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1 juillet 2010 4 01 /07 /juillet /2010 11:43

 

                                  La Louisiane : propriété Dières et d’aujourd’hui.

 

     A l’époque où la station balnéaire de Ronce-les-Bains était aux trois quarts boisée, le promeneur, qui désirait rejoindre le Mus de Loup dans les petits matins pâles et brumeux, empruntait un chemin rectiligne et majestueux. Le soleil naissant jouait à cache-cache dans les arbres dont les branches enchevêtrées formaient une tonnelle naturelle égayée par le chant des oiseaux, à peine troublé par le ronronnement lointain des moteurs de bateaux. Ce chemin au goût de paradis perdu longeait la propriété privée appelée La Louisiane, un de ces lieux mythiques, qui intriguent, font rêver et enflamment l’imagination.

 

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                      L' ancien chemin ombragé qui longeait la Louisiane  est devevu l'avenue de Mus de Loup

 

      Un nom exotique et évocateur.

     On peut comprendre que celle-ci ait fasciné des générations de vacanciers ou d’autochtones tant elle se singularise par sa superficie, son emplacement, son aspect sauvage et mystérieux, son histoire, son nom qui évoque au XVIIème siècle un territoire français immense qui regroupe actuellement plus d’une dizaine  d’états américains. Baptisée en 1682 par l’explorateur Cavelier de la Salle en l’honneur du roi Louis XIV, La Louisiane sera vendue par Napoléon Bonaparte en 1803. Coïncidence ou volonté délibérée, quand il s’en porte acquéreur en 1872, Georges Dières Monplaisir, négociant, donne le même nom au domaine pour rendre hommage à son père Louis Georges et à sa mère Louise. Il est possible également que la Seudre qui le borde à son embouchure lui ait fait penser au Mississipi.

 

Vue aérienne de la Louisiane au premier plan le brise-lame

        Vue aérienne de la Louisiane. Au premier plan, le brise-lame puis la partie boisée.Au fond à droite les prés

 

 

       Son père ou peut-être lui-même possède des vignes à Ronce. Il a déjà fait construire une cabine de bains sur une partie du bord de mer qui lui appartient. La cabine de bains sans doute la plus ancienne constructio

                La fameuse cabine de bain, sans doute une des plus anciennes constructions de Ronce.


  En achetant à Monsieur Viaud, à la bougie, un terrain endigué d’environ dix hectares d’un seul tenant lieu dit « La pointe aux herbes » qui jouxte le sien, il agrandit substantiellement sa propriété. Georges, son épouse et ses trois enfants Georges, Jeanne et Joseph s’installent définitivement à la Tremblade où naît sa seconde fille Lucie. Puis sur son domaine ronçois nouvellement acquis, il entreprend l’édification d’une grande maison flanquée d’une tour carrée crénelée. En 1875 vient au monde dans cette demeure au rez-de- chaussée côté Seudre sa dernière fille Marie.

 

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  Cette splendide demeure  bâtie  en 1875 avec sa tour crénelée reste le trait-d'union de tous les membres de la famille

 

   A la fin du XIXème siècle, Georges participe avec Monsieur de  Saint Martin au développement de Ronce créée en août 1860. La station n’étant pas pratiquement pas boisée, il ensemence les dunes de pins et d’oyats. On raconte que les deux amis, du haut de leur tour respective (les deux chalets distants d’un peu plus d’un kilomètre ont cette particularité architecturale) peuvent communiquer en se faisant des signaux.  Georges Dières Monplaisir, avec l’aide de son fils Joseph, décide également en 1889 l’édification d’un brise-lame plus pour retenir les dunes friables que pour lutter contre les assauts de l’océan. Il décède en 1905.

 

une des plus anciennes publicités de Ronce conçue comme c

          Ce timbre vantant la station réalisé par G. Dières (G. Dier pinxit) est l'une des publicités les plus anciennes

 

    Des aïeux d’origine irlandaise.

