plan, Marie-Jo,robe blanche et cheveux tressés, vend des cartes postales.


 

  Ses heures de liberté, elle les passe en cette année 50 à jouer au jokari allée de la Chapelle. Le locataire de la villa Saint-Louis, friand de calembours l’appelle Marie- Jo qu’a ri ; ses voisins, la famille Maingourd, l'invitent souvent à goûter. Ses compagnons de jeux  ne sont autres que Pierre Roman, le fils du postier, et Henri Pescarolo, le futur célèbre pilote automobile qui passe ses vacances à la villa Petit Jean.   

  Arrive l’heure de la rentrée. Marie-Jo se rend à l’école de La Tremblade à vélo, à pied quand il neige. Elle reste à l’étude jusqu’à 18h et le chemin du retour par l’ancienne route de Ronce lui semble bien long surtout quand elle traverse, la peur au ventre, la forêt après le Pont des Brandes.


et d’adolescence de Marie Jo.

 1954. L’adolescente qu’elle est devenue croise sur le chemin des écoliers une nouvelle camarade Françoise Augraud qui vient de  quitter Saïgon. Le soleil déjà brûlant qui  filtre ses rayons dans les vignes faisant face à la briqueterie les invite à musarder en dégustant des petits Gervais.

Grande Maison (42)

                La briqueterie et la vigne longeant l'ancienne route de La Tremblade à Ronce.


 

Les deux complices arrivent en cours en retard. Le soir même, une responsable de l’école privée des sœurs de la Sagesse se déplace à Ronce pour informer les tantes de la punition. Marie-Jo continue à égrainer ses souvenirs : « Février 56. Ma  tante Yvonne me réveille. Il fait tellement froid que la mer  gèle en arrivant sur la plage. Une vision féérique, celle d’une pêche miraculeuse, s’offre à mes yeux. Une multitude de mulets argentés jonche le sable et scintille comme des pierres précieuses. Des ostréiculteurs ramassent à la fourche ces poissons frais, c’est le cas de le dire, pour les distribuer dans les écoles. Pour ma part, je choisis les plus beaux et  rejoins la maison par un sentier car la route touristique n’existe pas encore. » 


La demoiselle de La Tremblade.

  De 54 à 58, elle tient seule à La Tremblade, à l’emplacement actuel du bureau de tabac place Gambetta, un  magasin de vêtements, brûlé pendant la guerre et reconstruit à la Libération. Elle a définitivement dit adieu à ses rêves de devenir postière, étalagiste ou institutrice.Grande Maison (29)

           Marie-Jo, à droite, et une de ses amies devant le commerce qu'elle tient à La Tremblade.



  En 1957, elle fait la connaissance de Michel Grenoux qui, après avoir effectué son service militaire,  a trouvé du travail comme chauffeur livreur dans un magasin de chauffage que possède Henri Fuchs à La Tremblade. D’emblée Michel a la cote avec les tantes. Seulement Jeanne ne laisse pas sortir le soir la belle demoiselle avec un jeune homme, si charmant soit-il. Alors, pour manifester sa mauvaise humeur, Michel et ses amis montent dans la voiture qu’Henri Fuchs leur a prêtée. Ils organisent  une expédition punitive qui ne ressemble en rien à une attaque d’un commando terroriste. En fait, ils se bornent à réveiller les tantes  en pleine nuit en lançant des pierres dans les contrevents.

  L’année suivante, les deux amoureux convolent en justes noces.


Michel et Marie-Jo Grenoux, deux retraités heureux.

                              Michel et Marie-Jo Grenoux, deux retraités heureux.



  Michel qui a un CAP de boulanger tient un an un Dock de France avant de rejoindre Angoulême et d’être employé par la société Paris Décor que dirige Mr Laporte. Sept ans plus tard, il monte son entreprise de solier moquettiste qu’il gardera jusqu’en 1994.

  Quant au père de Marie-Jo, Jules Gaudin, il exerce le métier de peintre en bâtiment. Les chantiers ne manquent pas fin des années cinquante à Ronce. Mais après le décès de son épouse, il a perdu la joie de vivre dans La Grande Maison au confort rustique, l’hiver. Il s’y sent comme un intrus depuis que l’ont déserté sa fille,comme on l’a vu, et son fils Henri Dominique pour continuer ses études. Malade des poumons, Jules s’éteint en 1962.


Mr et Mme Jules Gaudin, les parents de Marie-Jo et d'Henri

                            Mr et Mme Jules Gaudin, les parents de Marie-Jo et d'Henri-Dominique



Les petites histoires de  la boutique Bonnaud-Gaudin.

   Pendant l’occupation, M-N. C. se souvient que de jeunes soldats en goguette  ont investi la boutique et  emprunté des sous-vêtements féminins, spécialement de larges culottes en coton portées par nos grands-mères qu’ils ont enfilées sur leur treillis lors d’un exercice physique devant le brise-lames précédant le Grand  Hôtel.

   Un jour Yvonne très en colère accuse le personnel d’avoir dérobé 2000 francs. Pendant cinq heures, chacun se met en devoir de rechercher cette somme rondelette qu’on retrouve finalement dans une vieille boîte à chaussures.

   La même, décide une autre fois, de se rendre chez des locataires sans les prévenir. Comme elle a le double des clés, elle se permet sans vergogne d’ouvrir la porte de leur logement. Les surprenant dans le plus simple appareil, elle commente leur  rencontre impromptue en lançant avec une spontanéité désarmante : « Ils étaient nus mais qu’est-ce qu’ils étaient beaux ! »

  Après le décès de Jeanne survenue 1968, Yvonne pour se sentir moins seule invite une connaissance qui souffre, elle aussi, d’être isolée en lui faisant passer le mot suivant : « Vous n’aurez qu’à apporter le poulet, moi je mettrai le couvert. »

  Enfin une dernière anecdote montre bien que les personnes qui, comme Yvonne, ont connu les deux guerres mondiales, ne jettent pas l’argent par les fenêtres mais savent se montrer économes  en toutes situations.

  En 1972, Jean-Michel son petit neveu fait sa profession de foi dans la cathédrale d’Angoulême. Pour éviter à Yvonne d’effectuer un long déplacement, le banquet familial est prévu aux Mathes. A l’issue de celui-ci, Yvonne s’empresse de récupérer les bouquets de fleurs pour pouvoir orner l’autel de la Chapelle de Ronce voisine dont elle est devenue en quelque sorte la sacristaine depuis sa retraite.


La boutique derrière l'auto.Comme on peut le lire, les deu         Comme c'est inscrit en bas à gauche, Yvonne et  Jeanne éditaient également des cartes postales  pour faire la publicité de leur établissement et de la station.



La succession des tantes.

  C’est Jeanne Couillaud qui prend la suite des deux tantes de Marie-Jo. Yvonne, après la mort de Jeanne, ne peut s’empêcher de revenir dans la boutique qu’elle a codirigée pendant 27 ans. La nouvelle propriétaire  prénommée Jeanne, elle aussi, est obligée de la  mettre à la porte.  Elle appelle son commerce Chez Jeannette et le tient quinze années durant, de 1967 à 1982.Grande Maison (41)

 

                                                           Publicité des années 70.

 

  Ses successeurs Mr Christian Caminade et sa femme Liliane après y  avoir maintenu l’activité pendant sept ans, le cèdent à leur tour à Mme Annie Archat.

 Cette dernière vient pour la première fois avec sa classe de CM2 pique-niquer sur la plage de la Cèpe.  Elle a un vrai coup de foudre pour Ronce. Bien plus tard, elle passe un mois de vacances, allée de la prairie chez un oncle de son mari. Responsable d’un magasin de sport à Rambouillet, elle voit enfin son rêve de travailler à Ronce se concrétiser  en 1989. Pour la réouverture de la boutique, elle ne garde, pour attirer une autre clientèle que l’activité mercerie et confection pour femmes  auxquelles  elle adjoint,comme service, le dépôt pressing.

  En 2003, s’achève  l’aventure commerciale de La Grande Maison.

 Heureusement quelques mois après,  Mme Archat retrouve un local commercial qui jouxte le précédent appartenant  à Mr  Gilles Lavaud. L’immeuble qui figure lui aussi sur le plan de 1891 s’appelait La Maison. Ce commerce est le seul avec celui de bouche Salé Sucré à être ouvert  toute l’année dans l’artère principale de Ronce.Annie Archat, la dernière propriétaire du fond de commerc

Annie Archat, la dernière proprètaire du fonds de commerce de la Grande Maison devant sa nouvelle boutique.


  En dehors des périodes d’été et des vacances scolaires, Annie Archat supplée l’Office du Tourisme en distribuant aux gens  égarés des plans de la commune. Elle joue également un rôle social auprès des personnes âgées, isolées ou handicapées en leur livrant les courses à domicile, en leur remplissant des papiers administratifs, bref en égayant leur quotidien.


Les liens du sang.

   Mais revenons à La Grande Maison. Son propriétaire, Mr Henri Dominique Gaudin, lui également très attaché à Ronce en a hérité. Il a émis le vœu de rénover l’immeuble où il a passé une partie de son enfance pour lui redonner son lustre d’antan.


Au premier plan la place des roses. Au fond à droite La gr

         Au premier plan la place des roses. Au fond,à droite, la Grande Maison joliment restaurée.


   C’est encore avec admiration que Marie-Jo parle de sa tante Yvonne fantasque à l’image de son magasin, capable d’être généreuse l’été en lui offrant chaque jour une glace de chez Lopez  mais aussi  très regardante  l’hiver sur la consommation de beurre ou de sucre. Elle est, bien-sûr, redevable à ses tantes de pouvoir, grâce au fruit de leur travail, séjourner à Ronce.  Cela n’empêche pas la grand-mère et l’arrière grand-mère qu’elle est devenue, de regretter qu’elles ne se soient  pas rendu compte que l’enfant et l’adolescente qu’elle était, n’avait sans doute pas les épaules  assez larges pour assumer certaines responsabilités. Néanmoins elle partage l’avis de l’instituteur de l’Argent de poche, le film de François Truffaut, qui dit à ses jeunes élèves : « La vie n’est pas facile, elle est dure et il est important que vous appreniez à vous endurcir pour pouvoir l’affronter. Je ne dis pas à vous durcir mais à vous endurcir. Par une sorte de balance bizarre, ceux qui ont eu une jeunesse difficile sont souvent mieux armés pour affronter la vie d’adulte que ceux qui ont été protégés ou trop aimés. »

 

                                                                                    Daniel Chaduteau.  le 8 avril 2011

 * Au bonheur des Dames (Chapitre IX)

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21 février 2011 1 21 /02 /février /2011 11:19

 

Les filles du boulanger.

 

 

  « Maman pourquoi pas faire joujou avec Marinette et tante Suzanne ». Cette phrase sibylline vient d’être récitée comme une comptine par Micheline et reprise en chœur  par ses sœurs Colette et Liliane,  présentes ce jour-là au rond-point de l’avenue de l’Océan où se font face trois commerces : le bar, bureau de tabac, la Frégate, le plus récent, le bar restaurant, la Terrasse (ancien Clair de lune) le plus ancien et celui dans lequel elles ont passé leur enfance et  leur adolescence, la boulangerie qui clôt l’avenue de Saint Martin.


Vue aérienne de la boulangerie Jaulard, au centre, en bas,

                                      Vue aérienne de la boulangerie Jaulard au centre du carrefour

 

Une première à Ronce.

  29 octobre 1929, Léonce Jaulard, originaire de l’Eguille sur Seudre, épouse Marthe Chapron  native de la Tremblade à l’église du Sacré Cœur.


Photo de groupe lors du mariage de Léonce Jaulard et de Ma

                      Photo de groupe lors du mariage de Léonce Jaulard et de Marthe Chapron  en 1929

 

 Après avoir quelques années exercé le métier de boulanger dans le petit village de Souhe près du Gua, ils décident de migrer vers Ronce. Trois ans durant, ils font cuire leur pain dans le four de la maison située de l’autre côté de l’avenue de Beaupréau appelée aujourd’hui les Ancêtres. Aidé par son frère, Léonce construit lui-même, pendant ce laps de temps, une maison d’habitation et une boulangerie ouverte au public à Pâques 1936. C’est la première boulangerie qui voit le jour à Ronce. Les débuts sont prometteurs. Les estivants, grâce aux congés payés, sont de plus en plus nombreux à rejoindre la côte.


la boulangerie Jaulard dans les années 50

                                               La boulangerie Jaulard dans les années 50

 

Les années sombres.

  Malheureusement la guerre vient stopper net cette expansion. En 1943, suite à un attentat contre l’armée d’occupation, les allemands font irruption dans la boulangerie. Ils  veulent embarquer Léonce qui doit son salut à la population qui manifeste pour garder son boulanger, car les temps sont suffisamment durs comme cela. Colette, toute jeune à l’époque, se souvient de la queue qui s’allonge  chaque jour devant la boutique. Certains en viennent aux mains pour obtenir l’aliment indispensable à leur survie grâce aux précieux sésames, les fameux tickets de rationnement. L’autre motif qui a peut-être incité les autorités d’Outre- Rhin à plus de clémence, c’est le nombre conséquent d’enfants du couple Jaulard, pas moins de neuf. Mais  la station étant entièrement évacuée en 1944, la boulangerie ne peut échapper à la fermeture pendant neuf mois. La famille qui parcourt la presqu’île  truffée de mines arrive à Saujon et prend le train pour se retrouver en Charente dans une grande maison  à Saint Même-les-Carrières.

 

 Jeux d’enfants.

 Après la guerre, l’activité reprend au ralenti mais la famille, elle, continue de s’agrandir. Marthe met au monde six enfants supplémentaires. Six garçons  et neuf filles, dont huit à la suite composent la fratrie Jaulard.  Les sœurs  n’ont guère de loisirs. Leur distraction préférée, c’est de se retrouver avec leurs copines, les filles Goulé du bar tabac Le Clair de lune pour jouer dans les décombres de la maison Isabelle toute proche qui a été bombardée.

 C'est dans les décombres de la Villa Isabelle que jouaient

              Dans les décombres de la villa Isabelle avenue Gabrielle jouaient les soeurs Jaulard et leurs amies

 

 En ce début des années 50, les fêtes de fin d’année et les représentations théâtrales au cinéma Saint Martin voisin, organisées par le maître d’école sont autant de temps forts qui égaient leur quotidien. Leurs frères, eux, vont jouer au football à deux cents mètres  de la boulangerie dans la prairie. Une allée garde encore le nom de cet emplacement où s’installaient les cirques possédant un vaste chapiteau.

 

 Un travail de fourmis

   Peu de temps libre donc car chacun doit apporter sa pierre à l’édifice. Faire vivre une famille aussi nombreuse n’est pas une mince affaire. Il faut tout d’abord couper les arbres à la sortie de l’école avenue de Saintonge, où commence la forêt, pour alimenter  le four. On ramène le bois  à la boulangerie dans une charrette. Sur le terrain qu’occupe actuellement la Coop, se trouve un champ qui sert de jardin potager. Un peu plus loin derrière, d’autres membres de la famille percent les coquilles pour en faire des collecteurs que Léonce installe sur les parcs à Bourgeois et au Sable de la Ronce en face du Grand Chalet. Les uns  pêchent à la ligne, d’autres à pieds pour ramasser moules, coques, palourdes, huîtres. Micheline préfère accompagner son père à la chasse à la Bécasse au Pont des Brandes. A la Cèpe, pendant la saison estivale Liliane, Micheline et ses sœurs vendent viennoiseries et bonbons. On confectionne aussi pour la colonie d’Ugine, la plus importante de Ronce, tartes et glaces. La veille du premier juillet, les sœurs  sillonnent les allées de Ronce, le calot blanc aux armes de la boulangerie Jaulard vissé sur la tête pour trouver de nouveaux clients et faire les livraisons qui leur conviennent.


La boulangerie à l'extrémité de la belle avenue de Sain

                 La boulangerie à l'extrémité de la belle avenue de Saint Martin encadrée de platanes

 

 Les sacs de farine de cent kilos apportés par le meunier n’effraient pas Liliane âgée de 14 ans, qui, véritable force de la nature, en  prend quelques-uns sur son dos, les descend et les installe sur le pétrin afin de « rouler les couches » chaque jour. Il est vrai que l’année de son certificat d’études, elle a choisi, comme épreuve sportive, le lancer du poids. Léonce, lui, a récupéré après la guerre un wagonnet qu’on fait avancer avec des perches, wagonnet sur lequel on ramène de la Bouverie du bois et des fagots pour la brande nécessaire à la fabrication des balais. Outre aller à la chasse, son occupation favorite, c’est, quand son emploi du temps le lui permet,  être opérateur au cinéma Saint Martin.


La boulangerie pâtisserie dans les années 60

                                                         La boulangerie dans les années 70

 

Le temps des Amours

  Après avoir mis chacune la main à la pâte, les trois sœurs songent à construire leur vie sentimentale. Colette partie rejoindre son oncle à Marseille à 22 ans trouve un emploi dans une  crémerie. Un jour, elle rencontre Lucien Riche en allant chercher son pain à la boulangerie où il travaille. Micheline trouve son mari Bertrand Butin alors qu’elle aide ses parents comme sa sœur Liliane à la boulangerie. En cette année 1956, il est l’un des accompagnateurs de la colonie de vacances d’Ugine. Il vient régulièrement consommer à la terrasse du Clair de Lune et Micheline a tout le loisir de l’observer de la boulangerie qui surplombe le carrefour de ses cinq marches peu commodes pour les personnes à mobilité réduite. 


Bar ,tabac, station service, Le Clair de lune, en face de

                    Bar, tabac, station service le Clair de lune avant guerre en face de la boulangerie

 

Liliane, elle non plus, n’a pas eu besoin de le chercher bien loin. En 1959, du haut de sa chambre, elle ne reste pas insensible aux charmes de Jacques qui coule pour l’entreprise Boursier la plate-forme en ciment du futur magasin Coop qui jouxte la boulangerie. Les trois sœurs convolent en justes noces à la chapelle de Ronce. C’est le père Larroque qui reçoit leurs consentements.

 

 La reconnaissance de la Nation.

  En 1941, le couple reçoit le prestigieux  prix Cognac-Jay  qui récompense  les Belles Familles comme on le disait à l’époque. Voici comment le journal local relate cet événement : « C’est avec plaisir que nous relevons cette année dans la Fondation Cognac-Jay le nom de notre compatriote boulanger Léonce Jaulard. Monsieur Jaulard est âgé de 34 ans. Sa dame, née Chapron a 31 ans. Ils viennent de voir la naissance de leur huitième enfant. L’aîné a 11 ans. Ils méritent bien cette récompense et nous y applaudissons de grand cœur, d’autant plus qu’ils sont d’honnêtes travailleurs estimés de toute la population


Coupure de presse rendant hommage à la famille Jaulard.

 

                                          Coupure de presse rendant hommage à la famille Jaulard

 

  Mais c’est au printemps 1954 que la famille Jaulard connaît son jour de gloire.  Marthe a mis au monde trois mois auparavant son dernier et quinzième enfant. C’est la raison pour laquelle le président de la République voulant rendre hommage à ce couple méritant devient le parrain de la petite Martine. Aussi  le préfet de Charente Inférieure représentant René Coty rend-il visite à la famille Jaulard. Micheline se souvient  même d’avoir eu l’autorisation de monter dans la DS officielle pour rallier la boulangerie où avait lieu la réception.


