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2 juillet 2010 5 02 /07 /juillet /2010 09:05

                                             Las Vegas à Ronce les Bains.

 

 

     Ce titre accrocheur pourrait laisser attendre que l’argent coule à flot à l’extrémité de la presqu’île d’Arvert. Qualifié maintenant de  Côte de Beauté, le littoral ne s’appelait-il pas  Côte d’argent  comme l’atteste le nom d’un des plus vieux restaurants de Ronce avenue Gabrielle?   Une de ses  plages les plus fameuses  ne se nomme-telle pas plage du Galon d’or ? En outre depuis deux ans et demi la station n’a-t-elle pas recouvré un  casino ?  Avant sa disparition, le premier établissement  qui constituait l’un des bâtiments de l’ensemble Grand Chalet au début du XXème siècle, n’avait-il pas largement participé à sa réputation ? Or il n’en est rien. Il n’existe aucun rapport avec les hôtels grandioses de la scintillante cité de l’état du Nevada  à la sulfureuse notoriété, bien au contraire.

  grand chalet (13)

                                                Le premier casino de Ronce:  le casino du Grand Chalet

 

  C’est un beau roman, c’est une belle histoire…


    L’histoire de Jacques et d’Annie Fieulaine débute comme un conte. Il était une fois un jeune homme de dix huit ans originaire du département de l’Aisne dont les parents étaient forains, propriétaires d’un manège  à sensations fortes pour l’époque, appelé chenille. Il était une fois une frêle jeune fille blonde de seize ans du même département dont les parents étaient également forains. Ils possédaient une balançoire, un manège d’enfants et une friterie.  

    Annie retrace leur première rencontre comme si elle s’était passée la veille. Un jour donc, le beau Jacques, sans doute alléché par les bonnes odeurs de cuisine, est venu  comme n’importe quel client acheter une part de frites. Aussitôt son charme et sa stature d’athlète   ne la laissent pas indifférente. Seulement, pour son père qui ne badine pas avec l’amour en ces années  soixante où tous les adolescents écoutent à 17 heures l’émission culte d’Europe numéro1 Salut les copains sur leur transistor en plastique, il n’est pas question d’adresser la parole à un garçon, encore moins de flirter avec lui. Un premier rendez-vous galant a lieu cependant aux fêtes de Noyon dans l’Oise, ville où Charlemagne et Hugues Capet ont été sacrés rois des Francs. Mais Jacques qui vient, comme dans la chanson de Pascal Sevran, d’avoir dix huit ans se doit d’honorer ses obligations militaires. Il est affecté en  Allemagne, y reste dix huit mois.

   Malheureusement suite à un malentendu, l’échange épistolaire des jeunes amoureux tourne court. Néanmoins lorsque l’élève gradé quitte l’armée et revient au pays de son enfance, leur relation reprend des couleurs. Mais on ne peut pas dire qu’elle enchante leur famille respective en sorte qu’ils devront attendre  qu’Annie soit majeure,  c'est-à-dire  qu’elle ait  vingt et un ans, avant de  pouvoir convoler en justes noces.

 

  Le roi de la bricole.


    Le père d’Annie dispose d’un vieux camion que Jacques transforme en caravane de trois mètres cinquante. Excellent  bricoleur, il invente un des premiers lits escamotables pour gagner de l’espace habitable.  Son U 23 Citroën  tire une remorque qu’il a fabriquée pour y installer une boutique à frites. Plus tard, sur un grand camion de marque Berliet, il confectionne une loterie de poupées avec ses  tickets à dérouler, les fameuses papillotes. Annie, elle, tient une confiserie. Le couple qui, maintenant travaille depuis une dizaine d’années se voit  propriétaire de cinq métiers,  terme spécifique des forains pour désigner leurs spécialités. Il n’a plus une minute à lui  car, chaque semaine, il doit monter et démonter plusieurs tirs et manèges dont une montagne russe, tout en élevant ses deux  enfants Valérie et Frédéric nés avec seulement deux ans d’écart. La place années 50.Au fond, les manèges.

                    Vue aérienne de la place Brochard dans les années 50. Au centre on aperçoit les manèges

 

 Une longue tradition familiale.