  1645. Le Chevalier O’Dwyer constatant que l’Irlande va être victime de la politique de Cromwell et de son fanatisme renvoie ses deux fils Marin et Pierre en France pour qu’ils y soient en sécurité. Ils arrivent en Normandie. Marin devient médecin major dans un régiment de Louis XIV et va franciser son nom. O’Dwyer devient Dière puis plus tard Dières, le patronyme définitif. Gravement blessé, il est soigné et hébergé par le chirurgien Goguet. La fille de ce dernier Marie, spirituelle et d’une grande beauté, ne le laisse pas indifférent. Alors il ne tergiverse pas et demande sa main à son bienfaiteur dans un style précieux empreint d’élégance : « Monsieur, vous m’avez sauvé la vie. Mettez pour toujours un comble à sa félicité en m’accordant la main de votre fille Marie ». Une tante de Marie a épousé le conseiller Scarron dont l’un des fils fut le fameux poète burlesque auteur du Virgile travesti. Goguette vient d’un ancien mot français gogue signifiant réjouissance. L’expression familière « être en goguette » veut dire être disposé à s’amuser, à faire la fête. Scarron se fait un plaisir de jouer sur les mots. Se rendant dans sa famille maternelle pour y passer des soirées distrayantes, il est doublement en goguette. En 1682, Pierre, le dernier des sept fils de Marin et Marie Dières, rallie La Rochelle chez ses grands parents. Il est secrétaire de l’intendant de la Rochelle, Monsieur de Begon, et décide de se fixer à Rochefort où la famille Dières fait souche, chacun des descendants devenant commissaire de la marine de père en fils.

    En 1757 le ministre de la marine exigeant que les deux commissaires de la marine, portant le même nom Dières et le même prénom Pierre, se différencient, l’un d’eux rajoute à son nom Monplaisir reprenant l’appellation d’un domaine qu’il a acheté près de Saintes.

 

Promenade dans la propriétéau début du XXième siècle

                                             Promenade en calèche dans la propriété au début du siècle dernier

 

    La Louisiane : un lieu de villégiature à problèmes.

Parmi les très nombreux descendants, Jacques Givelet, qui dans les années soixante fut en même temps le Président de l’Association syndicale des propriétaires riverains pour protéger le brise-lame et trouver son financement, le Président du Syndicat de la propriété bâtie et le fondateur d’une Association paroissiale, dans un de ses ouvrages relate avec émotion des souvenirs de sa jeunesse à La Louisiane : « On  arrivait de La Tremblade par l’omnibus de Coudin avec ses ridelles rouges et blanches. Le boulanger venait dans sa carriole à grandes roues apporter le pain, la viande et les commissions qu’on lui avait commandées. On vivait très bien sans  eau courante, sans gaz, sans électricité, ni fosse septique mais on passait des vacances merveilleuses à l’époque où Ronce-les-Bains n’était qu’une toute petite plage enfouie dans les pins avec quelques boutiques dans des baraques de bois ». 

 

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                                                                             L'ancienne entrée de La Louisiane

 

 On le voit, les conditions de vie étaient spartiates et la mémoire des bons moments ne peut faire oublier les difficultés que devront affronter les différents membres de la famille.

Dans les années 20 en effet, en raison des pertes d’exploitation, on procède à l’arrachage de vignes. On coupe des pins, on vend des fûts. La famille fait apport à la commune de La Tremblade du sol de l’avenue Gobeau, du carrefour Dières Monplaisir et de l’allée qui mène à l’appontement qui assure la desserte de l’Ile d’Oléron et qui sera détruit en 1942 par les allemands. On vend également tout le terrain situé devant le portail actuel de La Louisiane.

Camille Daniel élabore avec Joseph Dières un gigantesque plan de lotissement pour développer Ronce. A la même époque, le brise-lame donne des signes de faiblesse. A la pointe aux herbes on doit en construire un nouveau en arrière du précédent.

En 1935 la situation financière est enfin assainie. On décide, pour protéger juridiquement et financièrement la propriété, de constituer la Société civile du domaine de La Louisiane.

 

   Un paysage d’apocalypse.

 Pendant la seconde guerre mondiale, les allemands occupent l’ancien centre de vacances  Rayon de soleil  devenu maintenant le Grand hôtel de l’embarcadère. Ils réquisitionnent pour leurs chevaux les écuries de La Louisiane. Arrive ensuite l’ordre de réquisition général de la maison. Bien peu d’objets ou de meubles vont échapper au pillage où à la destruction. Ajoutons que la levée sur laquelle les allemands font paître leurs chevaux et creuser des banquettes de tir a cédé, tant et si bien que la mer a envahi et anéanti prés, potagers et vergers. Dans l’urgence les vaches ont dû être vendues. Les allemands ont certes fait réparer la digue mais en prélevant la dépense sur l’indemnité d’occupation.