Martine, la filleule du Président René Coty assise sur le

 

      Martine,  filleule du Président de la République René Coty assise sur les marches de la boulangerie

 

 Une famille brisée.

  Mais le sort  cruel n’épargne décidément pas Marthe et Léonce qui ont eu déjà l’immense chagrin de perdre une de leur fille Josiane âgée de deux mois seulement.   Pendant  trente trois ans,  le couple qui n’a pas ménagé sa  peine pour fidéliser la clientèle  aspire à profiter de sa retraite et vient de céder son commerce à leur fils Pierre. Le drame survient le 15 septembre 1970. Léonce et Marthe  sont victimes d’un grave accident de voiture. Léonce, sans doute pris d’un  malaise, percute dans l’île d’Oléron un camion militaire allemand qui effectue des manœuvres avec l’armée française. Ils meurent sur le coup. Leur fille Ginette qui les accompagne est sérieusement blessée. Indicible douleur des proches, stupéfaction des Ronçois ! Peu de temps après, Pierre cesse son activité. La boulangerie va-t-elle trouver un repreneur ? Certes les gens ne vont pas manquer de pain car les dépôts  de l’avenue Gabrielle de Mrs Renaudin, Vezin et Chevalier assurent l’approvisionnement. Mais la boulangerie Jaulard est la seule où l’on fabrique le pain  qui soit ouverte toute l’année.

 

La boulangerie renaît.

  La boulangerie ne sera fermée qu’un mois. En effet,  le 15 novembre 1970, Colette et Lucien Riche quittent Marseille pour s’établir à Ronce d’abord comme gérants puis comme propriétaires des murs en 1974.


Publicité des années 70

                                                                         Publicité des années 70

 

  Le redémarrage est particulièrement délicat mais à force d’abnégation et de courage, ils arrivent à retrouver la clientèle perdue. Ils poursuivent ainsi leur activité jusqu’en 1985 date à laquelle ils vendent leur boulangerie qui, jusqu’à aujourd’hui  fonctionne comme dépôt de pain (ironie du sort) pendant la saison sous le nom Les Délices du Fournil. Ainsi pendant près de cinquante ans, les Ronçois ont parfois, sans le savoir, été clients de la famille Jaulard.


La boulangerie en 2010

 

                          La nouvelle boulangerie en 2010 ressemble étrangement à l'ancienne

 

Une vie de famille harmonieuse

 Les trois sœurs évoquent avec émotion les moments plus intimes passés en famille. «  Notre père, disent-elles, ne rigolait pas. Il était assis en bout de table. Les enfants devaient se taire. Notre mère Marthe faisait le service et chacun avait une tâche bien définie. Nos parents étaient fiers de nous et de leur éducation. Nous devions accomplir non seulement  les tâches ménagères  et professionnelles comme pétrir le levain mais aussi donner à manger aux poules, aux lapins, aux canards. Notre mère, même enceinte, trayait la chèvre Marguerite.  Le matin de mon certificat d’études, ajoute Colette, j’ai dû laver cinquante paires de chaussettes dans une grande bassine en fonte qui trônait dans le foyer de la cheminée. Mais ne croyez pas pour autant qu’on était malheureux. A Noël, renchérit Micheline, tout le monde avait un cadeau. J’ai gardé comme un trésor la boîte à couture que  mes parents m’ont offerte à cette occasion. »


Micheline en communiante entourée de sa famille devant la 

                             Micheline en communiante entourée de sa famille devant la boulangerie

 

Pour la photo souvenir devant leur ancienne boulangerie, deux autres de leurs sœurs, Nicole et Martine les ont rejointes. Elles s’enthousiasment encore devant les cinq jardinières incrustées de coquillages que leur père a façonnées.


Cinq des soeurs Jaulard.De gauche à droite au premier plan

Cinq des soeurs Jaulard. De gauche à droite au premier plan  Colette, Martine, Nicole, Liliane, derrière  Micheline

 

 La discussion pourrait durer encore des heures. Elles tiennent, pour finir, à rendre hommage à des personnalités ronçoises. En premier lieu à leur frère Guy trop tôt disparu que tout le monde appelait Tarzan car il grimpait avec dextérité  aux arbres pour les élaguer, à  Bernard Quentin décédé à soixante dix ans, membre lui également d’une grande fratrie, qui vendait ses cacahuètes Place Brochard, enfin à leur voisine  morte à cent quatre ans Mme Jeanne Rétaud qui faisait office de sacristain et qui jouait de l’harmonium à la chapelle.

 

Plus belle la vie.

  Ne se laissant pas abattre par les épreuves, ne manquant ni de verve ni d’humour, respectueuses des valeurs familiales et attachées viscéralement à la terre qui les a vu naître, les filles du boulanger ressemblent, à n’en pas douter, aux personnages de Marcel Pagnol avec l’accent en moins. Ce sont elles qui ont imaginé la phrase «  Maman pourquoi pas faire joujou avec Marinette et Tante Suzanne ? Villas Pourquoi pas et Marinette avenue de Saint-Martin.

                    De gauche à droite  villas Pourquoi pas et Marinette allée de Saint Martin

 

Même si le nom des villas de l’Avenue de Saint Martin a changé ou  disparu en partie, le quartier a su garder son aspect initial pour le plus grand plaisir des clients de la boulangerie Jaulard-Riche et de l’ensemble des Ronçois.

 

 Quant aux noctambules des années 60  rentrant des boîtes, Les Pirates à Saint-Georges,  Le Whisky à Royan, ils n’ont pas oublié la lumière crue mais rassurante qui filtrait à travers les lucarnes rectangulaires du sous- sol où Léonce et sa famille fabriquaient le pain.

 

 

                                                         Daniel  Chaduteau.   21  février 2011

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7 janvier 2011 5 07 /01 /janvier /2011 14:06

                                            Le Père Michel Jarrot, un Spiritain  très spirituel.


 

     Il est des lieux propices aux rencontres. On pense aux stades, aux gares, aux aéroports. Il en existe d’autres plus insolites comme les hôpitaux. C’est pourtant dans ce genre d’établissement qu’en juin 1962 le destin va faire se croiser les routes de deux hommes d’Eglise qui sont en convalescence à Bordeaux. L’un, le père Bernard Colineau, est curé de La Tremblade depuis une année, l’autre, Michel Jarrot, missionnaire en Afrique. « Souffrir instruit les hommes » disaient les Stoïciens mais souffrir peut également les rapprocher. D’emblée les deux prêtres s’apprécient et le père Colineau invite Michel à le rejoindre pour l’aider dans son ministère au presbytère où demeurent déjà le père Latour malade et le père Gervais Houet aumônier des marins. Mlle Angèle y assure l’intendance et  fait office de  gouvernante.Le presbytère de la tremblade

                                                           Le  presbytère de La Tremblade

 

Michel, séduit par la proposition, obtient l’autorisation de sa Congrégation des Pères du Saint- Esprit.

   Quatre ans auparavant, un Béarnais d’adoption né à Bordeaux a quitté ses montagnes pour s’installer à La Tremblade près du bord de mer suivant l’exemple de sa sœur, sage femme à la clinique Pasteur de Royan. L’adaptation est particulièrement difficile car ses patients parlent pour la plupart le patois. Le jeune homme ne se décourage pas et ne va pas ménager sa peine pendant quarante quatre ans pour être au service des malades sédentaires ou de passage dans la presqu’île d’Arvert. Pierre Benoit,* c’est de lui qu’il s’agit, catholique pratiquant, n’habite qu’à trois cents mètres  du presbytère. Il fait naturellement la connaissance de Michel le nouvel arrivé. Très vite débute alors une belle amitié qui ne s’est jamais démentie. Pierre Benoit ne s’est pas fait prier pour nous parler de Michel.


Un prêtre hors du commun…

  « L’arrivée de Michel à La Tremblade ne passe pas longtemps inaperçue, dit-il Le prêtre ne porte pas la soutane, va au devant des gens, s’invite même parfois chez eux. Devenu aumônier des marins, il partage leur vie, les accompagne dans leurs sorties en mer, ne répugnant pas à boire de bons coups au bistrot avec eux. » Trapu comme un talonneur, la pipe au bec, arborant une barbe noire mal taillée, il a des airs du capitaine Haddock d’autant plus qu’il jure souvent comme un charretier. Le père Michel

                                                                                       Le Père Michel

 

Par curiosité mais le plus souvent par sympathie les portes des maisons s’ouvrent. «  Michel, ajoute-t-il, sans doute aguerri par des années de missions en Afrique ne souffre d’aucun complexe, est à l’aise dans tous les milieux. Il fréquente aussi bien les communistes que des catholiques ou des protestants, des gens modestes que des gens plus aisés. »  Comme un caméléon, il s’adapte avec une facilité déconcertante à ses interlocuteurs. Quand il engage la discussion, il affirme ses convictions mais respecte scrupuleusement celle des autres.


 aux multiples activités.

   Discuter c’est bien, agir c’est mieux. Michel ne se satisfait pas d’un ministère académique et quelque peu routinier. Véritable Protée, il va exercer dans la presqu’île toutes sortes de métiers. Afin de promouvoir le tourisme et de créer des emplois saisonniers, il a l’idée avec d’autres marins de mettre en place une structure financée en partie par le Conseil Général, Les croisières inter-îles qui perdurent au bout de la grève. Il est  également employé comme chauffeur de bus occasionnel par l’autocariste Bariteau dont le garage et le siège social se trouvent à Arvert. Publicité des années 7O pour Les petits bleus cars, condu

                                       Publicité des années 7O pour les petits bleus, cars conduits par Michel

 

  Emmener en 2 CV une paroissienne à l’embonpoint conséquent jusqu’à Rome ne le rebute pas. Homme de dialogue comme on l’a vu, il s’entend très bien avec son ami François Roux de confession protestante avec qui il est à l’initiative de rencontres œcuméniques à la Granderie à Etaules. En 1964 avec son complice Bernard Colineau curé-doyen, son ami le docteur Pierre Benoit et une petite équipe de bénévoles, Michel décide la création d’un journal  chrétien  d’informations locales, La presqu’île d’Arvert, mensuel qui vit grâce à une quarantaine d’annonceurs.Le journal paroissial créé en 1964 par le trio d'amis Ber

         Le journal paroissial créé par un trio d'amis: Bernard Colineau, Michel Jarrot et Pierre Benoit

 

Il rédige la rubrique  Les potins de la Mouette (titre imaginé par Pierre) qui comme son nom l’indique, relate avec ironie et humour les mésaventures vécues par des résidents de la presqu’île. A noter que ce journal paroissial existe toujours et qu’il continue comme à l’origine  à être imprimé à Limoges.


  Un prêtre qui se soucie des jeunes.

   Mais les actions les plus emblématiques à mettre à son crédit sont en direction des jeunes : d’abord  de ceux de l’école de rugby de l’UST, club dont il est un fervent supporter, de ceux de la  presqu’île pour qui il organise avec Bernard Colineau des voyages en bus dans Les Pyrénées pour qu’ils découvrent les sports d’ hiver et à l’étranger pour les ouvrir à d’autres cultures ( Allemagne, Italie, Suisse, Belgique, Pays Bas…) à un prix défiant toute concurrence puis de ceux, venant de tout l’hexagone, qu’il recrute aux messes dominicales de Ronce et de La Tremblade. Ainsi, dès août 1963, Bruno Chopard assiste à une réunion pour la création d’un groupe qui s’appelle le point h comme hospitalité. Il adhère tout de suite au projet. Il se souvient qu’à dix huit ans, possesseur du permis de conduire, il signe une convention. Il gagne cent francs par mois pour transporter dans un combi Volkswagen bleu les jeunes chrétiens en vacances jusqu’au local du foyer des jeunes qui se trouve derrière le presbytère. Assistent également à cette réunion Martine Givelet, Yves Papin et Françoise Bégon. Cette dernière épouse Bruno quelques années plus tard.


    L’aventure commence aux vacances de l’année 64. Au fil des rencontres, un groupe de jeunes gens autochtones et d’autres venant de toute les régions françaises,  décidés à agir ensemble, émerge. S’ajoutent à ceux précités, Marie-Louise (Manou) et son frère Didier Large, Anne et Isabelle de Saint Martin, Jacqueline Goy (Minouche) Sylvette Papin, Christine Givelet, Jacky Lavaud, un séminariste Emmanuel Brejon, et Michel Grelon, auteur du livre « Saintonge, pays des huîtres vertes » à qui l’on doit avec le père Gervais Houet le futur Musée maritime de La Tremblade. Leur est confié l’organisation des kermesses à La Tremblade et à Ronce, dans la cour du Vieux logis, allée des Seringas. Mais pour gagner un peu plus d’argent et pour fédérer le groupe, rien de tel que la création d’une troupe de théâtre  qui monte des spectacles deux années durant. Représentation théâtrale à L'école Saint-Joseph

         Représentation théâtrale à l'Ecole Saint-Joseph. A gauche Didier Large, au centre sa soeur Marie-Louise  et        Jacqueline Goy, à droite Emmanuel Brejon.

 

         Ils sont mis en scène par Bernard Girault et se déroulent dans la salle de spectacle de l’Ecole Saint-Joseph. Les Trembladais s’associent à ces représentations en prêtant les costumes. Parmi elles, La Farce du cuvier et l’évocation de Roland à Roncevaux. Pour accroître le réalisme d’une des scènes de cette pièce, Bruno convainc son boucher de lui donner un os encore sanguinolent qui terrifie les spectateurs les plus sensibles. Une foule nombreuse assiste aux représentations théâtra

                 Représentation théâtrale à l'Ecole Saint- Joseph  devant un nombreux public.

 

L’annonce de toutes ces animations est l’œuvre de M. Birolleau. Bénévolement au volant de sa 2 CV, le préposé aux animations de la presqu’île d’Arvert n’hésite pas à faire connaître les activités de la paroisse.


  La bande de la tente hâtive.

   D’année en année, jusqu’au départ de Michel Jarrot, autour du noyau dur originel,  gravite une bande d’une cinquantaine de jeunes de 15 à 25 ans ; dans ses rangs, ceux qui croient au ciel les plus nombreux et ceux qui n’y croient pas. A partir de 1967, on l’appelle La tente hâtive car elle prend ses quartiers d’été dans des tentes montées sur les deux courts désaffectés des tennis à côté du golf miniature. La tente hâtive où se regroupaient les jeunes de 1967 à

                La tente hâtive où se retrouvent les jeunes de 1967 à 1969 allées des Tennis

 

Très vite sont installés un peu de mobilier, une table de ping-pong et un baby foot.  Les joueurs de guitare y rivalisent de talent. A 14 h 30 rendez-vous est fixé pour rejoindre le plus souvent à pied ou en stop les plages du Galon d’Or ou de l’Embellie qui n’est pas encore ensablée.Rassemblement devant la tente hâtive à Ronce avant de rej

                     Rassemblement devant la tente hâtive  avant de rejoindre les plages

 

Michel au milieu des jeunes plage de l'Embellie

      Michel, plage de l'Embellie au milieu des jeunes. A gauche  Philippe Claise, à droite Manou


 Les jeunes sont encadrés par des prêtres amis de Michel venus passer leurs vacances. Paul, Marcel, Jean  et le père Savoie ont élu domicile au presbytère d’Arvert, sorte de caravansérail et d’asile pour une jeunesse en manque de repères. Chaque membre apporte sa pierre à l’édifice. Les uns organisent des tournois de ping-pong, de volley ou de pétanque, d’autres des jeux de pistes dans la forêt, d’autres enfin des rallyes vélo au milieu des claires.Rallye à vélo dans les claires août 1967

           Rallye vélo dans les claires. A gauche Noëlle Prétot, au premier plan Martine Givelet

 

  Le point d’orgue de ces activités est La Route des jeunes à Talmont. Les joueurs de guitare

                                             Les joueurs de guitare lors de la marche vers Talmont

 

Conçue et proposée  par quelques prêtres  de  la Côte de Beauté, c’est une sorte de pèlerinage qui voit,  chaque année au mois d’août, 200 lycéens, étudiants et apprentis effectuer un parcours de quinze kilomètres de l’église du Parc de Royan, Notre Dame de l’Assomption, jusqu’à celle de Talmont, Sainte-Radegonde qui domine la mer. Notre dame de l'Assomption Notre dame du Parc

       Notre Dame du Parc, Notre Dame de l'Assomption, départ de la Route des jeunes.

 

En fin de journée, a lieu dans ce chef-d’œuvre de l’art roman, la messe solennelle suivie d’un pique-nique sur le parking avec feu de camp.Eglise Sainte Radegonde de Talmont

                             L'Eglise Sainte Radegonde à Talmont


   Grâce à la tente hâtive appelée également tente Marie- Louise se sont lié des amitiés fidèles. C’est si vrai, que quarante ans plus tard, la moitié du groupe a gardé des contacts et tente de le faire renaître.

            


 Le retour aux sources africaines.

   Après dix ans de bons et loyaux services dans la presqu’île, Michel a la nostalgie de ses premiers engagements.  Retourner comme missionnaire en Afrique lui paraît  la bonne décision. En 1972, il est affecté à Douala, ville portuaire la plus importante  du Cameroun. Il s’implique comme à son habitude à la fois comme religieux et comme laïc dans la vie de ses nouveaux paroissiens. Il mène de front plusieurs activités très diverses. Vicaire de la Cathédrale Saint-Paul,  aumônier de la mer à Douala et sur les plates-formes pétrolières, il s’occupe également de l’accueil des prostituées,  de la catéchèse des enfants de l’école française. Professeur autodidacte au Grand séminaire, il fait des conférences de grande qualité sur la bible ce qui lui vaut d’être invité par la communauté juive. Il remplace le PDG (parti avec la caisse) d’une usine qui répare les radiateurs de voiture pour maintenir l’activité et les emplois, sauve de la faillite l’imprimerie de l’évêché en prenant en charge sa gestion, fait partie du groupe des entrepreneurs chrétiens (seul prêtre patron, il est invité, fin des années 80,  à leur  congrès en France),  crée une espèce d’orphelinat pour les enfants des rues, leur offre un toit et recrute une femme africaine pour les nourrir. Michel en compagnie des enfants de son orphelinat à Douala

 

                      Michel, à gauche, en compagnie des enfants de son orphelinat à Douala

 

Il est tellement adulé par ses paroissiens  pourtant peu fortunés, qu’ils se cotisent pour lui payer une cure en Israël (Mer morte) pour soigner son psoriasis.

 

  Les ennuis s’accumulent.

  Son état de santé s’est visiblement amélioré. Mais la malchance ne le lâche pas. Un soir, sur le quai du port mal éclairé, il roule avec sa vieille 4L dont les phares sont déficients ; soudain elle plonge dans l’eau noire. Heureusement le haillon arrière s’est ouvert ce qui permet aux marins présents de le récupérer juste avant qu’un bateau n’accoste. Cet accident a pour conséquence de réveiller son psoriasis. Ces multiples activités gênent certains, attisent les jalousies, font naître les calomnies. Victime d’une odieuse campagne de presse qui l’affecte profondément, Michel quitte, la mort dans l’âme, en 1992 après vingt ans de labeur , le Cameroun pour rallier Brazzaville la capitale du Congo voisin en pleine guerre civile. Dans ce pays, il remonte des structures semblables au service des plus démunis. De plus en plus éprouvé par la maladie, il est victime d’un infarctus fin mars 1996. Il est conduit à l’hôpital qui manque de places ; on ne lui trouve un lit qu’au 3ième étage.