     En 1976, la famille Fieulaine rejoint Ronce les Bains et va succéder  à leur oncle Albert  et leur tante Edith Fourré qui, déjà depuis  le début les années cinquante, ont investi la Place Brochard où ils ont installé pour la saison estivale un tir, une loterie et des balançoires.  Suzon est le surnom donné à Edith après la guerre par les soldats de la base de Rochefort. Ceux-ci qui cherchent à la complimenter pour sa gentillesse l’appellent ainsi en référence à la célèbre serveuse de la chanson la Madelon de même consonance. Pour les remercier, la tante, flattée, a l’idée de nommer son tir Suzon. Les as de la gâchette sont à même avec les carabines 22   long rifle de faire un carton ou de tirer pour crever des ballons en mouvement perpétuel.   Albert qui s’occupe des balançoires, bateaux en bois aux longues tiges en fer dans lesquels on loge à plusieurs, a, comme sobriquet, Bébert le monte en l’air.

 

 Sur la place, une place pour chacun et chacun à sa place.


    Sur la place Brochard, ils ne vont animer que le tir Suzon qui jouxte à droite la confiserie Nivet  et à gauche les baby-foot, bowlings et autres flippers sans oublier le rutilant juke-box de la baraque de Monsieur Beneteau et de  Monsieur Lérin son successeur. De l’autre côté de la place à gauche, on trouve une friterie, le billard japonais de Monsieur Archambeau, le manège d’enfants de la famille Cochard, le tir à bouchons et les balançoires du père Galesio personnage haut en couleur, qui, la casquette de marin vissée sur la tête et le bandeau sur l’œil, ressemble à un des héros tout droit sorti du roman de Stevenson, L’île au trésor.

     Pour occuper leurs jeunes enfants, ils leur confient, posés sur des tréteaux deux « virolets », espèce de petites roues de la fortune appartenant à leur grand-père maternel. A chaque fois qu’ils récupèrent quelques pièces, fruit de leur présence et de leur labeur, ils vont les dépenser en bonbons, «  niniches », sucettes chaudes, glaces ou autres friandises chez le confiseur voisin. Avant guerre. La place Brochard complètement ensablée.

                                              Avant guerre. La place Brochard est complétement ensablée

 

 Les galères face à la mer.


     Au début, la place n’est pas empierrée encore moins goudronnée. Les forains éprouvent les pires  difficultés pour s’installer. Ils ont recours à des planches pour éviter que les roues de leurs  véhicules ne s’enlisent ; de plus la clôture en béton de l’entrée ne laisse que peu de marges pour manœuvrer. Enfin, lorsque dans les années 80 on procède à l’abattage des vieux marronniers pour  planter des  platanes, Monsieur Fieulaine qui a changé de côté pour des raisons techniques et qui se trouve à l’emplacement occupé autrefois par la Maison de la presse demande expressément aux services de la mairie de veiller à écarter suffisamment les arbres pour pouvoir loger les remorques. Un autre muret avec fusains dans lesquels des couleuvres aiment à se lover  délimite, au nord-ouest, la frontière entre les attractions traditionnelles de la place Brochard et l’ancien club de voile. La place années 80.L'allée de platanes nouvellement repla

                             Années 8O. Les platanes ont remplacé les marronniers Place Brochard

 

 Le tir Suzon.


    Au tir Suzon, les nombreux estivants qui tentent de gagner les superbes poupées ou peluches mises en lot gages de leur adresse ignorent sans doute que quand ils visent la perdrix avec une carabine à flèches, ils ont sous les yeux un mécanisme d’une grande rareté (deux exemplaires en France) et donc d’une grande valeur vu qu’il a été conçu il y a plus de cent ans. Le jeu consiste à faire tomber les têtes des perdrix redressées par une grande tige en bois. Ces oiseaux ont un plumage  peint en roux cendré. Ils ont  la taille de vraies perdrix  montées deux par deux sur une grande chaîne qui revient à l’envers  si bien  qu’on a l’impression de participer à une véritable chasse. Plus tard,  vu que le tir à balles  est considéré comme potentiellement dangereux, on l’interdit. Aussi le tir Suzon se transforme t-il progressivement. Il devient-il le Las Vegas, lui-même remplacé en 2000 par un conteneur à jeux en cascades qui porte un nom similaire. Le jeu en cascades Las Vegas.