 

Comme si cela ne suffisait pas, l’armée française lors de la libération de la poche de Royan bombarde depuis Marennes La Louisiane qui est fortement endommagée. Des mines jonchent bois et prés, les pins sont décapités par les obus. La Louisiane offre aux membres de la famille qui reviennent, une fois la guerre finie, un spectacle de désolation. En revanche son état délabré attise la convoitise de certains qui flairent la bonne affaire. Mais la famille fait front. Un plan de partage répartit logements, la petite maison et les terrains du bord de mer entre les quatre branches issues des quatre enfants de Georges et de Marie Abelé de Muller : Georges, Jeanne (épouse Heidsieck), Joseph et Marie (épouse Givelet) (Lucie ayant choisi d’être religieuse.) Aussi les propositions de rachat indécentes sont-elles rejetées d’emblée.

 

La-louisiane 0011

                                         Comme le montre ce cliché, la guerre n'a pas épargné La Louisiane

 

    Joseph décide de contacter l’un de ses neveux, Xavier Dières Monplaisir agriculteur, en lui demandant s’il est d’accord pour remettre en état une propriété devenue une espèce de jungle impénétrable. En compensation la partie agricole lui reviendra et il pourra l’exploiter à son compte. La tâche n’est pas mince. On connaît par cœur les dix plaies d’Egypte envoyées par Yahvé pour convaincre Pharaon de laisser partir le peuple d’Israël. La famille doit, elle aussi, faire face à cinq plaies majeures. Il lui faut entretenir, maintenant que le terrain est déminé, le fossé d’évacuation des eaux de pluie de Ronce qui traverse La Louisiane, la levée et le brise-lame. Il lui faut lutter contre les termites, les moustiques, et cet arbuste à l’odeur nauséabonde, le vernis du japon, qui prolifère à vue d’œil. 

 

1951. Xavier et Jeannine Dières Monplaisir et leurs quatr

                                           1951. Xavier et Jeannine Dières Monplaisir avec leurs quatre enfants

 

    La propriété renaît malgré les vicissitudes.

   En 1951 Xavier Dières, sa femme Jeannine et ses enfants Nicole, Georges et Bernard s’installent dans le logement de la tour où rien n’a été aménagé et où les infiltrations d’eau sont légion. Aidés par les autres branches de la famille, les Xavier Dières grâce à leur courage et leur abnégation vont progressivement ressusciter La Louisiane. Monique, leur seconde fille et sa sœur Anne née huit ans plus tard peuvent se targuer d’avoir été mises au monde comme leur grand-tante dans la demeure de leurs ancêtres. 

Xavier Dières élève des poulets dans les années 50

                                                          Xavier élève des poulets dans les années 50


Monique malgré son jeune âge aide son père

                                                            Monique malgré son jeune âge aide son père

 

   Xavier construit des poulaillers et élève des poulets. Il vend ses œufs frais aux commerçants de La Tremblade et de Ronce, par exemple à la confiserie Lopez réputée déjà pour la fabrication de ses glaces artisanales, à la charcuterie Bricou célèbre pour son petit cochon en bois qui trône devant le magasin. Il achète des poussins d’un jour qu’il met sous des éleveuses alimentées par deux poêles à charbon qui fournissent aux cinq cents  poussins juste éclos la chaleur nécessaire à leur développement.  Pour rehausser la couleur du jaune d’œuf il donne des carottes à manger à ses poules. Dans les poulaillers, elles picorent aussi des brisures de coquilles d’huitres ce qui leur permet de solidifier leur propre coquille. Les copeaux de bois offerts par Monsieur Berteau, menuisier avenue de Beaupréau, absorbent les fientes des gallinacés.

    Jusqu’en 1955, il prendra le bac de la Tremblade et parcourra à vélo quarante kilomètres aller et retour pour rallier St Just-Luzac en tirant une carriole fabriquée maison pleine de poulets. L’achat d’une Juva 4 va sensiblement modifier ses conditions de travail. Il entreprend la construction d’une ferme. Malheureusement les épreuves ne vont pas épargner cette famille. Xavier, qui tombe malade en 1960, se voit dans l’obligation d’engager un fermier.  Contraint de quitter La Louisiane, il emménage avec sa famille dans la maison Raymond à trois cents mètres de la maison mère. Cinq ans plus tard, c’est son fils Georges qui disparaît, victime d’un accident de voiture. Xavier Dières Monplaisir abandonne l’élevage de poulets, et acquiert un troupeau de vaches laitières. C’est la laiterie Loti de Royan qui lui achète sa production. Puis, en 1970, la maladie a raison de lui. Le fermier étant parti, Jeannine se retrouve seule avec ses quatre enfants. Elle ne se laisse pas abattre par l’adversité.  Comme les prés de La Louisiane sont en dessous du niveau de la mer, la zone est humide et l’herbe toujours verte. Elle vend donc son troupeau de vaches laitières pour prendre des vaches à l'embouche pendant une dizaine d'années.