  Le dernier hommage.

   Rapatrié sanitaire à Bichat, il décède quelques jours après son admission.  Comme s’il voulait nous faire un ultime pied de nez, il nous quitte un  premier avril. Il est enterré dans le cimetière privé de la maison mère des Spiritains dans la région parisienne à Chevilly Larue en présence d’une poignée d’amis dont le docteur Benoit et sa femme Nicole, M.et Mme   Michel Poulet, M.et Mme Jacques Bagot, M. Jean-Jacques Bedouret, Philippe Claise, Martine Alexandre, Noëlle Prétot pour ne citer qu’eux et bien-sûr tous les membres de sa famille. Pendant ses obsèques, le Jeudi Saint quatre avril, l’officiant, dans son homélie confie : « Si Michel était mort à Douala, c’est par milliers que des gens de toutes races, de toutes religions et de tout âge seraient venus lui témoigner leur sympathie et leur reconnaissance. Aussi c’est en toute confiance qu’il a fait la rencontre du Seigneur, lui présentant ses talents pleins les mains, et qu’il est entré dans la joie de son Maître. »Le père M.Jarrot célébrant la messe dans l'église de La

                           Le Père Michel célébrant la messe dans l'église de La Tremblade


Le filleul de Michel.

  Pendant qu’il exerce son ministère à Douala, le père Michel décide de parrainer un jeune garçon  qui vient de naître. Il lui donne son propre prénom et celui de son père (Olivier),  l’élève dans son orphelinat. Ensuite l’adolescent fait ses études secondaires chez les Jésuites africains.  Après avoir passé son bac, ce garçon intelligent et travailleur poursuit ses études supérieures en France. Les frais de scolarité sont pris en charge par les Papin, Bagot, Alexandre et bien-sûr Benoit, familles fidèles parmi les fidèles honorant leur promesse faite à Michel. Après sa disparition, elles ont ainsi perpétué l’œuvre dont il était fier  pour la mener à terme. Le jeune homme ingénieur en télécommunications,  termine à l’ESSEC un master de finances.


 Un homme pas un dieu…

  Sous ses grands airs gouailleurs se cache une personnalité d’une grande sensibilité habitée par le doute. Son côté provocateur est une façade, une façon de dissimuler avec pudeur toutes ses actions de solidarité, son cœur énorme. Un exemple qui a marqué le docteur Benoit. En tant que médecin des pompiers, il doit un jour aller chercher un ouvrier écrasé par un véhicule de chantier lors de la construction du pont de la Seudre. Il a besoin d’un coup de main. La vision du corps de cet homme dans un piteux état  bouleverse Michel  qui se porte volontaire alors que personne ne se bouscule, vu le risque encouru. En effet une grue n’offre que quelques instants pour soulever le véhicule et aller récupérer ce malheureux. Une fois la victime dégagée, Michel disparaît discrètement pour exprimer son émotion.


    Force est de constater que le père Michel,  lors de son passage dans la presqu’île d’Arvert ou dans les pays africains, a laissé un souvenir indélébile pour tous ceux qui l’ont approché et qui  se sont liés d’amitié avec lui. Près de quinze ans après sa disparition, Bruno et Françoise Chopard en parlent comme s’il était encore vivant. Bruno Chopard et son épouse Françoise

        Bruno Chopard et son épouse Françoise qui ont participé à de nombreux projets du Père Michel.

 

 Pierre Benoit et  son épouse ont conservé comme une relique une de ses soutanes  blanches dans une des pièces qui lui servait de chambre d’hôte quand il rentrait d’Afrique pour se reposer. Cette chambre est toujours à sa disposition comme s’il allait revenir sans prévenir. Pierre Benoit et son épouse Nicole

         Le docteur Benoit aux côtés de son épouse Nicole était un grand ami du Père Michel

 

Mieux encore, un Congolais Edrich Nathanaël  Tsotsa auteur de la thèse intitulée  L’action publique de lutte contre le VIH/Sida soutenue en septembre 2009 à l’IEP de Bordeaux  a tenu à dédicacer le fruit de son travail à Michel.


 mais un homme de Dieu.

   Michel a passé sa jeunesse en Champagne. Ordonné prêtre à vingt six ans, on peut dire qu’il a fait pétiller la vie de gens très divers ou leur a rendu leur dignité  en  leur annonçant  l’évangile d’une façon, certes  quelquefois pas toujours conventionnelle, mais terriblement efficace. S’il nous voit de là-haut, les yeux pleins de  malice et un sourire amusé doivent illuminer son visage. En effet  le vicaire général de Saintes Jean-Pierre Samoride a célébré le cinq septembre dernier la messe d’installation, dans l’église du Sacré Cœur, du père Camille Coly,  nouveau curé de La Tremblade. Camille a été ordonné prêtre le 27 décembre 1991  dans son village natal Affiniam  dans la région de Casamance  au Sénégal. Le nouveau curé de La Tremblade, Camille Coly originaire d

                           Camille Coly ,le nouveau curé de La Tremblade est originaire du Sénégal

 

   Or il se trouve (coïncidence heureuse) que  le père Michel a débuté son ministère  à la fin des années 50 à Mont-Rolland également au Sénégal.  La boucle est bouclée dans un beau jeu de dominos : de même que le père blanc évangélisait les noirs, il est tout naturel que le père noir évangélise les blancs.


   Michel, qui a créé le point h en minuscule était un Homme en majuscule. C’est à juste titre,  qu’il  a été décoré de l’ordre du mérite. Deux mots, Charisme et Bonté  résument et  ponctuent sa vie, celle d’un homme de Dieu qui, mettant en pratique inlassablement sa parole,  avait à l’évidence le goût des autres,  notamment des laissés-pour-compte.  

 

                                                                              Daniel Chaduteau.  7 janvier 2011.

 



 

* Le docteur Pierre Benoit nous a brusquement quittés mi-novembre. Il a rejoint son vieil ami Michel dans la maison du Père. Cet article lui est dédié.

 

 

Annexe 1: articles du Père Michel et du docteur Pierre Benoit parus dans le journal Paroissial La Presqu'île d'Arvert.

 

Annexe 2 : poème écrit par un groupe de jeunes lors du rallye vélo dans les claires.

 

Annexe 1 :

Article  du père Michel paru en octobre 1967 dans la rubrique les potins de la mouette 

 article michel presqu'ile d'arvert

De gauche à droite, P.Benoit,M Jarrot et le père Richard            De gauche à droite Pierre Benoit,Michel Jarrot et le Père Richard Aebi au bout de la grève en juin 1986

 

Avant dernier article du docteur Pierre Benoit paru en octobre 2010

 

avant dernier article de pierre BenoitAnnexe 2

 

Sonnet à la louange des huîtres écrit par un groupe de jeunes lors du rallye vélo d'août 1967

sonnet à la louange des huitres




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12 novembre 2010 5 12 /11 /novembre /2010 18:56

 

                                 De l’école primaire à l’école buissonnière.

 

    Des décennies durant, deux à trois fois par semaine dès 10 heures le matin, Ronce sortait de  sa douce torpeur estivale, réveillée par une musique crachée par les haut-parleurs assourdissants de cirques en plein air ou avec chapiteau. L’annonce lancinante et lassante : « Représentation exceptionnelle, ce soir, à 21 heures, Place des écoles, à Ronce- les-Bains  » qui  résonne encore dans nos têtes, ponctuait les jours de vacances et récréait l’atmosphère de certains des films de Fellini. Ces spectacles sans prétention où les clowns et les animaux savants ou exotiques se taillaient, si l’on peut dire, la part du lion ont eu le mérite de séduire des milliers d’enfants accompagnés de leur famille.

 

La place de l'école et sa façade en 1972

                                          La façade de l'école primaire et la place des écoles en 1972


Plus tard dans les années 90, la place des écoles fut rebaptisée place du marché. Enfin, quand la municipalité décida d’agrandir le bâtiment qui abritait l’ancienne école primaire pour y implanter un casino, ces troupes d’un autre âge n’ont plus eu droit de cité.


Le casino en novembre 2007

                                              Le casino en septembre 2007


   Beaucoup de Ronçois étaient partagés sur le bien-fondé et l’opportunité de cette réfection. Pourquoi donc la réhabilitation de cet ensemble scolaire et son inauguration au début de l’été 2007 ont-elles fait, un temps, polémique ? La raison paraît simple. Les anciens élèves et leurs maîtres voyaient s’évanouir une tranche essentielle de leur existence. Parmi ces instituteurs, deux ont particulièrement marqué de leur empreinte l’école dans laquelle ils ont officié, l’un Michel de 1963 à 1991, l’autre Evelyne, de 1963 à 1987.

   Le témoignage précis et précieux de Mme et M. Buraud va faire ressurgir l’histoire et  les histoires de cet établissement scolaire définitivement fermé en 1992.

 

    Des débuts  agités.

   Entre les deux guerres, Ronce parachève son développement. Certaines familles s’y installent à l’année. Mais comme la majorité d’entre elles n’a pas de voiture et que le ramassage scolaire n’existe pas, la municipalité de La Tremblade entreprend la construction d’une école primaire à Ronce, à la fin des années 30, pour leur faciliter la vie. Le bâtiment,   oeuvre de l'architecte Georges Vaucheret, comporte deux classes et un logement de fonction. Il faut avoir cinq ans pour pouvoir être inscrit. Dans les premiers écoliers, on retrouve Jean-Claude Lecomte, Joseph Déola qui vient de nous quitter, Pierre Forgit, qui séjournent toujours à Ronce ou à La Tremblade et bien d’autres naturellement.  Dès l’année 1940, avec l’afflux des enfants réfugiés venant de Moselle, la structure manque de capacité d’accueil. C’est ainsi que le Grand Hôtel met  à disposition ses locaux pour l’ouverture de deux classes provisoires. A l’issue du conflit, l’école fonctionne de nouveau normalement. Voici la liste des prédécesseurs d’Evelyne et de Michel Buraud : 1938 Pierrette Giasanti, 1939 Jeanne Arrivé, 1940 Simone Goulé, Mlle Besson, 1946 M. et Mme Fradin, 1948 M. et Mme Charlon, 1950 Arlette Bordier, 1952 M. et Mme Maye, et enfin 1956 M. et Mme Chaspot.


Lieu d'implantation du futur marché de Ronce

                                    Lieu d'implantation du futur marché de Ronce

 

   C’était écrit.

 M. et Mme Buraud sont tous deux natifs de Charente Inférieure, comme on le disait à l’époque. Michel suit les cours de l’Ecole Normale de La Rochelle de 1952 à 1956. Sa première affectation en octobre 1956 l’amène à rejoindre l’école de garçons d’Arvert. Par un heureux hasard, Evelyne en tant que remplaçante, occupe, la même année, le poste à l’école de filles.  Michel, nanti d’une plus grande expérience pédagogique que sa jeune collègue,  lui prodigue ses conseils. Leurs rapports au début purement professionnels vont devenir au fil du temps plus intimes. Malheureusement Michel quitte, les bleus à l’âme, l’élue de son cœur et rallie Dreux où il doit satisfaire pendant seize mois à ses obligations militaires avant d’être envoyé quatorze mois de plus à Cherchell en Algérie. Evelyne, devenue sa marraine de guerre, attend avec angoisse et impatience son retour. Michel rentre en métropole en décembre 1959. Le 2 janvier 1960, ils se marient en toute hâte pour pouvoir obtenir un poste double à Chenac sur Gironde où ils enseigneront quatre ans. C’est durant cette période qu’Evelyne met au monde ses trois enfants : Frédéric en 1960, Christine en 1962, et Pascal en 1963, date à laquelle le couple et sa petite famille débarquent avec règles, stylos, porte-plume et bagages dans le logement de fonction, coincé entre leurs deux classes respectives. Evelyne occupe celle de gauche, celle des 5 ans, CP, CE1, Michel celle de droite CE2, CM1, CM2  et Certificat d’études jusqu’en 1970. Derrière, la cour de récréation par où l’on accède aux classes, le préau et la cantine qui accueille une vingtaine d’enfants.


Les deux classes encadrant le logement de fonction

 

                                                  Les deux classes encadrant le logement de fonction

 

  La classe du bon vieux temps.

 L’emploi du temps des années 60-70  est immuable. Goudronnage de la place de l'école

                                                  Goudronnage à l'ancienne de la place de l'école

 

La classe débute à 9 heures mais il faut admettre beaucoup plus tôt les enfants dont les parents travaillent. Au début de la journée, cinq minutes sont consacrées au maintien qui se décline en quatre flèches : relever la tête, bomber le torse, baisser les épaules et rentrer le ventre. Puis  le maître commente la phrase de morale. Enfin, il apprend aux plus grands les règles essentielles du code de la route et  fait découvrir le fonctionnement d’une commune. Après une heure de calcul et un quart d’heure de récréation, il est temps de travailler sa langue maternelle. L’instituteur vérifie l’orthographe et la conjugaison, enrichit le vocabulaire, donne le goût de lire et d’écrire. De 12 h  à 13 h 30, Michel et Evelyne se relaient pour aller déjeuner car obligation leur est faite de surveiller la cantine, le domaine de Mme Saliou. 13 h 30, heure d’éducation physique suivie de la récréation. A 15 h, c’est le tour des disciplines d’éveil : histoire, géographie, dessin, leçons de choses… Pour  les  parents qui le désirent, une étude est ouverte jusqu’à 18h.

 

  Leurs élèves, leur bataille.

 En 1969, Michel, lors d’un stage de recyclage comprend, en échangeant avec ses collègues, que, s’il veut obtenir du matériel, il lui faut créer une association sportive. Ainsi, très vite, les écoliers ont à leur disposition, ballons, cerceaux, plots, balles lestées, cordes à sauter, à grimper,  sautoir,  poteaux de basket et même une célèbre marelle peinte quand la cour sera goudronnée. aménagement de la cour 1966

                                                               Aménagement de la cour en 1966

 

Tant et si bien que l’établissement particulièrement bien doté n’a rien à envier aux écoles de plus grande dimension. Cette vision idyllique ne doit en aucun cas faire oublier que l’école, en raison de la faiblesse de son effectif, a été à plusieurs reprises menacée de fermeture. Peut-être les règles étaient-elles moins draconiennes qu’aujourd’hui ? Heureusement Michel et Evelyne vont bénéficier d’une conjoncture favorable pour maintenir un effectif à peu près constant. Les familles originaires de Ronce, souvent des commerçants ou des chefs d’entreprise comme les Jaulard, les Lavaud, les Chaillé, les Quentin, les Chopin, les Déola, la liste n’est pas exhaustive, sont pour des raisons pratiques et sentimentales très attachées à leur école ; à elles s’ajoutent celles d’enfants d’origine étrangère. Severo Miglierina ayant construit pour son personnel des maisons ouvrières, bon nombre d’enfants de Portugais et quelques enfants du Maghreb fréquentent l’école. Au début des années 70, ce sont les enfants des ingénieurs et des ouvriers qui érigent le pont sur la Seudre qui gonflent l’effectif. A la même période,  les enfants des parents œuvrant pour l’Office national des forêts prennent le relais car L’Ecole du Pavillon de la Coubre ferme.


Ancienne école du Pavilon à la Bouverie

                                                  Ancienne école du Pavillon à La Bouverie

 

Alors un bus achemine les élèves jusqu’à Ronce. L’école inscrit également des enfants dont les vacances sont décalées parce que leurs parents occupent un poste en Afrique ou en Polynésie par exemple. Mais, on va le voir, le tandem Buraud s’est battu pour sauver son outil de travail pour le bien des enfants. D’autres raisons vont inciter des familles de La Tremblade à faire scolariser leurs enfants à Ronce. Le bouche à oreille leur apprend que les classes ne sont pas surchargées, que la mixité sociale ne pose pas de problèmes, et surtout qu’une équipe stable et compétente propose aux enfants des activités scolaires et  périscolaires très variées.

 

 On ne s’ennuie pas à l’école primaire de Ronce.

 Quelques exemples : de 70 à 72, les jeunes enfants sur leur carnet d’éveil dessinent avec minutie les étapes et les engins de la construction du pont sur la Seudre.


Sortie pédagogique avec une classe en 1971.Derrière, au M

                        Sortie pédagogique en 1971.  Au fond, au Mus de Loup, construction du Pont de la Seudre.

 


Sortie scolaire. Dessin du pont de la Seudre en constructio

                                                    Dessin d'une écolière représentant la construction du pont


  En créant une coopérative dirigée par les élèves,  leurs maîtres les initient à la vie associative, au commerce, à la gestion. Tous les trimestres les membres de la coopérative se réunissent, des élections ont lieu. Le Petit Ronçois, fascicule rédigé par leurs soins, est tiré à une centaine d’exemplaires. Ils sont chargés de le vendre pour financer d’autres projets.Numéro 4 du Petit Ronçois mars avril 1974

 Grâce à la mise en place d’échanges scolaires, les écoliers ronçois ont chaque année la chance de sillonner la France pendant trois jours en se rendant à  Verlhaguet dans le Tarn et Garonne, à Oradour Fanais en Charente, à Saint-Poncy dans le Cantal, à La Mesnière en Normandie, à Carresse dans le Béarn, à Saint-Victor dans la Creuse et à Jû Belloc dans le Gers. Les maîtres se sont attaché les services de deux chauffeurs de bus de la Régie départementale Aunis et Saintonge, Messieurs Goichon et Verdru qui logent dans les familles.Un des nombreux voyages scolaires organisés par les maîtr

             Les enfants s'apprêtent  à monter dans les bus pour partir en excursion


  Des excursions d’une journée à Paris sont aussi organisées. Malgré le départ  matinal à 6h 30 et le retour tardif à minuit en gare de Saujon, les enfants sont enchantés d’avoir pu visiter quelques merveilles de la Capitale d’autant plus que M. et  Mme Michaud, les photographes, viennent d’immortaliser par leurs clichés ces moments de bonheur intense.

  A Noël, une chorale dans la salle du foyer ronçois, permet aux enfants devant un public déjà conquis de faire apprécier leur talent et, en fin d’année, elle égaie la vie des retraités des Mimosas.

 

 L’apport des intervenants extérieurs.

 Dans les années 60, grâce à M. Vezin, les enfants  pratiquent le tennis de table  sous le préau dans le sable les jeudis après-midi. Ce boulanger de La Tremblade leur fait rencontrer Jacques Secrétin, 17 fois champion de France et élu meilleur pongiste français du siècle, lors d’un tournoi à la Chaumière. L’école décroche alors le titre de championne départementale USEP.Copie de 1964-65 Cour et pr+®au    La cour de récréation pas encore goudronnée. Sous le préau, les tables de ping-pong


 M. Rousseau, président  du Syndicat d’initiative et du Foyer ronçois, projette aux enfants les nombreuses diapositives qu’il a rapportées des ses voyages en Inde et en Indonésie.

 M. Verpillot qui, en s’engageant, a triché sur son âge et serait, à 14 ans, le plus jeune combattant de la première guerre mondiale, raconte d’un ton moralisateur son expérience de soldat.

 M. Claude Caillé, créateur en 1970 du splendide zoo de la Palmyre, fait des conférences et assure la projection  de films qui expliquent comment on capture les animaux sauvages.

 Dans les années 80, les écoliers peuvent s’inscrire aux stages de  voile, participer aux courses d’orientation organisées dans la forêt de la Coubre.