                                                    Le premier conteneur. On se croirait à Las Vegas

 

 Souvenirs ! Souvenirs !


      Parmi leurs souvenirs, l’un des plus marquants est  l’irruption violente d’un orage qui a tout fait disjoncter. Le muret en béton a explosé (on en a retrouvé des morceaux dans les dériveurs du club de voile) quand la foudre est tombée sur l’un de ses piquets en fer à  T provoquant sur vingt centimètres une boule de feu effrayante et  fascinante à la fois. Avant que l’Office de tourisme ne devienne municipal - il s’appelle alors Syndicat d’initiative - les forains,  les commerçants et quelques estivants bénévoles organisent chaque semaine des bals.   Deux gardes, sorte d’appariteurs, veillent chaque jour à la sécurité des personnes jusqu’à minuit et n’hésitent pas à infliger des amendes plus ou moins justifiées aux contrevenants. Jacques se souvient également avoir remis la coupe des forains aux  vainqueurs des régates programmées par François Patsouris. La place années 70. A gauche,un appariteur.Derrière lui,

          La place Brochard  avec ses marronniers dans les années 7O. Derrière l'appariteur, la maison de la presse

 

  Forts comme des Turcs ?


   Aujourd’hui le couple et ses deux enfants exploitent, en plus du Las Vegas, un tir et un dynamomètre qui, comme son nom l’indique, permet aux jeunes mâles devant un public féminin prêt  à s’enflammer de tester leur force musculaire en frappant dans une espèce de punching-ball. Ces jeunes éphèbes ou supposés tels ignorent sans doute que l’ancêtre de ce divertissement a vu le jour à la fin du XIXème siècle et qu’il est à l’origine de l’expression française tête de turc synonyme de souffre-douleur ou de bouc émissaire. En effet dans les foires on mesurait de la même façon sa force en cognant le plus violemment possible sur une partie figurant une tête de turc coiffée d’un turban pour stigmatiser les représentants de l’Empire ottoman.Années 2000.Vue aérienne de la place Brochard à droite.

         Années 2OOO. A droite la place Brochard.Le Las Vegas est le conteneur blanc à gauche de la rangée d'arbres

 

 Qu’on est bien à Ronce les Bains !


    Forain vient d’un mot d’origine latine qui signifie étranger. S’il y a une famille foraine ayant exercé quasiment tous les métiers qui se sent particulièrement bien intégrée à Ronce, c’est assurément celle de Jacques et d’ Annie Fieulaine qui y vivent, trois mois durant,  comme des poissons dans l’eau depuis trente trois ans. Et comme leurs enfants prennent leur suite et que pour le moment, ils ne songent pas  à partir en retraite, on n’a pas fini de parler du Las Vegas. Jacques et Annie Fieulaine devant leur nouveau Las Vegas.

                                      Jacques et Annie Fieulaine devant leur nouveau Las Vegas

 

  Cette distraction ressemble par bien des aspects, ses lumières multicolores, l’emploi de jetons par exemple, à son homonyme, la  capitale mondiale du jeu. Mais Jacques et Annie n’ont pas suivi la pratique en vigueur  à Las Vegas qui offre la possibilité  de divorcer en une seule journée, parce qu’ils vont fêter leur 45ème anniversaire de mariage.

       

                                                                               Daniel Chaduteau       26 février 2010

 

 

 

 

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commentaires

Caroline 15/08/2010 21:29


Merci pour cette jolie histoire. Je vais à Ronce tous les étés depuis 32 ans, mon age, et j'adore apprendre des annecdotes concernant ce village que je n'ai pas fini de cotoyer!


memoires-vives-ronce.over-blog.com 07/04/2011 18:20



C'est avec beaucoup de retard que je vous réponds. Je m'en excuse. Je vois que vous êtes une fidèle de la place Brochard comme de nombreux estivants et que vous appréciez de passer vos vacances à
Ronce. Je vous remercie pour vos encouragements. Prochains articles: la mercerie Bonnaud Gaudin que vous n'avez sans doute pas connue et le cinéma Saint Martin appelé aujourd'hui Cristal.



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