 

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                                        Quelques -uns des 500 peupliers repiqués par Jeannine en 1982

 

 De plus, cette femme énergique repique en 1982 cinq cents peupliers tous détruits par l’ouragan de 1999. Aujourd’hui, tout en jardinant, de sa maison la Hunaudière juchée sur la dune, elle contemple l’immense perspective de l’avenue de Beaupréau imitant le grand père Georges qui scrutait à la longue vue du haut de la tour de La Louisiane celle de l’avenue Gabrielle.

 

      La saga continue.

Au moment où l’on va célébrer le cent cinquantième anniversaire de Ronce, il est bon de rendre hommage à cette famille qui, avec d’autres bien-sûr, a œuvré génération après génération pour le rayonnement de la station. En 1972 une centaine de personnes s’est retrouvée pour fêter le centième anniversaire de la Louisiane qui, au début, s’étendait de l’allée des Courlis jusqu’à l’actuel Ifremer. Gageons que, pour le cent cinquantième en 2022, ils seront plus nombreux.

 

le blason de la famille Dières Monplaisir dans l'église d

                              Le blason de la famille Dières Monplaisir visible dans l'église de La Ttemblade

                                                                       

 De toute façon le blason des Dières Monplaisir (de gueules à un lion d’argent passant sur un pont de même) sculpté dans la pierre du chapiteau du pilastre gauche de la chapelle du transept droit de l’église du Sacré Cœur de la Tremblade est là pour rappeler que la famille reste attachée viscéralement à cette terre et qu’elle a participé à l’édification de ce lieu de culte voulu par l’abbé Barbotin.


                                          Notre Dame des Champs dans le jardin de la propriété

                                        La statue de la Vierge Notre-Dame de Champs n'a jamais quitté la propriété


 Elle a également offert gracieusement le splendide chemin de croix en bois et étain qui ornait l’ancienne chapelle de La Louisiane ; il est toujours visible dans celle de Ronce. Il paraît évident que la Vierge à l’enfant Notre Dame des champs, posée sur son socle dans le jardin depuis les origines de la maison, a contribué à la sauvegarde de La Louisiane. Jacques Givelet, auteur de nombreux ouvrages sur sa famille

                                                 Jacques Givelet, auteur de nombreux ouvrages sur sa famille

 

  « Les événements s’écoulent, les yeux qui les ont vus se ferment, les traditions s’éteignent avec les ans comme un feu qu’on n’a pas recueilli » dit Victor Hugo. Dieu merci, l’histoire de la famille Dières Monplaisir se perpétue grâce au travail remarquable de l’un de ses membres, Jacques Givelet qui nous a permis de replonger dans le Ronce de jadis. Quant à la tour de La Louisiane, elle n’a pas fini de servir d’amer à la famille et à tous les amoureux de Ronce-les-Bains.

 

 

                                                                                                        Daniel Chaduteau.  18 juin 2010

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commentaires

Audrey C 31/08/2013 13:25

Bonjour,
Je viens juste de lire votre message ! Je suis une descendante de la famille Dières Monplaisir et je suis très intéressée par votre document !!
Pourriez vous m'envoyer la photo par mail ?
Merci d'avance !

Audrey C 31/08/2013 13:26

(je pensais que l'adresse se mettrait sur le message : la voilà lilaloo@hotmail.com)

jean claude s.corne 18/04/2013 16:49

à l'auteur de ml'article sur la LOUISIANE

bonjour j'ai dans mes archives une peinture huile,
signée G (?) Dières Monplaisir et représentant la maison surplombant la côte sur un coucher de soleil ... c'est un document intéressant que je ne souhaite pas conserver. Cela intéresse t il un
membre de la famille . Cette oeuvre est datée de 1904. j'en ferai une photo et la mettrai ici .
sautaions jcs c a Poitiers

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