 Ce foisonnement d’activités et de rencontres montre à l’évidence le dynamisme, l’énergie  et la créativité de Michel et d’Evelyne.

 

 Chers élèves.

  L’intérêt porté à leurs élèves ne s’est jamais dissipé. C’est si vrai qu’ils entretiennent  toujours des relations avec certains d’entre eux. Leurs yeux brillent quand ils évoquent la performance d’Isabelle Lecroart récitant un poème* de plus de cent vers, daté de 1942, écrit  par Goulebenèze et dédié aux prisonniers de guerre de Saintonge.empierrement de la cour

                                          La cour une fois  goudronnée


 La rapidité avec laquelle cette jeune portugaise, fille d’ingénieur de l’entreprise Campenon- Bernard, a appris la langue de Molière, alors qu’elle ne connaissait pas un traître mot de français, continue de les stupéfier ; la répartie de cet écolier qui, sur sa fiche de début d’année, avait mentionné que son père était maçon alors qu’il était ostréiculteur : « Je sais bien que mon père n’est pas maçon mais je ne savais pas écrire le mot ostréiculteur. »  continue de les amuser ; la réaction de cet autre élève qui, visiblement ravi d’avoir réussi à grimper à la corde,  l’avait subitement lâchée une fois arrivé en haut,  ne cesse pas de les surprendre.

 

 Un élu  au service de sa commune.

  Michel aurait pu se contenter d’exercer sa profession. C’est bien mal le connaître. Aussi, pendant 30 ans de 65 à 95,  a-t-il été l’un des conseillers municipaux de sept maires différents avec la tâche d’adjoint durant quatorze ans. A l’instar de Mao Tsé Tong, il est l’auteur dans les années 70 d’un petit livre rouge qui n’a rien de politique. ANNEXE 5

                                                                                        Le petit livre rouge

 

Dans ce guide touristique de Ronce, on trouve, en plus des publicités, toutes sortes de renseignements pratiques ; mais ce qui fait son originalité, ce sont deux répertoires alphabétiques, celui du nom des villas et celui de leur propriétaire avec leurs adresses respectives.

 

 Une retraite  sereine.

   Maintenant Michel et son épouse passent une retraite paisible dans leur maison qui surplombe le rond-point de l’ancienne entrée de Ronce. Dire que la transformation de l’école en casino les a fait sauter de joie serait exagéré. Mais comme la façade de l’école primaire n’a  pratiquement  pas subi de modifications, ils se sont fait une raison. Pour preuve, la célébration de leurs noces d’or s’est tenue dans la salle même où Evelyne enseignait, salle du restaurant du casino appelé l’Ecole buissonnière dont les menus, autre clin d’œil, figurent sur des représentations d’anciennes ardoises. M. et Mme Brabant, les directeurs du casino, pour donner du lustre à cet anniversaire exceptionnel,  n’ont pas hésité à faire réaliser une maquette de l’école (visible dans l’établissement) précédée du couple de mariés qui s’est tant investi et  a tant offert de bons souvenirs aux enfants qui leur étaient confiés. Michel et Evelyne Bureau devant la maquette fabriquée en l      Michel et Evelyne devant la maquette fabriquée en l'honneur de leurs noces d'or


Plus de vingt heures de travail ont été nécessaires à  M. Guillaume Gomez, le chef cuisinier, pour créer cette maquette en pastillage(fécule de pomme de terre, sucre glace, gélatine, eau) teintée également de colorants alimentaires.P1040925

                                                                          Le verso de la maquette

 

 Pour justifier la métamorphose de l’école primaire, il est bon de rappeler que le mot école, avant de signifier un lieu d’étude, tire son origine du mot grec ancien skholê dont le sens premier est loisir et même parfois paresse. Il semble donc naturel que les bandits manchots aient remplacé les voleurs des cours de récréation.

 

                                                                        Daniel Chaduteau.  12  Novembre 2010

 

 

 

  

 * « Bonjour Saintonge » - Poème de GOULEBENÉZE

                    Le plus grand des bardes Saintongeais

 

                                          

 

Au vent des souvenirs, ce soir j'ai fait un rêve

Et j'ai vu refleurir sortant d'un vieux coffret

En une heure charmante autant qu'elle fut brève

Le rappel d'un passé que mon pays m'offrait.

 

Et j'ai vu défiler ainsi que dans un songe,

Les yeux à demi clos pour voir avec le cœur

Ce pays merveilleux qu'on nomme la Saintonge

Gâté par la nature et combien séducteur.

 

C'est le pays joyeux où la grive d'automne

Se grise de fruits d'or parmi les pampres roux,

Où le gai vendangeur sous la hotte chantonne

A l'appel des " coupeurs " qui boivent le vin doux.

 

C'est la Seugne dolente au long cours qui serpente

Et coule lentement au pied d'un vieux donjon

Et c'est aussi, là-bas, le doux fleuve Charente

Cette écharpe d'argent du beau pays santon !

Puis les murs écroulés d'où l'on voyait des stalles,

Les gladiateurs casqués dans le Cirque Romain

Où le vaincu tombé attendait des Vestales

La grâce ou bien la mort d'un signe de leur main !

 

C'est l’île d'Oléron, c'est l’île lumineuse

Où le mimosa d'or fleurit malgré l'hiver

Auprès des maisons blanches... C'est la grande charmeuse

Où Loti, éternel voyageur de la mer

Oubliant pour toujours " Madame chrysanthème "

Chantre de " Ramuntcho " et chantre du soleil

Dans l'enclos des aïeux est revenu quand même

Reposer sous un myrte en un dernier sommeil !

 

C'est Royan qu'une fée surnomma la coquette,

Un écrin entrouvert sur le vaste océan,

Une vague à Vallières... le vol d'une mouette,

Un coucher de soleil sur le vieux Cordouan !

 

Et c'est aussi la terre à la liqueur divine

Où croît la Sainte Vigne au pays du Cognac

Et les hauts sapins verts d'où saigne la résine

Des gars aux grands bérets des landes de Jonzac!

 

C'est un soir embaumé au bord de la Boutonne

Qui passe, langoureuse, entre ses peupliers

Et la Forêt d'Aulnay où quelque piqueur sonne

Du cor, pour rappeler ses chiens dans les halliers !

 

C'est le cadre enchanteur des rives de l'Antenne:

Matha et ses lavoirs auprès d'un vieux château

Où l'on mangeait, grillée à la mode ancienne,

L'anguille des graviers " buffée" par un chapeau!

 

C'est un conte de fée à l'abri des poternes

D'un manoir de légende, austère mais charmant,

Stalactites d'argent suspendues aux cavernes,

La Roche-Courbon de la Belle au Bois Dormant !

 

 

C'est Brouage la Morte qui vit une princesse

Pleurant sur ses remparts un amour infini,

Dont les mâchicoulis ont connu la détresse

D'un cœur qui fut celui de Marie Mancini !

 

 

C'est Fouras... l’île d'Aix… la fin des épopées...

La chute d'un empire et les aigles brisés,

Un conquérant trahi par le sort des épées

Editant sur la gloire et les lauriers passés !

 

C'est le pays sacré des mangeurs de " chaudrée ",

Des mangeurs de " cagouilles ", de " mogettes " aussi,

Des mangeurs de " gratons " et de la " tantouillée "

Que les gourmets fervents appellent " gigouri "

C'est le pays béni où l'on sert les saucisses

Avec l’huître de " claire " arrosée de vin blanc,

Marennes réputées qui faites nos délices,

Huîtres de La Tremblade ou bien de Bourcefranc !

 

Les femmes de chez nous en coiffes de dentelles

Immenses cathédrales tissées en de longs soirs

Plus fines que ne sont de fines " arentelles "

Pendant quelques instants vont revenir nous voir ;

Évoquant devant vous quelques joies éphémères,

Habillées, comme il sied, à la mode d'antan,

En les voyant " tourner " les danses des grands-mères

Vous sourirez à ce rappel du " bon vieux temps ".

 

Sourire... C'est déjà signe de bonne humeur

Qu'importe si la Muse en un méchant poème

Pour chanter la Saintonge a trahi son auteur

Ce soir mon cœur m'a dit de la chanter quand même !

 

Saintes Juin 1942.  Poème dédié aux Prisonniers de guerre de Saintonge.

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13 octobre 2010 3 13 /10 /octobre /2010 14:29

                               Jean – François,  naturaliste naturellement.         

 

   Un petit vent frisquet venant de la mer toute proche balaie la place Brochard  ce samedi matin  15 mai 2010. Les dégâts causés par la terrible tempête du 28 février dernier ne sont plus qu’un mauvais souvenir. La réfection de l’appontement qui clôt la place est achevée ; elle-même, restaurée, est à nouveau opérationnelle. Une quarantaine de brocanteurs  alignés à l’ombre des platanes font face aux diverses attractions foraines. Parmi les vendeurs occasionnels, un homme Monsieur Jean-François Géffré devise avec Madame Catherine Lainé. C’est  d’ailleurs à cette dernière  qu’est venue l’idée de célébrer le 150ème anniversaire de Ronce. L’un et l’autre ont en commun d’avoir été longtemps voisins, d’avoir passé toutes les  vacances de leur jeunesse à Ronce, bref de connaître comme leur poche, l’Histoire et surtout les histoires qui la concernent. Elle, est Ronçoise d’adoption et fière de l’être. Jean-François, lui, est un personnage atypique qui entretient avec cette station une relation quasi   fusionnelle.

 

 Les premières années.

     Jean-François Géffré est né à la fin de la seconde guerre mondiale à Saint-Simon Pellouaille près de Gémozac. Sa grand-mère Jeanne est originaire de La Tremblade et possède une villa sur le front de mer  non loin du Grand Chalet,  la villa Jeanne.La villa Jeanne où Jean-François a passé ses premières

                 La villa Jeanne où Jean -François a passé ses premières vacances chez sa grand-mère

 

  Ses parents, séduits par Ronce, font construire avenue de la Cèpe en face du camping La Réserve la villa Sophie qui porte le prénom de l’une de ses sœurs. Alors qu’il n’a qu’un mois et demi,  son père, partant du fait que le sel conserve, lui trempe les pieds et les fesses dans l’eau de mer pour lui assurer une longue vie. En 1951 le jeune garçon passe son année de CP non  à  l’école primaire de Ronce mais dans une salle des Maisons à Narcisse allée des Tennis sous la férule d’Arlette Bordier. Puis il continue sa scolarité à Saint –Simon.

 

  Années 50.  Douce Ronce cher pays de mon enfance.

  Les souvenirs se bousculent quand il évoque ses vacances à Ronce. Pêcher est son occupation favorite : d’abord les crabes qui se cachent dans les cavités vaseuses, les rouges uniquement, parce que ce sont les meilleurs, ensuite les petites dorades grises avec les épingles à chapeau de sa grand-mère transformées en hameçons et surtout avec deux de ses cousins les fameux couteaux.  La mise en scène est réglée comme du papier à musique : le premier marque l’emplacement du couteau, le second dans le tuyau de son pantalon verse le sel discrètement dans les trous de serrure caractéristiques, le dernier porte à ses lèvres le sifflet à roulette quand le couteau se décide à montrer le bout du nez. Ainsi, certains estivants qui découvrent les bords de mer, sont médusés  parce qu’ils croient que les couteaux obtempèrent au coup de sifflet.

  Il n’a pas oublié non plus un spectacle féérique qui a lieu au moment de la fête de la Saint-Jean. Les propriétaires, après avoir nettoyé les jardins, apportent sur la plage de Ronce tout ce qu’on appelle aujourd’hui les déchets verts. Les habitants de Saint-Trojan  font la même chose et à 22 heures 30, c’est le début de l’embrasement suivi par une foule subjuguée par la vision magique de ses flammes immenses qui se reflètent dans l’Océan.

 

 Quand il commence à évoquer «  l’innocent paradis plein de plaisirs furtifs  », il est intarissable.  Au début des années 50, les enfants des famille Dières, D’auzac et Géffré forment une véritable tribu qui participe à des jeux de piste dans les bosquets de lilas de La Louisiane ou à des chasses au trésor dans les  épaves de bateaux du Mus de Loup.Le cimetière à bateaux du Mus de Loup était pour Jean-Fr

 Le cimetière à bateaux du Mus de Loup était pour une multitude d'enfants une aire de jeux privilégiée

 

Cette  ribambelle, portant les bidons, se rend également quotidiennement à la ferme Chaillé chercher le lait frais tant vanté par Mendès France.

 

 Les tribulations du  père Larroque.

 Un personnage haut en couleur a plus particulièrement  retenu son attention : le chanoine Larroque.Le chanoine Larroque, curé doyen de LaTremblade de 1938 à

                                            Le Chanoine Larroque , curé doyen de La tremblade de 1938 à 1961

 

   Les anecdotes le concernant sont légion et ne manquent pas de saveur. En été, le Curé de La Tremblade assure  le dimanche matin trois parfois quatre messes à la chapelle de Ronce. Tout le monde ne pouvant trouver place, il faudra  procéder à des agrandissements du côté mer et du côté terre. Pour financer les travaux, le père Larroque s’emploie à ce que le maximum de gens puisse entrer. Quand la chapelle est bondée, il invite les fidèles les plus grands à tirer sur des chaînes ténues qui permettent  l’ouverture de toutes les fenêtres en demi-lune car la chaleur devient vite suffocante. Le sermon est, par manque de temps, d’une grande sobriété. Mais c’est au moment de la quête que le prêtre fait son numéro. D'abord il annonce aux fidèles qu'à Ronce la tradition veut qu'on se déplace pour apporter son offrande comme pour une procession d'obsèques. En file indienne, en chantant des cantiques, ils se doivent d''avancer jusque devant l'autel  pour embrasser, sur une plaque en argent, une représentation du Christ que  tend le prêtre et qu'il essuie avec une étoffe blanche après chaque passage. Puis il harangue ses ouailles en insistant sur leur indispensable générosité ; il réclame une quête exemplaire donc silencieuse. Devant la perplexité des vacanciers, il consent à expliciter sa pensée : « Les pièces font trop de bruit ; seuls les billets n’en font pas.» L'intérieur de la chapelle dans les années 50

                                   L'intérieur de la chapelle au début  des années 50

La chapelle agrandie côté terre. L' autel est resté le m

       La chapelle après les agrandissements des années 60. L'autel n' a pas changé depuis sa fondation

 

  Son frère jésuite vient l’aider dans sa tâche pendant la période estivale. Grand et sec comme un coup de trique, il ne ressemble en rien à son aîné, de moindre taille mais de plus forte corpulence. En les voyant officier ensemble, on ne peut s’empêcher de penser à Laurel et Hardy d’autant plus que si l’un est plutôt réservé, l’autre manque parfois de retenue. Pour preuve, la réflexion lancée aux fidèles pressés de quitter la chapelle : « Quand je me retourne pour le ite missa est, j’aimerais ne pas avoir à bénir que des croupes. »

   En 1954, le jour du Jeudi Saint, Jean-François attend sagement son tour pour aller à confesse. Soudain un grand bruit suivi d’un cri de douleur : le siège, sur lequel le père Larroque est assis, rend l’âme, lui-même est légèrement blessé et doit se faire soigner. Le jeune garçon est ravi. Finies les confessions ! Finies les pénitences ! L’année suivante, un Vendredi Saint cette fois-ci - le sort décidément s’acharne sur le serviteur du Seigneur pendant la Semaine Sainte - sa Simca 5 (il possèdera également une 4 CV) est victime d’une crevaison. Sur place, quatre hommes robustes soulèvent le véhicule pendant qu’un cinquième change la roue. Le souci, c’est que le père, qui n’est pas sorti de son automobile, bascule sur son fidèle compagnon, un loulou blanc de Poméranie qui se met à japper. Cette scène burlesque amuse encore ceux qui en ont été témoins. Le fait que quelques paroissiens s’indignent quand ils apprennent que le père  prend les commandes de tous ceux qui désirent acquérir les produits laitiers de qualité du département dont il est originaire, l’Aveyron, ne le déstabilise pas ; au contraire, il aime à l’instar de Cyrano de Bergerac, la provocation.

 

  Succédant au Chanoine Petit en 1938,  il est curé de la Tremblade jusqu’en 1961 date à laquelle, à l’âge de 81 ans, il demande à se retirer après 55 ans de sacerdoce. C’est l’abbé Colineau actuellement pensionnaire de la maison de retraite des prêtres de La Rochelle dans le quartier de la Genette qui lui succède à l’âge de 36 ans.

 Voici ce qu’écrit un journaliste au moment de sa disparition : «  Il avait la rude franchise et le parler direct des gens de la terre. Sa foi profonde n’admettait pas les demi-mesures aussi n’était-il pas toujours parfaitement compris. Cependant le trait dominant de son caractère était la bonté. »

 

La route à suivre.

  Mais revenons à Jean-François. A quinze ans, l’adolescent un peu casse-cou apprend à naviguer sur un courlis, un dériveur lesté avec une voile et un moteur fixe fabriqué par les chantiers Bernard de La Tremblade. Il n’hésite pas pour rallier Royan d’affronter La Mauvaise en passant par le pertuis de Maumusson.

 La même année, un événement à priori anodin,  va changer la vie de Jean-François. En 1958 la municipalité  lance le début des travaux du tracé de la nouvelle route touristique conçu par Jacques Melin que le général De Gaulle en personne doit inaugurer.  Mais ses conseillers craignant pour sa sécurité le dissuadent de se déplacer.  Rappelons que l’avenue de la Cèpe se termine à cette époque au niveau des  villas Les Roses et Les Elfes par une espèce de rond-point qui offre la possibilité de faire demi-tour. Le jeune homme  n’habite qu’à 300 mètres du début du chantier. C’est pendant les deux ans qui précèdent l’inauguration de la route touristique en 1960 que naît sa vocation de naturaliste.Début de la route touristique ouverte à la circulation en

                                  Le début de la route touristique ouverte à la circulationen 1960

 

Il se passionne en effet pour la botanique et pour l’entomologie. Il confectionne un herbier, répertorie et collectionne une myriade d’insectes qu’il découvre à même le sable du nouveau tracé. Jean- François admire encore la logistique du chantier qui avait été confié à l’entreprise de Jonzac Chat Locussol bien pourvue pour l’époque en engins, pelleteuses, bulldozers et qui réalise cet ambitieux projet avec célérité : «  L’équipe de forestiers coupaient les arbres, évacuaient les billes de bois au fur et à mesure de l’empierrement de la route de deux côtés, de Ronce et de la Coubre. Ce qui était favorable, c’est que la carrière de pierres ne se trouvait pas très loin. Elle se situait  à Saint-Palais  à côté du golf actuel. »

 

 Une vie consacrée à la défense de la nature

  Le jeune homme déjà très intéressé par la nature fréquente à Saint-Genis de Saintonge  l’établissement agricole Saint-Antoine tenu par les frères des Ecoles Chrétiennes. A 17 ans, il est aide familial à Saint-Simon, puis il fait son  service militaire  comme maître-chien  à Fontenay le Comte. La divine providence le fait revenir, le temps de manœuvres militaires,  sur les plages de  la forêt de la Coubre,  prétexte à balades mémorables avec son compagnon. Plus tard, il retrouve la propriété familiale et  suit les cours par correspondance de l’Université Catholique d’Angers.

  Pendant une vingtaine d’années il sera exploitant agricole avant de devenir  paysagiste. Après avoir obtenu une licence de Sciences naturelles, il travaille pour la région Poitou – Charente, effectuant des relevés botaniques pour préserver le milieu naturel. Il participe ainsi au sauvetage de la pointe de Suzac (où se trouve maintenant le parc de l’estuaire entre Saint-Georges et Meschers) mise en péril par un vaste projet immobilier. De retour à Ronce, de 1985 à 1990 il anime l’été dans des centres de vacances des stages nature pour faire découvrir aux vacanciers la faune et la flore du littoral.

 

L’idée originale de J.F. Géffré : « Il faut aller vers la nature, la nature ne viendra pas à vous. »

  Spécialiste de  la construction et la réparation des green, il obtient par concours le diplôme de technicien de l’Office National des Forêts. Nommé dans la région parisienne, il monte, avec une petite équipe,  au début des années 1990, une unité pédagogique unique en Europe, appelée Forestier junior, qui comporte pas moins de trente centres en France. Il est à juste titre très fier de cette initiative qui couronne en quelque sorte sa carrière. Ce programme d’éducation à la forêt s’adresse à des élèves fréquentant les écoles des quartiers défavorisés de Montfermeil et de Clichy-sous-Bois. L’objectif, c’est d’apprendre à ces enfants, en les mettant en situation de gestionnaire de leur, à aimer et à protéger leur patrimoine environnemental. J.F Géffré lors d'une sortie pédagogique dans le cadre d               Le botaniste lors d'une sortie pédagogique dans le cadre du dispositif  Forestier Junior

 

  Une conduite exemplaire.

 Seulement, lors d’une sortie scolaire, un enfant d’IME  échappe à la surveillance de ses accompagnateurs, franchit une clôture et saute dans un trou d’eau d’une grande profondeur. Jean-François, n’écoutant que son courage, n’hésite pas à plonger et réussit à ramener le garçon sur la berge. Ce dernier,  pris d’un coup de folie, saisit une sorte de gourdin et s’acharne sur son sauveur qui s’en tire avec une fracture du crâne, des côtes cassées, une jambe brisée et surtout une épaule gravement endommagée qui l’oblige, encore maintenant, à se rendre chaque semaine chez un kinésithérapeute.

 

 Un passionné de la vie.

  Aujourd’hui il continue lors de ses nombreuses promenades à s’intéresser à la botanique. Sa dernière  découverte : l’existence de plantes carnivores dans les marais de la presqu’île ; mais son nouveau violon d’Ingres, c’est la recherche effrénée des cartes postales anciennes de Ronce, confirmation patente de son attachement à cette station dont il a été l’un des animateurs les plus actifs du 150ième anniversaire.J.F Géffré un des principaux animateurs du 150ième anniv

              Jean - François: l'un des principaux animateursdu 150ème anniversaire de Ronce

 

 Résidant dans sa villa ronçoise perchée sur la dune, il n’a pas attendu le Grenelle de l’environnement pour être un véritable écologiste. Il a su garder l’enthousiasme, la franchise et la spontanéité de sa jeunesse. Il continue de protéger « la nature bienfaisante qui toujours travaille à rétablir ce que l’homme ne cesse de détruire » comme l’affirmait  Buffon avec prémonition. P1040167

                                                              Monsieur Géffré devant sa villa ronçoise

 

   On a tous dans la tête une image obsédante qui marque, on ne sait pourquoi un moment privilégié  de notre enfance. A la fin des années 40, l’image, gravée à tout jamais dans sa mémoire, est celle d’un pin, qui se détache sur la pointe du Galon d’Or et qu’il rêve de rejoindre. Ce pin, cher au poète Théophile Gautier,  représente en quelque sorte l’idéal de vie de  Jean – François : 

                    «   Sans regretter  son sang qui coule goutte à goutte

                         Le pin verse son baume et sa sève qui bout

                        Et se tient toujours droit sur le bord de la route,

                        Comme un soldat blessé qui veut mourir debout. »

        

                                                                                         Daniel Chaduteau     01/10/2010

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20 août 2010 5 20 /08 /août /2010 13:19

                                          Les grandes heures du  Petit  Ronce.

 

 

      Les personnes, qui au début des années soixante dix, arrivaient  à la fameuse patte d’oie  de l’entrée de Ronce, pouvaient lire ce message lapidaire mais ô combien explicite : « M’approcher, c’est m’adopter. » Nombreux sont ceux qui, bien avant  de connaître ce slogan, ont été envoûtés par la quiétude, la beauté, la douceur de vivre, l’ambiance familiale bref le charme suranné qui rend cette station un peu intemporelle. Telle cette femme, prénommée Audine,  qui, dans une carte postée le 27 juillet 1905, écrit à son amie cognaçaise Cécile le texte suivant : «  Je t’assure que Ronce est une station très agréable où la vie est bien tranquille. Il  y a quatre vingt treize chalets construits dans un bois de pins magnifique et une plage qui surpasse de beaucoup celle de Royan. »

   Qu’elles s’aventurassent à gauche ou à droite de ladite patte, ces personnes tombaient inévitablement, comme aujourd’hui d’ailleurs, sur l’artère principale longue d’un kilomètre, l’avenue Gabrielle, qui porte le nom d’un chalet construit à la fin du XIXème siècle. Son propriétaire Monsieur Favier, pour rendre  hommage à son épouse Gabrielle Belle, l’avait nommé ainsi.allée gabrielle (27)

                    La Villa Gabrielle qui a donné son nom à l'avenue commerçante principale de Ronce

 

   Cette avenue a, dès sa création, joué le rôle d’un pôle dynamique où se  sont concentrés les commerces.

   Parmi eux, un, fait partie de la mémoire collective de ceux qui ont séjourné à Ronce, il y a près de quarante ans : Le  Petit Ronce.

 

 Ronce se réveille.

      Dans les années 20, sous l’impulsion de Camille Daniel qui a épousé la fille de Monsieur et Madame Favier, Ronce change progressivement de visage. Ce visionnaire, en quelques années, va  relier Ronce à l’île d’Oléron en  faisant construire un appontement, égayer la vie de la presqu’île en créant le restaurant, dancing, cinéma La Chaumière, accroître la population en traçant avec Joseph Dières Monplaisir les plans d’un vaste lotissement, créer un syndicat d’initiative place Brochard  pour promouvoir la station et, à la jonction de l’avenue Gabrielle et de l’avenue de la Chaumière, édifier tout un ensemble en béton qui a la forme d’une demie rotonde.

 

Années 20 les cases en demi-cercle conçues par Camille D

                                   Années 20. Les cases en demi-cercle conçues par Camille Daniel

 

En face du groupement commercial, le syndicat d'initiativec

       En face du groupement commercial, le syndicat d'initiative, emplacement actuel de l'office du tourisme

 

Celle-ci  comprend une quinzaine de cases de trois ou quatre mètres de large appelées de différentes façons : les nouveaux magasins, groupement commercial ou groupement des commerçants de Ronce-les-Bains.

 

Les cases de nos jours occupées dans la partie centrale pa

                     Les cases de nos jours occupées dans la partie centrale par le bar Le Bordeaux

 

Les cases centrales par exemple,  occupées actuellement par le bar Le Bordeaux, abritaient avant guerre l’établissement du fameux pâtissier glacier  Monsieur Fantoulier. Années 30 deux magasins, la pâtisserie Fantoulier et les

                      Années 30. Deux magasins: la pâtisserie Fantoulier et les Bijoux de Paris au premier plan

 

Les deux qui retiennent l’attention en ce début des années soixante dix sont situées le plus à droite : une poissonnerie tenue par Raymonde Bertin célèbre pour sa soupe de poissons et une épicerie bar qu’occupent Denise et Gaston Crombez   Le Mal Assis appelée de la sorte en raison de l’exiguïté de la salle.ronce moderne 4 199

                                                            Madame Crombez devant son épicerie bar

 

Monsieur Michel Archambeau et sa femme Hélène se portent acquéreurs de cette case en 1973 et la baptisent Le Petit Ronce.

 

  Bienvenue chez les Ch’tits.

      Michel, né à Arvert dans une famille d’ostréiculteurs, travaille tout d’abord comme saisonnier. Adolescent de seize ans il aurait pu d’une façon prémonitoire écrire  les paroles de la chanson de Chuck Berry Sweet Little Sixteen tant il est subjugué par le charme d’une jeune postière de La Tremblade du même âge que lui,  la Belle Hélène. Ayant atteint leur majorité, ils convolent en justes noces et rejoignent Lille pour y ouvrir un restaurant,  l’un s’occupant de la préparation de magnifiques  plateaux de fruits de mer livrés chaque jour de Rungis, l’autre du service  et de la comptabilité. Michel, qui, comme fournisseur d’ huitres, a connu  le patron marseillais du célèbre restaurant parisien place Clichy Le Charlot premier, obtient son accord pour reprendre l’appellation de son établissement qu’il nomme pour le différencier Le Charlot deux. A noter que Le Charlot premier « Le roi des coquillages » existe toujours au même emplacement et qu’il est le seul restaurant de Paris accrédité par les restaurateurs marseillais signataires de la Charte de la bouillabaisse.

 

 Retour au pays.

    Mais Lille est bien loin de La Tremblade  et  à l’instar du héros grec Ulysse, ils ont le mal du pays et hâte, comme le dit le poète, de retourner vivre entre leurs parents le reste de leur âge et plus prosaïquement retrouver le climat, leurs amis et les plages de la presqu’île d’Arvert. Aussi, après avoir passé quinze années dans le Nord prononcé à la façon de Michel Galabru dans Bienvenue chez les Ch’tis, c’est avec une joie non dissimulée qu’ils achètent ce local de l’avenue Gabrielle.

 

Avenue Gabrielleavant guerre. Le petit Ronce occupera la de

     Avenue Gabrielle avant guerre. Le Petit Ronce va occuper la dernière case à gauche en face de l'automobile

 

Une cuisine va remplacer l’épicerie à l’arrière. Quant au bar donnant sur la rue, ils l’agrandissent substantiellement en cassant le mur mitoyen du commerce que leur a cédé Raymonde Bertin. Celle-ci a migré et tient désormais un banc sur le marché de Ronce. Parallèlement pour parfaire leur changement de vie et lui donner une autre dimension, ils ont engagé une procédure d’adoption. Comme un bonheur ne vient jamais seul, l’aventure commerciale se double d’une aventure humaine  quand, après trois longues années d’attente, ils accueillent dans leur foyer un petit garçon de six mois originaire d’Amérique du Sud  qu’ils prénomment Manuel.

 

Un snack-bar attractif et accueillant.

   Un de leurs amis, Jacques Laigle, professeur d’arts plastiques à Royan, conçoit une publicité un tantinet  psychédélique très en vogue à l’époque, qui se dresse sur un panneau à l’entrée de Ronce.

 

Panneau publicitaire à l'entrée de Ronce 1974

 

Il va également dessiner une très originale cheminée barbecue dans laquelle Michel fait des grillades au feu de bois qu’on aperçoit de la rue et qui, le soir, ajoute un air de fête comme si les consommateurs installés sous la tonnelle prenaient du plaisir à  participer à une espèce de feu de camp. C’est son voisin, le boucher Pierre Lécuroux, qui lui assure l’approvisionnement. Hélène la blonde et occasionnellement, Christiane l’épouse de Jacques la brune, servent la clientèle au bar en fer à cheval ou en terrasse. Dans la salle en longueur, Michel et Hélène disposent  chaises et  tables basses. Au mur vert amande, est accrochée une autre œuvre réalisée par Jacques, une sculpture en tôle martelée représentant un coq de bruyère. Tous ces éléments, sans oublier l’ajout des tubes immortels de la musique des seventies qui font vibrer jusqu’à une heure du matin les couche-tard,  recréent l’ambiance d’un pub d’Outre- Manche. Années 70.Le Petit Ronce,bar et terrasse

 

    Le succès est au rendez-vous, mais le couple ne s’endort pas sur ses lauriers. Alors il investit et achète un four à grandes pizzas. Michel, véritable factotum, fait office de pizzaïolo. Le petit Ronce a acquis ses lettres de noblesse et devient l’endroit où l’on passe une bonne soirée sans casser sa tirelire. Les joueurs du rugby club de La Tremblade ne se trompent pas d’adresse et rallient leur lieu de prédilection pour d’homériques troisièmes mi-temps. Certains vont même jusqu’à aider le patron à confectionner des pizzas en leur donnant des formes qui, disons- le, sont  pour le moins insolites.

  Même Roger Lanzac, l’ancien présentateur télé de l’émission culte La piste aux étoiles et de la  célébrissime émission radiophonique Le jeu des 1000 francs qui a survécu jusqu’à ce jour en euros, a honoré de sa présence Le Petit Ronce. Devenu propriétaire d’un cirque qui a dressé son chapiteau à La Tremblade, il a consommé comme un client ordinaire et ne s’est pas fait prier pour faire une dédicace que Michel et Hélène conservent précieusement.

  Pendant les deux mois de l’été 1975, Christine, une jeune femme de trente ans assure l’animation sur la terrasse. Elle fabrique des impressions de prénoms au choix, collées sur des tee-shirts  grâce un fer à repasser branché dans le bar. Cette confection artisanale peut prêter à sourire aujourd’hui avec tous les matériels de reproduction dont on dispose, mais il y a  trente cinq ans le public était épaté par cette attraction balbutiante.

 

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                                                        Le petit Ronce  dans les années 70

 

 Les souvenirs d’un client fidèle.

    Un des habitués du lieu, Philippe, après avoir passé toutes ses vacances à Ronce, n’a pas pu quitter la presqu’île et s’est établi à Breuillet. Il ne tarit pas d’éloges sur  l’établissement : «Le Petit Ronce était le lieu privilégié où il faisait bon vivre. S’y retrouvaient après une dure journée passée à la plage, estivants, ronçois et trembladais pour prendre un pot. A la fin du mois d’août,  était organisée avenue Gabrielle une grande braderie toute la matinée. Un ami et moi avions décidé de faire une blague au patron. Comme nous ne manquions pas de bagou, nous avons convaincu  quelques personnes que les tables de la terrasse du bar étaient à céder et que le propriétaire serait présent en début de soirée pour la vente. Le soir venu, Michel  tombant des nues a eu beaucoup de mal à persuader ces personnes crédules qu’il s’agissait d’une plaisanterie. Mais le souvenir le plus marquant, ajoute-t-il, c’est sans nulle doute la célébration du sacrement de baptême de Manuel, âgé d’un an seulement, dans la Chapelle Saint-Joseph de Ronce. Cette cérémonie était présidée par le curé de La  Tremblade le père Michel Jarrot ancien missionnaire en Afrique où d’ailleurs il retournera. On a tous vécu et surtout Michel et Hélène des instants d’intense et d’indicible émotion. ». A l’issue de  la célébration, Philippe n’a pas oublié non plus la savoureuse langouste cuite au feu de bois ; il en a encore l’eau à la bouche.

 

 Le Camacho nouveau  prend le relais.

      Ainsi jusqu’en 1984 pendant onze saisons,  Michel et Hélène ont exercé leur activité. Est-ce la nostalgie ou l’opportunité qui, une trentaine d’années après leur première acquisition, leur a fait racheter le même bar pour leur fils Manuel ? Le jeune homme, sportif accompli, pratique la boxe américaine pendant une dizaine d’années. Pour rappeler ses racines sud-américaines, Manuel baptise le bar, Le Camacho, empruntant le nom d’un célèbre boxeur portoricain qui, dans les années 8O, a remporté 79 victoires sur 86 combats et a été champion du monde dans trois catégories différentes. L’établissement, refait à neuf après les dégâts occasionnés par la tempête de février dernier, a une capacité de quarante couverts. La musique et la décoration (le portrait du Che en train de fumer un énorme havane  trône dans le bar) sont bien évidemment  latino-américaines et la clientèle  dispose d’un grand choix de cocktails et de tapas. Manuel et Michel vous accueillent l’un principalement en soirée, l’autre en matinée.

 

Michel et Hélène Archambeau devant le nouveau bar Le Cama

                            Michel et Hélène Archambeau devant le nouveau snack-bar Le Camacho

 

  Si vous venez  acheter votre quotidien dans la maison de la presse voisine, ne soyez pas surpris d’être salué par un homme affable et élancé à la belle chevelure blanche, c’est lui. Adjoint au nautisme et à l’ostréiculture pendant les deux premiers mandats du maire de La Tremblade Monsieur Jean-Pierre Tallieu, Michel forme depuis plus de cinquante ans avec Hélène un sacré tandem  de ceux  dont on dit qu’ils font aimer la vie.

 

 La renaissance du petit Ronce.

 C'est en 2012 que la famille Archambaud a vendu son affaire à un couple de quadragénaires. Après avoir tenu pendant quinze ans un bar à huîtres itinérant à Lyon dans le quartier de La Croix rousse, Alban et Chantal ont émis le voeu de se poser. A l'instar de leurs prédécesseurs, quoi de plus naturel que de retrouver ses racines!  Alban Chevalier est en effet issu d'une famille d'ostréiculteurs, de marins pêcheurs. Il a passé une partie de son enfance à Ronce, allée des Dunes à la villa Dany rebaptisée Pélagie aujourd'hui. Chantal, originaire de Marennes, est, elle aussi, fille d'ostréiculteurs. Son arrière grand-mère était native de La Tremblade.

Ils ont ouvert leur nouvel établissement le 16 mars 2012 et ont obtenu des anciens propriétaires l'autorisation de reprendre son ancien nom et son ancienne publicité légèrement relookée.

 

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                    Le petit Ronce en 2012.  A gauche, Chantal et Alban, les nouveaux propriétaires

 

Le nouveau bistrot, bar à huîtres de l'avenue Gabrielle, Le petit Ronce, vous offre dans un cadre agréable un plat du jour jusqu'à la saison des moules en juin, en accompagnements des huîtres, crépinette au cognac et terrine de campagne au pineau, fruits de mer et poissons selon arrivage, bref des produits du marché. Un choix de crèpes et de vins au verre vous est également proposé.  Le nouveau petit Ronce ne devrait pas tarder à renouer avec l'esprit et le dynamisme de l'ancien.

                                                                                             

                                                                              Daniel Chaduteau.                                                                                        

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2 août 2010 1 02 /08 /août /2010 09:21

L'affiche du 150ème anniversaire conçue par M.F. Bellonet

                                                        Affiche conçue par M.F.  Bellonnet et P. Langendorff

 

                On ne peut sérieusement fêter l’anniversaire d’un lieu sans préalablement, même succinctement  évoquer ses origines. Voici ce qu’écrivait dans le guide touristique dont il était maître d’œuvre  Monsieur Michel Buraud en 1975 :   

 

« Notre station de Ronce-les-Bains a connu, au cours du siècle, un développement considérable. Encore a-t-il fallu que quelqu’un ait l’idée et que d’autres fournissent l’impulsion sans laquelle nulle œuvre humaine n’atteint son plein épanouissement.

On considère généralement que Monsieur PERRAUDEAU de BEAUFIEF, propriétaire terrien, a été le créateur, de fait, de notre station en élaborant la première urbanisation, très modeste sans doute, mais qui allait constituer l’élémentaire maillon de la chaîne. On perçait donc l’avenue Gabrielle, et les villas apparaissaient. L’une d’elles, Le Grand Chalet, accueillait les premiers touristes en rupture de vie citadine. Des promenades en bateaux s’organisaient sur le Petit Lac, actuellement disparu, mais dont l’une de nos allées situe l’emplacement. Des parties de croquet égayaient les ombrages, et peu à peu, de bouche à oreille, on se disait qu’il existait quelque part, en bordure de mer, un lieu béni des dieux, où l’air sentait bon les pins, le sel et le…mimosa.

Le Dr BROCHARD allait donner un essor définitif à notre localité. Amoureux fervent de Ronce, il publiait une brochure « Des bains de mer à La Tremblade » dont l’impact publicitaire allait drainer les premiers vrais estivants vers nos plages. Ronce allait s’épanouir, s’organiser et rapidement constituer le pôle d’attraction touristique de cette partie de la presqu’île d’Arvert ;

Est-ce à dire que l’histoire de notre station n’a commencé qu’en 1860 ? Certes les Santons, nos ancêtres ne nous ont légué ni monuments, ni vestiges, mais leurs successeurs du Moyen-Age, les moines des prieurés de N.-D de Buze, (en l’actuelle forêt de la Coubre) ou de la Petite Couronne, ont laissé quelques éléments d’architecture, souvent recouverts par les sables ou les récentes constructions. Nous ne saurions passer sous silence la mystérieuse ANCHOINE, cité engloutie sous les eaux pour certains, sous les sables pour d’autres,  mais dont l’implantation est on ne peut plus contestée…

 

   La page d’histoire de notre localité reste bien brève. Ronce est une cité neuve, une cité d’avenir ; il est bien naturel qu’elle regarde vers le futur, c’est sa raison d’être pour le bonheur de ses habitants et de ses visiteurs. »

                                                                           Groupe costumé venant de rejoindre la Place Brochard avant

                                  Groupe costumé qui vient de rejoindre la Place Brochard avant l'inauguration.      

 

 

150 ANS DE RONCE LES BAINS

 

Les temps forts d’une semaine inoubliable.

 

  Lundi 19 juillet

 

   Quel vent de folie souffle sur cette station habituellement si paisible ? De toutes les artères de Ronce confluent, Place Brochard, des personnages d’un autre âge endimanchés portant redingotes ou robes longues, arborant canotiers et chapeaux à voilette sous une forêt d' ombrelles en dentelle.

Ils ne passent pas inaperçus. Les estivants,  d’abord intrigués, les suivent à la trace. Les plus hardis leur adressent la parole, les photographient. Sans doute ignorent-ils que Ronce fête ses 150 ans.

 

11h15. Plus de 150 personnes costumées  de tous âges (qui l’eût cru ?) se sont regroupés pour entendre les discours des élus.Jean-Pierre Tallieu le maire de La Tremblade et Liliane Jau

                           Jean-Pierre Tallieu et Liliane Jaud lors de l'inauguration des 150 ans de Ronce les Bains

 

Ces derniers ont visiblement offert des œufs à Sainte-Claire car le soleil trône en majesté dans un ciel sans nuage. L’inauguration peut débuter. Le maire de La Tremblade Jean-Piere Tallieu et Madame Liliane Jaud adjointe à la culture et au tourisme, chacun à leur tour, remercient tous ceux qui ont participé à l’élaboration de cette fête. Le coq qui accompagne Jean-François Géffré, d’une sagesse exemplaire, ne perturbe pas les allocutions. Le coq apporté par J.F. Géffré a été d'une grande disc

                                    Jean-françois Géffré comme un coq en pâte pendant l'anniversaire de Ronce

 

S’ensuit un spectacle qui retrace l’évolution des tenues de bains de 1900 à nos jours, ponctué par des chansons de vacances du bord de mer. Spectacle donné par une troupe de jeunes danseurs juste ap

 

                                        Arrive le pot de l’amitié servi avec la galette du 150ième anniversaire.

 

La galette du 150ème anniversaire offerte lors de l'inaug

 

  Sur le ponton, on se croirait au Festival de Cannes. Photographes professionnels ou amateurs se bousculent presque pour immortaliser ce moment unique dans l’histoire de Ronce surtout dans cet endroit si emblématique de la Place Brochard. De plus, pour fêter l'événement,Christian Desbordes a la riche idée de mettre à disposition d'anciennes bicyclettes, chevauchées sur le champ par les plus intrépides.Toutes les générations costumées se sont retrouvées sur

                       Festival de Cannes? Festival de Deauville ? Pas du tout, 150 ième anniversaire  de Ronce

 

 

Pratiquement au même endroit en 1903

                                       Pratiquement au même endroit en 19O3. L'appontement n'existe pas encore

 

 

 

Ce n'était pas le départ d'une étape du Tour de France

                                          Ronce n'a pas encore accueilli une étape du Tour de France


17 h.  Première visite guidée de Ronce. Les intervenants ont le trac. En effet pour eux c’est une première. Mais la bonne surprise c’est que le public (près de 80 personnes) est au rendez-vous. La visite d’un kilomètre, initialement prévue  une heure,  s’achève en fait à 19 heures. 

                  Un public intéressé lors des différentes visites guidée              Un public intéressé lors des différentes visites guidées de Ronce, ici devant l'ancienne Agence Jagou

 

21h30. Les Chantonnants, une demi-heure durant, interprètent avec cœur et spontanéité les vieilles chansons françaises dans le kiosque devant un public attentif et conquis qui n’hésite pas à reprendre les refrains.

 

La troupe des Chantonnants a interprété des chansons de l

                       La troupe des Chantonnants a interprété bénévolement des chansons de La Belle Epoque

 

 

En présence d'un public nombreux

                                                            en présence d'un nombreux public

 

22h30  Au bout de la Place Brochard 500 personnes attendent sagement la projection du film de Jean Renoir «  French Cancan »,organisée par l'association Cinésites. Si ce long métrage a été choisi, c’est évidemment pour respecter le thème de la Belle Epoque.

 

P1040759

 

Le soleil vient de plonger derrière l’Ile d’Oléron. Une brise marine rafraîchit les spectateurs qui reconnaissent les grands acteurs français aujourd’hui disparus comme  Giani Esposito, Jean-René Caussimon et Jean Gabin. Rappelons que la chanson du film La complainte de la butte écrite par Jean  Renoir,interprétée par Cora Vaucaire  sur  une musique composée par Georges Van Parys a fait le tour du monde.

 

Générique du film de Jean Renoir French Cancan

 

Mardi 20 juillet.

 

Excepté le jeu micro sur l’histoire de Ronce dirigé par Monsieur Alain Tontale directeur de l’Office du Tourisme et le défilé nocturne d’une partie de l’Association Royan Belle Epoque, la journée est moins fournie en animations.

 

Mercredi 21 juillet.La parade costumée conduite avenue Gabrielle par Monsieur

                                           La parade costumée conduite avenue Gabrielle par Monsieur Tontale

 


Avenue Gabrielle 1907

                                                 Avenue Gabrielle. Sortie de la grand messe en 1907


18 h.   Pour la seconde fois les personnes costumées se regroupent mais le lieu de rendez-vous a changé, il se trouve Place du Casino. La consigne est de défiler par deux ou trois. La parade s’ébranle sous les ordres de Monsieur Tontale. Elle descend l’avenue de la Chaumière pour rejoindre l’avenue Camille Daniel. 

      Quand elle remonte l’allée Gabrielle, l’artère principale a pris vraiment l’allure de Sunset Boulevard. Les participants aguerris posent devant les badauds ébaubis qui les mitraillent. Arrivée devant le mythique Grand Chalet, elle retrouve

 

Le grand Chalet 1903

                                                                                 Le Grand Chalet  en 1903


 

La parade costumée a fait halte devant le Grand Chalet

                                       Presque cent plus tard devant le Grand Chalet, rien n'a vraiment changé

 

le brise-lames et serpente jusque devant la villa Gabrielle où le photographe Monsieur Langendorff prend le cliché peut-être le plus réussi et sûrement le plus émouvant de la semaine tant, à ce moment, on se sent replongé  un siècle en arrière, comme si la magie de l’instantané nous faisait toucher du doigt un bref moment d’éternité.La parade pose devant la Villa Gabrielle

                                                             Photo de groupe devant la Villa Gabrielle

 

 

Plage de Ronce 1906

                                 La plage à marée basse  en 1906. 0n reconnaît au fond à droite le Grand Chalet

 

 

L'impressionnant défilé de la parade costumée devant le

                                            L'impressionnante parade costumée défile devant le brise-lames

 

 

Un groupe costumé sous la pergola de la villa Beau- Séjou

                                              Pause bienvenue sous la pergola de la villa Beau-Séjour

 

20h30. Petite déception ; le pique-nique place Brochard n’a pas rassemblé autant de convives que l’ont prévu les organisateurs. Boudu sauvé des eaux peut servir le vin pendant le pique-n

                                                 Boudu sauvé des eaux peut servir le vin pendant le pique-nique

 

Jeudi 22 juillet.


Quelques années auparavant

                                                                      L'heure du bain il ya fort longtemps

 


Le ridicule n'a visiblement pas tué ce groupe de baigneur         Le ridicule n'a visiblement pas tué ces baigneurs qui n'ont pas hésiter à s'exhiber dans des maillots de bain de la Belle Epoque

 

18h30. Devant la majorité des bars on peut déguster des huitres savoureuses.

 

22h. Sur la Place du Casino est proposé un spectacle cabaret de bonne qualité alternant des chants et des danses de la Belle Epoque qui attirent la grande foule.

 

Vendredi 23 juillet

 

11 h et 16 h. Visites privées et guidées de la propriété de La Louisiane une des plus anciennes de Ronce. Marion Givelet - Baudoy écrivain et conférencière en com

                   Marion Givelet-Bodoy écrivain et conférencière  pendant la visite privée de La Louisiane

 

22h. Poésies et chansons* en l’honneur de Ronce précèdent le bal populaire qui, au son de l’accordéon, peut démarrer. Valses, marches, polkas, javas sont au programme.Les Dames de la Côte se sont fait une beauté

                                                           Les Dames de la Côte se sont fait une "Beauté"

 

 

Sylviane Boutet interprète la chanson qu'elle a composée

                           Sylviane Boutet interprète la chanson qu'elle a composée pour l'anniversaire de Ronce                       

 

Paulette Courtin récite un de ses poèmes Ronce ma Belle

                                                    Paulette Courtin lit un de ses poèmes "Ronce ma Belle"

 

Aux gens costumés qui ont ouvert le bal se mêlent très vite d’autres danseurs qui ont des fourmis dans les jambes.

 

Samedi 24 juillet.

 

15 h. Avant de défiler à 20 h une vingtaine de véhicules anciens est alignée sur la Place du Casino.

 

Jean- françois Géffré rêvait de conduire ce véhicule d

                                            J.F Géffré rêve de conduire ce véhicule de la Belle Epoque

 

22h30.  Enfin le bouquet final. Au pied de l’appontement des vieux gréements gisent sur le sable. Une fois le soleil couché, les projecteurs braqués sur les voiles et le feu d’artifice qui suit offre au public un spectacle féérique qui conclut en beauté cette semaine fertile en événements. Les voiles de nuit des vieux gréments mises en valeur par

 

Feux d'artifice sur les vieux gréments

 

Feu d'artifice sur les vieux gréments

 

 

 

   Pour finir, n’oublions pas de parler de la superbe Exposition sur l’histoire de Ronce ouverte toute la semaine réalisée par Madame Liliane Jaud, Madame Catherine Lainé, Monsieur Jean-François Géffré, Monsieur Henri Moreau, Monsieur Thierry Proust, Monsieur et Madame Descamps. Une autre exposition sur l’histoire de Ronce préparée par Monique Delin membre de l’association Escale a pris le relais de celle-là en août Salle du Foyer ronçois.

 

Catherine Lainé a été une des chevilles ouvrières de l'

Catherine Lainé, une des chevilles ouvrières de l'exposition qui s'est tenue toute la semaine à la base nautique

 

 

Laurent Pineau de l'office du tourisme en bonne compagnie

                                               Laurent Pineau de l'Office du Tourisme en charmante compagnie

 

   Semaine de rêve donc pour tous les participants car elle a été riche en rencontres, échanges et retrouvailles. Pas un accroc n’est venu ternir le bon déroulement de cette fête aux dimensions humaines dominée par une bonne humeur communicative. En interrogeant le passé de Ronce les Bains lors de son 150ème anniversaire, les Ronçois d’origine et de cœur ont répondu présents et ont démontré, si besoin était, qu’ils étaient prêts à relever les défis de son avenir.

 

Perrot épicier (88)                                                                C'était  déjà le bon temps à Ronce, il y a cent ans

 

   Ses fidèles amoureux ne peuvent qu'approuver les propos de  Robert Martin qui écrivait dans le Sud Ouest économique de septembre 1928  : " Ronce les Bains s'éveille dans un délicieux berceau de verdure à l'ombre des grands pins embaumés. Elle ne cherche pas à disputer aux grandes plages somptueuses le titre de  "Reine de l'Océan". Elle reste et c'est bien mieux ainsi une aimable petite princesse délicate et fine dans sa fraîche parure de jeunesse de grâce et de beauté."

                                                              

                                                                                                            Daniel Chaduteau.      2 août 2010

 

 

 

 

 

                      Textes de la chanson et des poésies célébrant le 150ème anniversaire de Ronce les Bains.

 

 

 

 

Chanson en l’honneur des estivants restés fidèles à Ronce les bains depuis 150 ans

Sur l’air de « quand on se promène au bord de l’eau »

 

1er couplet :

Du lundi jusqu’au samedi

Tout le monde bosse sans répit

Pour gagner de la monnaie

Mais quand vient l’mois de juillet

Ils se disent c’est gagné

On va aller nager, bronzer, se reposer

Dans une ville qu’on connaît

Et que tout le monde aime bien

Et oui, c’est à Ronce les Bains.

 

Refrain :

Quand on se promène à Ronce les Bains

Ah ! c’qu’on est bien, oui vraiment bien,

On a la plage, la forêt et les bains

Lorsque l’on vient à Ronce les Bains.

Commerces, casino, restaurants

Vous attendent déjà depuis longtemps

Car les touristes, tous les étés

Sont les bienvenus, attendus, respectés.

Quand on s’promène à Ronce les Bains

Ah ! c’qu’on est bien, oui vraiment bien,

On a la plage, la forêt et les bains

Lorsque l’on vient à Ronce les Bains.

 

2ième couplet :

Le petit train, plein d’entrain,

Vous emmène en ballade

Faire le tour des marchés,

Jusqu’à la Tremblade,

Puis la base nautique

Vous propose des pique-niques

Sur une belle goélette

Accompagnée de belles mouettes

Et voilà pourquoi on se trouve si bien

En vacances à ronce les Bains.

 

Refrain :

Quand on s’promène à Ronce les Bains

Ah ! c’qu’on est bien, oui vraiment bien

On a la plage, la forêt et les bains

Lorsque l’on vient à Ronce les Bains.

Et tous les soirs, vous avez la place Brochard

Manèges, loteries, tirs et billards,

150 ans, les estivants se rappellent les nougats

de « Cochard »

Quand on s’promène à Ronce les Bains

Ah ! c’qu’on est bien, oui vraiment bien,

On a la plage, la forêt et les bains

Lorsque l’on vient à Ronce les Bains.

 

3ième couplet :

 

L’odeur de la mer, vous met la tête à l’envers

150 ans, c’est quand même un mystère,

D’revoir les gens, toujours contents,

Grands parents, parents et petits enfants,

Reviennent toujours à Ronce les Bains

Pour voir la mer, ses bateaux

C’est un pays, que tout l’monde trouve beau

Et c’est très bien pour Ronce les Bains.

 

                                                                                           Sylviane Boutet

 

 

 

* 1860 – 2010

 

1860

Quand se dénuder devint une thérapie

Et moyen de lutter contre les maladies

Tous ces corps, tenus éternels prisonniers

Vinrent enfin au soleil s’aérer.

La cheville, jusque là chichement dévoilée,

Ne fut plus désormais seule privilégiée,

Et dans l’intimité des cabines fermées

Ces dames eurent vite leur pudeur accrochée.

Hésitantes pourtant, et surmontant leur peur,

Tout en rêvant d’un beau maître nageur

Elles goûtèrent pleinement du bain les bienfaits

Très grelottantes, en vérité.

Ces corps, pourtant peu dévêtus

Laissaient se deviner le galbe du nu,

Et les messieurs, tout en restant discrets

Par d’habiles manœuvres tentaient de s’approcher.

Mais les distances étaient tenues sévères

Et les sirènes, loin d’eux, évoluaient dans la mer

Puis, le soir, redevenant pudiques,

Tous dansaient la polka au son de la musique.

 

2010

J’étais sur le sable alanguie

Quand la brise me murmura, soudain :

Laisse donc tomber tes hardes

Quel machiavélisme vois-tu

A montrer ton corps dévêtu ?

Alors, sous cette emprise

Enivrée d’élixir marin

Lentement je défis les liens

Qui me retenaient captive.

Maintenant, nue, et sans pudeur aucune,

Je m’immergeai dans l’océan,

Puis, pour prolonger cet instant

Ivre de sel, de mer et de vent

Le soir tombant sur la dune

Je m’endormis sous la lune.

 

                                                                       Colette Benest

 

 

* RONCE MA BELLE !

 

Perle de notre Région, bijou de Charente-Maritime

Ronce la belle, la coquette des jours de mon enfance.

Je suis bien de chez toi et née au bord de l’eau

J’ai parcouru tes bois et couru sur tes plages.

 

Tu étais pour ma mère son petit Nice qu’elle adorait.

Avec ton microclimat et ton calme apaisant,

Combien de Parisiens… de gens de toute part…

Sont venus se détendre au cœur de ta beauté !

 

Les chemins de terre n’avaient pas de secrets

Pour nous qui chaque jour à pied les traversions.

Et la Place Brochard nous ravissait tous les étés

Les billards japonais…le tir…et les autres jeux…

 

Sans compter les glaces et les bonbons de chez LOPEZ

Oh ! Que de souvenirs reviennent en ma mémoire !

Toi, de qui on fête aujourd’hui les 150 ans d’existence,

Tu as bien changé petit nid de ma jeunesse !

 

A la place de mon école est né un casino

A côté, à la place du petit bois, on a fait le marché.

Mais, j’ai toujours pour toi de l’amour en mon cœur.

J’habite juste à côté «  La Tremblade » ta grande sœur.

 

Je ne suis pas très loin pour venir faire un tour,

Il faut si peu de temps et ça fait tant de bien !

Je refais vivre alors mes plus beaux souvenirs

Et les gens que j’aimais revivent à nouveau.

 

Ronce ma Belle en ce jour on remonte le temps.

Il y a 150 ans, tu faisais tes premiers pas dans le monde

Les bains de mer prenaient leur essor pour le bien-être.

Et moi, bien loin encore de naître et te connaître.

 

Loin aussi de savoir combien un jour, j’allais t’aimer !

 

 

                                                                                  Paulette Courtin           22 juillet 2010

 

 

 

 

                                  

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2 juillet 2010 5 02 /07 /juillet /2010 13:32

 

                                                    Trois générations de maçons.                     

 

 

    Quand on évoque l’Italie, on pense aussitôt aux grands stratèges romains César et Auguste qui ont donné leurs noms à deux mois d’été de notre calendrier, à Rome, berceau de la chrétienté et à ses saints emblématiques, Saint-Pierre et Saint-Paul, à tous ces génies de la Renaissance que sont  Léonard de Vinci, Michel-Ange, Raphaël, Le Bernin pour ne parler que des plus célèbres, à toutes les autres villes au patrimoine architectural unique au monde comme Florence, Sienne, Venise, aux opéras de  Verdi, de Rossini,  aux spécialités culinaires,  à la pizza inventée à Naples, aux fameuses pâtes, à  la mozzarella,  au jambon de Parme au vinaigre balsamique de Modène, aux belles cylindrées Alfa - Romeo, Lancia, Ferrari, aux équipes du Calcio, la Juventus, l’Inter, la Roma.

          On oublie trop souvent que l’Italie au passé si riche n’est une nation unie que depuis  cent quarante ans et qu’elle a connu plusieurs flux migratoires. Ainsi entre les deux guerres mondiales, la France accueille-t-elle 45% d’immigrés originaires pour la plupart du nord de l’Italie, qui fuient le régime fasciste de Mussolini et la pauvreté due au chômage engendré par la crise économique. Ces migrants, qui bénéficient d’une proximité territoriale avec la France sont  également  attirés  par elle puisqu’elle est traditionnellement une terre d’accueil  pour les étrangers. Lors de la première migration avant la première guerre mondiale, les italiens se sont majoritairement installés dans le sud-est de la France. Dans les années 30, ils s’enhardissent et essaiment dans tout l’hexagone. On en retrouve même un à Ronce les Bains.

 

        Un jeune migrant italien.


    Albert  Déola, menuisier charpentier de formation, quitte sa région natale du Trentin et ses montagnes bien aimées, les Dolomites, le sac sur le dos, alors qu’il n’a que dix sept ans.  Après avoir travaillé quelque temps d’arrache-pied dans le Nord, il rejoint Paris où il se fait embaucher par une entreprise qui, en cette année 1931, participe à la mise en œuvre de  l’Exposition Universelle. Il a un peu le mal du pays, mais c’est surtout  sa dulcinée, restée de l’autre côté de la frontière qui lui manque. L’amour, une fois de plus, est plus fort que la raison. Sans hésiter et faisant fi des difficultés matérielles ou sociales, il va chercher Constance qui l’attend avec impatience et la ramène dans ses bagages précédant de plusieurs décennies la loi relative au regroupement familial. Le couple commence alors son road- movie. La spécificité d’Albert, qui  a gagné en expérience et  appris la maçonnerie, c’est de terminer les chantiers. Le hasard l’amène à Arcachon puis à Saint-Junien où Constance met au monde son fils aîné Joseph en 1933. L’année suivante, il se rend avec sa petite famille à l’île d’Aix pour y réparer le fort. Constance donne naissance à son second fils Henri. Une violente tempête empêche le médecin venu de Fouras pour  l’accouchement, de quitter l’île. Albert se voit dans l’obligation de l’héberger deux jours  chez lui.

 

Colonie la druide où Albert Déola a assuré l'entretien

                                                     Colonie  La Druide où Albert Déola a assuré l'entretien

 

         Le hasard et l’opportunité.


 Son prochain chantier lui fait gagner Ronce les Bains. La chance veut que la directrice de la colonie de vacances La Druide qui vient d’être construite cherche un gardien qui soit capable d’exécuter des travaux d’entretien, si nécessaire. Le couple,  qui a de plus en plus de mal à supporter cette vie de nomade avec ses deux bébés, saisit cette occasion qui va lui permettre enfin de se poser et de souffler. Albert qui maîtrise plusieurs corps de métier postule pour cet emploi qu’il obtient et qu’il va occuper trois ans durant. Pendant ce laps de temps, il se constitue un pécule ce qui lui donne la latitude d’acheter un terrain  idéalement placé avenue de la Chaumière en plein centre de Ronce. Signe du destin, un autre italien Severo Miglierina, originaire de la ville de Gemonio située à 70 kilomètres de Milan dans la province de Varèse,  après avoir lui aussi traversé la France,  travaille comme conducteur de travaux à Royan dans l’entreprise Barrière et Neau. Lui également succombe au charme de Ronce et décide de se mettre à son compte. Il est pour le moins insolite de retrouver  deux italiens au bout de la presqu’île exerçant quasiment la même profession.

 

Un véhicule des années 50.

                                                               Un véhicule de l'entreprise dans les années 50

 

                 La conjoncture est favorable en cette année 1937. En effet le gouvernement de Léon Blum qui a octroyé aux travailleurs quinze jours de congés payés, l’année précédente, a permis à des millions de gens de prendre des vacances et leur lieu de villégiature privilégié, c’est le bord de mer que beaucoup découvrent pour la première fois. Les deux transalpins se rendent bien compte que leur activité peut connaître une croissance exponentielle s’ils unissent leur force. La nouvelle entreprise de bâtiment qui porte les deux noms, a  pour effectif une vingtaine de salariés. L’association, interrompue par la guerre, se poursuit jusqu’en 1953 date à laquelle elle s’achève définitivement, chacun reprenant ses billes. Une grappe humaine sur un chantier de l'entreprise.

                                                          Une grappe humaine sur un chantier de l'entreprise

 

    Un entrepreneur connu et reconnu. 

        

    Albert dessine les plans de sa maison aux formes très insolites pour l’époque. Elle ressemble au pont d’un bateau qui surplombe la place de l’école, maintenant place du marché.   C’est en 1953 qu’il décide son édification  ainsi que celle du hangar qui la touche. La maison à l'architecture insolite conçue et constru

          Maison à l'architecture insolite conçue et construite par Albert Déola. Derrière le hangar jouxtant la maison

 

Pendant près de vingt ans sous sa direction, sur des terrains pour la plupart boisés, les maisons Déola vont pousser comme des champignons. En 1972, à l’âge de 68 ans,  il cède son entreprise à son fils Joseph, sans cesser toutefois de travailler à l’élaboration des plans des futures maisons ronçoises. Après une vie de labeur de plus de cinquante ans, il s’éteint en 1974, certes loin de ses Dolomites mais dans sa patrie d’adoption.

 

Albert Déola , créateur de l'entreprise de bâtiment.

                                                Albert Déola créateur de l'entreprise du bâtiment qui porte son nom

 

     Une succession naturelle.


      Agé de quarante ans, Joseph reprend les rênes de l’entreprise de bâtiment et comme on ne change pas une équipe qui gagne, il garde l’ensemble du personnel , les sept employés parmi lesquels se trouve un migrant italien, le maçon Marino, tout un symbole. Pendant vingt ans Joseph Déola, qui a été formé à bonne école, concentre son domaine d’activité dans la presqu’île d’Arvert. Il se spécialise, principalement  à Ronce, dans l’agrandissement et dans l’entretien des centres de vacances( Ugine, La Druide, CCAS…) ce qui ne l’empêche pas avec la collaboration d’un électricien  Monsieur Meillour d’en créer un de toutes pièces, participant ainsi au développement touristique et économique de la station. Ce centre a été appelé la Pignade sans doute parce qu’il est situé dans une forêt de pins à gauche à l’entrée de Ronce et que le mot français pignada désigne une pinède mais aussi peut-être parce qu’il dérive du mot italien pigna qui veut dire pomme de pin.

 

Colonie d'Ugine agrandie par Albert et Joseph Déola.

                                     Entrée de l'ancienne colonie d'Ugine agrandie par Albert et Joseph Déola

 

      Il applique durant ses années de travail quelques règles ou principes simples hérités de son père : d’abord faire en sorte que l’entreprise garde une taille humaine pour qu’elle soit plus facile à diriger, ensuite  exiger de son personnel un travail soigné pour éviter, bien-sûr, de mécontenter les clients mais surtout pour faire des économies car comme il le dit lui-même : « Refaire, c’est perdre de l’argent. »

 

        Jamais deux sans trois.

       En 1992, son fils Patrick prend sa suite. Joseph n’a pas quitté Ronce. Il passe une retraite heureuse et tranquille dans sa villa avenue de la Chaumière, tout occupé qu’il est à jardiner. Mais le plus ronçois des italiens ne dédaigne pas non plus, chaque année au volant de son automobile, de sillonner les routes d’Autriche, d’Italie, et  celles d’autres pays  européens. 

        Patrick après son bac, rejoint Bordeaux, obtient un DUT (hygiène et sécurité) et fait la connaissance de Catherine qui devient son épouse et une collaboratrice de tous les instants.  Patrick est attaché, lui également, à son terroir. Son père, suivant en cela une tradition familiale bien établie, lui propose d’entrer dans l’entreprise et de lui mettre le pied à l’étrier. Son apprentissage qui va durer pas moins de  dix ans  n’est  pas vraiment une sinécure : peu ou pas de vacances, travaux harassants, journées stressantes, nuits parfois écourtées. Mais le jeune homme s’accroche, ne cède pas au découragement, mieux aujourd’hui ne tarit pas d’éloges sur son père qui a eu l’audace et l’intelligence, avant de cesser son activité, de lui  faire gérer des chantiers du début jusqu’à la fin. C’est dire que, quand il arrive à la tête de l’entreprise, il possède un  solide bagage et une expérience unique. C’est dans les moments de crise que se révèlent les qualités humaines. Lorsque le 27 décembre 1999, la tempête a balayé Ronce en décapitant des centaines de pins qui ont éventré les toitures, Patrick Déola et ses sept employés, dans l’urgence, ont fait montre pendant plusieurs jours de leur compétence et de leur sang- froid au service de leurs clients. Aux commandes de son entreprise depuis dix huit ans, il n’hésite pas à investir dans des matériels coûteux mais indispensables comme des grues télescopiques de chantier, à travailler en synergie avec Mademoiselle Piazza, Monsieur Durand et Monsieur Peigné, architectes à La Tremblade. Construction,  rénovation, extension, mais aussi conseils de toute nature à la clientèle, constituent les différents domaines d’activités de la société. Quelques villas, situées avenue du Mus de Loup offre une vitrine de  son savoir- faire.

 

     Des fondations solides.

    Conçu par Albert Déola, le siège de l’entreprise qui  a toujours gardé le même emplacement depuis plus de cinquante ans a vu défiler trois dirigeants de la même famille partageant les mêmes valeurs. Il suffit de consulter la page d’accueil du site internet pour en avoir la confirmation : « Bienvenue à l’entreprise Déola, mon équipe et moi-même sommes attachés à notre région et conservons le bâti et les techniques traditionnelles. » Le logo, figurant un fil à plomb tombant dans la lettre O de DEOLA souligne, si besoin  était, cette impression de rigueur, de sérieux et de solidité. Lamaison familiale est toujours restée le siège de l'entr

                                                   La maison familiale est toujours restée le siège de l'entreprise

  

   Avec son père Joseph, Patrick Déola fait partie de ces quatre millions de français d’origine italienne descendant de la plus importante migration étrangère (800000) qui, en 1931, peuple la France.

  Outre aller  se promener avec son épouse  en compagnie de leur chien Telmon,  un superbe bearded collie, sur la plage de l’Embellie, l’autre distraction de Patrick est  de se rendre aux sports d’hiver mais l’histoire ne dit pas si c’est dans le massif des Dolomites le pays de ses aïeux.

                                                                                                         

                                                                                  Daniel Chaduteau.     7  mai  2010

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2 juillet 2010 5 02 /07 /juillet /2010 09:05

                                             Las Vegas à Ronce les Bains.

 

 

     Ce titre accrocheur pourrait laisser attendre que l’argent coule à flot à l’extrémité de la presqu’île d’Arvert. Qualifié maintenant de  Côte de Beauté, le littoral ne s’appelait-il pas  Côte d’argent  comme l’atteste le nom d’un des plus vieux restaurants de Ronce avenue Gabrielle?   Une de ses  plages les plus fameuses  ne se nomme-telle pas plage du Galon d’or ? En outre depuis deux ans et demi la station n’a-t-elle pas recouvré un  casino ?  Avant sa disparition, le premier établissement  qui constituait l’un des bâtiments de l’ensemble Grand Chalet au début du XXème siècle, n’avait-il pas largement participé à sa réputation ? Or il n’en est rien. Il n’existe aucun rapport avec les hôtels grandioses de la scintillante cité de l’état du Nevada  à la sulfureuse notoriété, bien au contraire.

  grand chalet (13)

                                                Le premier casino de Ronce:  le casino du Grand Chalet

 

  C’est un beau roman, c’est une belle histoire…


    L’histoire de Jacques et d’Annie Fieulaine débute comme un conte. Il était une fois un jeune homme de dix huit ans originaire du département de l’Aisne dont les parents étaient forains, propriétaires d’un manège  à sensations fortes pour l’époque, appelé chenille. Il était une fois une frêle jeune fille blonde de seize ans du même département dont les parents étaient également forains. Ils possédaient une balançoire, un manège d’enfants et une friterie.  

    Annie retrace leur première rencontre comme si elle s’était passée la veille. Un jour donc, le beau Jacques, sans doute alléché par les bonnes odeurs de cuisine, est venu  comme n’importe quel client acheter une part de frites. Aussitôt son charme et sa stature d’athlète   ne la laissent pas indifférente. Seulement, pour son père qui ne badine pas avec l’amour en ces années  soixante où tous les adolescents écoutent à 17 heures l’émission culte d’Europe numéro1 Salut les copains sur leur transistor en plastique, il n’est pas question d’adresser la parole à un garçon, encore moins de flirter avec lui. Un premier rendez-vous galant a lieu cependant aux fêtes de Noyon dans l’Oise, ville où Charlemagne et Hugues Capet ont été sacrés rois des Francs. Mais Jacques qui vient, comme dans la chanson de Pascal Sevran, d’avoir dix huit ans se doit d’honorer ses obligations militaires. Il est affecté en  Allemagne, y reste dix huit mois.

   Malheureusement suite à un malentendu, l’échange épistolaire des jeunes amoureux tourne court. Néanmoins lorsque l’élève gradé quitte l’armée et revient au pays de son enfance, leur relation reprend des couleurs. Mais on ne peut pas dire qu’elle enchante leur famille respective en sorte qu’ils devront attendre  qu’Annie soit majeure,  c'est-à-dire  qu’elle ait  vingt et un ans, avant de  pouvoir convoler en justes noces.

 

  Le roi de la bricole.


    Le père d’Annie dispose d’un vieux camion que Jacques transforme en caravane de trois mètres cinquante. Excellent  bricoleur, il invente un des premiers lits escamotables pour gagner de l’espace habitable.  Son U 23 Citroën  tire une remorque qu’il a fabriquée pour y installer une boutique à frites. Plus tard, sur un grand camion de marque Berliet, il confectionne une loterie de poupées avec ses  tickets à dérouler, les fameuses papillotes. Annie, elle, tient une confiserie. Le couple qui, maintenant travaille depuis une dizaine d’années se voit  propriétaire de cinq métiers,  terme spécifique des forains pour désigner leurs spécialités. Il n’a plus une minute à lui  car, chaque semaine, il doit monter et démonter plusieurs tirs et manèges dont une montagne russe, tout en élevant ses deux  enfants Valérie et Frédéric nés avec seulement deux ans d’écart. La place années 50.Au fond, les manèges.

                    Vue aérienne de la place Brochard dans les années 50. Au centre on aperçoit les manèges

 

 Une longue tradition familiale.


     En 1976, la famille Fieulaine rejoint Ronce les Bains et va succéder  à leur oncle Albert  et leur tante Edith Fourré qui, déjà depuis  le début les années cinquante, ont investi la Place Brochard où ils ont installé pour la saison estivale un tir, une loterie et des balançoires.  Suzon est le surnom donné à Edith après la guerre par les soldats de la base de Rochefort. Ceux-ci qui cherchent à la complimenter pour sa gentillesse l’appellent ainsi en référence à la célèbre serveuse de la chanson la Madelon de même consonance. Pour les remercier, la tante, flattée, a l’idée de nommer son tir Suzon. Les as de la gâchette sont à même avec les carabines 22   long rifle de faire un carton ou de tirer pour crever des ballons en mouvement perpétuel.   Albert qui s’occupe des balançoires, bateaux en bois aux longues tiges en fer dans lesquels on loge à plusieurs, a, comme sobriquet, Bébert le monte en l’air.

 

 Sur la place, une place pour chacun et chacun à sa place.


    Sur la place Brochard, ils ne vont animer que le tir Suzon qui jouxte à droite la confiserie Nivet  et à gauche les baby-foot, bowlings et autres flippers sans oublier le rutilant juke-box de la baraque de Monsieur Beneteau et de  Monsieur Lérin son successeur. De l’autre côté de la place à gauche, on trouve une friterie, le billard japonais de Monsieur Archambeau, le manège d’enfants de la famille Cochard, le tir à bouchons et les balançoires du père Galesio personnage haut en couleur, qui, la casquette de marin vissée sur la tête et le bandeau sur l’œil, ressemble à un des héros tout droit sorti du roman de Stevenson, L’île au trésor.

     Pour occuper leurs jeunes enfants, ils leur confient, posés sur des tréteaux deux « virolets », espèce de petites roues de la fortune appartenant à leur grand-père maternel. A chaque fois qu’ils récupèrent quelques pièces, fruit de leur présence et de leur labeur, ils vont les dépenser en bonbons, «  niniches », sucettes chaudes, glaces ou autres friandises chez le confiseur voisin. Avant guerre. La place Brochard complètement ensablée.

                                              Avant guerre. La place Brochard est complétement ensablée

 

 Les galères face à la mer.


     Au début, la place n’est pas empierrée encore moins goudronnée. Les forains éprouvent les pires  difficultés pour s’installer. Ils ont recours à des planches pour éviter que les roues de leurs  véhicules ne s’enlisent ; de plus la clôture en béton de l’entrée ne laisse que peu de marges pour manœuvrer. Enfin, lorsque dans les années 80 on procède à l’abattage des vieux marronniers pour  planter des  platanes, Monsieur Fieulaine qui a changé de côté pour des raisons techniques et qui se trouve à l’emplacement occupé autrefois par la Maison de la presse demande expressément aux services de la mairie de veiller à écarter suffisamment les arbres pour pouvoir loger les remorques. Un autre muret avec fusains dans lesquels des couleuvres aiment à se lover  délimite, au nord-ouest, la frontière entre les attractions traditionnelles de la place Brochard et l’ancien club de voile. La place années 80.L'allée de platanes nouvellement repla

                             Années 8O. Les platanes ont remplacé les marronniers Place Brochard

 

 Le tir Suzon.


    Au tir Suzon, les nombreux estivants qui tentent de gagner les superbes poupées ou peluches mises en lot gages de leur adresse ignorent sans doute que quand ils visent la perdrix avec une carabine à flèches, ils ont sous les yeux un mécanisme d’une grande rareté (deux exemplaires en France) et donc d’une grande valeur vu qu’il a été conçu il y a plus de cent ans. Le jeu consiste à faire tomber les têtes des perdrix redressées par une grande tige en bois. Ces oiseaux ont un plumage  peint en roux cendré. Ils ont  la taille de vraies perdrix  montées deux par deux sur une grande chaîne qui revient à l’envers  si bien  qu’on a l’impression de participer à une véritable chasse. Plus tard,  vu que le tir à balles  est considéré comme potentiellement dangereux, on l’interdit. Aussi le tir Suzon se transforme t-il progressivement. Il devient-il le Las Vegas, lui-même remplacé en 2000 par un conteneur à jeux en cascades qui porte un nom similaire. Le jeu en cascades Las Vegas.

                                                    Le premier conteneur. On se croirait à Las Vegas

 

 Souvenirs ! Souvenirs !


      Parmi leurs souvenirs, l’un des plus marquants est  l’irruption violente d’un orage qui a tout fait disjoncter. Le muret en béton a explosé (on en a retrouvé des morceaux dans les dériveurs du club de voile) quand la foudre est tombée sur l’un de ses piquets en fer à  T provoquant sur vingt centimètres une boule de feu effrayante et  fascinante à la fois. Avant que l’Office de tourisme ne devienne municipal - il s’appelle alors Syndicat d’initiative - les forains,  les commerçants et quelques estivants bénévoles organisent chaque semaine des bals.   Deux gardes, sorte d’appariteurs, veillent chaque jour à la sécurité des personnes jusqu’à minuit et n’hésitent pas à infliger des amendes plus ou moins justifiées aux contrevenants. Jacques se souvient également avoir remis la coupe des forains aux  vainqueurs des régates programmées par François Patsouris. La place années 70. A gauche,un appariteur.Derrière lui,

          La place Brochard  avec ses marronniers dans les années 7O. Derrière l'appariteur, la maison de la presse

 

  Forts comme des Turcs ?


   Aujourd’hui le couple et ses deux enfants exploitent, en plus du Las Vegas, un tir et un dynamomètre qui, comme son nom l’indique, permet aux jeunes mâles devant un public féminin prêt  à s’enflammer de tester leur force musculaire en frappant dans une espèce de punching-ball. Ces jeunes éphèbes ou supposés tels ignorent sans doute que l’ancêtre de ce divertissement a vu le jour à la fin du XIXème siècle et qu’il est à l’origine de l’expression française tête de turc synonyme de souffre-douleur ou de bouc émissaire. En effet dans les foires on mesurait de la même façon sa force en cognant le plus violemment possible sur une partie figurant une tête de turc coiffée d’un turban pour stigmatiser les représentants de l’Empire ottoman.Années 2000.Vue aérienne de la place Brochard à droite.

         Années 2OOO. A droite la place Brochard.Le Las Vegas est le conteneur blanc à gauche de la rangée d'arbres

 

 Qu’on est bien à Ronce les Bains !


    Forain vient d’un mot d’origine latine qui signifie étranger. S’il y a une famille foraine ayant exercé quasiment tous les métiers qui se sent particulièrement bien intégrée à Ronce, c’est assurément celle de Jacques et d’ Annie Fieulaine qui y vivent, trois mois durant,  comme des poissons dans l’eau depuis trente trois ans. Et comme leurs enfants prennent leur suite et que pour le moment, ils ne songent pas  à partir en retraite, on n’a pas fini de parler du Las Vegas. Jacques et Annie Fieulaine devant leur nouveau Las Vegas.

                                      Jacques et Annie Fieulaine devant leur nouveau Las Vegas

 

  Cette distraction ressemble par bien des aspects, ses lumières multicolores, l’emploi de jetons par exemple, à son homonyme, la  capitale mondiale du jeu. Mais Jacques et Annie n’ont pas suivi la pratique en vigueur  à Las Vegas qui offre la possibilité  de divorcer en une seule journée, parce qu’ils vont fêter leur 45ème anniversaire de mariage.

       

                                                                               Daniel Chaduteau       26 février 2010

 

 

 

 

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1 juillet 2010 4 01 /07 /juillet /2010 11:43

 

                                  La Louisiane : propriété Dières et d’aujourd’hui.

 

     A l’époque où la station balnéaire de Ronce-les-Bains était aux trois quarts boisée, le promeneur, qui désirait rejoindre le Mus de Loup dans les petits matins pâles et brumeux, empruntait un chemin rectiligne et majestueux. Le soleil naissant jouait à cache-cache dans les arbres dont les branches enchevêtrées formaient une tonnelle naturelle égayée par le chant des oiseaux, à peine troublé par le ronronnement lointain des moteurs de bateaux. Ce chemin au goût de paradis perdu longeait la propriété privée appelée La Louisiane, un de ces lieux mythiques, qui intriguent, font rêver et enflamment l’imagination.

 

La-louisiane 0027

                      L' ancien chemin ombragé qui longeait la Louisiane  est devevu l'avenue de Mus de Loup

 

      Un nom exotique et évocateur.

     On peut comprendre que celle-ci ait fasciné des générations de vacanciers ou d’autochtones tant elle se singularise par sa superficie, son emplacement, son aspect sauvage et mystérieux, son histoire, son nom qui évoque au XVIIème siècle un territoire français immense qui regroupe actuellement plus d’une dizaine  d’états américains. Baptisée en 1682 par l’explorateur Cavelier de la Salle en l’honneur du roi Louis XIV, La Louisiane sera vendue par Napoléon Bonaparte en 1803. Coïncidence ou volonté délibérée, quand il s’en porte acquéreur en 1872, Georges Dières Monplaisir, négociant, donne le même nom au domaine pour rendre hommage à son père Louis Georges et à sa mère Louise. Il est possible également que la Seudre qui le borde à son embouchure lui ait fait penser au Mississipi.

 

Vue aérienne de la Louisiane au premier plan le brise-lame

        Vue aérienne de la Louisiane. Au premier plan, le brise-lame puis la partie boisée.Au fond à droite les prés

 

 

       Son père ou peut-être lui-même possède des vignes à Ronce. Il a déjà fait construire une cabine de bains sur une partie du bord de mer qui lui appartient. La cabine de bains sans doute la plus ancienne constructio

                La fameuse cabine de bain, sans doute une des plus anciennes constructions de Ronce.


  En achetant à Monsieur Viaud, à la bougie, un terrain endigué d’environ dix hectares d’un seul tenant lieu dit « La pointe aux herbes » qui jouxte le sien, il agrandit substantiellement sa propriété. Georges, son épouse et ses trois enfants Georges, Jeanne et Joseph s’installent définitivement à la Tremblade où naît sa seconde fille Lucie. Puis sur son domaine ronçois nouvellement acquis, il entreprend l’édification d’une grande maison flanquée d’une tour carrée crénelée. En 1875 vient au monde dans cette demeure au rez-de- chaussée côté Seudre sa dernière fille Marie.

 

louisiane (1)

  Cette splendide demeure  bâtie  en 1875 avec sa tour crénelée reste le trait-d'union de tous les membres de la famille

 

   A la fin du XIXème siècle, Georges participe avec Monsieur de  Saint Martin au développement de Ronce créée en août 1860. La station n’étant pas pratiquement pas boisée, il ensemence les dunes de pins et d’oyats. On raconte que les deux amis, du haut de leur tour respective (les deux chalets distants d’un peu plus d’un kilomètre ont cette particularité architecturale) peuvent communiquer en se faisant des signaux.  Georges Dières Monplaisir, avec l’aide de son fils Joseph, décide également en 1889 l’édification d’un brise-lame plus pour retenir les dunes friables que pour lutter contre les assauts de l’océan. Il décède en 1905.

 

une des plus anciennes publicités de Ronce conçue comme c

          Ce timbre vantant la station réalisé par G. Dières (G. Dier pinxit) est l'une des publicités les plus anciennes

 

    Des aïeux d’origine irlandaise.

  1645. Le Chevalier O’Dwyer constatant que l’Irlande va être victime de la politique de Cromwell et de son fanatisme renvoie ses deux fils Marin et Pierre en France pour qu’ils y soient en sécurité. Ils arrivent en Normandie. Marin devient médecin major dans un régiment de Louis XIV et va franciser son nom. O’Dwyer devient Dière puis plus tard Dières, le patronyme définitif. Gravement blessé, il est soigné et hébergé par le chirurgien Goguet. La fille de ce dernier Marie, spirituelle et d’une grande beauté, ne le laisse pas indifférent. Alors il ne tergiverse pas et demande sa main à son bienfaiteur dans un style précieux empreint d’élégance : « Monsieur, vous m’avez sauvé la vie. Mettez pour toujours un comble à sa félicité en m’accordant la main de votre fille Marie ». Une tante de Marie a épousé le conseiller Scarron dont l’un des fils fut le fameux poète burlesque auteur du Virgile travesti. Goguette vient d’un ancien mot français gogue signifiant réjouissance. L’expression familière « être en goguette » veut dire être disposé à s’amuser, à faire la fête. Scarron se fait un plaisir de jouer sur les mots. Se rendant dans sa famille maternelle pour y passer des soirées distrayantes, il est doublement en goguette. En 1682, Pierre, le dernier des sept fils de Marin et Marie Dières, rallie La Rochelle chez ses grands parents. Il est secrétaire de l’intendant de la Rochelle, Monsieur de Begon, et décide de se fixer à Rochefort où la famille Dières fait souche, chacun des descendants devenant commissaire de la marine de père en fils.

    En 1757 le ministre de la marine exigeant que les deux commissaires de la marine, portant le même nom Dières et le même prénom Pierre, se différencient, l’un d’eux rajoute à son nom Monplaisir reprenant l’appellation d’un domaine qu’il a acheté près de Saintes.

 

Promenade dans la propriétéau début du XXième siècle

                                             Promenade en calèche dans la propriété au début du siècle dernier

 

    La Louisiane : un lieu de villégiature à problèmes.

Parmi les très nombreux descendants, Jacques Givelet, qui dans les années soixante fut en même temps le Président de l’Association syndicale des propriétaires riverains pour protéger le brise-lame et trouver son financement, le Président du Syndicat de la propriété bâtie et le fondateur d’une Association paroissiale, dans un de ses ouvrages relate avec émotion des souvenirs de sa jeunesse à La Louisiane : « On  arrivait de La Tremblade par l’omnibus de Coudin avec ses ridelles rouges et blanches. Le boulanger venait dans sa carriole à grandes roues apporter le pain, la viande et les commissions qu’on lui avait commandées. On vivait très bien sans  eau courante, sans gaz, sans électricité, ni fosse septique mais on passait des vacances merveilleuses à l’époque où Ronce-les-Bains n’était qu’une toute petite plage enfouie dans les pins avec quelques boutiques dans des baraques de bois ». 

 

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                                                                             L'ancienne entrée de La Louisiane

 

 On le voit, les conditions de vie étaient spartiates et la mémoire des bons moments ne peut faire oublier les difficultés que devront affronter les différents membres de la famille.

Dans les années 20 en effet, en raison des pertes d’exploitation, on procède à l’arrachage de vignes. On coupe des pins, on vend des fûts. La famille fait apport à la commune de La Tremblade du sol de l’avenue Gobeau, du carrefour Dières Monplaisir et de l’allée qui mène à l’appontement qui assure la desserte de l’Ile d’Oléron et qui sera détruit en 1942 par les allemands. On vend également tout le terrain situé devant le portail actuel de La Louisiane.

Camille Daniel élabore avec Joseph Dières un gigantesque plan de lotissement pour développer Ronce. A la même époque, le brise-lame donne des signes de faiblesse. A la pointe aux herbes on doit en construire un nouveau en arrière du précédent.

En 1935 la situation financière est enfin assainie. On décide, pour protéger juridiquement et financièrement la propriété, de constituer la Société civile du domaine de La Louisiane.

 

   Un paysage d’apocalypse.

 Pendant la seconde guerre mondiale, les allemands occupent l’ancien centre de vacances  Rayon de soleil  devenu maintenant le Grand hôtel de l’embarcadère. Ils réquisitionnent pour leurs chevaux les écuries de La Louisiane. Arrive ensuite l’ordre de réquisition général de la maison. Bien peu d’objets ou de meubles vont échapper au pillage où à la destruction. Ajoutons que la levée sur laquelle les allemands font paître leurs chevaux et creuser des banquettes de tir a cédé, tant et si bien que la mer a envahi et anéanti prés, potagers et vergers. Dans l’urgence les vaches ont dû être vendues. Les allemands ont certes fait réparer la digue mais en prélevant la dépense sur l’indemnité d’occupation.

 

Comme si cela ne suffisait pas, l’armée française lors de la libération de la poche de Royan bombarde depuis Marennes La Louisiane qui est fortement endommagée. Des mines jonchent bois et prés, les pins sont décapités par les obus. La Louisiane offre aux membres de la famille qui reviennent, une fois la guerre finie, un spectacle de désolation. En revanche son état délabré attise la convoitise de certains qui flairent la bonne affaire. Mais la famille fait front. Un plan de partage répartit logements, la petite maison et les terrains du bord de mer entre les quatre branches issues des quatre enfants de Georges et de Marie Abelé de Muller : Georges, Jeanne (épouse Heidsieck), Joseph et Marie (épouse Givelet) (Lucie ayant choisi d’être religieuse.) Aussi les propositions de rachat indécentes sont-elles rejetées d’emblée.

 

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                                         Comme le montre ce cliché, la guerre n'a pas épargné La Louisiane

 

    Joseph décide de contacter l’un de ses neveux, Xavier Dières Monplaisir agriculteur, en lui demandant s’il est d’accord pour remettre en état une propriété devenue une espèce de jungle impénétrable. En compensation la partie agricole lui reviendra et il pourra l’exploiter à son compte. La tâche n’est pas mince. On connaît par cœur les dix plaies d’Egypte envoyées par Yahvé pour convaincre Pharaon de laisser partir le peuple d’Israël. La famille doit, elle aussi, faire face à cinq plaies majeures. Il lui faut entretenir, maintenant que le terrain est déminé, le fossé d’évacuation des eaux de pluie de Ronce qui traverse La Louisiane, la levée et le brise-lame. Il lui faut lutter contre les termites, les moustiques, et cet arbuste à l’odeur nauséabonde, le vernis du japon, qui prolifère à vue d’œil. 

 

1951. Xavier et Jeannine Dières Monplaisir et leurs quatr

                                           1951. Xavier et Jeannine Dières Monplaisir avec leurs quatre enfants

 

    La propriété renaît malgré les vicissitudes.

   En 1951 Xavier Dières, sa femme Jeannine et ses enfants Nicole, Georges et Bernard s’installent dans le logement de la tour où rien n’a été aménagé et où les infiltrations d’eau sont légion. Aidés par les autres branches de la famille, les Xavier Dières grâce à leur courage et leur abnégation vont progressivement ressusciter La Louisiane. Monique, leur seconde fille et sa sœur Anne née huit ans plus tard peuvent se targuer d’avoir été mises au monde comme leur grand-tante dans la demeure de leurs ancêtres. 

Xavier Dières élève des poulets dans les années 50

                                                          Xavier élève des poulets dans les années 50


Monique malgré son jeune âge aide son père

                                                            Monique malgré son jeune âge aide son père

 

   Xavier construit des poulaillers et élève des poulets. Il vend ses œufs frais aux commerçants de La Tremblade et de Ronce, par exemple à la confiserie Lopez réputée déjà pour la fabrication de ses glaces artisanales, à la charcuterie Bricou célèbre pour son petit cochon en bois qui trône devant le magasin. Il achète des poussins d’un jour qu’il met sous des éleveuses alimentées par deux poêles à charbon qui fournissent aux cinq cents  poussins juste éclos la chaleur nécessaire à leur développement.  Pour rehausser la couleur du jaune d’œuf il donne des carottes à manger à ses poules. Dans les poulaillers, elles picorent aussi des brisures de coquilles d’huitres ce qui leur permet de solidifier leur propre coquille. Les copeaux de bois offerts par Monsieur Berteau, menuisier avenue de Beaupréau, absorbent les fientes des gallinacés.

    Jusqu’en 1955, il prendra le bac de la Tremblade et parcourra à vélo quarante kilomètres aller et retour pour rallier St Just-Luzac en tirant une carriole fabriquée maison pleine de poulets. L’achat d’une Juva 4 va sensiblement modifier ses conditions de travail. Il entreprend la construction d’une ferme. Malheureusement les épreuves ne vont pas épargner cette famille. Xavier, qui tombe malade en 1960, se voit dans l’obligation d’engager un fermier.  Contraint de quitter La Louisiane, il emménage avec sa famille dans la maison Raymond à trois cents mètres de la maison mère. Cinq ans plus tard, c’est son fils Georges qui disparaît, victime d’un accident de voiture. Xavier Dières Monplaisir abandonne l’élevage de poulets, et acquiert un troupeau de vaches laitières. C’est la laiterie Loti de Royan qui lui achète sa production. Puis, en 1970, la maladie a raison de lui. Le fermier étant parti, Jeannine se retrouve seule avec ses quatre enfants. Elle ne se laisse pas abattre par l’adversité.  Comme les prés de La Louisiane sont en dessous du niveau de la mer, la zone est humide et l’herbe toujours verte. Elle vend donc son troupeau de vaches laitières pour prendre des vaches à l'embouche pendant une dizaine d'années.

 

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                                        Quelques -uns des 500 peupliers repiqués par Jeannine en 1982

 

 De plus, cette femme énergique repique en 1982 cinq cents peupliers tous détruits par l’ouragan de 1999. Aujourd’hui, tout en jardinant, de sa maison la Hunaudière juchée sur la dune, elle contemple l’immense perspective de l’avenue de Beaupréau imitant le grand père Georges qui scrutait à la longue vue du haut de la tour de La Louisiane celle de l’avenue Gabrielle.

 

      La saga continue.

Au moment où l’on va célébrer le cent cinquantième anniversaire de Ronce, il est bon de rendre hommage à cette famille qui, avec d’autres bien-sûr, a œuvré génération après génération pour le rayonnement de la station. En 1972 une centaine de personnes s’est retrouvée pour fêter le centième anniversaire de la Louisiane qui, au début, s’étendait de l’allée des Courlis jusqu’à l’actuel Ifremer. Gageons que, pour le cent cinquantième en 2022, ils seront plus nombreux.

 

le blason de la famille Dières Monplaisir dans l'église d

                              Le blason de la famille Dières Monplaisir visible dans l'église de La Ttemblade

                                                                       

 De toute façon le blason des Dières Monplaisir (de gueules à un lion d’argent passant sur un pont de même) sculpté dans la pierre du chapiteau du pilastre gauche de la chapelle du transept droit de l’église du Sacré Cœur de la Tremblade est là pour rappeler que la famille reste attachée viscéralement à cette terre et qu’elle a participé à l’édification de ce lieu de culte voulu par l’abbé Barbotin.


                                          Notre Dame des Champs dans le jardin de la propriété

                                        La statue de la Vierge Notre-Dame de Champs n'a jamais quitté la propriété


 Elle a également offert gracieusement le splendide chemin de croix en bois et étain qui ornait l’ancienne chapelle de La Louisiane ; il est toujours visible dans celle de Ronce. Il paraît évident que la Vierge à l’enfant Notre Dame des champs, posée sur son socle dans le jardin depuis les origines de la maison, a contribué à la sauvegarde de La Louisiane. Jacques Givelet, auteur de nombreux ouvrages sur sa famille

                                                 Jacques Givelet, auteur de nombreux ouvrages sur sa famille

 

  « Les événements s’écoulent, les yeux qui les ont vus se ferment, les traditions s’éteignent avec les ans comme un feu qu’on n’a pas recueilli » dit Victor Hugo. Dieu merci, l’histoire de la famille Dières Monplaisir se perpétue grâce au travail remarquable de l’un de ses membres, Jacques Givelet qui nous a permis de replonger dans le Ronce de jadis. Quant à la tour de La Louisiane, elle n’a pas fini de servir d’amer à la famille et à tous les amoureux de Ronce-les-Bains.

 

 

                                                                                                        Daniel Chaduteau.  18 juin 2010

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